‹ Exposition analytique et Experimental de la Theorie Mechanique de La Chaleur (volume 2)Chapitre 13 sur 52 · CONCLUSION DE CE PABAGRAPHE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE CE PABAGRAPHE

Il serait aisé de multiplier considérablement les citations de faits rentrant dans le même ordre. Le résumé général de ce premier paragraphe, c'est qu'à tout déplacement relatif des molécules répondent nécessairement une dépense ou un bénéfice de travail mécanique et un bénéfice ou une dépense de chaleur (ou de lumière ou d'électricité). Mais passons de suite à l'étude de la relation mathématique de ces divers phénomènes.

su:

Une loi de proportionnalité simple et directe relie les manifestations positives ou négatives de chaleur aux quantités négatives ou positives de travail mécanique auquel donne lieu une action moléculaire quelconque.

Dans tout l'ensemble des phénomènes que nous venons de passer en revue, si divers qu'ils soient d'ailleurs, im seul fait commun nous frappe : toutes les fois qu'une action moléculaire quelconque nous coûte ou nous procure définitivement du travail mécanique ou de la force vive, une certaine quantité de chaleur apparaît ou disparait parallèlement.

En un mot quelque hypothèse que nous fassions sur la nature de la chaleur, ou, pour mieux dire, en dehors de toute hypothèse, une relation de cause à effet se montre ici, à un

point de vue expérimental pur, sous la forme la plus incontestable.

L'idée de l'existence nécessaire d'une loi de proportionnalité entre l'effet et la cause se présente donc naturellement à notre esprit; mais pour que, expérimentalement, cette loi puisse se montrer à nu, il faut évidemment :

i^ Ou que le corps soumis à l'essai se trouve à la fin des opérations dans le même état qu'au commencement et que nous soyons à même aussi de mesurer tout ce qui se perd accessoirement, soit en travail, soit en chaleur;

2^ Ou que du moins les pertes quelconques que nous ne pouvons évaluer directement soient elles-mêmes proportionnelles aux quantités de chaleur ou de travail enjeu.

Les expériences dans lesquelles ces dernières conditions ont été remplies, du moins à peu près, sont aujourd'hui trèsnombreuses. Tout en tête se trouvent celles de M. Joule, qui a glorieusement inauguré la Thermodynamique expérimentale par une suite de travaux à jamais mémorables dans les aimales de la science. Les expériences de MM. Rennie, Laboulaye, Fabre, Silbermann» etc., sur les frottements des liquides, sur la compression des gaz, sur le choc des corps, celles que j'ai faites moi-même sur les frottements médiats ou immédiats des corps solides, sur l'usure des métaux, etc., ne peuvent laisser aucun doute sur l'existence d'une loi de proportionnalité entre le travail et la chaleur. Il y a quelques années déjà, j'ai exécuté une longue série d'expériences sur le frottement des huiles végétales, animales ou minérales, de l'alcool, de la benzine, etc. Ces expériences, qu'à tort peut-être je n'ai pas même publiées, concordent toutes parfaitement quant à la loi de proportionnalité et ne diffèrent que quant aux nombres exprimant le rapport du travail à la chaleur. Dans la plupart, disons plutôt dan3 toutes les expériences

dont je n'indique ici que le titre et l'objet, c'est le travail qui était employé à développer la chaleur. Les expériences où c'est l'inverse qui a eu lieu, où c'est la chaleur qui était employée à produire le travail, sont beaucoup plus rares : la raison en est qu'il n'existe que très-peu de moteurs thermiques qui se prêtent à des observations exactes et suivies ; mais la portée de ces expériences est aussi beaucoup plus grande, et les phénomènes qu'elles concernent ont un caractère particulier que n'ofiBrent point les premiers dont j'ai parlé.

