LIVRE IV
tant à assurer la répartition facile et complète des biens. Terminons ce sujet par trois observations :
1° Le commerce de détail n’exige qu’un capital peu important, parce que, vu la proximité de l’acheteur qui paie aussi habituellement comptant au magasin, ce capital circule rapidement et peut par conséquent être plusieurs fois reconstitué dans l’année. Le revenu du boutiquier contient dans une mesure notable un salaire simple d’ouvrier pour la peine prise dans la vente de détail. Si tout ce revenu est envisagé comme profit industriel, il constitue dans son rapport au capital employé un taux très-élevé en pour cent. Ainsi, par exemple, on ne rencontre pas ici d’affaires de change, de comptabilité recherchée, et point n’est besoin de la connaissance des langues et des lois étrangères. Beaucoup de détaillants achètent et revendent exclusivement en dedans d’une seule localité ; toutefois, il existe aussi des marchands ambulants. Quand la population d’un pays est peu dense, quand le commerce est dans l’enfance, le marchand doit aller à la recherche des preneurs, j ainsi que cela s’observe encore pour les colporteurs. Avec une population qui croît, le colportage est réduit à un nombre d’articles de plus en plus infime. Dès que dans une contrée une marchandise trouve assez d’amateurs pour encourager un boutiquier à l’acquérir et à la mettre en vente, elle peut être livrée à meilleur compte par lui que par le colporteur, dont les frais de route vont renchérir le prix de vente. Il est vrai que l’inexpérience et l’étourderie de l’acheteur rendent souvent la lutte possible au colporteur, en lui permettant de se débarrasser frauduleusement même de mauvaise marchandise.
2° Le commerce de détail réclame infiniment moins d’habileté que le commerce en gros, en ce que les entreprises y sont plus faciles à conclure et à mener à fin, et en ce que les moyens auxiliaires présentent, comme nous l’indiquions tout-à-l’heure, une plus grande simplicité.
3° Le commerce de détail fait courir de moindres périls, les opérations n’embrassant qu’une courte période de temps, étant engagées d’après des conditions de lieux connues et les besoins des acheteurs, et n’employant que de petites sommes pour chaque espèce de biens.
SECTION TROISIÈME
Le Commerce de Papier.
Parmi les diverses espèces de papiers de crédit, le papier-monnaie (Papiergeld) ne donne pas lieu à un commerce spécial, d’autant que sans cela il est constamment en circulation et qu’avec les variations du cours, chacun des possesseurs est, même malgré lui, placé dans la condition de pouvoir gagner ou perdre.
Pour ce qui concerne les effets, remarquons : 1° que les obligations documentées, à la charge de personnes privées, ne constituent pas, en général, un aliment commercial, parce que chacun de ces documents emprunte quelque particularité à la personne du débiteur, à la somme due, aux conditions y libellées, etc., et qu’il n’y a à acheter un pareil titre que le capitaliste familiarisé complètement avec la situation de l’obligé et la tenant pour suffisamment rassurante. Une exception ne se comprendrait que pour des engagements souscrits par d’opulents propriétaires, généralement considérés comme tels, qui émettent souvent de nombreuses obligations conditionnées de la même façon et portant sur des sommes identiques. 2° Il en est différemment des obligations à la charge des communes ou d’autres