EFFETS HARMONIQUES
Plus de paresse.—Extinction de la misère et de la mendicité.—Armées industrielles.
. La distribution des travaux par groupes et séries avant la propriété de les rendre attrayants, toutes, les niasses de la société recherchent avec ardeur des places dans toutes les branches infiniment variées des fonctions sociales. Il n’y a donc plus de paresseux : on pourra faire aux sociétaires pauvres l’avance d’un minimum, avec la certitude qu’ils auront gagné plus que leur dépense à la fin de l’année. Ainsi, l’établissement du régime sociétaire extirpera la misère et la mendicité, fléaux des sociétés basées sur la concurrence anarchique et le morcellement. Il serait impossible aujourd’hui de faire au peuple l’avance du minimum : il tombe-i rait aussitôt dans la fainéantise, attendu que le Ira-; vail est répugnant. Voilà pourquoi la taxe des pauvres, en Angleterre, n’a fait qu’élargir la .plaie hideuse du paupérisme. — L’avance du minimum, c’est la base de la liberté et la garantie de l’éman ■ cipation du prolétaire. Pas de liberté sans minimum ; pas de minimum sans attraction industrielle. Toute la politique d’émancipation des masses est là. (V. pag. S8, la thèse du travail attrayant.)
■ SL Considérant a parlé, en finissant, de l’immensité du bonheur auquel l’humanité atteindra, au bout de quelques générations, par l’organisation phalanstérienne. Il a peu développé ce sujet, dans la crainte d’exciter l’incrédulité de ses auditeurs.
Une des plus grandes conséquences du nouvel ordre social sera la substitution aux armées destructives d’armées pacifiques et industrielles de divers degrés, qui seront employées à reboiser les montagnes dénudées par notre imprévoyante société; à attaquer les déserts, à y amener des eaux et a les couvrir peu à peu de terre végétale, pour y rappeler la vie et la fécondité; à dessécher les marais; à jeter des ponts, à maîtriser par des digues et des encaissements le cours des fleuves et des rivières ; à creuser des canaux d’irrigation et de navigation; à construire des routes et’des chemins de fer entre les principaux points des continents'; à percer des isthmes, tels que ceux de Suez et de.Panama; en un mot, à exécuter comme par enchantement les grandes opérations d’utilité générale exigeant des légions de travailleurs, qui auront pour résultat d’assainir, d’embellir et d’exploiter toute la surface du domaine terrestre, dont l’humanité est ^usufruitière perpétuelle. L’orateur s’est ému à l’idée du bonheur futur compare au malheur présent, et il a fait partager son émotion à toute l’assemblée, lorsqu’il s’est écrié: « Messieurs, tous les livres sacrés s’accordent à proclamer que l’homme est le Roi de la création. Telle est en effet sa Destinée. Mais, je vous le demande, l’homme mérite-il aujourd’hui de porter ce titre glorieux? Quel est donc ce Roi couvertdo haillons,dévoré par la faim et les maladies, et qui vient étaler ses plaies et ses misères sur les placespubliques? Je ne reconnais pas là le Roi de la terre! Les prophéties no sont pas accomplies. Que toutes les nations s’associent, que tous les peuples s’unissent
EFFETS HARMONIQUES. Si
et.s’organisent dans l’Unité de la grande famille!; que l’homme emploie ses bras et son intelligence à la culture générale du globe, au lieu de ie dévaster; qu’il prenne possession complète de son domaine, et qu’il applique au bonheur de tous les richesses produites : alors il pourra s’appeler Roi de la création! Mais aujourd’hui encore, il n’en est que le rebut : car la condition des animaux est meilleure et souvent plus noble que la sienne ! » (Vifs applaudissements. )
Impression faite sur les esprits par l’Exposition. — Espoir d'un prochain essai. — Universalité de la théorie deFourier. — Conclusion.
Tel est à peu près l’ensemble des idées qu’a développées M. Considérant. Nous n’avons pu en donner qu’une sèche analyse, obligé que nous étions de resserrer sa pensée dans des limites étroites. Ses leçons ont offert constamment un grand intérêt. M. Considérant parlait très-vite : mais son style, à la fois simple et élevé, était si clair et si précis, que, malgré la nouveauté des idées, il a toujours été compris etécouté avec la plus grande attention. Dès la première séance, il s’est concilié la bienveillance des auditeurs par sa simplicité et par le ton de parfaite convenance avec lequel il s’est exprimé sur les partis politiques. La seconde séance, consacrée aux descriptions, a moins intéressé que la première, mais on s’accorde à dire qu’il a traité son sujet d’une manière supérieure dans la 3 e et la 4°, surtout dans la dernière. Quoiqu’il ait parlé pendant
82 quatrième séance.
deux heures et demie, le public ne paraissait nullement fatigué: sa parole a toujours été facile, pleine dé lucidité et de pensées. Il s’est élevé jusqu’au ton de l’éloquence, et l’auditoire l’a couvert deux fois d’applaudissements prolongés.
M. Considérant s’est acquis, auprès de ceux qui l’ont entendu, la réputation d’un homme de grand talent, animé deconvictions sincères, ethabile propagateur du système social dont il est l’apôtre zélé mais tolérant; n’ayant pas la prétention d’imposer à personne des principes exclusifs et absolus, mais faisant un appel à l’examen et à l’expérience. Ses enseignements ontfait tomber en partie les méfiances et les préventions qui existaient contre la théorie de Eourier. Sans doute, l’immense majorité est toujours incrédule, et dit.: Ce serait bien beati, si c'était réalisable ! mais il est certain que le système phalanstérien ne parait plus aussi extravagant qu’on se le figurait, qu’on y trouve des choses sérieuses et dignes de fixer l’attention des hommes les plus positifs. Noiis croyons que M. Considérant a été assez heureux pour faire naître dans la majorité des esprits le désir, ot dans quelques-uns l’espoir de voir une réalisation prochaine. Fourier demanda inutilement, pendant trente ans, que l’on fit un essai de son système. Ses disciples le demandent aussi, et travaillent dans ce but. Seront-ils plus heureux que le maître ? Nous l’ignorons. Nous savons seulement qu’ils en ont l’espérance. Car M. Considérant a annoncé au public que l’École sociétaire serai t certainement en mesure de répondre, de notre temps, par