Entre les phénomènes où le travail mécanique est dépensé sous forme continue à produire de la chaleur, et ceux où, à l'inverse, c'est la chaleur qui est employée, sous forme continue aussi, à produire le travail, il existe en effet une différence essentielle qui est de la plus haute importance dans la Thermodynamique. Tandis que le travail d'une chute d'eau, par exemple, peut être employé intégralement à développer du calorique, tandis qu'à notre insu même c'est là son effet final dans la plupart de nos usines (filatures, tissages, imprimeries, meules à aiguiser, moulins à poudre, etc., etc.), la chaleur dans nos moteurs, quels qu'ils soient, ne peut être employée intégralement à donner le travail ; il faut, toujours et nécessairement, qu'une partie de la chaleur disponible ne fasse que passer d'un lieu en un autre. La valeur minima de cette portion de chaleur sacrifiée est fixée exactement par la théorie ; mais ce minimum ne peut être atteint que dans un moteur parfait, c'est-à-dire idéal, et la portion de chaleur qui passe simplement d'un corps à un autre s'approche d'autant plus de la chaleur disponible que le moteur est plus imparfait : il est tel cas oxx -^ k peine de la chaleur est employé réellement à donner du travail , et où les ^ passent d'un corps à un autre sans que nous puissions désormais rien en tirer.

Nous aurons à revenir au long sur cette remarque; elle nous conduira à la seconde proposition de la Thermodynamique, et nous fera apercevoir une nouvelle relation, celle qui existe entre le travail mécanique et la température à laquelle il s^accomplit. J'ai dit que les expériences de cette seconde espèce sont très-rares. Je n'aurai à en citer ici que deux, mais je pense devoir le faire avec détail, en raison des immenses difficultés qu'elles présentent et de l'importance de leurs résultats.

Relation qui existe entre le travail dépensé ou produit et la chaleur produite ou dépensée dans l'organisme de l'homme.

Considéré à un poiht de vue purement physique et mécanique, l'organisme de l'homme, comme d'ailleurs celui de tous les êtres vivants sans nulle exception, nous présente deux attributs spécifiques frappants :

i^ Il constitue une source continue de chaleur, un véritable foyer thermique. Cet attribut est propre à tout ce qui vit ; il ne varie qu'en intensité d'une espèce à l'autre. C'est chez les vertébrés à sang chaud qu'il se manifeste de la manière la plus frappante ; si frappante qu'il est en quelque sorte le principe de la vie dans ces êtres.

2^ Il se comporte comme un véritable moteur. Soit que nous employons notre puissance musculaire à exécuter les mille et mille travaux si variés que, sur cette terre, nous accomplissons, tantôt avec joie, tantôt, et beaucoup plus souvent, avec peine, soit que nous l'appliquions simplement à porter notre personne d'un lieu en un autre, notre organisme se manifeste comme un moteur proprement dit. Cet attribut est encore commun à tous les êtres vivants, il l'est, dans une

certaine mesure, et contrairement à une erreur séculaire aujourd'hui réduite à néant, à la plante. Mais c'est aussi chez les animaux qu'il prend la forme la plus frappante ; et ses manifestations diverses donnent presque la mesure de l'intelligence de l'être, de ses aptitudes, de sa destinée.

En nous tenant toutefois toujours au point de vue de la Mécanique pure, nous sommes frappés d'un caractère spécial et double que présente le moteur animal. Il est capable de produire du travail ou d'en consommer. Je m'explique à l'aide de l'exemple le plus facile à saisir et aussi le plus fréquent dans ses applications. Lorsque nous gravissons une montagne, lorsque nous montons un escalier, le travail mécanique produit est très-nettement défini : nous élevons le poids de notre corps à une certaine hauteur, et le travail traduit numériquement n'est pas autre chose que le produit de ce poids par cette hauteur. Je suppose un homme du poids de yS kilogrammes gravissant le mont Blanc, ou s'élevant de 4 ooo mètres au-dessus du sol environnant : le travail exécuté ici est en tout de 3ooooo kilogrammètres. Supposons de plus que l'ascension se soit faite en dix heures ; ou en 36oo'. lo = 36ooo. Le travail rapporté à l'unité de temps, et devenu comparable à un autre, est

36 ooo

Aux dépens de quoi ce travail est-il produit? Ce qui est clair, c'est qu'en l'exécutant le moteur-homme s'est comporté exactement comme l'eût fait une machine à vapeur, une roue d'eau, à l'aide de laquelle nous aurions aussi pu élever ce poids de 75 kilogrammes à 4 000 mètres, ou un poids de 3ooooo kilogrammes à I mètre; mais ce moteur est capable d'une opération précisément inverse. Lorsque nous redescendons de la

hauteur où nous avions porté notre propre poids, lorsque Vhomme pesant 75 kilogrammes est descendu de 4000 mètres, il a en quelque sorte recueilli de nouveau ce travail de 3ooooo kilogrammètres, qu'il avait d'abord dépensé. Que devient dans notre organisme ce travail ainsi restitué? Ce qui est clair encore, c'est que le moteur-homme^ agissant ici en sens inverse ou négativement, se comporte en quelque sorte comme un frein; il modère, il régularise sa propre chute.

