‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 54 sur 305 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

de fil fin. Un homme, avec deux enfants pour rattacher, peut pourvoir à deux machines à filer fin, de 3 à 400 broches. Par chaque broche de métier à filer fin, il peut être filé annuellement environ 80 livres de fil nos 12-16, environ 26 livres du n° 40, environ 9 livres du n° 100. La moyenne annuelle peut être représentée par environ 25 livres. L’Angleterre comptait, en 1850, environ 21 millions de broches ; aujourd’hui on lui en attribue 37,718,500. Un tisserand anglais, assisté d’un enfant de 12 ans, fabrique, avec 4 métiers à tisser, par semaine, environ 22 pièces de cotonnade à 24 yards (de 3 pieds), alors qu’un tisserand à la main n’en fabrique que 48 yards, =72 aunes. En 1860, déjà, il existait dans la Grande-Bretagne jusqu’à 109,000 de ces métiers. La conséquence inévitable de ce changement est un grand bon marché, la production et la consommation de cotonnades sur une échelle prodigieuse.

2° Dans plusieurs branches d’industrie, le produit demandé aux machines accuse une plus grande perfection et une plus grande valeur qu’il n’en tiendrait de la main des hommes et des outils. Jamais on n’obtiendra sur le rouet un fil aussi uniforme et aussi fin qu’avec une machine transformant une livre de coton en un fil du n° 600, d’une longueur de 12 milles d’Allemagne (7,500 mètres par mille) ; jamais les bas de nos tricoteuses à l’aiguille les plus appliquées (nous ne parlons pas de celles qui jadis assistaient aux séances des clubs politiques) ne pourront lutter d’élégance avec les bas des métiers. Les machines employées pour l’ensemencement opèrent plus uniformément, quoique plus lentement, que la main et réalisent des économies en semences.

3° Les machines soustraient les hommes à des tâches fort pénibles ou périlleuses pour leur santé. N’est-il pas, en effet, des machines se chargeant par ex. de pétrir la pâte, au lieu et place des manœuvres que cette besogne fatigue extrêmement, et qui se trouvent ainsi, si l’on veut nous permettre

cette innocente plaisanterie, tirés du pétrin? N’en est-il pas d’autres qui dispensent du battage de la laine, si nuisible à cause de la poussière qui s’en dégage? Qui ne sait combien étaient laborieuses jadis la mouture du blé, l’élévation de l’eau dans des mines, la scierie, accomplies à la main ? Il se peut cependant que ,1a machine dût elle-même recevoir l’impulsion de l’homme, — auquel cas il y a là encore un travail plus ou moins fatigant, mais qui en tout cas n’est pas dommageable à la santé.

4° Un travail des plus simples et des moins intelligents suffit en beaucoup de cas pour le service des machines et la production de biens, qui réclamait autrefois de hautes aptitudes, de manière que des hommes bien doués peuvent utiliser à présent leurs lumières dans d’autres occupations d’utilité commune. D’un autre côté, les machines ne deviennent à leur tour possibles elles-mêmes qu’avec un grand avancement de l’art; elles sont le fruit d’une culture progressive combinée avec l’augmentation du capital.

Nous venons de signaler les services rendus par les machines, d’appuyer surtout sur leur puissance, grâce à laquelle les produits obtenus représentent souvent, si on se reporte au temps où ces machines ne fonctionnaient pas encore, un nombre incalculable d’ouvriers, un nombre sans proportion avec les ouvriers qui existent réellement et en l’absence duquel nous serions donc, si les machines faisaient aussi défaut, privés des produits dont nous jouissons aujourd’hui. Mais cette puissance même des machines et l’économie de forces productives qui en découle ont servi fréquemment d’argument contre leur emploi. Yoici déjà ce qu’écrivait sous ce rapport l’immortel auteur de Y Esprit des Lois lui-même :

« Ces machines, dont l’objet est d’abréger l’art, ne sont pas toujours utiles. Si un ouvrage est à un prix médiocre et qui convienne également à celui qui l’achète et à l’ouvrier qui l’a fait, les machines qui en simplifieraient la manufacture, c’est-à-dire qui

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