‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 280 sur 305 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

industries; en d’autres branches, où cette supériorité d’une grande exploitation disparaît, les métiers peuvent plus facilement subsister, et il surgit même bien des branches nouvelles qui se prêtent à l’exploitation en petit. Les fabriques par ex. ne livrent en grandes masses que des marchandises de même espèce, et ne peuvent, pour cette raison, donner satisfaction aux goûts et aux besoins particuliers de l’acheteur. C’est ce qui assure déjà la continuité de foule de métiers, tels que celui du tailleur, du serrurier, du cordonnier, du menuisier, du charron, etc. Bien des industries sont totalement ou en grande partie des industries locales, comme celles du charpentier, du maçon, du j boucher, du boulanger, du relieur, du confiseur, etc.; rien que la réparation d’objets employés réclame au moins des gens de métier qui soient à portée, ce qui fait que dans toute ville, pas trop petite, un horloger, un arquebusier, etc., sont de rigueur. De plus, certaines industries sont tellement simples qu’une grande exploitation ne peut tirer aucun avantage de l’emploi de moyens d’art coûteux; tel est le cas de celles du tapissier, du sellier, du potier d’étain, du boutonnier, du brossier, du relieur, du batteur d’or, du tailleur de pierres, du fourreur, du bouteiller, etc. Toutefois, certains métiers ont vu commencer déjà la limitation de leur débouché par les fabriques; c’est ce qui a lieu pour les peignes coupés par des machines, pour les savons fins, les clous mécaniques, etc. Les cordons et les cordes sont aussi confectionnés meilleur marché en grand. En tout cas, cette lutte contre l’invasion des grandes entreprises peut être plus facilement soutenue par les gens de métier, s’ils s’efforcent par leurs connaissances et leur habileté de satisfaire aux exigences d’une culture qui a grandi. Nonobstant les inconvénients signalés, on ne peut tout de même pas considérer en bloc l’éclosion et la réussite des fabriques comme un mal là où elles sont nécessaires pour faire à un pays dans l’activité industrielle une part qui corresponde à sa population

et à l’état de ses sources de biens; mais il ne faut pas souhaiter que les fabriques s’accroissent plus rapidement qu’il n’est besoin sous ce rapport, et qu’un peuple, négligeant d’autres industries, s’abandonne aux périls attachés à une fabrication manufacturière prédominante.

/, Ce sont les industries manufacturières ou industries proprement dites, qui deviennent l’occasion la plus fréquente de l’emploi de machines , bien que celles-ci rendent également des services notables dans l’art minier et dans l’économie rurale. Aussi a-t-on vu, au sujet surtout des industries, se manifester la préoccupation : 1° que l’introduction des machines devînt fatale à la classe laborieuse, en retirant à partie de ses membres leurs occupations et leur subsistance ; 2° que l’appauvrissement de bon nombre d’ouvriers l’emportât sur les avantages inhérents au meilleur conditionnement et au bon marché des produits d’art; 3° que la multiplication des machines allât même au rebours de l’intérêt des entrepreneurs, en accroissant l’offre de moyens de jouissance, mais en restreignant en même temps le nombre des acheteurs. « Si, disait Forster, la quantité d’hommes décroissait dans la mesure dans laquelle les machines qui travaillent se multiplient , celles-ci seraient notre salut; mais comme les machines se multiplient aussi rapidement que les hommes, j’entrevois la possibilité qu’à force de zèle industriel nous périssions encore une fois de faim. y> On compte d’ailleurs bien des expériences à l’appui de ces vues et de ces appréhensions. Combien de fois des désordres n’ont-ils pas éclaté dans les régions manufacturières, à la suite de l’introduction de nouvelles machines? Qui n’a entendu parler des destructeurs de machines (Luddites) en Angleterre, qui en 1826, par exemple, mirent en pièces foule de métiers à tisser dans le Lancashire. En 1758, le peuple brûlait la machine d’Everett à tondre le drap, et en 1768 on portait la main sur la première scierie, mue par le

Page 1