‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 6 sur 305 · IV. — NOTIONS FONDAMENTALES · texte numérisé non relu

IV. — NOTIONS FONDAMENTALES

Que rÉcon. pol. soit une étude ou une science, — ce que chacun décidera bien mieux encore devers soi, après avoir parcouru tout son domaine, — il importe de nous demander sans retard, puisque c est elle qui va faire l’objet de nos explorations, ou elle puise sa raison d’être, à quoi elle est redevable en tout temps d’un certificat de vie, en tous lieux du dr>0it de cite.

La réponse, déjà faite, se trouve dans les besoins physiques de l’homme, dont l’intelligence et le cœur sont susceptibles, sans doute, de hanter les régions les plus éthérées, sans réclamer jamais que des aliments abstraits, mais qui, en tant que corps, paye un large et constant tribut à la matière. Ces besoins, dont il faut se garder de médire, puisqu apres tout ils constituent le principal aiguillon de la civilisation et une des conditions voulues par Dieu de la nature humaine, vont même en augmentant tous les jours, à mesure que les sociétés s’avancent davantage dans les voies du progrès, où ils trouvent à se satisfaire, et il y a vraiment une distance assez notable entre les abris, l’alimentation et l’habillement de nos pi emiers parents, tels que nous les dépeint la Bible, et nos intérieurs si confortables, nos mets si recherches et les toilettes si élégantes et si gracieuses de nos femmes et de nos filles, quand cependant, donnant dans des travers regrettables, elles ne rappellent pas trop la simplicité primitive. En ce qui concerne ces toilettes féminines, il paraîtrait que 1 exagération même produit quelquefois des effets heureux et nioralisateurs. La preuve s’en trouve dans un livre publie en 1876 et intitulé la Conquête blanche, dont 1 auteur, ■ M. Hepworth-Dixon, qui a voyagé aux Etats-Unis

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d’Amérique, raconte que la coquetterie serait en train de civiliser le nouveau monde après l’ancien, et porterait en ce moment même un coup mortel à la polygamie mormone, dont ni les proscriptions, ni les massacres n’ont pu avoir raison jusqu’à ce jour. Ces résultats inespérés, cet abandon des convictions les plus arrêtées seraient dus à ce que, depuis que les saints du lac Salé sont obligés de satisfaire au faste de leurs épouses, ils trouvent qu’en n’avoir même qu’une, c’est presque trop.

A parler sérieusement, il ne peut d’ailleurs s’agir, on le comprend, pour les satisfactions recherchées par les besoins matériels, de se livrer libre carrière, comme le conseille par ex. Fourier; l’hygiène, la raison, la morale, la religion doivent conspirer ensemble, afin de les renfermer dans les plus exactes limites, et pour poser à cet égard une règle aussi précise que possible, nous dirons que lesdites satisfactions ne sont légitimes, ne sont respectables, ne sont dignes d’encouragement qu’autant qu’elles se concilient avec la fin non seulement physique, mais encore morale et intellectuelle de l’homme, qu’autant qu’elles favorisent, loin de les entraver, nos destinées diverses en ce monde. Or, c’est précisément de ces satisfactions, correspondant aux besoins corporels de l’homme, que s’empare l’Écon. pol., ou plutôt elle s’empare des choses auxquelles ces satisfactions sont attachées et qu’on appelle techniquement la richesse, pour décrire les phases variées par lesquelles elles passent depuis leur création jusqu’à l’accomplissement de leur tâche, qui consiste à être consommées; aussi, si le nombre des définitions données del’Écon. pol. n’était pas déjà si grand, et si déjà nous n’avions fait notre choix, proposerions-nous d’en dire familièrement quelle est l’histoire réduite en propositions ou en lois des évolutions successives et spontanées de la richesse.

Quant à cette richesse, mot à double entente, dont les économistes ' français ne se servent que faute

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l’un autre et auquel correspond la xT/j^a des Grecs, a commodity des Anglais, elle désigne donc, ainsi ue nous venons de l'indiquer — car c’est la seule iortée que nous consentions, pour notre part, à lui onner — toutes les choses matérielles, extérieures, ue réclame la condition physique de l’homme.

