‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 67 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

poursuivre les opérations de l'industrie au compte de la communauté, sauf à remettre la direction du travail à des magistrats élus et obéis et le partage des produits au même gouvernement, qui y procéderait d’après les principes d’une égalité mathématique ou d’une répartition basée sur les besoins ou les mérites des individus entre lesquels elle se ferait?

Que les ordres monastiques, les Moraves, les sectateurs de Rapp et d’autres fournissent des exemples de semblables associations, nous croyons que quand même l’hypothèse sur laquelle nous raisonnons et qui est d’ailleurs peu pratique devrait se rencontrer souvent, ces exemples seraient fort peu contagieux, et que le raisonnement, là du moins où il est suffisamment développé, empêcherait ceux mêmes qui auraient pu avoir à souffrir dans le passé, de chercher leur salut dans des pratiques incompatibles, ce semble, avec les lois de la nature humaine et du progrès. : Étant ad mise la propriété privée, qui n’est pas une création de la loi, comme l’ont souvent pensé des jurisconsultes, mais qui s’est dès les débuts de l’humanité attachée successivement à toutes les choses auxquelles le travail parvenait à imprimer quelque utilité (1) , voyons ce que contient le concept de ce genre de propriété? A y réfléchir un peu, on arrive aisément à reconnaître qu’il implique la possibilité d’acquérir par contrat. En effet, qu’est-ce autre chose, l’institution de la propriété privée, que la reconnaissance, à l’encontre de chaque individu, du droit qu’il a de disposer à sa guise de tout ce qui a été produit par ses efforts propres? Ce droit du producteur sur la chose produite est manifestement la base de l’institution de la propriété, puisqu’il aurait pu ne pas produire, et que s’il a produit, c’est à la condition d’être le bénéficiaire de la peine par lui prise. Mais la libre dispo-

(1) Ce point a été supérieurement mis en lumière dans une courte mais bien substantielle étude de M. H. Passy sur « Thistoire et les sciences sociales et politiques. »

sition appartenant au producteur l’autorise aussi bien à faire tourner la chose produite à son propre profit, à la consommer, qu’à l’échanger, qu’à la vendre, qu’à la donner. La propriété individuelle serait un mot dénué de sens, si un tiers ne pouvait pas être investi par le producteur, à un titre quelconque, de l’objet engendré ou approprié par celui-ci, de telle sorte qu’on doit pouvoir être considéré comme propriétaire non seulement de ce que l’on a produit, mais encore de ce que l’on a acquis, de ce que l’on tient de la volonté non contrainte et consciente du producteur.

Est-il vrai, cependant, que le fondement de la propriété se trouve dans le droit du producteur sur la chose produite? Et si cela est vrai, comment se fait-il, par ex., que les ouvriers d’une manufacture, qui par leur activité et leur savoir faire donnent le jour h des produits, ne puissent cependant nullement revendiquer la propriété de ces produits et qu’il leur faille se contenter d’un modeste salaire, alors que la propriété, elle, passe à un individu qui n’a fourni que des fonds et n’a peut-être même pas surveillé seulement la production? Pour répondre à cette objection, il suffit de réfléchir que le travail exécuté par des ouvriers dans les manufactures n’est pas la seule condition de la production, et qu’il doit venir s’y joindre nécessairement des matières premières, des instruments, des ressources en provisions, pour faire face aux besoins alimentaires des travailleurs pendant la période de production. Toutes ces choses supposent un travail antérieur dont les fruits ont été épargnés. Si ces choses étaient aux mains des ouvriers, ils pourraient s’attribuer le produit en totalité, sans avoir à le partager avec n’importe qui, et c’est faute de les avoir qu’ils sont réduits à abandonner à ceux qui les possèdent une rémunération équivalente au travail antérieur et à l’épargne, par suite de laquelle le résultat de ce travail, au lieu d’être dépensé en plaisirs, a été mis à la disposition des

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