LIVRE II
stationnaire tant qu’aucun changement ne se sera produit dans l’offre et la demande. Mais un examen plus attentif montre que souvent déjà on accorde d’autres prix, par la raison qu’en cas de refus on considère comme inévitable un changement dans la concurrence. Expliquons-nous davantage :
1° A supposer qu’une marchandise qui revient aux vendeurs plus cher qu’auparavant conservât encore le même prix, ceux-ci devraient prendre tout cet excédant de frais sur leurs bénéfices, et comme ils ne le peuvent pas en principe, il faudrait s’attendre à une diminution de l’offre, qui ne tarderait pas à faire monter les prix ; aussi, pour prévenir ce résultat, les acheteurs se décident-ils souvent à donner plus tout de suite. Il dépendra des circonstances particulières que les vendeurs parviennent à élever le prix de la totalité ou de partie de l’accroissement des frais. Ainsi a) si la marchandise a une grande valeur pour beaucoup de personnes et si l’accroissement des frais est modéré, il peut arriver que tous les acheteurs consentent un prix correspondant aux frais actuels, afin de se procurer la satisfaction de leurs besoins ; b) que si une partie seulement des acheteurs s’y résoud et si les vendeurs persistent à vouloir un dédommagement intégral des frais accrus, le prix montera dans cette proportion, mais une quantité plus modique de marchandises sera produite et placée; c) parfois aussi les vendeurs se contentent d’un dédommagement incomplet, comme quand jusquelà ils ont réalisé de beaux bénéfices ou quand il leur déplaît de passer à d’autres occupations. Le même effet se produit quand une partie d’entre eux peut livrer la marchandise à meilleur compte que les autres. Dans de pareils cas, si les acheteurs ne veulent pas bonifier toute la hausse des frais , le prix peut se fixer à une moyenne entre son montant antérieur et les frais actuels; d) s’il y a résolution arrêtée chez les acheteurs de ne pas payer et chez les vendeurs d’exiger plus que par le passé, l’engendre-
ment ou le rassemblement des marchandises devra cesser complètement.
2° Quand les frais, au lieu de monter, comme nous venons de le supposer, diminuent au contraire, il y a à compter à assez brève échéance sur une offre agrandie, si des obstacles particuliers ne s'y opposent, et le prix sera par suite abaissé. C'est pourquoi les économies réalisées, grâce aux progrès des arts industriels, dans les frais de production, comme aussi les facilités plus grandes pour la transmission des marchandises, ne tardent pas, en principe, à profiter aux acheteurs.
Parfois des vendeurs en certain nombre doivent à des avantages naturels, tels que plus grande proximité du lieu du marché, achats plus économiques de matières, habileté supérieure, etc., de pouvoir mettre en vente des marchandises leur ayant occasionné moins de frais qu’à d’autres. Ici plusieurs hypothèses sont possibles :
1° Si ceux des vendeurs auxquels n’incombent que des frais moindres sont à même de procurer n’importe quelle quantité de marchandises, ils trouveront seuls un débouché et la concurrence entre eux tendra à mettre le prix au niveau de leurs frais.
2° Que si ces vendeurs ne sont capables que d'offrir une quantité restreinte de marchandises, le prix se détermine par la grandeur de la demande. Ainsi a) s’il n’est demandé qu’une quantité comme les vendeurs produisant à meilleur compte peuvent en livrer, il n’y a que ceux-ci en position de continuer cette industrie, et le marché sera pourvu avec moins d’abondance; mais si b) la demande dépasse l’offre de cette portion de producteurs, le prix doit monter jusqu’à bonifier les frais plus considérables d’autres vendeurs, ce qui vaudra un bénéfice à ceux qui produisent meilleur marché. Un effet identique sur les prix se manifeste quand les mêmes producteurs peuvent procurer une quantité plus restreinte de marchandises à des frais proportionnellement