‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 88 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

moindres qu’une quantité plus importante et quand, par exemple, ils peuvent apporter sur le marché 100,000 quintaux à 4 fr., tandis qu’ils n’en pourraient apporter 150,000 qu’à 5 fr. et 200,000 qu’à 6 fr.; cas auquel restimation de valeur et les moyens à la disposition des acheteurs décideront également de l’approvisionnement, qui trouvera preneur et bonification des frais.

Les frais dont le vendeur d’un bien fait état comprennenttous les sacrifices d’autres biens auxquels il doit se résoudre pour offrir ce bien sur le marché. Il y faut donc faire entrer, en même temps que sa propre consommation, les déboursés motivés par la coopération d’autres personnes. Ce calcul des frais, fait au point de vue de l’entrepreneur isolé, n’empêche pas qu’une partie de ces dépenses, et celle par ex. consistant dans la prestation de la rente du sol et du capital, soit pour ceux à qui elle est prestée un revenu net, et que par conséquent tous les frais sacrifiés par le vendeur ne se composent pas de consommations inévitables. Aussi ne faudrait-il pas confondre par ex. avec les frais du vendeur, dont il s’agit ici, le montant des frais de l’Écon. publique, qui doit être supputé pour la connaissance du revenu net de la nation. Les biens immolés sont habituellement évalués par le vendeur d’après leur prix et, relativement aux choses qu’il est possible de retrouver moyennant un prix courant, ceci s’adapte parfaitement au point de vue du particulier. Que si cependant une partie des biens déboursés est engendrée par le vendeur lui-même et à des frais moindres que ceux qu’entraîne l’achat, comme par ex. le fourrage et l’engrais nécessaires à l’alimentation des bestiaux ou à la production de la laine, on ne fera entrer en ligne de compte que les frais de production propres.

Les frais avec lesquels doit compter le vendeur embrassent : 1° le salaire des ouvriers employés par lui ; 2° la rente du capital utilisé et 3° celle des fonds de terre mis à profit, lorsque bien entendu c’est le

DISTRIBUTION DES RICHESSES. 30i

cas, et ce n'est pas le cas, par ex., dans la pêcherie maritime; 4° un profit industriel moyen, qu’il doit lui-même obtenir pour pouvoir se résoudre à la continuation de l’industrie déterminée; 5° le prix des biens consommés pour les nécessités de l’entreprise et qu’il fournit en les achetant. Le montant de frais contenu dans le prix de ces objets se décompose encore une fois dans les cinq mêmes éléments, et ainsi de suite, en remontant aussi haut qu’on voudra. A part le profit industriel, le vendeur est susceptible de percevoir lui-même d’autres de ces éléments, lorsque par ex. il accomplit du travail en personne ou bien lorsqu’il est propriétaire du capital ou du fonds de terre. Il doit, en pareil cas, calculer la bonification à laquelle il a droit, d’après ce qu’elle serait s’il travaillait pour autrui et abandonnait à autrui sa terre ou son capital. Toutefois, il lui est loisible de se contenter d’un dédommagement inférieur au montant habituel, ce qui ne lui arrive pas rarement en vue de pouvoir, au cas de concurrence défavorable, persévérer tout de même dans l’industrie pour laquelle il a opté. Si l’analyse dans laquelle nous venons d’entrer, quantaux frais, peut paraître quelque peu banale, il ne faut pas oublier cependant que c’est faute de calculs exacts en ce qui les concerne que souvent des chefs d’industrie persistent dans une mauvaise voie et s’y creusent des abîmes.

Le prix d’un bien s’élève-t-il au-dessus des frais, l’excédant profite tout d’abord à l’entrepreneur, qui dans cette hypothèse recueillera un bénéfice industriel dépassant le taux moyen ordinaire. A supposer cependant qu’un tel prix se maintienne, les conditions de la concurrence peuvent obliger l’entrepreneur à céder à d’autres personnes coopérant à la production et au rassemblement de la marchandise, et spécialement aux ouvriers et propriétaires fonciers, une partie de cet excédant, sous i forme d’élévation du salaire et de la rente du sol.

Page 1