LIVRE IV
industries indépendantes, et en même temps que la civilisation et l’aisance grandissent, elles gagnent en étendue et en bonté des produits. Le degré différent de développement atteint par l’industrie dans un pays peut être préjugé déjà par la proportion numérique entre ouvriers de la terre et ouvriers industriels, et ce rapport accuse de pays en pays de grandes divergences. Tantôt les industriels ne forment qu’une infime portion, tantôt ils forment la majorité de la population. La prospérité de l’industrie relève encore, en même temps que des dispositions et de l’adresse des travailleurs, de l’existence d’un capital suffisant et de la certitude d’un bon débouché pour les produits. Insensiblement, le débouché apparaît dans l’intérieur du pays lui-même, à mesure que le produit net du I travail de la terre s’accroît et que par là s’accroît la possibilité de s’approvisionner d’articles industriels, à supposer bien entendu qu’en même temps se développe le besoin ou du moins le désir d’user de divers produits de l’industrie. Quand les travaux de la terre sont en progrès, les industries gagnent en extension et en perfection, mais de leur côté elles réagissent sur ces travaux, et par conséquent, ces deux principales branches de production se favorisent mutuellement. Néanmoins l’industrie reçoit une impulsion plus vive d’un débouché ouvert à l’étranger aux produits manufacturés, parce qu’alors diverses branches placées par hypothèse pour leur exploitation dans des conditions particulièrement favorables peuvent en peu de temps atteindre un grand développement. C’est ainsi qu’au moyen-âge on a vu la prospérité des villes situées dans le nord de l’Europe croître à l’aide du commerce, indépendamment de la j culture du sol, et exercer encore une fois sur celle-ci une réaction heureuse.
Dans des pays à population peu dense et à mouvement industriel peu développé, le nombre des industries exploitées est minime, parce que les capitaux et les ouvriers habiles font défaut, tandis que
l’économie rurale y est traditionnellement envisagée comme la branche principale d’alimentation , et que là où se trouvent de bons moyens de transport, notamment des voies d’eau, l’obtention de substances brutes en vue de l’exportation provoque une ardeur spéciale. Le zèle industriel national se restreint, dans ces conditions, à la confection ou préparation des marchandises d’art qui servent à la satisfaction des besoins les plus urgents et sont faciles à engendrer, tandis que les articles réclamant un degré d’art plus élevé sont demandés à l’étranger. Il en sera ainsi jusqu’à ce que peu à peu l’accumulation du capital, l’accroissement de la population, la propagation de notions utiles et un plus grand épanouissement intellectuel deviennent des excitants à l’exploitation des branches industrielles moins simples, résultat auquel concourt aussi parfois la difficulté croissante de l’exportation de produits du sol. Plus cela arrive, plus le bien-être augmente, et l’Écon. publique entre dans sa phase la plus florissante quand es travaux de la terre se trouvent en équilibre avec es industries, et quand ils sont tous deux simultaîément poursuivis avec l’assistance de l’art et des capitaux.
Les industries se trouvent complètement en rap- >ort avec le travail de la terre dans un pays, quand i° elles élaborent ses produits ; quand en même temps !° les travailleurs consomment des substances alimenaires indigènes, et quand aussi 3° les habitants du >ays fournissent le principal débouché. Mais si les ndustries augmentent dans une forte proportion, :ette connexité est facilement rompue ; tantôt on cassera à l’élaboration de substances transformables t auxiliaires étrangères, tantôt la production excède 3 besoin indigène, et c’est ainsi que même des pays e fertilité médiocre ont vu se produire une crue de la opulation plus rapide que ce n’eût été le cas sans ce ontact avec l’étranger. Un pareil état de choses est ccompagné d’un péril sérieux, parce que des pertur-