En déclarant que, pour nous, le vocable richesse 'applique uniquement à des choses corporelles, tomant sous nos sens, nous prenons parti dans la trèsrave question de savoir si cette appellation ne conient, comme nous le croyons, qu’aux produits dits mtèriels, ou si elle ne doit pas englober aussi les ualités personnelles, le travail, les services, toutes hoses qui ne sont pas fixées sur la matière, mais qui ont inhérentes à l’homme ou mises en œuvre à son itention, et auxquelles on a donné, par opposition, le om de produits immatériels. Ainsi il nous semble u’on doit se refuser à voir dans ceux-ci des éléments onstitutifs de richesse proprement dite, concourant former la fortune (xtt^iç, Yermœgen, wealth), qui eprésente un agrégat de richesse. Si, contraireîent à l’usage, on voulait tellement élargir les noons de fortune, d’économie, qu’elles comprissent, en îème temps que les produits matériels, les qualités ersonnelles par ex., appelées aussi quelquefois des iens personnels, telles que force, intelligence, science, e qu’il y a de particulier dans les affaires éconoîiques s’évanouirait et l’Écon. pol. s’accroîtrait jus- .u’à être la science de tous les biens pour l’État ou i science sociale tout entière. Et il faut tenir écartés, fion nous, avec la même rigueur, du domaine écoomique les services personnels, c’est-à-dire les traaux par lesquels un homme procure immédiatement un autre homme un avantage personnel, développe i lui une qualité ou une satisfaction propre, en lui annant, par ex., un enseignement, des soins, de la rotection. Sans doute, si les services sont rétribués, y a pour celui qui les achète une manière d’emloyer des biens matériels comme s’il les consommait

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immédiatement ; mais de là il ne suit pas que ces services puissent être assimilés auxdits biens mate— riels. Ni un individu, ni un peuple ne peut se dire riche en vertu d’une quantité de travaux possibles , ou même déjà commencés, etil ne le peut que quand, au moyen de ces travaux, il a acquis ou engendre des biens matériels. Mais ce qui précède ne veu t pas ; dire assurément que l’Écon. pol. ne dût avoir rien a démêler avec les qualités personnelles, puisque les forces morales, physiques et intellectuelles sont le levier indispensable delà production et de 1 acquisition de biens matériels et que toutes les opérations economiques tendent finalement à améliorer et peifeotionner les individualités humaines. Et ce qui précédé ne veut pas dire non plus que l’Econ. pol. ne dût avoir rien à démêler avec les services personnels, puisque ceux-ci ont pour elle une double importance, tant à cause des effets qu’ils produisent que parce qu’ils assurent à ceux qui les rendent une participa- > tion au produit annuel de biens matériels.

La qualification de richesse étant réservee pour toute matière quelconque, à l’aide de laquelle nous satisfaisons les besoins physiques, qui sont inhérents à notre nature ou que la civilisation a fait naître en nous, on donne le nom d’utilité à l’ensemble des qualités auxquelles la matière doit de remplir cette destination. L’utilité suppose donc nécessairement le besoin ; sans besoin, pas d’utilité; mais une chose qui constitue une utilité constitue-t-elle nécessairement; une valeur ? Pour nous fixer sur ce point, analysons , les diverses espèces d’utilité. Il y a des utilités naturelles, dont la nature elle-même a pourvu les objets, tels que des racines, du miel sauvage, etc., et des; utilités créées ou produites, qui n’existent que par l’effort ou le travail de l’homme, et dont des spécimens; sont offerts partout au regard, dans vos vêtements,, cette pendule, notre crayon, etc. L’utilité est aussi, tantôt gratuite et tantôt dispendieuse , selon que pour nous la procurer nous sommes dispenses oui

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obligés de faire des sacrifices. Or elle est gratuite quand les objets qui en sont doués ne sont pas susceptibles d’appropriation, ou quand, susceptibles d’appropriation, ils sont à la disposition de tout le monde. Si Futilité naturelle ou créée se rencontre au contraire dans des objets appropriables, dont la quantité est restreinte, autrement dit si la rareté vient s’ajouter à l’utilité, celle-ci cesse d’être gratuite, s’augmente d’une qualité qui s’appelle la valeur et transforme les objets qui la possèdent en des valeurs.

