XX LETTRE A MM. LES ELEVES
sur la matière de l'instrument charnel ou terrestre. Pour que l'activité se montre , il faut qu'elle combatte , qu'elle lutte , qu'elle règne par la volonté ; alors seulement elle est libre. Si son empire cesse, si elle est subjuguée, elle cesse d'être, car une passivité n'est plus une activité. Ainsi, à l'instant où elle subit le joug d'un mauvais principe , et elle le subit lorsqu'elle cesse de lutter, ou lorsqu'elle ne distingue pas le bien du mal, l'ame humaine entre alors dans la voie fatale, elle n'existe plus; l'homme qui existe sous l'empire de cette fatalité rentre dans la condition du péché originel ; il est impuissant à faire le bien, il est esclave.
Le but de l'activité humaine, assigné par la loi de J.-C. , est la réalisation de l'égalité et de la fraternité uwiverselles. Ce but trouve son principe dans la genèse chrétienne. En effet, tous les hommes sont fils d'un même père , qui est Dieu ; tous sont frères; tous ont reçu de Dieu un principe spirituel de même nature et de même activité avec des instrumens charnels qui seuls différent.
Quelle doit être la loi de l'activité humaine en vertu de ce principe et en vue de ce but ? C'est l'exercice de la liberté, dans toute sa plénitude, au service de la fraternité. Mais comme la liberté n'existe qu'à la condition de dominer tous les obs tacles qui naissent des instincts et de la force matérielle; comme l'activité n'est libre .qu'à la condition de subordonner les exigences charnelles qui lui résistent, il en résulte que l'homme doit se manifester par une lutte incessante contre le mal, contre tout ce qui est individuel , contre tout ce qui arrête
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de l'école de médecine. xxi l'essor de son activité vers la réalisation finale du principe chrétien de l'égalité. Lutter, c'est agir dans un but social ; c'est concourir à une fonction que l'activité humaine doit accomplir en dehors de l'individualité charnelle ; c'est en un mot produire une œuvre qui survivra à l'individu et qui sera recueillie par l'humanité. Cette lutte contre l'égoïsme, contre la fatalité des instincts et de la force brutale, n'est autre chose que le sacrifice du moi individuel au moi social, au moi humanitaire; en un mot, c'est le dévouement.
Tel est l'enseignement chrétien ; telle est la morale sociale chrétienne.
Que si l'on nous demande maintenant où est le bien , où est le mal , nous dirons :
Le bien prend naissance à l'instant où un homme fait un acte social, humanitaire, non individuel, un acte dont le principe est en Dieu et dont le but est dans l'humanité, un acte en harmonie avec la fonction sociale à accomplir; le sentiment qui inspire cet acte est bon, la science qui le prépare est vraie, l'homme qui l'accomplit a bien mérité de Dieu et de l'humanité. .
Le mal prend naissance à l'instant où un homme fait un acte anti-social , individuel , un acte dont le principe et le but sont dans l'individu lui-même comme chez les animaux, un acte en hostilité avec la fonction sociale à accomplir; le sentiment qui l'inspire est mauvais , la doctrine qui le prépare est fausse, l'homme qui l'exécute est coupable.
Que dire après cela, Messieurs, des théoriciens qui prétendent affirmer le but social, qui affectent