ORIGINE DE LA SOCIÉTÉ
45. Il est évident que l'homme est de sa nature un être sociable, que la société est un moyen donné par la nature à l'homme pour atteindre sa fin. Il est clair aussi que la sociabilité, pour devenir société réelle, dans le sens universel du mot, c'est-à-dire, pour devenir une coopération concrète, une association actuelle quelconque en vue d'une fin à atteindre, doit y être déterminée par un fait. C'est en ce sens que Taparelli dit : « Tout fait qui produit une rencontre entre deux hommes et les met en contact, établit en même temps, entre eux une société réelle universelle... Ces deux hommes sont réciproquement obligés l'un envers l'autre, et en vertu du devoir de sociabilité, de se procurer mutuellement leur bien; et de fait, ils trouvent actuellement un objet concret qui peut leur faire exercer ce devoir : de là une société, une coopération concrète (i). »
Mais nous ne parlons pas maintenant de la société universelle (sensu indicato)^ il est question ici de sociétés déterminées, en vue d'une fin déterminée. Or, pour qu'une société déterminée puisse se former, il faut évidemment
(i) Essai théorique de droit naturel, livre VIII (Analyse raisonnée de l'ouvrage), chap. II, prop. VI.
de même un fait qui détermine les individus à s'unir pour une fin déterminée. « Les faits qui produisent naturellement les sociétés humaines peuvent être ramenés à la triple catégorie des faits naturels, des faits obligatoires, des faits volontaires (i). » De là différentes espèces de sociétés, qu'il importe de bien distinguer, et que nous considérons au concret, et historiquement, pour faire un exposé plus clair et plus facile, et en même temps pour justifier ainsi la théorie par les faits.
La société première et primitive, naturelle par sa fin, quoique libre par son origine, qui est le consentement mutuel des parties, est la société conjugale. Le mariage produit la famille, la société domestique, qui par rapport aux enfants est purement naturelle, puisqu'ils naissent membres de la société domestique.
La société domestique, privée, tend naturellement à se développer et à devenir une société politique, publique (2).
46. Jusqu'ici nous n'avons considéré que le côté purement temporel et profane des choses. Il faut donc remarquer que l'homme est de sa nature un être religieux, dont le premier devoir comme le premier besoin est la religion. Voici donc notre thèse. L'état d'absolue dépendance de Dieu, premier Principe et dernière Fin, n'existe pas seulement pour l'homme individuel, mais aussi pour la société humaine comme telle, et par conséquent le culte à rendre à la Divinité doit être public et social, en vertu de la loi naturelle elle-même, tout aussi bien que chaque homme doit être nécessairement religieux, c'està-dire, rendre à Dieu le culte intérieur et extérieur, qui lui revient. D'où je conclus que Dieu, par le fait même de la création de l'homme, destiné par sa nature à la
(i) Taparelli, ihid., chap. II, propr. I.
(2) V. Taparelli, Onv. cit., livre II, chap. IX, n. i5o ss. Et cpr. chap. X, où il réfute le Contrat social.
société, institua la société religieuse naturelle, ou l'Église de Dieu dans son sens le plus large possible.
Notre but ne permet pas de développer longuement la thèse énoncée, qui ne présente au reste aucune difficulté. Nous nous contentons d'un exposé succinct.
Il est manifeste que l'homme, créé à l'image de Dieu, doué d'intelligence et d'une volonté libre, dépendant de Dieu dans tout son être et ayant pour fin dernière ce Dieu même, le souverain bien, doit atteindre cette fin par ses actes libres, en reconnaissant sa dépendance absolue de Dieu et en conformant sa volonté et tous les actes qui en dépendent à cette connaissance, ce qui n'est autre chose que l'observation de la loi de sa nature, de la loi qui découle des relations essentielles entre Dieu créateur et sa créature. Or, la reconnaissance théorique et pratique de ces relations, l'observation de la loi, c'est toute la religion.