L’intelligence de l’idée de la valeur exige peutêtre qu’on distingue encore dans l’utilité , l’utilité directe et Futilité indirecte. Les choses appliquées immédiatement à nos besoins ont pour nous, si elles remplissent notre but, une utilité directe; mais en supposant que nous ayions fait une récolte abondante de blé, excedant de beaucoup les nécessités de notre approvisionnement privé, l’excédant ne peut avoir pour nous qu’une utilité indirecte; Futilité de cet excédant est incontestable , puisqu’il s’agit de céréales convenant à l’alimentation de l’homme et ne se présentant jamais qu’en quantités toujours trop peu considérables; seulement, ce qui la rend indirecte en ce qui nous concerne, c’est que nous n’en profiterons que par le placement de la substance qui en est nantie chez ceux qui la réclament pour leurs propres besoins, et que nous n’en bénéficierons que sous la forme seulement de l’équivalent en écus ou autres denrées, que nous vaudra ce placement. Or, c’est le résultat de cet échange, ou pour parler plus simplement, le cas que font les tiers de Futilité des richesses dont nous pouvons disposer en leur faveur, qui met en saillie la valeur , laquelle est donc la qualité des choses qui les fait apprécier autant que d’autres, les fait équivaloir à d’autres. Si donc, comme nous l’avons fait observer plus haut, il n’y a pas d’utilité sans besoin, il n’y a pas non plus de valeur sans utilité... tandis que l’utilité peut parfaitement exister sans valeur, puisque

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la valeur n’apparaît que dans l’échange et que l’échange suppose une rareté, qui n’est pas attachée à toutes les utilités. En dégageant de ces explications les termes principaux autour desquels elles se groupent, nous voyons apparaître les expressions suivantes: Richesse, Utilité, Valeur. Ce n’est que par figure que le mot valeur pourrait servir à remplacer le mot richesse. En réalité, la richesse représente la chose elle-même, de laquelle les besoins humains reçoivent leur apaisement, et l’utilité ainsi que la valeur n’expriment que des qualités possédées par cette chose en elle-même, ainsi que dans ses rapports avec d’autres.

Nous ne voudrions pas quitter ces notions fondamentales sans suivre un instant tels auteurs modernes, dont nous avons fait connaissance déjà, dans les efforts qu’ils font pour donner une base non plus seulement philosophique et rationnelle, mais encore historique, au caractère qu’ils attribuent à l’Écon. pol., en disant qu’elle est la science des échanges et qu’elle ne comprend pas seulement les produits matériels. Ils nous citent d’abord Aristote, qui semble le premier écrivain à avoir défini la richesse, et qui dit quelque part :

[acctcc oe Xiyoysv Tidvxa ôWv Y] à; ta vop.(<T|/.aTi [/.sTpeiTat.

M. Mac Leod, qui cite ce passage, triomphe aisément en le traduisant comme suit : « And \ve call wealth everytliing whose value is measured by money » ; c’est-à-dire « nous nommons richesse chacune des choses dont la valeur est mesurée par de la monnaie. » Mais cette traduction n’est pas assez rigoureuse, et quand on traduit littéralement, on trouve ceci : « nous appelons richesse toutes les choses dont la valeur est mesurée par la monnaie. » On voit donc que le parti à tirer de cette citation s’évanouit plus ou moins, quand on l’explique sans parti pris, et si incontestablement on doit pouvoir faire rentrer dans la définition aristotélique les biens matériels et même les choses incorporelles, telles que des droits, des créances, qui ont un objet

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matériel, il n’est rien moins que prouvé qu’elle ait envisagé et embrassé l’hypothèse d’un service ou travail rémunéré, dont les hommes et non les choses seraient les bénéficiaires. Gela est même d’autant plus invraisemblable qu’au temps d Aristote, les travaux industriels et libéraux étaient fonctions essentiellement serviles, accomplies la plupart au service de maîtres et par conséquent gratuites. L’institution de l’esclavage, dont malheureusement pour sa gloire Aristote a été un trop fervent adepte, élève donc une objection des plus sérieuses contre l’interprétation que nous combattons.

