‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 292 sur 305 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

les emprunteurs ne veulent pas devenir débiteurs de l'étranger pour une jouissance de biens plus étendue et que les autres habitants ne reçoivent pas une augmentation de leurs revenus qui puisse les inciter à des dépenses improductives plus considérables. De tels emprunts ne se rencontrent guère entre deux peuples également aisés , et c’est plutôt le peuple moins prospère qui a coutume de compléter de cette façon son capital insuffisant en s’adressant donc à un peuple plus riche, qui y trouve également quelque avantage. Par contre, le simple désir de marchandises étrangères chez les consommateurs, sans un besoin de capitaux d’un côté et un approvisionnement abondant de capitaux de l’autre, ne constitue pas encore un mobile suffisant pour des emprunts étrangers, et quand même les acheteurs indigènes isolés achèteraient les marchandises à crédit du marchand qui les importe, cette circonstance n’a aucun trait à la façon dont celui-ci règle la contre-valeur à l’étranger. Si le peuple qui appela de cette manière du capital étranger à son aide voit graduellement s’élever son bien-être et par conséquent baisser le taux de , l’intérêt, il entreprend l’extinction des dettes à l’étranger. Les emprunts faits par les gouvernements ne sont pas, en général, destinés à un emploi productif.

2° La question de savoir à quel point l’argent et notamment les monnaies faites de métaux précieux peuvent prendre le chemin de l’étranger pour la bonification des marchandises importées, est facile à décider par des considérations antérieures sur le besoin, l’approvisionnement et le prix de l’argent en divers pays. Une augmentation ou diminution de la masse d’argent d’un pays qui élève ou abaisse notablement les prix des marchandises ne peut pas subsister longtemps, car aussitôt que la différence dépasse les frais de transport, on se trouve incité à retirer de l’argent des endroits où il est bon marché pour le faire parvenir aux lieux où il a le

prix le plus élevé. Si par conséquent on payait constamment comptant l’importation, on verrait encore une fois bientôt affluer, par suite des entreprises des marchands, autant de numéraire qu’il en a été envoyé au dehors. L’argent ne sert donc que temporairement à bonifier les marchandises reçues, car comme il prend inévitablement à nouveau la direction inverse, c’est-à-dire s’en va de là où il s’est accumulé et se précipite sur les contrées où il s’est fait rare, il faut toujours qu’en fin de compte se présente un autre moyen de compensation, à savoir des dettes ou des envois de marchandises. Quoique les négociants trouvent avantageux, en certains cas, d'expédier au dehors de l’argent métallique ou des métaux bruts précieux, on peut tout de même admettre en principe que bon an, mal an, les quantités d’argent exportées et importées équivalent les unes aux autres.

Il est toutefois plusieurs exceptions remarquables à cette règle, c’est-à-dire qu’il est des cas dans lesquels une exportation et une importation de métaux monétaires ne produit pas de modification dans les prix de l’argent et peut, par conséquent, servir réellement à la bonification d’achats de marchandises. L’explication est la suivante : a) Tout pays dépourvu de mines d’or et d’argent doit introduire annuellement une certaine quantité de métaux précieux, pour faire face à l’usure et à la perte de monnaies, aussi bien qu’à des emplois indigènes de diverses sortes. Sous ce rapport, les métaux précieux n’apparaissent qu’avec le caractère de substances à transformer. b) Un peuple qui tire de ses mines ou de ses lavages des métaux précieux peut annuellement en exporter la portion dont le pays propre n’a pas besoin, et cette portion est à considérer alors non pas comme matière d’argent, mais comme quelque autre objet l’exportation. Un effet analogue, quoique moins prolongé, est dû à l’introduction et à l’accroissement du papier-monnaie, c) Dans les pays dont la population, e zèle industriel et la circulation des biens prennent

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