‹ Exposition abrégée du système phalanstérien de FourierChapitre 21 sur 37 · DE LA DESTINÉE PRÉÉTABLIE · texte numérisé non relu

DE LA DESTINÉE PRÉÉTABLIE

L’organisation de cette société est la condition du règne de l’harmonie et du triomphe'du bien sur la terre.

S’il en était autrement, nos passions (1 ) auraient été faites au hasard ou dans des intentions mauvaises. La puissance créatrice serait une puissance impuissante, stupide ou malfaisante: car elle n’aurait pas pu , n’aurait pas su ou n’aurait pas voulu nous douer d’impulsions susceptibles de produire le bien dans aucun ordre social que ce puisse être. Elle aurait manifesté une libéralité et une sagesse infinies dans les jouissances et les attraits dont elle a environné les lois conservatrices et reproductrices de l’espèce ; elle aurait déployé une sublime intelligence dans la constitution matérielle de l’homme, où il n’est pas un organe, pas un nerf, pas une fibre, qui ne concourent à l’harmonie de l’ensemble, où un muscle a été préposé comme instrument pour servir chaque besoin, et même pour exprimer les plus délicates nuances de nos passions; et ces passions, ressorts des actes humains, éléments de l’homme moral et social, auraient été déterminées sans coordination et sans butl ou bien elles ne seraient destinées qu’à agir’les unes contre les autres, à se

(I) Le lecteur intelligent a bien compris, par ce qui précède, que l’on n’entend point ici par passions les excès, les abus des impulsions natives ou les vices produits par leurs essors désordonnés dans nos sociétés mauvaises; mais, au contraire, ces impulsions dans toute la pureté de leur nature primitive,

70 II e TBÈSE.

.combattre, à engendrer une lutte éternelle dans l’homme, une lutte éternelle dans l’humanité, un éternel concert de ruses, d’oppressions, de violences, de massacres et de misères !

L’organisme physiologique de l’homme serait une oeuvre sublime d’intelligence et d’harmonie, et son organisme passionnel, dont le premier n’est que le corps et l’instrument, Une discordante absurdité ou un méfait 1—A un autre point de vue, les manifestations matérielles'et physiologiques dériveraient d’un principe d’unité et d’harmonie, et les manifestations morales seraient rejetées en dehors du cadre de l’harmonie et de l’unité universelles !

■ ' Celte déplorable conception, qui a passé au compte de la nature humaine les vices de nos détestables sociétés, doit être repoussée par le sentiment comme par la science, par la raison aussi bien que par la foi.

L’homme est bon dans tout son être, dansson âme comme dans son corps, dans les passions essentielles de ses sens et de son cœur, comme dans les facultés de son intelligence. Il n’est pas vrai, comme l’ont trop long-temps soutenu des moralistes et des théologiens ignoran ts sur sa nature, que sa nature contienne des penchants au mal, des penchants mauvais en eux-mêmes. Et ce qui le prouve, c’est que, quand un individu s’est assez dépravé dans l’atmosphère empoisonnée de notre milieu social pour en venir à faire le mal pour le mal, sans un intérêt quelconque, on appelle, et avec raison, cet individu un

Page 1