J'ai dit que l'être vivant peut être considéré comme une source continue de chaleur. Il ne résulte pas de là cependant que le moteur animé puisse être appelé une machine thermique : ce n'est point la chaleur qui constitue l'influx nerveux, et qui détermine les contractions musculaires. Mais, quel que soit le mode suivant lequel se produit la force motrice, qu'il s'agisse d'électricité statique, dynamique, de vibrations nerveuses, etc., etc., peu importe, la chaleur est la seule et dernière manifestation externe à laquelle donnent lieu les combinaisons et les décompositions chimiques dans l'organisme. En vertu du principe général de l'équivalence des forces, que nous avons défini dans le paragraphe précédent, c'est donc sur la quantité totale de chaleur disponible dans l'organisme que nous devons trouver un déficit ou un bénéfice, selon que le moteur vivant rend du travail ou en consomme (monte ou descend, par exemple).

Au point de vue de la Physique expérimentale, il semble, d'après ce qui précède, qu'il suffise de mesurer la chaleur qui se développe dans l'organisme, d'abord à l'état de repos, et puis à l'état de travail, positif ou négatif, et de prendre la différence pour trouver le déficit ou le bénéfice de chaleur. Le problème est beaucoup moins simple cependant, il s'en faut. Pour le faire comprendre, il me suffit de rappeler que tout mouvement, tout exercice corporel, a pour résultat d'aug-

menter la somme de chaleur émise en un temps donné par notre organisme. Que nous montions ou que nous descendions, que nous élevions des fardeaux ou que nous les laissions s'abaisser lentement en surmontant notre résistance, le résultat immédiat est que nous prenons chaud, que nous entrons en moiteur. Si nous partions des apparences, nous serions portés à conclure à priori que le travail, bien loin de coûter de la chaleur, en rapporte toujours. Cette conclusion serait, non pa3 seulement celle du vulgaire, mais celle des physiologistes eux-mêmes.

Pour atteindre notre but d'une manière scientifique, nous devons chercher non-seulement quelle est la somme de chaleur qui se produit effectivement dans chaque condition donnée, mais encore celle qui pourrait et devrait se produire si le travail n'apportait pas de modifications dans l'acte de la calorification. C'est donc la cause même de cet acte que nous devons mesurer. 11 est peu de problèmes qui aient plus exercé la sagacité des philosophes d'abord, et puis ensuite des physiologistes, que la recherche des sources de calorique dans le corps de tous les êtres vivants, et particulièrement dans celui des animaux dits à sang chaud. Comme il en est arrivé dans nos sciences physiques en général, toutes les théories ont été posées, toutes les hypothèses ont été épuisées, bien avant qu'un seul fait vînt les justifier ou les réfuter. Il est assez difficile à un physicien de nos jours d'émettre un aperçu nouveau sur une question, sans qu'un zélé compulsateur des textes antiques ne vienne bientôt lui prouver que son idée est de bien vieille date. Ce qui a lieu en général devient encore plus frappant pour tout ce qui concerne l'étude des êtres vivants et de l'homme en particulier. On essayerait vainement, par exemple, de dire quelque chose de neuf sur le phénomène de la calorification. La doctrine moderne de la

respiration et de la circulation se trouve en germe déjà dans les écrits de plus d'un penseur des premiers âges. Cette considération, soit dit en passant, serait bien décourageante pour rexpérimentateur patient devenu ainsi un simple vérificateur, si, à côté du fait vérifié, on ne laissait équitablement tous les faits réfutés; si, à côté de Thypothèse tirée de son néant, on ne laissait toutes celles qui doivent y rentrer. — Les philosophes expérimentateurs, qui de nos jours ont si laborieusement étudié de près les causes de la chaleur animale, pourraient être déçus d'avoir été devancés de trois mille ans par les philosophes spéculateurs, si à côté de leurs heureux rivaux on ne plaçait tous ceux qui se sont trompés; si en parallèle avec ceux qui découvrirent le mystère de la respiration on ne mettait l'un des plus grands génies de l'antiquité, qui voyait dans la respiration une source de froid, indispensable à l'être vivant, autrement consumé rapidement par la seule puissance calorifique de la vie.

