LIVRE IV
et pharmaceutiques, le recours à des procédés avantageux réalise des économies moins sur le travail que sur les substances transformables et auxiliaires. Une foule de métiers simples, ainsi que diverses activités rentrant dans le domaine des beaux-arts, excluent également les machines. Même la construction des machines met encore une fois des hommes en mouvement. 3° En rendant divers services qui se multiplient également à l’inflni lors de l’agrandissement du revenu net. Citons les professeurs, les artistes, par ex. les comédiens et les musiciens, les médecins, commissionnaires, cochers, etc., etc.
Les machines, dont les effets économiques considérables et durables ne sont soumis en général à aucun doute, sont par conséquent, en somme et à la longue, plutôt profitables que nuisibles, même à la classe ouvrière. Toutefois des chômages passagers peuvent sans contredit résulter de l’introduction de machines nouvelles. La considération tirée de la gêne , des travailleurs n’empêche pas les entrepreneurs d’installer des machines quand celles-ci leur promettent du bénéfice. Les ouvriers qui se voient par là délogés de leurs occupations antérieures n’en trouvent pas toujours tout de suite d’autres, sans compter qu’ici apparaissent aussi souvent dans une large mesure les obstacles déjà signalés, qui s’attachent au passage d’une industrie à une autre. On ne saurait préciser en général jusqu’où peut s’étendre et à quel point peut se prolonger ce retrait des vivres atteignant d’abord des familles d’ouvriers, comme aussi on ne peut rien faire pour les en préserver, attendu qu’on ne doit pas mettre obstacle à l’augmentation des machines. Un peuple qui voudrait tourner le dos aux machines ne réussirait qu’à faire prendre à une partie des industries par lui exploitées le chemin des pays voisins. Gomme l’a fort bien dit Chaptal, « il ne s’agit plus de savoir si l’emploi des machines condamne des bras au repos; il suffit d’être convaincu qu’elles sont devenues nécessaires pour maintenir
la concurrence et préserver notre industrie d’une ruine certaine ». On parvient de la sorte à la conviction que les maux pouvant à la rigueur découler de l’introduction de nouvelles machines, et qui sont en tout cas de plus courte durée que leurs conséquences favorables, rentrent dans les sacrifices dont veut être payée l’élévation du bien-être général.
D’après l’expérience faite, ces suites défavorables des machines nouvelles ne se produisent que dans peu de cas. Pour un grand nombre des machines les plus efficaces et les plus répandues, on n’a pas constaté d’inconvénients postérieurement à leur introduction, et aujourd’hui encore nous voyons les machines prendre place dans beaucoup d’industries sans y causer de perturbation. Cette constatation rassurante s’appuie sur la nature des choses. En effet, 1° les ouvriers mis en non activité ne reculent devant aucun effort pour trouver d’autres voies acquisitives, et pour une partie du moins, ne tardent pas à réussir dans leurs recherches. 2° Les machines causent le moins de dommage, quand l’industrie qui les emploie ne mettait encore en mouvement que peu d’individus, ou quand la demande des produits pour lesquels on fait appel aux machines s’élève considérablement en même temps; par conséquent, elles sont complètement inoffensives dans les pays dans lesquels, comme dans les États-Unis d’Amérique, les industries correspondantes ne font que surgir actuellement. 3° Les machines les plus efficaces sont habituellement très-coûteuses et ne se répandent que lentement, ce qui fait que l’offre de travailleurs ne décroît que très-insensiblement. Une partie des entrepreneurs se garde de l’acquisition trop prompte de machines, soit qu’elle doute de la continuité du débouché, soit aussi qu’elle manque d*e connaissances suffisantes ou qu’elle éprouve à l’encontre des machines des méfiances basées sur diverses déceptions : aussi les brusques bouleversements dans le mode d’alimentation ne sont-ils pas tant à redouter!