‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 261 sur 305 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

et c’est ainsi notamment que la culture des champs et l’élève des animaux domestiques plus considérables sont ordinairement menés de front, attendu que d’une part l’alimentation des animaux réclame un approvisionnement de substances végétales et que d’autre part l’agriculture ne peut se passer des forces actives des animaux et d’engrais. Cette combinaison passe souvent pour l 'économie rurale, dans le sens étroit du mot.

* L’élève du bétail ne peut subsister pour luimême que là où les pâturages ne font pas défaut et où les animaux à élever trouvent toute l’année sur ceux-ci une subsistance suffisante. Dans les pays froids, il faut une provision de fourrage d’hiver, qui doit être tirée du sol. Quand un pays est fertile, il incite en quelque sorte, il est vrai, à la culture végétale, et néanmoins on ne surmonte l’éloignement qu’inspire cette occupation plus pénible que si, la population croissant , elle devient urgente pour l’accroissement des moyens alimentaires. Déjà à l’époque de César et de Tacite, les vieux Germains se livraient à la culture du blé et du lin et fauchaient’ les prés, et de bonne heure ils donnèrent des soins au fourrage artificiel, sans préjudice toutefois de l’élève du bétail, qui jouissait parmi eux d’une faveur particulière, ainsi que le prouvent les dispositions législatives adoptées pour sa protection. Les peuples pasteurs doivent constamment se déplacer avec leurs troupeaux, afin de se mettre à la recherche de pâturages nouveaux. L’exemple le plus commun de ces peuples nomades nous est fourni par les Arabes. Lé centre de l’Arabie est occupé par des montagnes nues et des plaines sablonneuses; l’eau lui fait défaut, et ce n’est que dans les endroits plus profonds qu’il présente assez d’humidité pour nourrir des arbres. Aussi les fontaines constituent-elles une portion extrêmement importante de la fortune, dont la possession, quand elle est contestée, est capable d’allumer la guerre. Déjà chez ces nomades s’accuse

l’influence de l’inégalité de fortune, car l’éleve du bétail réclame un capital considérable en troupeaux d’animaux : il y a là des riches et des pauvres, et les pauvres sont réduits à s’engager comme ouvriers salariés. Chez les Bédouins, une famille ne peut pas se tirer d’affaire sans un chameau ; on est encore pauvre avec dix chameaux ; l’aisance n’existe qu’avec la possession de trente à quarante de ces animaux ; pour être riche, il en faut soixante. Déjà le mode d’alimentation inhérent à l’élève du bétail acclimate le respect de la propriété et la soumission à un chef, c’est-à-dire les bases du lien social, et en meme temps il fournit l’occasion de cultiver non seulement les vertus guerrières, mais encore les arts plus relevés. Qui n’a entendu vanter déjà la poésie des Arabes et leur hospitalité légendaire ?

* Cependant la vie nomade ne permet pas de progrès notables en bien-être et quant au développement des rapports sociaux. Les causes en paraissent être les suivantes : 1° L’élève des animaux domestiques ne comporte pas l’application de ces moyens d’art qui en d’autres industries multiplient le produit. On trouve dans l’ouvrage de Reynier, sur les Celtes, cette observation que les peuples adonnes principalement à l’élève du bétail n’ont pas coutume de s’occuper beaucoup de l’amélioration des races. 2° La population aussi bien que la grandeur des troupeaux veulent être renfermées en certaines limites, selon la richesse des pâturages. C’est pourquoi peu d’hommes seulement peuvent vivre cote^ à cote sur un étroit espace de terre, et il faut plutôt qu’il y ait séparation de tribus, même numériquement assez peu importantes, entre lesquelles n’existe ni de lien politique fixe, ni un échange vivace de biens. D apres Du Bois-Aimé, les tribus indépendantes du desert arabique comptent de 30 à 40,000 cavaliers, autorisant à conclure à environ 200,000 personnes. 3° P aute de résidence fixe, les besoins de jouissance personnelle demeurent très-simples, et c’est pourquoi il

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