‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 37 sur 305 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

l’engendrement de biens. Rien n’égale par ex., dit-on, l’Anglais pour l’énergie, l’Allemand pour l’exactitude, le Français pour le goût. Mais indépendamment des causes en quelque sorte latentes, constitutionnelles, climatériques, natives et tirées de l’éducation, de la moralité et de l’instruction, dont il subit l’influence, ce zèle se ressent encore en premier lieu de la perspective que peut avoir l’ouvrier d’améliorer sa condition et spécialement d’accroître son revenu. Aussi voit-on déployer l’ardeur la plus grande par ceux dont le revenu dépend exactement de leurs prestations, tels que les ouvriers qui sont à leurs pièces, et Mac Culloch a bien raison de ranger ce procédé, qui entre de plus en plus dans nos mœurs, parmi les raisons de l’état prospère de la fabrication dans la Grande-Bretagne. Toutes les industries ne se prêtent cependant pas à une rémunération de ce genre ; il n’y a que celles où le travail se décompose en une série de tâches isolées. Cette rémunération ne convient guère non plus aux paresseux et aux maladroits. Elle peut aussi déterminer une trop grande précipitation de la part de l’ouvrier, si bien que pour les ouvrages délicats on l’abandonne. Ainsi dans les imprimeries, où l’on paiera souvent les compositeurs à la tâche, on continuera à payer à la journée des ouvrages spéciaux, tels que les traités de mathématiques, les fac-similé, les inscriptions, etc., qui exigent beaucoup de soins et pour lesquels il faut prévenir la tentation de l’ouvrier à la tâche de faire vite. L’ouvrage à la tâche a encore un écueil dans l’atomisme et n’est pas favorable au développement général de l’esprit, et s’il augmente le gain des ouvriers habiles, ce n’est pas seulement au détriment d’une santé compromise par trop d’ardeur, mais encore aux dépens de leur aptitude constante au travail. M. Michel Chevalier rapporte qu’après la Révolution de février, les ouvriers parisiens ont voulu supprimer le travail à la tâche et y ont réussi dans plusieurs fabriques.

Pour obtenir la plus grande quantité et qualité

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30ssible d’ouvrage de l’ouvrier, c’est-à-dire pour exciter sou ardeur au plus haut degré, des iniustriels ont songé à l’associer à leurs bénéfices. Vlais la participation aux bénéfices toujours aléatoires ne peut, en général, réduite à elle seule, suffire i des gens peu aisés, qui ont besoin de leur pain quo- ;idien pour vivre ; aussi combine-t-on généralement jette participation pour une part quelconque aux lénéfices annuels, avec un salaire à la journée )ar exemple ou à la semaine, etc. On cite quelquefois es heureux résultats conquis dans cette voie par un )eintre en bâtiment, M. Leclère, de Paris. D’autres liaisons y sont également entrées, qui cimentent finsi on ne peut plus énergiquement l’alliance du ravail et du capital, et nous citerons entre autres "établissement A. Godchaux et Cie, à qui sont dus jeaucoup des cahiers d’écriture qui circulent dans es écoles primaires. Si l’ardeur productive est déjà quelque peu émoussée chez ceux qui ne sont payés [u’à la journée ou à la semaine, elle est moindre mcore chez les corvéables, lesquels à quatre ne font )as plus de besogne que trois ouvriers salariés, d’a- >rès des expériences agricoles connues, et elle fait absolument défaut aux personnes privées de leur liberté, parce que celles-ci n’ont rien à attendre d’un Æort plus considérable. Il va sans dire cependant [u’il peut en être différemment selon le traitement ippliqué aux esclaves, qui peuvent être^ éperonnés usqu’à valoir debonsserviteurs libres. Déjà Columella De re rustica) donnait des conseils dans ce but, [uand il disait: « Jam illud sæpe facio, ut quasi ;um peritioribus de aliquibus operibus novis deli-

ærem Tune etiam libentius eos id opus aggredi

ideo, de quo secum deliberatum et consilio ipsorum usceptum putant. »

Mais le zèle productif subit aussi, en second lieu, Influence des besoins qui hantent l’ouvrier et qui iguiîlonnent son activité. La jouissance de biens que ait espérer le salaire doit combattre le penchant à

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