Le culte religieux que l'homme doit à Dieu en vertu de cette loi, en vertu de sa nature, c'est un culte intérieur et extérieur, par là même qu'il est corps et âme. Mais de plus il est évident que l'homme est un être sociable de par ^a nature : la société première et primitive ad mutnum juvamen et propagationem generis, c'est le mariage, qui fait la famille, à laquelle succède, par la multiplication de ces sociétés domestiques, une société plus vaste, la société civile, l'État (respiiblica) . Cela posé, cette société primitive et imparfaite, comme cette société plus vaste et parfaite, qui ont leur origine dans la nature même, et n'ont pour but que de conduire plus facilement les hommes à leur fin dernière, ne sauraient affirmer, en tant que sociétés, leur indépendance à l'égard de l'Auteur de la nature, elles doivent au contraire reconnaître les liens de dépendance qui leur sont propres à l'égard du Créateur et partant rendre à Dieu, comme à leur premier Principe et leur Fin dernière, leur culte, de la manière qui leur CvSt propre.
c'est-à-dire le culte public et social. « Natura hominum, dit Suaves^ postulat ut in unum politicum corpus Reipublicœ congregetur, hoc autem politicum corpus ad Dei cultum débet potissimum ordinari. Ergo necesse est ut non solum singuli private colant Deum, sed etiam ut tota Respublica per modum unius corporis cultum Deo exhibeat (i). »
Si Dieu n'intervient pas d'une manière positive, c'est la famille, ou bien la société publique existant déjà, c'est celle-ci qui doit instituer ou sanctionner de son autorité le culte à rendre à Dieu ; ce culte public supplée au culte domestique ou plutôt le comprend. Même, en restant toujours dans les limites de la loi naturelle, s'il n'est pas requis, il est du moins de la plus grande convenance et tout-à-fait en rapport avec la nature du culte à rendre, qu'il existe, au moins dans la société parfaite, un ministère public et consacré, c'est-à-dire un sacerdoce, pour exercer le culte au nom de la société. De là on ne peut pas conclure que l'autorité civile ou profane, et l'a-utorité religieuse ou sacerdotale se confondent, même dans cette h3'pothèse de la nature pure, mais que les deux pouvoirs distincts peuvent se trouver réunis dans la même ^^ersonne. Il est de plus dans la nature des choses qu'il se forme deux sociétés distinctes mais unies, la société religieuse et la société civile, celle-ci subordonnée à celle-là, suivant la subordination même de leurs fins, mais indépendantes chacune dans sa sphère propre.
Concluons. Comme Dieu en créant l'homme, institua de fait la religion, ainsi en créant l'homme sociable, il institua de fait une Église, c'est-à-dire la société religieuse des hommes, destinée à lui rendre le culte exigé par la loi même de la nature. Mais sortons de l'hypothèse, pour voir ce que Dieu de fait a voulu faire ; car si Dieu est
(i) Tom. m /;/ ?) part., Disp. LXXIII, sect. 4.
intervenu positivement, c'est le culte, c'est la religion qu'il a institués ou sanctionnés, qui seuls sont vrais et légitimes.
47. Dieu ne se contenta point de créer l'homme dans sa perfection naturelle, mais dans son infinie bonté, il l'éleva à l'ordre surnaturel et divin, et, le destinant à une fin surnaturelle, qui n'est autre que la vision béatifique même de Dieu, il Torna de ses dons surnaturels et lui donna ainsi les moyens de parvenir à cette fin sublime: par là même, quand il . dit qu'il n'était pas bon que l'homme fût seul, et qu'il lui donna un adjiitoriiim shnile sibi, il constitua de fait une Eglise ou société religieuse surnaturelle.
