SOLUTION ÉCONOMIQUE DU PROBLÈME SOCIAL
Transformation de la propriété morcelée. - Exploitation unitaire du sol,- conciliée avec la propriété personnelle.
-■'Comment exploiter unitairement le territoire de la commune sans porter atteinte à la propriété individuelle et privée ! Aujourd’hui la commune est divisée en autant d’exploitations qu’il y a de familles. •Chaque famille gère ses affaires, le plus souvent fort mal. La division de la propriété est poussée à l’extrême; le sol est coupé en morceaux : sur beaucoup de points il tombe véritablement en poussière. Les -haies, les murs do clôture, les chemins de desserte, rendent improductive une grande partie du terrain.
• Lespropriétaires voisins se disputent la terre et l’eau : de là des haines, des procès, des pertes de temps et de capitaux; on connaît le proverbe : Qui terre a, querre a. —En résumé, le territoire de la commune -est très-mal cultivé, et la production est considérablement réduite. Évidemment, pour que les hommes chargés à’organiser le travail agricole pussent approprier les cultures aux différentes natures de terrains, qu’ils pussent adopter les meilleurs systèmes •d'assolement, introduire les bonnes méthodes et les procédés mécaniques perfectionnés, .source deconomie, disposer librement des cours d ? eau, soit comme moyen d’irrigation, soit comme force mo-
trice ; en un mot, pour qu’ils pussent exploiter le sol le plus avantageusement possible, il faudrait que l’on pût arracher les bornes des héritages, effacer les divisions des parcelles, et former , de l’ensemble des propriétés particulières, une vaste propriété de 15 à 16 cents hectares, dans laquelle on substituerait la grande et riche culture à la petite et pauvre culture du morcellement. Or, existet-il un moyen d’obtenir un résultat si désirable sans porter aucune atteinte au droit de propriété tel qu’il est réglé par nos lois?— Oui, ce moyen existe : on le met en pratique à chaque instant ; il s’agit d’en étendre l’application. Tous les jours on. voit des propriétaires, des capitalistes, grands et . petits, s'associer pour l’ouverture et l’exploitation d’un canal, d’un chemin de fer, d’une mine de houille, etc. Ici, la propriété est collective , et pourtant la part individuelle de chaque intéressé est représentée patun titre particulier nommé action , qui donne un droit proportionnel aux bénéfices. Qu’on étende ce système à l’agriculture : on aura des Associations agricoles, comme on a maintenant des Associations dites industrielles. Les terres, les bestiaux et toutes les valeurs en nature, estimées à l’amiable ou à dire d’expert, pourrônt entrer dans la société comme le numéraire, et donneront droit à des titres actionnaires. Ces titres seront hypothéqués sur tout le domaine communal, qui est indestructible. Dans ce système, il y a transformation du mode de jouissance de la propriété; mais le droit et les avantages de là-propriété individuelle sont conservés çt
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mieux garantis que dans le système actuel. Le revenu du propriétaire, qui n’est aujourd’hui que de deux et demi ou trois pour cent, atteint rapidement un taux plus élevé, grâce à l’accroissement de la production, comme on l’expliquera tout à l’heure.
Ainsi, pour que le territoire de la commune puisse être exploité unitairement, comme le domaine d'un seul homme, il faut abandonner le Morcellement et entrer en Association; substituer, a la propriété individuelle morcelée, la propriété individuelle sociétaire ou associée.
Association des ^««m^^oflaetlon : le Capital,
’ Les Associations actuelles sont incomplètes : elles ne comprennent que. le capital. —Fourier propose d’associer tous les éléments de la production, qui sont au nombre de trois. En effet, pour obtenir un produit il ne suffit pas d’avoir un fonds de terre une matière première, des instruments de travail; il faut encore que ce capital soit mis en œuvre et fécondé ' par l’activité de l’homme : le travail est donc le second élément nécessaire de la production Enfin, les travailleurs sont plus ou moins habiles, ils déploient plus ou moins de talent dans les opérations qu ils exécutent, ou dans l’administration dune entreprise: par conséquent, le talent s stle troisième e ement de la production. - Il est donc clair que les
associés doivent être rétribues proportionnellement a
leur concours en capital, en travail et en talent
dans la production. Cette loi est l’expression même de la justice. Reste à savoir comment on pourra apprécier exactement la quantité du travail effectué, et le degré du talent développé, car pour le capital, il n’y a pas de difficulté. — La théorie de Fourier donne, comme on le verra, la solution de ce problème, le plus important de l’économie sociale.
