DU TRAVAIL-ATTRAYANT
cupentpas d’une pareille pauvreté., ils laissent cela aux esprits sans portée, aux matérialistes 1 ; ils vont' plus haut, ils s’occupent des droits de l'homme, de lai liberté, de la dignité humaine , de la justice , de la fraternité , du progrès, de la moralité, de la perfectibilité, et ils enfilent sur tout cela assez de parolespourse croire dispensés désonger à réaliser les choses. Ceux qui entrent dans la vie pratique,’ qui cherchent à savoir comment l’homme vit, travaille, agit, et comment il devrait agir, travailler et vivre pour être libre et heureux, ceux-là sont des matérialistes , c’est entendu.
Eh bien ! si parmi tous ces beaux phraseurs, il en est qui aient sérieusement à cœur l’avènement des réalités auxquelles les mots qu’ils manient si vaillamment correspondent, nous les engagerons à donner quelque attention aux théorèmes suivants, qui. sont l’A B C de la question sociale, et dont nos grands réformateurs de tous les calibres devraient bien un peu se pénétrer : : •
1°L’ Organisation du travail-attrayant est la condition sine quâ non de la liberté. — Tant que l’immense majorité des travaux seront répugnants, en effet, l’immense majorité des travailleurs ne s’y livreront pas par plaisir et de libre volonté, mais par besoin, par nécessité de position, par un fait d’infériorité sociale quelconque, c’est-à-dire par contrainte.— Travail attrayant, liberté desmasses ; —Travail répugnant, esclavage (direct ou indirect, sous quelque forme que ce soi t) des masses.
Cette liaison profonde, absolue, qui établit entre
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le développement de la liberté dans les sociétés et la nature de leur régime industriel, le rapport logique et nécessaire de l’effet à la cause, démontrons-Ia sous une forme plus saisissante encore. N’est-il pas sensible, d’abord, que les individus ou les classes qui ne possèdent rien, qui n’ont ni capitaux, ni instruments de travail, ni avances pour exister, sont nécessairement, dans quelque système politique que ce soit, réduites, par le fait même de leur dénuement, à un état de dépendance et d’ilotismesocial, qui prend tantôt le nom d’esclavage, tantôtcelui de servage ou deprolétariat ? Cela est indéniable. Sous quelque constitution que ce soit, il n’y a pas de liberté sociale et il n’y aura jamais de liberté politique sérieuse et durable pour des classes dont tous les membres, sous peine de mourir de faim; eux et leur famille, sont forcés chaque jour de se trouver UN MAITRE dans une autre classe.
Arrière toutes les niaiseries dites et écrites sur la liberté! La première condition pour qu’un être soit libre, c’est qu’il tienne, dans ses mains à lui, les conditions de son existence ! la première condition pour qu’un être soit indépendant, c’est que les conditions formelles de sa vie ne dépendent pas de la volonté d'autrui, ne soient pas à la merci de tels ou tels ! Faitesdesrévolutions, des décrets, des constitutions, proclamez toutes sortes derépubliques, nommez qui vous voudrez président ou consul, vous ri’aurez rien fait, absolument rien fait pour la liberté sérieuse, vraie, réelle des masses, tant que la société n’aura pas garanti à chaque homme, à chaque femme,
DD travail-attrayant.. Si
à chaque enfant, un minimum convenable d’existence, tant que chaque homme ne sera pas assuré, mais assuré comme du premier de ses droits de membre de l’humanité, du vêtement, du logement, de la nourriture et de toutes les choses nécessaires à l’entretien de sa vie et à l'indépendance sociale de sa personnalité.
Or, il serait par trop absurde de demander que la société avançât le minimum à l’individu et donnât ainsi la liberté sociale à chacun de ses membres, aussi long-temps que le régime industriel ne serait pas organisé de manière à passionner les masses, à les entraîner au travail par la puissance de I’attrait, à défaut de la force ou du besoin— -qui seuls pourront jamais les contraindre àl’exercice de l’industrie morcelée et répugnante.
Ainsi donc et sans réplique : pas de liberté politique et sociale pour les masses sans minimum, et pas de minimum sans attraction industrielle.
Pas d’autre voie par conséquent, pour la rédemption réelle des esclaves, des serfs, des prolétaires, de tous les faibles et de tous les opprimés, que I’organisation du travail-attrayant. .
Nous défions qui que ce soit de réfuter cette thèse capitale, et tous les hommes intelligents qui voudront y réfléchir reconnaîtront d’ailleurs, dans l’histoire, à toutes les époques, les concordances intimes des conditions du travail et de celles de la liberté.
2° L’Organisation du travail-attrayant est la condition sine quâ non de la dignité humaine. —
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En effet, il n’y a pas de dignité pour l’homme qui vit'sàns liberté, qui vit dans les conditions d’infériorité sociale où le caractère répugnant de l'industrie plonge nécessairement les masses.
3° l L’O rganisation du tüavail-attrayant est la condition sine quâ [non de la justice. En effet, il est odieusement injuste que les masses soient condamnées à des travaux répugnants, à côté des minorités qui peuvent se passer de travailler ou qui exercent d(!S travaux attrayants, des fonctions recherchées. L’organisation du travail attrayant, d’ailleurs, exige la condition de répartition proportionnelle qui est la loi même de la justice distributive, et qui est impraticable dans le système du travail répugnant, où tout le bénéfice de l’atelier social est absorbé par les parasites.
4° L’Organisation du travail-attrayant est la condition de l’harmonie sociale (terme bien supérieur à celui de fraternité humaine et qui le contient).—En effet, tant que le joug du travail répugnant sera imposé aux masses, il y aura toujours une profonde division dans la société, toujours des classes ennemies, toujours desgermes de révolutions et toujours une tendance de l’individu à s'affranchir du travail, à échapper égoïstement au supplice de l’industrie répugnante.
5° L’Organisation du travail-attrayant est plus précieuse que tous les droits de l’homme du Contrat social ou de la Déclaration de 89. En effet, elle garantit à tout homme le droit de vivre libre, digne et heureux, de l’exercice bien et équitable-