Beaucoup de physiologistes et de médecins ont pensé que l'organisme peut produire en quelque sorte spontanément de la chaleur, par un acte incessant de la puissance vitale : ceci est une erreur aujourd'hui bien réfutée. Sans assimiler le moins du monde les êtres vivants à de simples machines organisées comme le veulent les matérialistes, il est impossible cependant de se ranger complètement de l'avis de quelques d^namistes trop absolus, qui pensent que le corps humain, par exemple, est régi par des lois qui n'ont plus rien de commun avec les lois du monde physique. — Le corps des êtres vivants ne crée rien de ce qui le constitue : il prend tous ses éléments dans le milieu ambiant, et, tout en leur imprimant des directions et des mouvements particuliers, il ne peut les dépouiller si entièrement de leurs propriétés naturelles qu'ils deviennent des éléments nouveaux. A la vérité, telle combi-

naison que le chimiste opère dans son laboratoire se décompose, au contraire, quand la vie s'en empare ; tel poison que le toxicologiste précipite dans son verre à pied et croit rendre inofFensif échappe au précieux réactif dans le corps animé, reste poison, et se trouve encore accru dans sa force par le prétendu contre-poison qui, contrairement à la doctrine préconçue, agit alors comme puissance dynamique. — Mais il n'en demeure pas moins vrai que le corps vivant est un assemblage de combinaisons chimiques, un milieu où s'opèrent des réactions chimiques de tout genre, où se dégagent du calorique, de la lumière, de Télectricité. — Il fait une Chimie sui generis^ cela est vrai : mais cette Chimie n'est différente de l'autre que dans ses manifestations, et non dans son essence même, non dans la force dont elle se sert pour arranger les éléments pondérables. — Elle ne peut en aucune façon violer les lois générales de l'équilibre : la combinaison qui, dans notre laboratoire, produit tant et tant de calorique, peut ne pas s'opérer dans notre corps ; mais si elle s'y opère, elle produira la même somme de calorique, ni plus ni moins.

Pour peu que nous nous tenions en dehors du domaine de la spéculation seule, nous pouvons dire que les premiers travaux sérieux et concluants sur les causes de la chaleur animale remontent à la fin du siècle dernier. Lavoisier et Laplace avaient fait une longue suite de recherches sur les quantités de calorique que développe la combustion de divers corps simples dans l'oxygène. L'analyse des produits de la respiration leur avait fait penser que cet acte pourrait bien» dans ses conséquences, être assimilé à une sorte de combustion qui s'opérerait, sinon dans les poumons mêmes, du moins à la faveur de la puissance aspirante et absorbante des vaisseaux pulmonaires. Ils appliquèrent leur calorimètre à la

mesure de la quantité totale de chaleur développée chez plusieurs espèces d'animaux, et, après avoir analysé Tair aspiré et expiré, ils reconnurent que l'oxygène, en se combinant avec l'hydrogène et le carbone du corps pour produire de l'eau et de l'acide carbonique, serait capable, à très-peu près, de produire la somme de calorique trouvée. Les expériences de ces deux hommes éminents furent reprises et confirmées par Dulong, dont les procédés ont toujours porté le cachet de la dernière exactitude.

Je dis que l'oxygène, absorbé et supposé combiné avec le carbone et l'hydrogène, était capable de produire à peu près la quantité de calorique indiquée par le calorimètre. On trouvait, en eflfet, toujours un certain manque qui a porté plusieurs physiologistes éminents à penser qu'il pourrait bien y avoir dans le phénomène de l'innervation, par exemple, une cause accessoire de calorification, et, sans adopter l'idée d'Aristote que la vie par elle-même est une source de chaleur, ils admettent pourtant que les seules combinaisons chimiques ne suffisent pas pour développer la somme totale de chaleur de l'être vivant. Toutefois • les expériences faites depuis cette époque par MM. Favre et Silbermann ont montré qu'on avait estimé trop bas la quantité de calorique que produit la combustion de l'hydrogène. En introduisant dans les résultats expérimentaux de Laplace et Lavoisier le nouveau nombre convenable, il se trouve que la somme de chaleur produite par l'animal est très-approximativement représentée par les quantités d'oxygène qui servent à la combustion de l'hydrogène et du carbone, et les partisans de l'innervation n'ont plus de motifs plausibles pour maintenir leur hypothèse première.

