XXII LETTRE A MM. LES ÉLÈVES
de proclamer la nécessité de réaliser l'égalité chrétienne et qui en nient le principe ; qui nient Dieu et la dualité humaine , qui nient l'activité, la liberté, la responsabilité de l'homme (i) ? Où est le principe de certitude qui les anime; et en vertu de quelle loi proclament -ils l'œuvre qu'ils prétendent accomplir? Leur principe, c'est le droit naturel qui conclut à la satisfaction du moi individuel ; et ce principe est précisément la source du mal, car c'est la sanctification de l'égoïsme, c'est la canonisation de l'individualisme. Une doctrine qui conclut au mal, avec une effrayante et une impitoyable logique, qui nie la continuité de la fonction humaine à travers le temps et l'espace; une doctrine qui pose dans l'individu son principe et son but, évidemment ne peut engendrer que le mal.
Que dire après cela des théoriciens qui prétendent affirmer le principe chrétien , qui affectent de proclamer Dieu , la création de l'homme , la dualité humaine, l'activité, la liberté et la responsabilité de l'homme , et qui concluent de ce principe à un but individuel, à un égoïsme dans le temps et dans l'éternité (a) ?Que dire d'une science qui conclut de l'unité d'origine humaine à la distinction des races et des castes; de l'égalité devant Dieu à l'inégalité devant les hommes? Une science qui nie le but social , qui nie le devoir de réalisation de l'égalité et de la fraternité chrétiennes, qui nie le progrès, est une science
(i) Nous parlons ici des républicains matérialistes.
(a) Nous parlons ici des faux docteurs du catholicisme, des théologiens protestons, des ecclcctiques et de tous les spiritualités inconséquens.
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DE l'ÉCOLE DE MEDECINE. XXIII
fausse; elle conduit au mal, elle est immorale, doit être combattue, humiliée, vaincue.
Et qu'on s'étonne maintenant des anathèmes de l'Église chrétienne, alors qu'elle marchait dans toute sa puissance, sous la sainte bannière du Christ, alors que ses évêques ne transigeaient jamais avec les volontés égoïstes des grands de la terre ! Certes elle était saintement inspirée, alors que, dans ses essais de transformation sociale, elle s'écriait : Hors de V Église point de salut ! Où en serions-nous , grand Dieu , si Arius eût triomphé , si Pelage eût vaincu ? Où en serions-nous , si une seule des innombrables hérésies qui ont assailli l'Église eût obtenu la victoire? Le règne de l'homme-prophète eût remplacé le règne de l'homme-Dieu; Mahomet eût remplacé le Christ ; la fatalité , la force matérielle, l'esclavage, eussent régné là où régnent l'esprit , l'activité et la liberté ; la fonction de l'humanité eût été niée ; le principe de l'inégalité et de l'individualisme eût été affirmé ; et les peuples les plus avancés , ceux qui auraient été les premiers à secouer le joug de l'anarchie païenne, seraient ensevelis dans le linceul du judaïsme musulman.
Et qu'on ne nous accuse pas de porter atteinte à la liberté, car plus que personne nous appelons son règne sur la terre ; nous la voulons immense , illimitée , sans entraves ; nous demandons que l'acte humain soit libre comme la pensée humaine , prompt et facile comme elle ; car le champ de l'activité est d'autant plus vaste que la liberté est plus étendue; mais nous affirmons, au nom de la morale, que la