C'est un principe, ou plutôt un axiome en théologie, que le surnaturel ne détruit, n'efface, ne contrarie pas la nature, mais qu'il la suppose, la perfectionne, l'élève. C'est ainsi que cette deuxième thèse s'appuie sur la première. Comme Dieu, en créant l'homme, aurait institué de fait la société religieuse naturelle, ainsi en créant l'homme et en l'élevant à l'ordre surnaturel, il institua de fait la société religieuse surnaturelle, comme nous le montre le livre même de la Genèse. Déjà avant la création de la femme, nous entendons Dieu donner à Adam le précepte (c. II, v. 17), de l'observation duquel dépendra son bonheur surnaturel, comme celui de sa postérité (c. III, V. 16-19); puisque c'est sa violation qui enlève à Adam tous les dons préternaturels, qui rendaient sensible son élévation à l'ordre surnaturel et divin (ibid.; et v. 10, II) et qui enlève par conséquent à plus forte raison les dons proprement surnaturels; et puisque, le précepte violé, le Rédempteur est annoncé, qui réparera la faute et qui par ses mérites régénérera l'humanité tout entière et la rendra à sa destinée et à sa perfection surnaturelle (c. III, V. i5). Il est donc évident, que quand Dieu, après avoir coUvStitué cet ordre, donna à Adam un aide
semblable à lui, il institua la société religieuse surnaturelle domestique, qui contenait elle-même en germe la société publique.
De plus, sans aucun cloute, Dieu se révéla à Adam et lui manifesta la manière de le servir, non seulement comme homme privé, mais comme chef et principe du genre humain. Il le fit, en lui donnant le précepte dont nous venons de parler; il le fit encore quand, lui amenant tous les animaux pour leur imposer leurs noms (II, 19), il lui communiqua une admirable science, qui nous fait supposer à plus forte raison l'infusion de la science des choses surnaturelles ; il le fit, quand, lui présentant la première femme, il l'inspira de son esprit divin, qui parla par la bouche d'Adam {ibid., v. 23, 24), comme nous l'apprend le Sauveur lui-même dans l'Evangile ' (Math. XIX, 45). Enfin l'auteur sacré de la Genèse suppose assez clairement (c. III, v. 8) que Dieu conversa familièrement avec nos premiers parents dans le paradis terrestre.
Nous pouvons par là même légitimement supposer que Dieu institua dès le commencement un sacerdoce, ou investit Adam de son autorité pour l'instituer, ou le sanctionner en son nom; d'autant plus que nous voyons, par l'histoire subséquente, sans trouver une nouvelle institution positive indiquée dans les livres saints, que les patriarches, ou les premiers-nés, ou d'autres au nom de la famille et de la tribu patriarcale, offraient à Dieu des sacrifices, jusqu'à ce que Dieu, se choisissant un peuple, déterminât d'une manière positive le culte à lui rendre par ce peuple élu, et consacrât à ce culte d'une manière toute spéciale une tribu, et de cette tribu une famille sacerdotale, pour lui offrir les sacrifices au nom du peuple tout entier ; tous les autres, qui auraient osé s'attribuer ces fonctions, n'étaient désormais dans le peuple d'Israël que des profanateurs, et leur ministère un sacrilège.
48. Qu'il nous soit permis de faire, à la suite de cette thèse, quelques remarques qui trouvent naturellement ici leur place et qui ne seront pas sans intérêt.
En premier lieu, remarquons comment le mariage est essentiellement un acte religieux. Et d'abord, en faisant même abstraction de l'histoire de son institution, le mariage est religieux par sa nature : par sa fin primaire, qui est de donner à la société religieuse des membres; par ses fins secondaires, qui reviennent à s'entr'aider pour parvenir plus facilement à la fin dernière ; à raison enfin de sa signification : il contient, en effet, virtuellement la société, non seulement domestique, mais publique, et signifie par conséquent d'une manière réelle et implicite la société religieuse des hommes rendant à Dieu le culte qui lui est dû.