Disons-le cependant, il ne serait pas exact d'admettre que la respiration puisse être, comme on l'a pensé, la seule et unique cause de chaleur dans le corps des animaux. La diges-

tion, les mille et mille décompositions qui s'opèrent sans cesse dans l'organisme sont aussi capables de produire de la chaleur et doivent nécessairement en produire; d'autres phénomènes de réactions chimiques peuvent produire au contraire du froid, ou faire disparaître du calorique. On a admis que le carbone et l'hydrogène sont brûlés tels quels ; il ne peut en être ainsi pourtant : ces éléments sont introduits dans le corps à l'état de combinaison, et souvent déjà brûlés en partie ; ils ne peuvent produire toute la chaleur qu'on leur assigne. M. Regnault, en développant toutes ces considérations avec sa sagacité ordinaire, a montré que l'étude de la production de la chaleur animale est plus compliquée qu'on ne l'avait cru, et que, tout en admettant que cette chaleur est due en entier aux réactions chimiques, il nous faudra encore beaucoup de temps pour démêler complètement toutes ces actions, et pour assigner à chacune sa valeur propre. Mais il n'en est pas moins vrai que la respiration est la principale cause du développement de chaleur; et, quelles que soient les réactions successives à la suite desquelles cette chaleur se manifeste, quelles que soient les parties de l'organisme où elle se manifeste, c'est en définitive la quantité d'oxygène absorbé par les poumons qui devient très-approximativement la mesure de la quantité de chaleur disponible. C'est au surplus ce que l'expérience directe démontre le mieux.

Ainsi analysé, le problème expérimental prend un caractère très-net.

i** En déterminant à la fois le poids d'oxygène absorbé et la chaleur développée en un temps donné chez un homme à l'état de repos complet, nous connaîtrons la puissance calorifique de l'unité de poids d'oxygène dans l'organisme, et par conséquent nous connaîtrons pour chaque cas la quantité de chaleur disponible.

2^ En faisant ensuite exécuter par cet homme un travail positif ou négatif déterminé, et en mesurant simultanément les quantités d'oxygène absorbé et de chaleur produite, nous saurons de combien la chaleur disponible diffère en plus ou en moins de la chaleur effectivement développée : c'est cette différence que nous devrons mettre en regard du travail produit ou consommé.

Voici comment j'ai réalisé ces diverses conditions données par la nature du problème :

La personne soumise à Texpérience, après avoir été pesée à 1 gramme près sur un hydrostat, se plaçait dans un calorimètre consistant en une guérite hermétique, en planches de sapin, d'environ 4 mètres cubes de capacité, éclairée par des vitraux. A l'un des bouts de la guérite se trouvait une chaise sur laquelle on restait assis pendant l'expérience statique ; à l'autre bout, se trouvait une grande roue à palettes dont l'axe sortait à frottement de la guérite et recevait d'un moteur un mouvement régulier dans un sens ou dans l'autre ; pendant l'expérience dynamique, on marchait sur les palettes de la roue à la hauteur de l'axe, et Ton s'élevait ou Ton s'abaissait ainsi virtuellement avec la vitesse circonférentielle de la roue. Le nombre de tours de celle-ci était relevé par un compteur, et l'on savait ainsi à quelle hauteur s'était élevé ou de quelle hauteur s'était abaissé le poids du corps. Le produit de ce poids par cette hauteur constituait donc le travail exécuté.

Deux tuyaux de caoutchouc, terminés par un appareil a soupape qu'on tenait à la bouche, servaient, l'un à chercher l'air nécessaire à la respiration dans un gazomètre jaugé , Tautre à ramener l'air exhalé dans un second gazomètre jaugé aussi. L'air inspiré et l'air expiré étaient analysés avec soin.

IjSl guérite était placée au milieu d'un appartement spacieux

dont la température variait très-peu et très-lentement. Des thermomètres très-sensibles indiquaient la température de Tair interne de la guérite et celle de l'air ambiant. Plusieurs petites roues à palettes ou agitateurs mêlaient sans cesse les couches d'air et égalisaient ainsi partout la température dans le calorimètre. Dans l'expérience statique comme dans l'expérience dynamique, on attendait que le thermomètre intérieur de la guérite fût devenu immobile, avant de rien noter; et c'est seulement quand la personne expérimentée était arrivée à un régime stable qu'elle prenait en bouche l'appareil à soupape, afin qu'on pût savoir ce qu'elle consommait d'oxygène dans cet état stable.

