LIVRE IV
régions peu populeuses, de pareils agissements se maintiennent encore même après que l’échange s’est établi. Ce que l’économe rural a à presterà d’autres, il l’acquitte en produits du sol (dîmes et autres redevances en blé , en bestiaux , etc.) , ou en travail (corvées), et les articles industriels nécessaires sont fournis par le travail des gens de la maison. Par suite de cette condition, le sol ne donne dans son ensemble qu’un rendement peu élevé et qu’un mince produit net, et une surface déterminée, par ex. une lieue carrée, n’est propre qu’à l’entretien d’un petit nombre d’hommes.
L’Écon. rurale est capable d’approvisionner en biens de la terre beaucoup plus de monde qu’elle n’en occupe. Cependant on n’obtient cet excédant sur les besoins personnels des cultivateurs qu’autant qu’on est mu par la contrainte ou par la perspective d’un débouché. Là où il est pourvu à l’économie rurale par des esclaves, comme dans l’antiquité, ou par des familles qui ne possèdent que peu ou point de terres, une classe de citoyens peut, même sans échange, retirer du produit des fonds de terre un revenu non acquis par le travail, une rente du sol convenue. Nous apprenons par Senior (on therat eof wages) que les propriétaires fonciers de l’Ecosse divisaient jadis leur terre en beaucoup de plus petites fermes, dont chacune ne nourrissait juste qu’une seule famille et qui ne rapportaient que peu d’intérêts, mais qui en revanche assuraient au locateur une grande influence personnelle, comme il apparaît par l’exemple de Cameron de Lochiel, lequel ne percevait que 500 liv. sterl. de fermage et put, en 1745, entrer en campagne avec 800 hommes de ses fermiers. Pour que l’on consacre à l’économie rurale un degré d’art et de zèle et un capital moyennant lesquels elle tire d’une surface donnée le plus grand produit brut et net possible, il faut que l’économe trouve l’occasion de placer divers produits du sol et d’acheter avec la recette divers autres biens. Avec
la facilité du placement commence le désir ardent d’introduire le mode d’exploitation le plus avantageux, et de produire en toute contrée ce qui peut compenser les déboursés par les bénéfices les plus considérables.
Le placement de produits agricoles à l’étranger importe moins, offre moins d’utilité que l’écoulement intérieur : 1° à cause de l’incertitude de sa durée, en ce que les pays importateurs de grains cherchent à s’affranchir insensiblement de la nécessité de l’importation; 2° à cause des frais plus élevés d’expédition à de grandes distances, notamment par voie de terre, tandis que dans la plupart des cas il n’est possible, en présence du concours de plusieurs peuples cultivateurs, d’obtenir que des prix fort modiques, sans compter que l’économe rural doit abandonner la vente sur des marchés éloignés aux marchands en gros, dont le bénéfice restreint aussi le prix de vente pour le producteur; 3° à cause de la transmissibilité à grande distance d’une portion seulement des substances brutes, comme blé, vin, lin, bestiaux, laine, peaux, alors que d’autres biens, comme les œufs, la volaille, les légumes, les fruits frais, la paille, le foin, ne peuvent pas au moins être portés bien loin.
C’est pourquoi le mieux qui puisse arriver à l’écon. rurale, c’est qu’il existe à l’intérieur, à côté des cultivateurs, d’autres nombreuses classes sociales encore, qui achètent des produits du sol, en échange desquels elles offrent à ceux-là soit des articles manufacturés, soit divers services personnels. Dans de telles conditions, le sol est rendu plus fécond par des améliorations (amendements), de grands capitaux lui sont consacrés et la plus forte quantité possible de matières en est extraite. C’est une erreur fâcheuse que celle qui méconnaît l’utilité pour l’économie rurale de la coexistence d'une classe nombreuse d’industriels et prestateurs de services, utilité qui se manifeste surtout dans le voisinage de villes