Ensuite si nous considérons l'origine historique du mariage, même abstraction faite de son caractère surnaturel, c'est Dieu qui en est l'auteur, non pas seulement en créant l'homme et la femme, mais d'une manière positive et expresse ; et de plus, par la manière même de créer Eve, Dieu fit voir que le mariage était chose sacrée, comme l'indiquaient déjà les fins que Dieu se proposait. Mais pour avoir l'origine véritablement historique, il faut admettre que le mariage fut institué quand déjà Adam était élevé à l'ordre surnaturel, comme nous l'avons démontré. Or, non seulement dans cet ordre le mariage est sacré de sa nature, mais sa signification réelle et implicite devint, par la volonté et l'intention positive de Dieu, formelle et explicite ; car Dieu fit du mariage un signe sacré, un sacrement dans le sens moins strict du mot, pour signifier l'incarnation du Verbe, que Dieu avait prévue et prédestinée ; c'est en effet par l'incarnation que le Fils de Dieu daigna épouser la nature humaine, se constituer second Adam, chef de la grande famille humaine, et chef de l'Église de Dieu parmi les hommes, de cette Église à
laquelle il donna dans les derniers temps sa forme la plus parfaite, de laquelle il fit son épouse, son corps m3'stique, de manière que le mariage, élevé par lui à la dignité de sacrement de la loi nouvelle, signifie véritablement l'union de Jésus-Christ avec son Eglise. « Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico in Christo et in Ecclesia (adEpli., V, 32). » C'est une doctrine que saint Paul se plaît à développer {ad Eph., V, 22, sqq.). Ce simple exposé suffit pour faire comprendre également comment le contrat de mariage tombe de droit sous la juridiction de l'autorité ecclésiastique.
En second lieu, nous déduisons de ce que nous avons dit la nécessité de l'éducation religieuse des enfants, en vertu de la loi naturelle elle-même. L'éducation, qui est un droit et un devoir des parents, ne saurait pas plus que le mariage être soustraite à l'autorité spirituelle.
Enfin en troisième lieu, il suit évidemment des thèses proposées, que l'autorité civile et profane, quoique indépendante dans sa sphère propre, doit cependant en tout* état de choses reconnaître l'autorité spirituelle, afin de rendre à Dieu le culte social qu'il exige, et que, s'il y a véritablement distinction, il ne saurait y avoir séparation des deux pouvoirs.
C'est d'après le même principe de la nécessité du culte social, que même les familles chrétiennes ont conservé l'usage d'avoir pour ainsi dire leur culte domestique, non pas séparé du culte public de l'Eglise, mais consistant dans certains exercices de piété approuvés par elle, faits en commun par les membres de la famille, l'assistance commune aux offices solennels de l'Église, etc. C'est par le même principe que s'explique l'usage si chrétien des âges de foi, par lequel toute société privée, même instituée dans un but simplement profane, avait soin de rendre à Dieu un culte social, par des pratiques conformes à l'esprit de l'Eglise et approuvées par elle. C'est ainsi
qu'au moyen-âge toute société, corporation, gilde, avait p)Our patron un Saint vénéré par l'Eglise, qu'elle faisait bénir par l'Église ses locaux, ses bannières, qu'elle assistait en corps h ses jours de fête aux offices divins, au saint sacrifice célébré à son intention, affirmait publiquement sa foi comme société.
49. Résumons ce qui vient d'être dit de l'origine de la société.
L'homme est de sa nature un être social. Pour que la sociabilité devienne société, il faut un fait, soit un fait naturel, soit un fait nécessaire, d'autorité, soit un fait volontaire de l'homme.
La première société, primitive et naturelle, c'est la société conjugale et domestique.
Cette société contient en germe la société publique ; le développement et la réunion des familles forme naturellement la société plus vaste, la société publique.
De même que l'homme est de sa nature un être social, il est aussi de par sa nature un être religieux, la religion est son premier devoir comme son premier besoin. Il doit à Dieu un culte intérieur et extérieur, car il est corps et âme. De plus, dès que la société se forme, elle ne saurait affirmer son indépendance vis-à-vis de Dieu, elle lui doit son culte, le culte social: le culte domestique et, la société publique constituée, le culte public social proprement dit: d'où, dans la société une double autorité, un double pouvoir, politique et religieux, essentiellement distincts quoique pouvant être unis dans la même personne du chef. Il est cependant conforme à la nature des choses, que la société se développant, ces deux pouvoirs résident aussi dans des sujets distincts, et qu'il se forme ainsi une société civile et une société religieuse distinctes mais non séparées, subordonnées l'une à l'autre suivant la subordination de leurs fins respectives, quoique indépendantes dans leur sphère propre, subordonnées comme les pou-
voirs respectifs le seraient, s'ils se trouvaient dans une même personne.