Il est clair que, quand le thermomètre interne cessait de monter , les pertes de calorique de la guérite par ses parois étaient devenues égales à la quantité de chaleur que développait la personne étudiée. Connaissant la valeur de ces pertes, on connaissait donc aiissi la quantité de chaleur développée en un temps donné par l'organisme. Pour déterminer ces pertes, j'avais au préalable, et avant aucune autre recherche, fait brûler, dans l'intérieur de la guérite, un bec alimenté d'un courant régulier d'hydrogène, en attendant aussi que le thermomètre interne fût devenu immobile. La chaleur due à la combustion de l'hydrogène étant connue, on savait combien il fallait développer de calories par unité de temps dans la guérite pour obtenir telle ou telle différence entre la température de l'air interne et de l'air externe ; on connaissait, en un mot, la loi de refroidissement du calorimètre, et par conséquent on savait ensuite combien la personne renfermée dans le calorimètre devait produire de chaleur pour maintenir telle ou telle différence de température observée. Il n'est pas nulile de citer les résultats numériques de ce titrage calorique préalable, afin que le lecteur juge lui-même des garanties

d'approximation que présente tout l'ensemble de la méthode d'observation.

Haateur barométrique

Température du gaz saturé d'eau . .

Tension de la Tapeur kg°

Pression supportée par le gaz hydrogène B — ^

Durée des expériences

Volume du gaz brûlé

Id. par heure. ..

Supposé sec et ramené de 90 et de B — * il zéro et o™, 76

Poids du gaz brûlé

Chaleur produite par heure

Quotient du nombre de calories di- Tisé par l'excès T—t

Température de la chambrette

Température de la chambre

o"»,oo9

o",7a8 60 min.

o™S oaîi9

• ••".goô 65«".684

25,75 ii®,o5 80,5

No2.

o"», 7î8 60 min.

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o*»,7a8 70 min.

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o"*,739 90 min.

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o™So933 8»', 369 389"l,o4

o",73i 78 min.

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On voit par ce tableau que la loi de . refroidissement de l'appareil est très-sensiblement celle qu'a donnée Newton; en d'autres termes, que la perte de chaleur par unité de temps est proportionnelle à Texcès de la température interne sur la température externe.

Le nombre 25**',75, que j'ai adopté dans mes calculs pour la perte en chaleur par heure, répondant à un excès de i degré, a été tiré d'un grand nombre d'expériences que je ne rapporte pas, et où j'ai fait varier dans des limites encore plus écartées le poids d'hydrogène brûlé par heure. J'ajoute que, dans une seconde série d'expériences faites longtemps après les premières, j'avais considérablement agrandi la guérite ou calorimètre, et qu'alors j'ai trouvé sous forme tout aussi constante le nombre 36^*', 9 pour chaque degré d'excès de la température interne sur la température externe.

Pour avoir la quantité de chaleur développée par heure, par la personne soumise à Texpérience, il suffisait donc dans la première série de multiplier par 25*^*^,75 et dans la seconde série par 36^*^9 l'excès stable de température que déterminait cette personne dans le calorimètre.

Par une suite d'expériences préparatoires, j'ai cherché si la chaleur développée par unité de temps en nous est bien réellement proportionnelle au poids d'oxygène absorbé aussi par unité de temps lorsque nous sommes à l'état de repos. Les observations ont porté sur cinq personnes de tempérament et d'âge très-différents : une jeune fille de i8 ans, un jeune homme de 20 ans, et trois hommes de 35 à 4^ ^ns. Le résultat obtenu a été que, chez tous les individus soumis à l'étude, le rapport de la chaleur développée au poids d'oxygène absorbé était à peu près de 5*^**, 22 à i , en d'autres termes que, pour chaque gramme d'oxygène assimilé, il se développe environ 5^*^,22. Je dis à peu près, environ : on comprend que, dans des recherches aussi difficiles, des variations légères étaient inévitables, alors même que, contrairement à ce qui est probable, notre rapport serait absolument invariable. J'ai admis le nombre 5,22 :

I® Parce que la valeur obtenue dans chaque essai s'approchait d'autant plus de ce nombre que la personne s'était mieux prêtée à l'étude, avait mieux su respirer à travers les tubes de caoutchouc, de manière à ne rien laisser perdre de Fair expiré et ensuite analysé ;

2** Parce que dans la seconde série d'expériences , faites avec le calorimètre agrandi et beaucoup mieux conduites que les premières, les nombres obtenus n'ont oscillé que de 5*^*', 18 à 5'^**\23. Ce résultat obtenu sur l'homme correspond et concorde avec ceux de Lavoisier et de Laplace obtenus sur des animaux; la concordance, bien entendu, porte non

sur les nombres, mais sur le principe fondamental, à savoir que la respiration est la cause principale, mais non toutefois unique, de la calorification dans l'être animé.