Après Aristote, on fait état d’un traité remarquable, qui circule sous le nom de Aeschines Socraticus et qui s’appelle « Eryxias » ou la définition de la richesse. Les habitants de Syracuse ont envoyé une ambassade à Athènes. Socrate et ses amis passent un jour à côté des ambassadeurs; un ami signale à Socrate l’un des ambassadeurs comme l’homme le plus riche de Sicile. C’est ce qui détermine Socrate à porter ses investigations sur la nature de la richesse. Eryxias déclare que l’homme le plus riche est celui qui possède le plus de monnaie. Socrate s enquiert du genre de monnaie? Est-ce la monnaie des Carthaginois, chez lesquels c’est le cuir qui en tient lieu ? Sans doute celui qui posséderait le plus de ce cuir à Carthage y serait l’homme le plus fortuné, mais il serait loin de l’être à Athènes. A Lacédémone on se sert de fer comme monnaie ; le possesseur de fer à Lacédémone serait donc fort riche, tandis que partout ailleurs il ne posséderait rien. Puis, à l’aide d’une longue argumentation, Socrate montre qu’une chose est richesse ou non précisément selon qu’on peut ou non s’en servir et qu’elle est ou non échangeable. Et il demande s’il n’y a pas de personnes gagnant leur vie en donnant un enseignement dans des branches variées? Eryxias ayant répondu affirmativement, Socrate observe que ceux qui enseignent les sciences gagnent leur vie en échangeant leur instruc-

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tion pour des choses nécessaires, absolument comme on échange de 1 or et de l’argent. Et c’est pourquoi il dit que les sciences constituent de la richesse (cd stuott) [aoci ^pYj^axa oucrat) pour la meme raison que l’or et l’argent.

Malgré l’originalité et le piquant de cette conversation, nous ne la trouvons pas aussi démonstrative que ceux qui s'en emparent. Quand Socrate y disserte sui la richesse, il est bien certain qu’il ne songe pas à résoudre le problème pour la solution duquel on se sert cependant de son argumentation, problème de savoir quelles sortes de biens doivent faire l’objet de l’Econ. pol., de cette science qui n’était guère cultivée à cette époque. Socrate était avant tout philosophe. En cette qualité, il se demande quel est l’homme le plus riche, et il s’applique — ce qui était dans son rôle de philosophe — à montrer qu’un homme dont l’esprit est orné peut se dire (un peu par métaphore sans doute) aussi riche que celui dont la bourse est bien garnie. Il n’aurait sans doute même pas fallu qu’il fût poussé beaucoup pour soutenir que l’homme de tous le plus riche est celui qui se contente le plus facilement ou qui a le moins de besoins, puisqu’il arrive plus vite à avoir satisfaction que celui qui a des désirs nombreux n’aurait à opposer que des moyens matériels toujours bornés, quoiqu’abondants.

Mais on ne s’en est pas tenu à ces exhumations grecques et on est allé feuilleter des monuments, objet de la part des étudiants en droit d’une lecture assidue ; nous voulons parler de la législation romaine. Ainsi les Pandectes de Justinien recèlent cette définition fondamentale en droit romain : « Pecunise nomine, non solum numerata pecunia, sed omnes res tam soli quam mobiles, et tam corpora quam jura continentur.»(L.222,D., 4, 16. )Nous ferons remarquer que ce que 1 on assimile ici à la pecunia, ce sont simplement, en meme temps que les choses mobilières et immobilières ou corporelles, les choses incorporelles, telles que les droits, sans que nous élevions d’ailleurs

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la moindre objection pour notre compte à ce que des droits (qui ont un objectif matériel) soient placés dans le cadre de l’Écon. pol., conformément à leur reconnaissance expresse encore consignée plus loin.

