LIVRE I
lesquels se placent les bâtiments industriels, les instruments et les moyens d’entretien durables des travailleurs, tels que : demeures, ustensiles domestiques, etc. Quant au capital circulant, il s’applique de son côté aux biens qui n’opèrent d’une manière productive et ne déterminent une recette que quand leur propriétaire cesse de les posséder, soit en en disposant, soit en les consommant personnellement ; et c’est là un trait qui se rencontre chez les divers autres éléments du capital que nous avons précédemment énumérés comme tels. Le capital fixe est donc, en général, d’une fixité plus grande que le capital circulant, dont la consommation s’effectue plus rapidement, et les outils du menuisier mettent plus de temps à s’user que n’en mettent à disparaître les aliments de ses ouvriers et les pièces de bois mises en œuvre. Et toutefois la marque distinctive des deux .sortes de capitaux ne réside pas exclusivement dans une inégale durée, ainsi que le suppose Ricardo qui, pour ce motif, refuse son assentiment à la distinction. L’amélioration réalisée sur bien des substances travaillées persiste longtemps, comme c’est le cas pour les peaux dans la tannerie, et il ne s’effectue même pas toujours une véritable consommation de ces substances ; nous pouvons ajouter que tant que des marchandises finies demeurent dans le capital du commerçant, elles ne sont pas non plus consommées, alors que bien des ustensiles et par exemple les blutoirs n’ont qu’une existence très-passagère.
Les matières premières, qui ont subi la modification projetée, et les marchandises achevées ont coutume de passer par l’échange en d’autres mains, et il en est de même de l’argent ; pour ce qui est des substances auxiliaires et de ceux des moyens d’entretien qui, tels que les aliments, le combustible, ne peuvent être utilisés sans absorption , ils sont consommés à l’occasion du travail, et la désignation usuelle de capitaux circulants ne leur convient donc qu’à un moindre degré. Si on la leur applique tout
de même, il ne faut l’entendre qu’en ce sens, qu’à la place des parcelles de capitaux qui sortent de sa possession, l’entrepreneur acquiert d’autres biens, et que par conséquent il se produit un va et Aient, un départ et une arrivée. Conformément aux indications précédemment fournies, l’argent figure, il est vrai, aussi parmi les capitaux circulants, en ce qu’il ne procure d’avantages qu’autant qu’il est d’abord déboursé, mais il se sépare encore une fois nettement des autres éléments dont il partage la qualification, par cette circonstance qu’il demeure sans cesse dans la circulation parmi les hommes. Si donc l’on envisage l’Économie de tout un peuple, on peut considérer son argent comme un instrument d’échange circulant parmi ses membres et tout-à-fait particulier dans son genre, et on découvre, réunis en lui, les caractères des deux espèces de capitaux.
La distinction entre les deux variétés indiquées de capitaux doit servir de base au calcul de frais, auquel une opération entreprise à l’aide du capital conduit à se livrer indépendamment de toute pensée de gain et pour la seule constatation déjà de l’absence de préjudice. Il importe, en effet, que le capital circulant soit entièrement remplace par le bien nouveau, à l’engendrement duquel il a été sacrifié; tandis que, en ce qui concerne le capital fixe, le propriétaire se trouvera désintéressé de son chef, à la condition seulement qu’une compensation lui soit offerte pour la détérioration subie par ce capital fixe, lors de la production d’une certaine quantité de biens.
Supposons par ex. qu’on ait employé aux deux industries A et B, dans le cours d’une année, même somme de 28, 000 francs, mais d’une façon inégale, de telle sorte que le capital fixe figurât dans l’industrie A pour 10,000 fr., dans l’industrie B pour 18,000 fr., et le capital circulant figurât dans l’industrie A pour 18,000 fr., dans l’industrie B, au contraire, pour 10,000 fr.