‹ Exposition abrégée du système phalanstérien de FourierChapitre 9 sur 37 · ORGANISATION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU TRAVAIL

lires sé. déformer par ]a répétition continuelle dü 'même mouvement. A force de se pencher vers,la terre, le laboureur finit par demeurer courbé! Nos 'villes, manufacturières fourmillent d’individus ràfchitiques, atteints d’infirmités précoces, et impropres ' aii service militaire par faiblesse dé constitution. Il ' n’ést pas dans la destinée d’un être riche de facultés nombreuses de n’en exercer qu’une seule! En faisant un si triste usage des dons qu’il a reçüs, l’hommè viole les lois de la nature : aussi la nature lë.punit-elle justement par la dégradation de i’àmé et du corps. — Ces vues, aussi.justes qu’humaines, déve-. loppées avec chaleur parîl. Considérant, excitent des applaudissements spontanés dans toute la salle. ' !

On voit donc que le changement d’occupation est à la fois une condition du travail attrayant etdu ! développement donnai des individus. Ce changement s’opère par les mouvements continuels des sociétaires dans l’ensemble des groupes et des sériés'; mais il est purement facultatif, et quoique Fouriér calcule en général à deiix heures la durée des séancès d’un même travail, il est bien évident que l’artiste ou le savant, par exemple, qui trouve plaisir à s’occuper, pendant quatre ou six heures, de' l’objet •dé ses études, en sera parfaitement libre. On est toujours libre au Phalanstère.

Quoique les travaux .intellectuels aient beaucoup d’attrait pour les personnes qui s’y livrent par,goût, ils fatiguent et répugnent par une trop lorigue'duréë. L’illustre Laplace, après avoir pûli.pendantplusiëurs heures sur ün problème, éprouvait lé besoin'd’une

autre occupation : il se plaignait de n’avoir à sa portée aucun objet de distraction qui put lui faire oublier le problème qu’il venait de quitter, mais qui ne le quittait pas. — Un ancien préfet de la Côte-d’Or était quelquefois tellement excédé par une longue contention d’esprit, qu’il enviait le sort de ceux qui ont toute facilité pour exercer leurs facultés physiques, et regrettait de ne pouvoir aller, pendant une heure ou deux, casser des pierres sur la route avec les cantonniers. Ces exemples et d’autres encore ont été cités par M. Considérant,

Rivalités nombreuses. — Elles ne peuvent dégénérer en lutines.

Le système sériaire favorise au plus haut degré l’essor des rivalités. Toute série est disposée de manière qu’un groupe quelconque fait une variété de travail.qui diffère peu de celle des deux groupes voisins. Cette similitude établit entre les groupes contigus une violente concurrence êmulative qui excite chacun d’eux à déployer toute son habileté pour faire prêvaloirsesproduits, l’emporter sur ses rivaux. C’est ainsi que dans la gamme chromatique chaque note est en discordance avec les notes contiguës, tandis • qu’elle entre en accord avec les sons plus éloignés.

Il n’y a pas à craindre ici que les rivalités engendrent des haines individuelles, et jettent' la discorde 'dans le sein de la commune. Au contraire, les choses n’en iront que mieux; car, plus la rivalité est énër-

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gique entre les groupes, plus le lien affectueux se resjj serre entre les membres de chaque groupe en particulier. Or, si vous êtes maintenant en concurrence avec les membres de tel groupe opposé au vôtre, dans quelques instants vous serez uni a ces mêmes individus dans un des groupes d’une autre série, par un lien amical et corporatif. Il en résulte que les rivalités existent de groupe à groupe, et non d’individu à individu : elles n’ont pas un caractère d’hostilité, mais d’émulation. Elles sont absorbées par l’intérêt supérieur de la série. Enfin, la gloire et les bénéfices du groupe vainqueur profitant à la série tout entière, tournent à l’avantage du groupe surpassé qui en fait partie. Au sein de l’armée, qui est aujourd’hui le corps le plus régulièrement organisé, il existe une foule de rivalités qui tournent au. bien général. Dans un jour de bataille, les soldats de la même compagnie rivalisent entre eux d’ardeur et de courage : mais ils désirent, chacun, que leur compagnie se distingue entre toutes. Et si les compagnies rivalisent entre elles, un sentiment de confraternité les rallie à l’honneur du bataillon. Les rivalités des bataillons se rallient au drapeau du régiment ; celles des régiments à la gloire du corps d’armée dont ils font partie; celles des différents corps d’armée à la gloire de l’armée prise dans son ensemble ; enfin, la gloire de l’armée se rattache aufaisceau des gloires nationales. — Il en est d e même des rivalités de toutes sortes dans l’organisation sociale normale dont Fourier a découvert les lois naturelles : seulement, le cercle s’agrandit,

U franchit les limites de la patrie, et embrasse l'humanité tout entière.

