‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 279 sur 305 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

En effet a) la possibilité de conquérir jamais l’inde pendance s’y présente dans des perspectives si loin taines que l’excitant qui en découle au zèle et l’économie fait en général défaut, b) Pour beaucou de branches industrielles, le débouché est très-va riable. S’il s’étend de manière que les entre prises soient lucratives et s’agrandissent faci lement par l’emploi de capitaux nouveaux, il s produit une grande affluence de travailleurs auxquel le mariage ne peut être interdit. Que s’il survien alors des arrêts dans le débouché, ces familles son éprouvées par la gêne, soit que plusieurs de ouvriers reçoivent complètement congé, soit qu’o ne les occupe plus qu’une partie de leur temps o que du moins ils dussent se contenter d’un salair moindre. Là où plusieurs fabriques de même espèc sont situées dans le voisinage les unes des autres la quantité déjà des ouvriers employés rend difficile dans l’hypothèse défavorable qui vient d’être ment tionnée, leur subsistance à l’aide de quelque autr branche. De nouvelles branches manufacturière sont en général plus avantageuses pour les ouvriers que d’anciennes sur lesquelles s’est déjà abattue 1; concurrence, c) Le nombre des fabriques dans chaqubranche est en général modique, et parfois il ne s’ei rencontre qu’une seule dans une contrée. C’est pour quoi les salariés ont moins la perspective de trouve1 de l’emploi chez d’autres entrepreneurs que les auxiliaires des métiers et, en conséquence, ils sont, vis-ài vis de ceux qui les emploient, dans une plus grand» dépendance que ces auxiliaires. En même temps, b chiffre considérable des ouvriers de fabrique et li nécessité d’un ordre et d’une subordination supérieurs font que les dits ouvriers demeurent personnellement assez étrangers aux fabricants, et qu’un grand écart subsiste entre les deux classes, sous le rapport de l’avoir, de la culture, du genre de vie, etc. d) L’insouciance, la grossièreté et l’immoralité, favorisées par ces circonstances , s’accusent encore

davantage quand dans une région il existe tant d’ouvriers de fabrique qu’ils forment une classe à part, dans laquelle de mauvaises habitudes se propagent et se transmettent. Cette situation se constate fréquemment, parce que là où s’exploitent déjà certaines branches industrielles, on en entreprend plus volontiers d’autres qui se promettent des premières un concours varié, e) L’influence la plus mauvaise sur la moralité de la classe ouvrière est exercée par ces fabriques (appelées faclories en Angleterre), où les ouvriers travaillent en commun dans de grands ateliers, surtout si l’on y fait travailler côte à côte des personnes de sexe différent et même encore d’un âge peu avancé, ce qui détruit la vie de famille et conduit à des désordres de toute sorte. Or, cette collaboration dans de vastes ateliers est commandée en beaucoup d’industries par la mise i en œuvre de machines, par le désir d’épargner du combustible ou d’éviter d’autres dépenses, par la surveillance qu’exige l’obtention de bons produits, etc.,

; etc.

,*» De nombreuses expériences ont mis en lumière les inconvénients qui découlent, sous le rapport moral et économique, d’une trop grande extension de l’activité manufacturière et qui peuvent constituer même une menace pour la sécurité de l’Etat, compromise par l’existence de bon nombre d’ouvriers sans fortune et trop accessibles aux excitations de toute sorte. Toutefois , la gravité et la fréquence des désavantages paraissent avoir été assez souvent exagérées, parce que les faits invoqués comme démonstratifs étaient empruntés parfois à des industries se trouvant dans une période d’arrêt ou même de déclin. Les effets les plus nuisibles proviennent de branches industrielles ayant au loin leur débouché, qui est, par conséquent, trèssujet à des vicissitudes. Néanmoins, cesmauxpeuvent être, en partie du moins, conjurés, en ce que, abstraction même faite de ce que la puissance pu-

blique réalisera pour l’amélioration des travailleurs, la condition de ceux-ci recevra le contre-coup heureux de l’application, de la moralité, des goûts rangés, développés chez eux sous l’influence de bonnes écoles populaires, d’un sain enseignement religieux, d’excitations extérieures à l’épargne, sans compter que le manufacturier lui-même peut agir de la manière la plus efficace sur la conduite de ses auxiliaires. Arrêtons-nous cependant encore un peu aux plaies que nous avons essayé de sonder.