§ io.
Système des grandes économies domestique, agricole, commerciale, etc., du régime sociétaire..
Supposons qu’une compagnie veuille fonder une commune sociétaire conformément au plan de Fourier. Après avoir préparé, comme il vient d’ètre dit, l’organisation des travaux agricoles, elle prendra des dispositions analogues pour les autres branches de l’industrie, en suivant toujours le principe d’association et d’unité. Les 400 cuisines du ménage morcelé, avec tout leur attirail d’ustensiles, seront remplacées par une seule vaste et belle cuisine, dans laquelle les hommes, les femmes et les enfants qui auront le' plus de penchant et d’aptitude pour les opérations culinaires, prépareront, sur une grande échelle, comme dans les cuisines du roi, la nourriture de tous les habitants de la commune. Les aliments seront fournis au prix coûtant, et variés en nature et en raffinement, suivant les goûts et la fortune de chacun. Unité et variété dans la production, Liberté dans la consommation—qui se fera comme on le voudra chaque jour, isolément, en famille ou en société d’amis -.—telle est la devise et la formule de l’Association.
vastes greniers bien aérés, où seront emmagasines classés, étiquetés, soignés, les vins, leseereales, et en général tous les approvisionnements. Pour chaque produit, les petites fabriques feront place a une véritable manufacture. Le commerce, à son^ tour, est organisé unitairement et simplifié dans ses rouages. Le nombre de ses agents se réduit au strict necessaire. Aujourd’hui les marchands, dont a seule fonction est de distribuer les richesses sociales, que leur position d’intermédiaires entre le producteur e le consommateur pousse à exploiter l’un et 1 autre,
et qui augmentent considérablement le prix des pio-
duits sans rien ajouter à leur valeur réelle, les marchands sont en nombre vingtuple de celui que reclame l’Association. La commune fera directement les ventes elles achats, et c’est ainsi que le producteur et le consommateur, mis face à face, se passeront de l’intermédiaire ruineux et improductif qui enleve aujourd’hui le plus clair des revenus du corps social. Immense économie pour les communes societanes
Augmentation du nombre des Multiplication de la
travailleurs productifs.— richesse sociale.
Il résultera de cette organisation de l’industrie qu’un grand nombre d’hommes et de femmes, absorbés aujourd’hui par les soins du ménage ou du commerce, et par les complications d’un ordre industriel basé sur le morcellement, deviendront dispo-
nibles, et pourront tourner leur activité vers les travaux productifs. Ainsi toutes les combinaisons du régime sociétaire concourent à l’accroissement de la richesse et à l’économie dans les dépenses. Dès lors, il sera très-facile, non-seulement d’améliorer beaucoup la position des classes pauvres, mais encore d’augmenter le bien-être de celles qui ne souffrent pas, ou plutôt de celles qui souffrcntmoins, car touf le monde souffre dans la société actuelle.
Nécessité d’une architecture nouvelle pour un ordre social
Un des éléments les plus essentiels d’une organi-, sation sociale est l’élément architectural. L’architecture d’un peuple représente exactement son état, social. Les hommes sauvages vivent sous des huttes -, les peuples nomades sous des tentes. Allez, dans la Bretagne et dans beaucoup de nos provinces, vous, y trouverez des villages qui ont encore l’aspect barbare. Enfin, pénétrez dans les villes ornées de monuments, d’églises, de théâtres, dont les rues s'élargissent et s’alignent peu à peu : à ces caractères vous, reconnaîtrez la civilisation.—Il faut une architectonique nouvelle pour une organisation sociale nouvelle.
Idée d’un Phalanstère.
On pressent déjà, d’après ce qui a été dit, que les constructions de la commune sociétaire ne se, composent pas de 400 maisons isolées, plus oumoins