LIVRE IIL
cause de l’acquittement des intérêts, et les classes laborieuses peuvent même en tirer parti lorsque les capitaux en provenant sont employés à rétribuer directement du travail national, à payer des soldats, des matelots, des fabricants d’armes, des construc— teurs de fortifications, etc. Quand ces conditions sont reahsees pour les emprunts, et non pas précisément dans toutes les hypothèses, comme on paraît quelquefois 1 admettre, il peut y avoir lieu de prendre parti entre le grand sacrifice fait sur-le-champ sous forme d’un impôt, avec lequel on fera face à l’inté— gralite des besoins du moment, et un petit sacrifice indéfiniment prolongé qu’imposera le service des interets des capitaux prêtés à l’Etat. A cet égard, on ne peut que recommander aux nations la prudence que le particulier lui-même doit apporter dans ses resolutions, et on doit espérer que ces nations accepteront sur 1 heure toutes les charges, toutes les privations qu’elles pourront supporter sans en être accablées, et n’engageront leur revenu à venir que pour se procurer les sommes qu'elles ne pourraient rembourser immédiatement qu'au prix de trop de gene ou de trop de souffrances. Il y a d’ailleurs tels emprunts destinés non pas à détourner des périls ou à réparer des fautes du présent, mais à pourvoir à des travaux dont les générations à venir doivent grandement recueillir elles-mêmes le bénéfice, auquel cas il y a, abstraction de toute solidarité dans le temps entre les diverses lignées, une raison particulière pour que ces générations aient leur part du fardeau assumé par celles qui les ont précédées. Cette répartition peut être jugée d’autant plus admissible que l’on serait dans un pays dont la richesse augmente : les dépenses nécessaires du gouvernement ne s’y élèvent pas dans la même proportion que les capitaux et la population, de telle sorte que les charges pécuniaires léguées par le passé y deviennent de plus en plus faciles à supporter.