Bien des faits ont été recueillis dans les derniers temps qui ne laissent pas de doute sur la triste situation d’une partie des ouvriers de fabrique. Il ne faudrait pas en conclure à la suppression générale des fabriques, mais au moins doit-on considérer comme un desideratum problématique leur rapide accroissement et extension, et éviter de voir en Flandre et dans le comté de Lancastre l'idéal économique, en s’appliquant par contre, avec une attention d’autant plus grande, à écarter les circonstances déplaisantes qui font cortège à la vie manufacturière. Les causes de cette gêne et de ces souffrances résident dans les offres de services faites par un trop grand nombre de travailleurs, et dans la dépression du salaire qui en est la conséquence, dans l’indifférence égoïste de beaucoup de patrons, et même dans certaines pratiques oppressives de ces derniers, qui quelquefois, par ex., imposent à leurs ouvriers, à titre de salaire partiel, des marchandises évaluées trop haut ou ne correspondant pas aux besoins des familles de travailleurs (c’est ce que les Allemands appellent Trucksysthem, mot remplacé en anglais par truck). Parmi les manifestations du mal se rangent les suivantes : 1° celles qui ont trait à la santé. Aux opérations pénibles et en partie périlleuses viennent se réunir une nourriture peu abondante, des habitations étroites et enfumées, notamment des caves où des milliers d’individus sont réduits à vivre, l’air vicié des quartiers de la ville

ou des ateliers où se presse une population dense, le travail de nuit, l’application prématurée et excessive des enfants (contre laquelle nous avons pris cependant, en France, des précautions législatives), l’insuffisance des soins donnés aux enfants, etc., ce qui explique la mortalité plus grande qui sévit parmi les ouvriers de fabrique, dont l’existence est sensiblement plus courte qu’elle ne l’est dans les autres classes. C’est surtout la fièvre typhoïde qui fait dans leurs rangs de grands ravages. Toutefois, ces phénomènes se montrent aussi dans des villes commerçantes telles que Liverpool, où 22,000 personnes environ sont entassées dans des caves et où séjourne une grande quantité d’Irlandais besogneux. Là, la durée moyenne delà vie n’est que de 17 ans, tandis qu’à Manchester elle est de 20 ans, à Leeds de 21 ans, à Londres de 26 1/2. Le quartier de Liverpool, dans lequel 58 0/0 vivent dans des caves et des cours, compte 1 décès par 23 1/2 habitants, et 1 individu sur 27 y est annuellement atteint par la fièvre, tandis que dans la partie où les habitations sont les plus confortables les fièvres sévissent dans la proportion de 1 sur 237 et il ne meurt qu’une personne sur 41 6. A Preston, la mortalité parmi les ouvriers salariés est de 1 sur 18 28, parmi les entrepreneurs d’industrie de 1 sur 31 53, parmi les riches et ceux qui sont occupés à des services d’un ordre plus élevé de 1 sur 47 39, et la durée moyenne de la vie est tombée dans cette ville, depuis l’introduction des fabriques (vers 1783), de 31 65 années à 19 6. Les indications circonstanciées fournies par Ducpétiaux {Delà Mortalité à Bruxelles , 1844) dénoncent la grande mortalité des quartiers les plus misérables de Bruxelles. Parmi les gens à gage et les journaliers, il en meurt 1 sur 14; parmi les industriels, 1 sur 27, et dans les classes plus élevées, 1 sur 50 6. L’influence pernicieuse de ces causes sur la condition physique de l’homme est attestée aussi par les observations suivantes. Tandis qu’en France, pour

