‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 262 sur 305 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

n’existe pas de provocation à des entreprises industrielles distinctes. Ainsi chez les Bédouins ne se rencontrent que des maréchaux-ferrants et des selliers. Même chez les riches, le luxe ne peut pas être poussé bien loin, attendu que tout avoir doit être disposé pour une translation commode. Le penchant qui domine, c’est l’amour d’une vie indépendante; aussi voit-on être l'objet du mépris parmi les Arabes et les Khirgis ceux qui cultivent le sol, puisqu’ils ne fuient pas devant un ennemi trop puissant et ne peuvent en conséquence sauver leur liberté par la fuite. Généralement la fortune est consacrée à l’entretien d’un grand nombre de personnes, parce que l’on tire de cet emploi considération et puissance. On s’explique de la sorte que des peuplades errantes restent pendant des milliers d’années à un même degré de culture. N’est-il pas vrai par ex. que les Arabes nous apparaissent encore aujourd’hui sous le même jour sous lequel ils sont représentés dans le vieux Testament et chez les anciens Grecs ?

L’industrie rurale ne se trouve complète que parla combinaison de la culture du sol avec l’élève du bétail. Pour tout pays possédant de vastes surfaces planes susceptibles de culture, l’économie rurale constitue une activité des plus profitables, et voici pourquoi : 1° C’est elle qui fournit les moyens alimentaires les plus indispensables et qui est capable d’élever constamment la masse de leur produit annuel, en suivant la progression des besoins. Il n’est pas d’autre occupation qui fasse rentrer dans la fortune publique une quantité de biens aussi considérable eu égard à son utilité. 2° Encore même que, par l’introduction d’un échange fréquent, le produit net de l’économie rurale dépende en partie du prix des produits du sol, l’économe placé dans des conditions de débouché défavorables se trouve cependant tranquillisé, du moins en tant qu’il conquiert en personne les substances réclamées par ses propres besoins en nourriture, vêtements, chauffage, etc. De plus, une produc-

tion abondante d-e ces moyens alimentaires favorise l’accroissement de la population, entraînant luimême un agrandissement de la demande et du débouché desdits objets. Aussi l’écon. rurale vaut-elle à ceux qui s’y livrent une indépendance et une sécurité plus grandes que toute autre industrie. 3° Enfin l’écon. rurale exerce aussi une influence heureuse sur la condition personnelle des individus qu’elle occupe, en ce qu’elle semontre propice à la santé, à la longévité, à la force et à la dextérité du corps, en ce qu’elle nourrit l’esprit, ennoblit les sentiments et préserve du développement exclusif de certaines dispositions ou facultés.

Quand dans un pays l’échange et la division du travail ne se sont encore développés que médiocrement, l’écon. rurale n’est principalement pour chaque économe que le moyen de se procurer à lui et aux siens les produits du sol, dont ils ont personnellement besoin. Aussi longtemps qu’un approvisionnement, dépassant ce besoin, n’aurait pas encore de valeur d’échange et de débouché, on ne fera pas appel à des moyens d’art propres à renforcer le rendement de la terre, parce que les déboursés y afférant ne sont pas restitués, et chacun s’efforce plutôt d’obtenir la quantité de substances végétales et animales, réclamées par ses besoins, contre le sacrifice de travail et de capital le plus modique. C’est ce qui donne aux entreprises d’économie rurale leur direction. On laisse les forces naturelles manifester leur action, sans les aider dë beaucoup d’art humain ; de grandes étendues de terre sont utilisées, mais peu cultivées et peu ou point graissées (c’est ce qu’on appelle l’exploitation extensive), et le sol épuisé est abandonné à la pousse volontaire des plantes, pour s’enrichir à nouveau graduellement de principes fécondants. Ainsi, après quelques récoltes, le champ est mis en jachère, afin qu’il se recouvre d’herbe et de bois et par là acquière une nouvelle couche d’humus. Dans des

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