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diminueraient le nombre des ouvriers, seraient pernicieuses, et si les moulins à eau n’étaient pas partout établis, je ne les croirais pas aussi utiles que l’on dit, parce qu’ils ont fait reposer une infinité de bras, qu’ils ont privé bien des champs de l’usage des eaux et ont fait perdre la fécondité à beaucoup d’autres. »
Il est vrai que Montesquieu, dont les griefs ont été même souvent reproduits depuis avec bien d’autres, peut invoquer les circonstances atténuantes attachées à l’époque ou il écrivait, qui ne lui offrait pas, comme aurait pu faire la nôtre, le spectacle merveilleux de l’industrie et qui ne possédait pas encore sur les questions économiques les lumières qu’ont projetées sur elles l’Ecossais Smith et ses successeurs de tous les pays. Ces mêmes circonstances atténuantes doivent être à plus forte raison accordées à Colbert, lequel, bien auparavant, faisait à un inventeur lui proposant une machine qui accomplirait le travail de dix hommes cette réponse rapportée par M. Batbie: «Je cherche à faire vivre honnêtement le peuple de son travail et vous venez me proposer le moyen de lui enlever son travail; portez votre invention ailleurs. » Mais comme si les préjugés économiques étaient d’une nature particulièrement tenace et résistante, le même professeur raconte que lorsqu’au Mexique on parla d’établir un chemin de fer entre Véra-Cruz et Pérote, le président Santa-Anna s’écria: « Que deviendront nos mulets et nos muletiers ? » Les; habitants de nos propres régions n’ont-ils pas d’ailleurs eux-mêmes entendu élever en un temps des réclamations assez vives contre l’établissement des voies ferrées, dans l’intérêt des postillons et des maîtres de poste privilégiés?
L’objection revient en somme à dire que les économies des uns trouvent leur contrepoids dans la perte des autres, et que tandis que la machine épargne du travail, il y a pour la société appauvrissement, jusqu’à concurrence du montant de ce travail qui est enlevé à ses membres.
D'abord, il est certain que cette objection ne tient aucun compte, ne prend aucun souci de ce que commande la plus vulgaire justice. Quoi! parce que Primus marche toujours dans les anciens errements, il serait interdit à Secundus d’en sortir, de se montrer plus industrieux, de faire mieux, grâce par exemple à des machines, et de livrer la marchandise à meilleur compte ? Où prend-on pour Primus ce monopole de s’éterniser dans les sentiers battus? Et où prend-on l’obligation qu’on semble implicitement imposer au consommateur de s’approvisionner chez l’un plutôt que chez l’autre ?
Mais de plus, l’objection est-elle même fondée et est-il vrai de dire que la société soit en perte? Bastiat s’est chargé de démontrer le contraire dans une brochure bien connue, intitulée : Ce qu'onvoitetce qu’on ne voit pas , dont nous détachons le passage suivant :
« Jacques Bonhomme avait 2 francs qu’il faisait gagner à deux ouvriers. Mais voici qu’il imagine un arrangement de cordes et de poids qui abrège le travail de moitié. Donc il obtient la même satisfaction, épargne 1 franc et congédie un ouvrier. Il congédie un ouvrier, c'est ce qu'on voit . Mais derrière la moitié du phénomène qu’on voit, il y a l’autre moitié qu'on ne voit pas . On ne vo}t pas le franc épargné par Jacques Bonhomme et les effets nécessaires de cette épargne. Puisque par suite de son invention, Jacques Bonhomme ne dépense plus qu’un franc en maind’œuvre à la poursuite d’une satisfaction déterminée, il lui reste un autre franc. Si donc il y a dans le monde un ouvrier qui offre ses bras inoccupés, il y a aussi dans le monde un capitaliste qui offre son franc inoccupé. Ces deux éléments se rencontrent. Et il est clair comme le jour qu’entre l’offre et la demande du travail, entre l’offre et la demande du salaire, le rapport n’est nullement changé. L’invention et un ouvrier, payé avec le premier franc, font maintenant l’œuvre qu’accomplissaient auparavant deux ouvriers. Le second ouvrier, payé avec le second franc, réalise