trouver 100 hommes aptes au service, il faut en moyenne passer 86 jeunes hommes qui n’y sont pas propres pour des motifs corporels, la quantité des impropres sur 100 dans le département de la Seine- Inférieure, ou il y a beaucoup d’industries, est de 126; elle est à Rouen de 166, à Elbeuf de 168, mais toutefois à Mulhouse elle n’était que de 110. D’après Ch. Dupin, en moyenne, sur 10 départements essentiellement agricoles, on ne trouve que 40 0/0 d’impropres au service, lorsque sur 10 départements de fabriques on en trouve 99 0/0 et en Alsace 08 0/0. On est d’accord pour penser que des mesures de police sanitaire peuvent beaucoup contre ces maux, et c’est ainsi que ceux-ci accusaient déjà moins d’intensité en Belgique dans les années 1839-43 que de 1819 à 23. D’ailleurs il ne manque pas d’exemples de grandes fabriques à locaux aérés et bien tenus, comme aussi d’habitations hygiéniques appropriées pour les ouvriers par leurs patrons. 2° Celtes qui ont trait à la moralité. Le goût trop répandu de la boisson prend facilement sa source dans une mauvaise éducation domestique, comme dans d’autres circonstances encore. Le concubinage et de nombreuses naissances illégitimes ne se constatent aussi que trop souvent dans la population manufacturière. Les pays dans lesquels l’instruction primaire n’est pas obligatoire se plaignent également beaucoup de l’ignorance des ouvriers. En Belgique, on a dans 306 entreprises compté 648 ouvriers sur mille qui étaient entièrement dépourvus de connaissances élémentaires, et parmi les ouvrières on en comptait même 722 sur mille dans les mêmes conditions. 3“ Celles qui ont trait à l’Economie. Dans cet ordre d’idées, on constate le défaut d’épargne et de discipline dans le ménage des familles laborieuses, le gaspillage de salaires élevés, et par conséquent une misère plus grande quand le salaire décroît. Les filles qui entrent de bonne heure dans les fabriques ne deviennent pas de bonnes ménagères, n’ayant pas

l’occasion d’acquérir les connaissances requises à cet effet. Des recherches et observations faites prouvent néanmoins que le bon vouloir et l’intelligence des patrons peuvent lutter avec avantage contre les désordres signalés, et que les souffrances, ainsi que les assujettissements des ouvriers, qui ont fait parler quelquefois même d’esclavage des blancs, ne sont pas aussi universels qu’on a bien voulu le dire.

Tout au moins avons-nous à montrer maintenant que l’industrie des métiers le cède en beaucoup de cas, sous le rapport de l’efficacité du travail, aux grandes entreprises. Il en est ainsi 1° parce que dans les fabriques il peut être employé plus de machines et d’autres moyens d’art qui supposent un grand capital; 2° parce que les travaux y sont divisés entre un grand nombre de personnes ; 3° parce que les directeurs de ces exploitations s’approprient une culture scientifique, qu’ils peuvent davantage contribuer au perfectionnement des choses techniques de l’industrie et apprendre à connaitre et utiliser plus facilement de nouvelles inventions que des maîtres de métiers. A cela s’ajoutent les avantages économiques que le grand entrepreneur possède relativement aux achats, àux expéditions et aux débouchés. Il peut faire des approvisionnements de ses produits et rechercher ou attendre les occasions les plus avantageuses pour la vente, tandis que l’homme de métier ou bien dépend des commandes, ou bien doit promptement se défaire des marchandises non commandées auprès du marchand en gros. Ces avantages apparaissent surtout dans les industries travaillant en vue d’un débouché étranger ou au moins éloigné. C’est pourquoi, pour beaucoup de branches de ces industries, les maîtres de métiers ne sont pas dans le cas de soutenir la rivalité des fabriques, quant à la bonté et au bon marché des produits, et l’accumulation du capital comme les progrès industriels de nature technique ont pour suite inévitable de faire refouler les métiers par les fabriques dans une partie des

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