Le contraste et la diversité des caractères sont des condi- .... tions d’harmonie.

On entend dire souvent qu’il faudrait que tous les hommes eussent le même caractère pour qu 7 ils pussent vivre ; d’accord. C’est une erreur. Si tous avaient le mêmè caractère, les goûts et les vocations se ressembleraient : rien ne serait plus monotone. Tout le monde voudrait faire la même chose ; une foule de fonctions indispensables seraient abandonnées. Il faut, au contraire, une grande diversité dans les. caractères, un assortiment complet, afin qu’il se trouve des amateurs passionnés pour toutes les espèces de travaux nécessaires à la société. C’est à dessein que la nature donne aux hommes des caractères si variés. En musique, s’il n’y avait qu’une seule note, on ne produirait aucun accord, tandis qu’on tire les plus belles harmonies de la combinaison infinie des sons différents.

'■ Il y a, sans doute, et il y aura toujours des caractères antipathiques : mais il leur sera très-facile de s’éviter, sans froissement, comme cela se pratique toujours dans de grandes réunions. D’ailleurs, les gens qui ne se conviendront pas auront entre eux des points de ralliement par la solidarité des intérêts et par l’engrenage des groupes et des séries. Ces contre-poids empêcheront les antipathies de dégénérer en haines. Le sentiment du bonheur com-

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mun, l’éducation,Je ton, disposeront tous les. cœurs, dès l’enfance, à une bienveillance générale et à la tolérance réciproque des caractères répulsifs.

Essor donné à l'amliition.

On objecte qu’il est impossible de mettre des bornes à l’ambition ; que, dans le nouvel ordre social,'; cette passion ne sera pas changée, et qu’elle excitera ; toujours les sentiments d’envie et de haine; qui dé- vorent maintenant le cœur des homnies. -r Fourier répond qu’il ne faut pas vouloir modérer l’ambition,. comme le prêchent en vain les moralistes, mais lui ouvrir de vastes essors dans toutes les.directions.! Il n’est pas étonnant que, dans notre société, les. hommes soient si envieux. La plupart des. carrier i res sont très-bornées : ceux qui occupent, une posé- ; tion inférieure, se voyant condamnés! y.reslèr toute leur vie, sans espoir de monter plus haut, considèrent avec raison leurs supérieurs et leurs égaux comme des ennemis ou des obstacles. Si vous voulez que l’ambition n’inspire que. de nobles sentiments, établissez une' foule de hiérarchies dans, ries fono-, tions, et donnez à tous, le droit de .parvenir- aux: degrés les plus élevés des échelles. Les places du gouvernement sont aujourd’hui très-recherchées, quoique* en général, elles ne soient pas bien payées. Pourquoi? parce que les fonctionnaires espèrent un peu d’avancement et sont assurés d’une retraite dans leur vieillesse. Napoléon ne cherchait pas à étouffer l’ambition dans le cœur de ses soldats : au

contraire, il les excitait par l’appât des récompensés, il leur montrait en perspective un ruban, la croix, les grades supérieurs, un bâton de maréchal de France, même un trône. Dans la phalange, comme dans l’année, l’ambition est encouragée, et toutes les portes lui sont ouvertes ; chacun a devant soi mille carrières illimitées. On commence par être aspirant dans un groupe ; ensuite on est admis comme travailleur de3 e , de 2° ou 4 re classe; puis on devient chef de groupe, chef de série, etc. On s’élève par degrés aux plus hautes positions dans la commune et dans l’Etat.Quelles que soient les spécialités auxquelles on se livre, on peut espérer, dans les unes ou les autres, devenir le premier de la phalange; lé premier de la province, du royaume, de l’empire, le premier de la terre. L’on est du moins absolument sûr de monter toujours à la hauteur de son mérite en. chaque fonction.

Système électif.

• Mais comment sera-t-on assuré de parvenir aux postes qu’on aura mérités? Qui choisira les chefs? Qui jugera de la valeur des individus ? N’est-il pas à craindre que l’homme capable ne soit souvent écarté par l’intrigue et la faveur ? Non : et voici pourquoi. La nomination des chefs se fait toujours par l’élection, et tout candidat est jugé par ses pairs. Par exemple, les chefs du groupe ou de la série sont élus par les membres du groupe ou de la série. Or, il est évident que les électeurs connaissent, d’une

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