Étant une fois démontré ce point principal, il devenait aisé de mettre en rapport le travail positif ou négatif développé par rhomme et la chaleur consommée ou produite par ce travail.

Soient, en effet, Q^, la quantité de chaleur développée réellement par unité de temps pendant une expérience, et II le poids d'oxygène absorbé. La chaleur disponible est visiblement 5*'''\23.n, et la différence 5,22.11— Qq, si elle existe, ne peut être attribuée qu'au travail.

Or le résultat 4^ toutes ces expériences a été :

1** Que, chaque fois que l'individu exécutait un travail positif (montait sur la roue du calorimètre), la valeur 5,22.11 dépassait Q^ ;

2** Que, lorsqu'au contraire l'individu exécutait un travail négatif (descendait la roue), la valeur Q^ dépassait 5,22.11.

Dans les expériences très -bien réussies, la proportionnalité entre le travail et la différence 5,22.11 — Qo devenait frappante. Je cite deux expériences faites sur moi-même, et de l'exactitude desquelles je suis le plus sûr.

Pendant une marche ascensionnelle représentant un travail de 27448 kilogrammètres par heure, la quantité d'oxygène absorbée par heure aussi s'est élevée à i3i*%74; à l'état de repos ce poids eût produit 5,22. i3i,74,ou 687*^*^68. En réalité, la mesure calorimétrique n'a donné que aSi calories; 687^«^68 — 25i"^ = 436^«\68 étaient donc employées en travail externe et en phénomènes internes de tous genres qui n'existaient pas à l'état de repos.

Dans une seconde expérience, le travail par heure a été réduit à 20750 kilogrammètres; l'oxygène consommé a été

- -iO -

I ia«%2 ; la chaleur disponible était donc 585*^*^7. En réalité, il s'est développé 255^*S6; 585"S7-355"S6 = 33o^*',i ont donc été employées au travail externe et en actions internes.

En posant la proportion

on trouve

x= 2745o^em

c'est-à-dire à très-peu près le travail fourni effectivement dans la première expérience.

Les expériences que je viens de relater ont été exécutées par moi de i856 à i858. Je les ai décrites au long dans mon premier ouvrage : Recherches expérimentales sur V équivalent mécanique de la chaleur^ i858. Depuis cette époque je n'en ai donné que des résumés très-concis dans mes divers autres travaux sur la Thermodynamique. Comme l'édition du premier Ouvrage est épuisée depuis fort longtemps, comme les expériences, en général tolérablement justes, qui s'y trouvent décrites, y sont entourées de considérations dont depuis longtemps aussi j'ai reconnu publiquement l'inexactitude au point de vue des principes de la Thermodynamique, comme enfin mes recherches sur la chaleur humaine ont donné lieu à des critiques, les unes fondées, les autres absolument fausses, j'ai cru bien faire en en donnant ici encore une fois, avec quelques développements, la substance et les conclusions.

Je ne puis maintenant qu'exprimer une dernière fois mon plus profond regret de n'avoir pu reprendre ce genre de recherches k la fois si utiles et si élevées, et surtout de n'avoir pas vu de jeunes physiciens se réunir à moi pour les répéter.

II faut bien le dire, en effet, de tels travaux sont au-dessus des forces d'un seul homme, si actif, si dévoué qu'il soit à la

science. Il n'est guère possible que la même personne fasse, comme j'y ai pourtant été condamné, des observations thermomélriques, dynamométriques, gazométriques, chimiques, sans que l'exactitude n'en souffre. De tels travaux ne pourraient être menés à bonne fin que par une association de physiciens qui se distribueraient les rôles, et qui n'auraient alors ainsi chacun qu'un seul genre d'observations à noter, ou d'opérations à exécuter. J'ai entretenu pendant des années l'espoir de voir se former une pareille association ; mais j'ai dù^ hélas! reconnaître peu à peu que je me faisais illusion. Un peu de scepticisme, une appréciation plus exacte des aspirations de la jeunesse de notre époque m'eussent guéri plus vite.

