LIVRE IV
1° Quand des dettes contractées par un peuple coïncident avec une importation de marchandises, il ne faut pas que la bonification de cette importation ait lieu aussitôt par une expédition en sens inverse. De pareilles dettes prennent naissance : a) dans des achats de marchandises à terme plus ou moins long, lesquels ne sont acquittés par les destinataires que lorsque des envois nouveaux semblables sont en route ou déjà arrivés, de telle sorte que le vendeur fait toujours l’avance d’un des montants et prête à l’acheteur le capital circulant exigé pour le commerce avec les marchandises étrangères; t>) dans de véritables emprunts d’argent contractés par les gouvernements ou les particuliers. Bien qu en ceci on soit d’ordinaire déterminé par d’autres vues, l’effet est le même que si l’on empruntait seulement pour pouvoir importer des marchandises. L’achat de valeurs publiques ou d actions étrangères et la participation des riches ' a de nouveaux emprunts et à de nouvelles entreprises industrielles, effectués dans un autre pays, facilitent ce placement de la fortune mobilière à 1 etranger et deviennent très-fréquents de nos jours. Ces prêts s’effectuent, en tant que possible, sans envoi d espèces, par des traites que les vendeurs de marchandises émettent surleursacheteurs étrangers. Les prêteurs font l’acquisition de ces traites et les passent à ceux qui veulent emprunter d’eux. L’effet est toutefois le même quand le prêt est reçu en | une somme d’argent expédiée et quand à l’aide de cette somme l’importation va être acquittée comptant, car dans ce cas aussi l’approvisionnement indigène en numéraire demeure invariable et il reste seulement en face l’une de l’autre la quantité de biens importée et la dette vis-à-vis de l’étranger. Les emprunts n’ont pas besoin d’être précisément faits au meme peuple à qui Ton achète des marchandises; mais l’expérience toutefois enseigne que le peuple emprunteur achète au peuple prêteur plus de biens
qu'il ne ferait sans cette circonstance, et cela aussi bien à cause des relations plus étroites existant entre les deux peuples que parce que le cours du change est bas dans le pays emprunteur vers le pays prêteur, ce qui rend les marchandises un peu meilleur marché qu'elles ne le seraient en d’autres conjonctures.
Des particuliers ou des sociétés qui empruntent à l’étranger visent habituellement à se procurer, dans un but industriel, un capital à un taux d’intérêt plus bas qu’ils ne l’obtiendraient dans le pays même, et donnent, par conséquent, en principe, à la masse de biens prêtée qu’ils reçoivent en marchandises ou en espèces une destination acquisitive. Il y a toutefois à rechercher encore jusqu’à quel point, en général, les marchandises importées, dans lesquelles un peuple reçoit le montant des emprunts faits à l’étranger, peuvent opérer comme capitaux et servent, par conséquent, à l’extension de l’activité industrielle indigène. Le doute n’est pas possible, quand l’importation consiste en moyens d’entretien pour les ouvriers, en substances transformables et auxiliaires et en ustensiles, par conséquent en choses qui appartiennent elles-mêmes aux capitaux. Avec l’importation de simples moyens de jouissance, cette influence immédiate sur l’engendrement de biens ne se produit pas ; il faut à cet égard distinguer deux cas : 1° quand pendant un temps un peuple emprunte annuellement à l’étranger et introduit des moyens de jouissance avec le montant de ses emprunts, les capitaux indigènes, à l’aide desquels ces moyens de jouissance devraient autrement être engendrés, deviennent utilisables pour d’autres branches plus avantageuses de la production de biens; 2° s’il n’est fait d’emprunt à l'étranger qu’en certaines années et si l’importation est renforcée de cette manière, il faut admettre que les articles nouvellement introduits sont principalement des parties constitutives du capital pris dans le sens économique, parce que