Chacune de ces deux sociétés plus vastes et parfaites, à savoir l'Église (dans le sens le plus étendu) et l'État, comprend des communautés ou sociétés plus restreintes, qui sont comme ses parties intégrantes, et dépendent immédiatement d'elles, ou sont créées par elle. C'est en effet par la réunion de familles que se forme naturellement la société publique, et celle-ci peut aussi par voie d'autorité former dans son sein des subdivisions, des circonscriptions spéciales.
Enfin, en dehors des sociétés publiques et des communautés qui les composent, il peut se former encore par' libre consentement, par fait volontaire, des sociétés appelées par cela même volontaires ; car le droit d'association, qui est un droit naturel, ne s'entend pas seulement] du droit de former des sociétés naturelles ou nécessaires, mais il comprend évidemment le droit de former par librej consentement des associations moins grandes que la société publique, pourvu que le but de ces sociétés soit honnête et utile, et leurs mo3'ens honnêtes.
5o. Tout ce qui précède exprime la marche naturelle des choses, l'origine naturelle de la société, abstraction^ faite de toute intervention positive de Dieu. Mais d'après ce que l'histoire nous enseigne, dans le livre inspiré de la Genèse, le mariage et la société domestique ont été élevés par Dieu à l'ordre surnaturel dès leur institution, et par conséquent la société religieuse ou l'Eglise surnaturelle, dans son sens le plus vaste, date de ce moment. Après la chute de l'homme, aussitôt le Rédempteur promis, naît l'Église surnaturelle du Christ Rédempteur, dans le sens le plus étendu.
Pendant toute l'époque patriarcale, jusqu'à Noë et Abraham, le régime de la famille et de la réunion de plusieurs familles sous l'autorité du patriarche, sans
société publique au sens parfait du mot, continue. Les deux pouvoirs, ecclésiastique ou sacerdotal et civil ou politique, restent réunis dans les mêmes personnes ; sauf déjà la désignation spéciale des personnes, les premiersnés p. ex., pour exercer le sacerdoce.
La vigueur de corps et d'esprit et la longévité, à cette époque antérieure au déluge, eut un double effet : de conserver la tradition religieuse, la notion et le culte du vrai Dieu, et un autre, tout opposé en morale, de s'inquiéter trop peu de conformer les mœurs à la doctrine révélée. Aussi la corruption générale appelle-t-elle la vengeance divine par le déluge, mais pas de trace d'idolâtrie avant ce cataclysme: ce n'est que bien plus tard, après la mort de Noë, que Dieu trouve nécessaire d'intervenir, pour conserver au moins chez un peuple le culte social du vrai Dieu. Il appelle Abraham, son seul adorateur parmi les Chaldéens idolâtres, il forme peu à peu son peuple, il lui donne sa constitution, sa législation, il établit le double pouvoir distinct, non séparé, dans la personne de Moïse, le chef politique, et Aaron, le grand Prêtre.
Enfin Jésus-Christ, le Sauveur promis, le suprême législateur et le grand Prêtre par excellence, vient au moment défini par la Providence, donner à la société religieuse sa dernière forme, la plus parfaite et universelle, définissant d'une part ses droits vis-à-vis de toute société humaine, d'autre part imposant le devoir à tout homme d'y entrer pour se sauver.
Si. Voilà en peu de mots l'exposé de l'origine des sociétés. Nous avons déduit de ces principes, des corollaires importants sur le caractère religieux du mariage, sur l'éducation religieuse des enfants, sur le culte domestique et social, sur la subordination des deux pouvoirs ; nous voudrions ajouter ici un corollaire non moins important, qui découle de ces mêmes vérités exposées. La famille, étant la société primitive, naturelle, antérieure à
toute société publique, a nécessairement des droits, que la société civile doit respecter, « la famille, dit Léon XIII, dans son admirable encyclique sur la condition des ouvriers, c'est-à-dire, la société domestique, société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile, à laquelle dès lors il faudra de toute nécessité attribuer certains droits et certains devoirs absolument indépendants de l'Etat. »