‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 297 sur 305 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

comme aussi le salaire des marins et voituriers, à apporter un accroissement au revenu du pays dont le négociant fait partie. Une quantité d’hommes doivent, il est vrai, leur entretien à cette branche du commerce, et on peut aussi admettre que des marchandises étrangères seront importées pour le montant du bénéfice commercial et du remboursement des frais ; mais il n’y a lieu à aucun placement de produits indigènes et à aucun grand achat de produits étrangers. Aussi ce genre de commerce exerce-t-il sur l’économie du pays propre une moindre influence que le commerce d’exportation et d’importation. Le mieux est donc que les capitaux et les forces actives ne se tournent pas vers lui avant que les branches commerciales d’intérêt plus général d’un pays aient acquis l’extension dont elles sont susceptibles. C’est là aussi l’ordre habituel, au moins chez les peuples dont, en dehors de toute énergique impulsion du dehors, l’activité se développe graduellement à l’intérieur par leurs propres forces, car : 1° le commerce d’intermédiaire exige des capitaux considérables, attendu qu’il n’est lucratif qu’en gros et que leur recomposition (Umsatz) ne s’effectue que lentement ; 2° il est exposé aux risques de fréquentes interruptions et pertes. Tant donc que les capitaux trouvent facilement dans le commerce intérieur et d’exportation et d’importation un emploi rémunérateur, c’est celui-ci qui sera préféré , et avec la marche régulière du bien-être, chaque peuple n’a recours que plus tard au commerce d’intermédiaire.

Il est toutefois des circonstances qui favorisent particulièrement ce dernier commerce. Dans le nombre se rangent la situation avantageuse d’un pays placé entre d’autres et sur le trajet que les produits de ceux-ci doivent parcourir lors de leur expédition en vue d’un échange réciproque, et encore la possession de bons ports et aussi le fait d’être voisin de ces pays qui, vu leur grande abondance de produits, s’en tiennent volontiers au commerce pas-

sif. Pour la dernière cause, le commerce international se trouve être fréquemment la principale branche alimentaire de petits États situés au bord de la mer ou de courants navigables dont le sol ne se prête pas beaucoup au travail agricole et que les inclinations de leurs habitants, comme aussi l’habileté acquise dans les constructions maritimes et la navigation, dirigent plutôt vers le commerce que vers la fabrication. Le commerce a-t-il déjà pris une certaine extension, les relations sont-elles établies au loin, les moyens de transport sont-ils organisés, est-on au courant des produits et des besoins d’autres pays, ainsi que des moyens destinés à la préservation de pertes, il est facile de mettre en mouvement de nouvelles entreprises à côté de celles déjà exploitées. C’est pourquoi souvent des peuples adonnés au trafic en question ont pendant un temps fait de grands bénéfices et sont parvenus rapidement à la fortune. Par contre, le bien-être ainsi acquis se trouve encore une fois menacé quand les routes commerciales se modifient ou quand les peuples pour lesquels les commerçants servant d’intermédiaires pourvoyaient aux arrivages et aux débouchés commencent à prendre une part plus active dans le commerce extérieur. Le commerce d’exportation et d’importation, qui pénètre davantage dans l’économie du peuple, constitue une branche acquisitive bien autrement durable.

Le commerce d’intermédiaire n’est nullement ! étranger d’une manière complète à la propre production de biens du pays dans lequel on s’y livre ; loin de là, il contribue plutôt au développement de cette production, en lui offrant un facile débouché, et il lui sert d’excitant, quand jusqu’alors elle n’était encore que de mince importance. Le commerçant est poussé dans cette voie par son avantage personnel, en ce que ses affaires sont consolidées quand une partie des marchandises qu’il dirige sur d’autres pays sont engendrées dans sa propre patrie. Ajoutons que l’affluence d’articles étrangers que le com-

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