LIVRE I
Que si nous supposons encore que l’usure du capital fixe se chiffre par 10 %, ces entreprises auront à restituer à leurs entrepreneurs, rien que pour les tenir indemnes, et sans leur valoir ni intérêts ni bénéfices, à savoir en capital circulant, tout celui employé, c'est-à-dire l’industrie A : 18,000 fr., l’industrie B : 10,000 fr.; en capital fixe, l’équivalent delà détérioration, c’est-à-dire l’industrie A : 1,000 fr.; l’industrie B : 1,800 fr. — Total, 19,000 fr. pour l’industrie A et 11,800 pour l’industrie B.
En conséquence et bien que dans les deux cas, tout le capital employé fût de même grandeur, l’industrie A devra rapporter 19,000 fr. contre 11,800 fr. à rapporter par l’industrie B, pour qu’il y eût rétablissement complet de la situation. D’où il résulte que l’introduction de capitaux fixes plus considérables, surtout quand ceux-ci sont de grande durée, ne fait que peu monter les frais des produits (d’environ 10% peut-être de ces capitaux), pendant qu’une économie sur les capitaux circulants abaisse les frais de production dans des proportions bien plus notables (dans la proportion approximative de 100 % des dits capitaux circulants).
Le rapport quantitatif des deux catégories de capitaux diffère beaucoup selon les branches d’occupations productives qui les emploient. Diverses industries simples se contentent d’un capital fixe, trèsmodique par rapport au capital circulant; d’autres industries, comme la pêche, le commerce, l’agriculture, se servent déjà d’un capital fixe plus considérable, et ce capital prend un bien plus grand développement encore dans les industries où l’art tient une grande place et dans les exploitations minières. Le particulier qui utilise des capitaux s’applique pour lui-même à en mettre les deux espèces dans le rapport qui lui paraît le plus avantageux eu égard à l’essence de chaque œuvre productive. Il importe également beaucoup à toute l’Écon. publique qu’il existe une juste proportion entre les deux modalités
du capital et ses divers éléments constitutifs. Avec le progrès des arts et raccumulation du capital, on voit l'augmentation porter, de préférence aux capitaux circulants, sur les capitaux fixes, notamment sur ceux qui favorisent l’efiîcacité du travail, et la richesse de vieille date d’un peuple éclate dans la masse de ses capitaux fixes, tels qu’édifices, machines, routes, ponts, etc. Au contraire, l’Écon. publique est-elle encore dans son enfance, l’on est frappé de l’infime quantité de ses capitaux fixes.