Les expériences sur la chaleur vitale et ses relations avec le travail mécanique sont loin d'être aussi difficiles qu'on ne le pense en général ; et, pour bien dire, la difficulté ne repose précisément que sur la multiplicité des opérations à mener de front. On arriverait à la plus grande exactitude en se conformant aux prescriptions suivantes :

I** Substituera la guérite-calorimètre en bois une guérite à parois métalliques minces.

2^ Placer ce calorimètre dans une très-grande salle bien fermée pour prévenir les changements de température rapides.

'6^ Substituer aux thermomètres à mercure, externe et interne, un thermomètre différentiel à air dont l'un des réservoirs serait placé dans la guérite et l'autre en dehors. Avec ce genre de thermomètre, des plus faciles à construire, on mesure avec certitude les différences de température à y;; de degré près.

4® Enfin, et surtout, prolonger autant que possible les expériences concernant l'individu en état de travail. C'est ici, en effet, le point capital, le seul peut-être dont l'inobserva-

tion puisse conduire à des fautes graves. Dans Thomme à Tétât de mouvement ascendant ou descendant, il doit se passer évidenunent un ensemble de phénomènes chimiques qui n'ont pas Keu à l'état de repos. Il faut donc que l'expérience se prolonge assez pour que ces réactions spéciales aient pris elles-mêmes un état stable et régulier ; mais alors se présente une difficulté réelle, qu'il serait pourtant, je pense, facile de surmonter. La marche sur les degrés de la roue tournante du calorimètre est fatigante pour la plupart des personnes, parce qu'elle est neuve et inusitée ; trois quarts d'heure, une heure de marche au plus est ce que supportaient les personnes qui ont été étudiées. Il faudrait, pour réussir, faire choix de sujets habitués à la marche dans les montagnes ou aux exercices gymnastiques ; ils supporteraient facilement, et sans la moindre fatigue, une expérience de deux ou trois heures. La justesse de cette remarque ressort de mes expériences mêmes : tandis que celles que j'ai exécutées sur les sujets en repos concordaient très-bien la plupart du temps, celles qui ont été faites sur les mêmes sujets en mouvement divergeaient d'autant plus entre elles que le sujet était moins apte par sa constitution à ce genre de marche.

Je crois être utile à ceux de mes lecteurs qui s'occupent de Physiologie, en présentant maintenant, sous forme en quelque sorte digressive, les conclusions qui découlent de mes expériences telles qu'elles sont.

Quoi qu'il en soit des modifications que de nouvelles expériences, convenablement exécutées, pourront apporter aux nombres particuliers que j'ai trouvés, j'ai la conviction que l'ensemble des conclusions que je vais formuler restera parfaitement intact, et ne sera que confirmé par les travaux subséquents.

CONSÉQUENCES DES EXPÉRIENCES PRÉCÉDENTES AU POINT DE VUE DE LA PHYSIOLOGIE.

I. Ainsi que Tadmettent, quoique d'une manière trop absolue, la plupart des physiciens, l'acte de la respiration peut être regardé comme la cause principale du développement de calorique dans le corps de l'homme et des autres animaux vertébrés.

Mais les résultats quantitatifs de cet acte varient du tout au tout, selon que l'individu est à l'état de repos ou à l'état de mouvement, et ils doivent être considérés séparément sous ces deux faces.

Etat de repos.

II. Dans l'homme en repos, la quantité de calorique développé en un temps donné est à peu près proportionnelle à la quantité d'oxygène absorbé pendant le même temps, absorption qui est la conséquence directe de l'acte respiratoire. Chaque gramme d'oxygène enlevé par les poumons à l'air aspiré produit environ de 5*^*, 22, c'est-à-dire la quantité de calorique nécessaire pour élever de i degré la température de 5^«,22 d'eau.

îll. Nous disons à peu près 9 environ. Ces mots restrictifs, en effet, sont à leur place ici. Le rapport de l'unité en poids d'oxygène consommé au nombre d'unités de calorique développé , autrement dit Y équivalent calorifique de l'oxygène , varie légèrement d'un individu à l'autre, et pour le même individu, dans des limites resserrées, il est vrai, mais pourtant réelles, et ne dérivant pas d'erreurs expérimentales.

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