On ne cote pas d’ailleurs d’autres textes à peu près semblables, sauf un d’Ulpien qu’on relève avec soin et qui est le suivant :

« Nomina eorum, qui sub conditione vel in diem debent et emere et vendere solemus. Ea enirn res est, quæ emi et venire potest. »

Tous les droits composant l’une des classes de quantités, qui donneraient satisfaction à la définition de la richesse par Aristote, seraient ainsi rangés par le droit romain — et nous n’y faisons aucun obstacle — sous la dénomination res, bona , pecunia et merx. Nous nous étonnons cependant qu’on n’ait pas plus appuyé sur la seconde phrase du texte précité d’Ulpien : « ea enim res est, quæ emi et venire potest. » Car cette phrase généralisée semble, en effet, vouloir dire que toute chose pouvant faire l’objet d’une vente ou d’un achat, comme par ex. des services, du travail, peut être considérée comme res, pecunia, etc. Il est vrai que cette seconde phrase, se rattachant par le mot enim à la première, semble donc recevoir son explication de celle-ci et ne se mouvoir que dans le cercle des nomina ou droits, sans compter que lorsqu’il s’agit de services ou de travail, il ne peut pas être question rigoureusement de les vendre ou acheter, mais seulement de les louer, et que le langage si précis des jurisconsultes romains exclut donc cette extension.

Il n’y a par conséquent, jusqu’ici, rien de bien compromettant pour notre doctrine dans l’œuvre de Justinien. Enfin on expose que plusieurs siècles après que le siège du gouvernement eût été transporté à Constantinople, si la cour demeura fidèle au latin et si le latin était demeuré la langue officielle, celle-ci était inintelligible pour la masse du peuple, puisque ce peuple était grec. Aussi, bien que les Paq-

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doctes et les Institutes de Justinien eussent été publiées en latin, tous les débats judiciaires se déroulaient en langue grecque. Les Pandectes en latin tombèrent de bonne heure en désuétude et furent supplantées dans la pratique par des traductions, des traités et des compilations grecques. Finalement, aux IXe et Xe siècles, elles furent entièrement supprimées sous la dynastie du Basile. Pandectes, Institutes et législation justinéenne en général ayant été mises de côté comme hors d’usage, un nouveau corps de lois fut publié en grec, sous le nom de Basiliques, qui à partir de cette époque devint la loi de l’Empire d’Orient et est resté jusqu’à nos jours le droit commun de toute la population grecque de l’Orient.

Or, dans les Basiliques, qui ont été publiées d’abord en 40 livres par Basile le Macédonien, puis en 60 livres par Léon, son fils et successeur, on retrouve la définition romaine delà richesse en ces termes :

cc tco ôvo[j. cm tcov ^pv)|i.aTOJv ou [jlovov toc ^p^(i.aTa,aXXcc ttcwtoc

TOC XlVTjTOC xai 0GUV7]T0C, XCÜ TOC <JCO|J.OCTIXOC XOcl TOC 8£xaiOC St)XoUTCU. »

« Sous le nom de ^pvjtjcocTa, on n’entend pas seulement delà monnaie, maistoute chose mobile et immobile, les choses corporelles et les droits. » Au fond, comme on voit, cette dernière citation n’est pas plus menaçante que celles empruntées aux Pandectes. Les citations le fûssent-elles davantage, c’est-à-dire fissent-elles positivement rentrer dans les res,pecunia ou xpipnrades services ou travaux d’art, que nous ne nous sentirions pas plus désarmés et que nous dirions : De même que Socrate a parlé en philosophe, les auteurs des Pandectes et des Basiliques ont parlé en législateurs. Pour le législateur, qui n’a à se préoccuper que de ce qui rapproche coutractuellement les hommes, tout ce qui peut faire l’objet d’un contrat, d’un échange le regarde, éveille sa sollicitude et appelle, le cas échéant, sa réglementation. Mais ces législateurs n’ont, pas plus que Socrate, voulu trancher une question étrangère à leur domaine et poser les bornes du champ économique. Aussi restons-nous convaincus que ce

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champ économique est à la fois plus borné et moins borné que le champ législatif : plus borné, en ce qu’il ne comprend pas les services et le travail, si tant est que le champ législatif les comprenne; moins borné en ce qu’il embrasserait même des choses non échangeables, de simples utilités qui ne seraient pas des valeurs. Donc, si ceux que nous venons de suivre pas à pas ont incontestablement fait preuve d’une grande érudition, il peut sembler cependant que c’est en pure perte qu’ils i’ont déployée.

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