LIVRE II
Que si l’on envisage ensuite les conditions humaines, qui paralysent quelque peu la modification de l’offre, on y peut ranger, outre certaines institutions publiques comme les privilèges attachés à des brevets d’invention, des défenses de contrefaçon, etc., les circonstances suivantes :
1° D’abord de celles qui se révèlent du côté du travail. Une fois que les hommes sont habitués à une besogne et y ont acquis de l’habileté, ils ne peuvent pas facilement passer à une autre tâche, surtout s’ils sont avancés en âge et si les opérations nouvelles diffèrent des précédentes. Les agriculteurs, par ex., sont aussi peu aptes à manier les outils que les ouvriers sont peu disposés à se porter vers l’agriculture. Pour les travaux artistiques, on manque fréquemment de la quantité nécessaire de travailleurs, et il doit se passer au moins quelque temps jusqu’à ce qu’ils soient formés. Des secrets professionnels, qui parfois se rencontrent encore dans les industries, quoique plus rarement qu’autrefois , à cause de connaissances scientifiques plus abondantes répandues en technologie, mettent complètement obstacle au concours dans l’offre et peuvent assurer à leurs possesseurs les plus gros bénéfices. Ne voyonsnous pas, par ex., pour les articles de mode, tenir secrets le plus longtemps possible les nouveaux modèles, pour pouvoir restreindre au moins pendant un certain temps une concurrence préjudiciable ?
2° Puis de celles qui se révèlent du côté du capital. Diverses entreprises exigent un capital tellement considérable que peu d’hommes sont capables de l’y employer et de supporter les périls à courir. Aussi l’offre se présente-t-elle sur une plus large échelle dans les industries qui peuvent être alimentées avec des ressources médiocres. Si l’entrepreneur a consacré déjà un capital important à son affaire, il ne saurait plus avec la même facilité passer à une autre, surtout s’il est en possession d’édifices et d’ustensiles coûteux, ne pouvant être utilisés dans cette dernière. Par la
renonciation à une entreprise minière par ex., le capital fixe y employé serait presque totalement perdu. Il est bien plus facile de changer la destination d'un capital circulant. Des observations de même nature trouvent leur place quand dans une industrie une partie des entrepreneurs ont mis beaucoup d’argent dans d’anciennes machines imparfaites et ne peuvent plus aussitôt les remplacer par des machines perfectionnées.
3° En beaucoup de branches de la production, des préparations et un certain temps sont nécessaires pour que l’entreprise soit ressaisie par un entrepreneur qui y entre, ou pour que l’entreprise en mouvement reçoive une extension. Que si une certaine demande élevée est jugée passagère, il y a lieu d’hésiter à faire ces apprêts qui pourraient bien être inutiles si la demande vient à décroître. C’est pourquoi la mobilité et l’instabilité de cette demande apportent à l’établissement de la proportion, de l’équilibre un impedimentum qui se fait sentir pour beaucoup de marchandises.
** Le prix peut plus facilement se tenir quelque temps au-dessus qiC au-dessous du montant des frais. En voici les raisons : Dans le dernier cas, où le prix n’est même pas à la hauteur des frais, l’entrepreneur éprouve un préjudice qu’il ne peut pas longtemps supporter. Le penchant à échapper à cette perte est plus fort que l’envie de participer aux avantages d’une industrie lucrative. En outre, il est plus facile dé restreindre ou d’abandonner une entreprise qui n’est plus rémunératrice que d’en commencer une déterminée, attendu qu’elle peut rencontrer plusieurs des entraves précédemment relatées et que déjà la nouveauté de l’entreprise entraîne après elle bien des difficultés et des pertes.
Il nous faut encore examiner spécialement ce qu’éprouvent les prix quand, à concurrence invariable, le montant des frais augmente ou diminue. On peut croire à première vue que le prix dût rester