CHAPITRE XL
DES MASSES DE MATIÈRE GRISE QUI ENTRENT DANS LA COMPOSITION DE d’ APPAREIL FONDAMENTAL DU CENTRE NERVEUX DES REPTILES.
100. Des masses de matière grise placées à l’origine des nerfs rachidiens et crâniens , se remarquent également chez les animaux de la classe des reptiles dans l’appareil fondamental dont elles font partie, quoique le nombre et le volume en soient bien moins considérables que dans les poissons.
Premier groupe des mas- L’uno d’ollos , permanente, est touiours visible dans toutes les es-
ses organiques de sub' * *' ^
stance grise. pèces J elle est connue sous le nom de substance grise de la moelle épinière. En employant le procédé des sections transversales déjà décrit, on en reconnaît l’organisation , qui est d’une étude assez simple (pl.6,^^.75,80,85,90).
Elle forme, de même que dans les poissons, une longue colonne recouverte dans tout le trajet du prolongement rachidien par les stratifications blanches, s’étendant depuis leur extrémité postérieure, jusqu’auprès de l’endroit où elles pénètrent dans l’intérieur du crâne ; limite, à laquelle cette colonne se termine dans la région où s’effectue la séparation des prolongements cérébraux et cérébelleux.
101. Cette colonne de matière grise offre à considérer une portion médiane et deux parties latérales. Ces trois parties séparées artificiellement, pour la commodité de la description , n’en forment véritablement qu’une seule (pl. 6 , fig. 75,80,85, 90).
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
La portion médiane, plus étroite d’arrière en avant que les deux autres, est percée dans toute sa longueur d’un canal qui se prolonge verticalement dans le centre, depuis l’extrémité antérieure ou supérieure de cette portion jusqu’à sa terminaison inférieure ou postérieure.
L’existence de ce canal ne peut être, ce me semble, constatée d’une manière positive, qu’avec le secours d’un verre grossissant, et non point autrement; on ne l’aperçoit jamais nettement à la vue simple, à cause de l’exiguité des parties qui l’entourent , et de l’étroitesse de son diamètre.
Malgré ces dillicultés, qui résultent du faible volume du prolongement rachidien des reptiles, il est cependant permis d’assurer que ce canal est en tout semblable à celui qui a été décrit dans la classe des poissons, au même endroit du centre nerveux.
Il est situé au centre de la substance grise; il n’a aucune communication , soit avec le sillon antérieur, soit avec le sillon postérieur du prolongement rachidien (pl. 6, p.g. 75, 80, 85, 90), de sorte qu’il n’y a pas plus que dans la classe précédemment étudiée, d’analogie possible à établir entre ce canal et celui dont Tiedemann a donné la description dans les embryons humains.
Ce canal m’a paru commencer en arrière du cervelet , à l’extrémité postérieure du ventricule cérébelleux, et se continuer jusqu’à la terminaison inférieure du prolongement rachidien.
102. De chaque coté de la portion centrale qui le renferme, s’étendent les deux portions latérales de la colonne de matière grise. Chacune de ces portions , examinées sur un fragment coupé transversalement dans la longueur de la moelle épinière, présente un segment antérieur légèrement arrondi , et un segment postérieur plus mince qui arrive jusqu’à la superficie postérieure de la moelle épinière.
De toute la circonférence du segment antérieur de cette portion latérale , m’ont paru naitre des espèces de linéaments grisâtres , qui ne s’arrêtent qu’à l’endroit où s’insèrent les origines nerveuses anté-
rieures.
Kepliles. — Appnrcii foodamenlal.
Le segment postérieur se termine à la surface de la moelle épinière en arrière, et c’est sur son extrémité que s’implantent les origines postérieures des nerfs rachidiens.
Il me semble évident que ces particularités ne peuvent être vérifiées qu’à l’aide d’un grossissement de 5 ou de 10 diamètres ; elles échappent à tout autre mode d’investigation , ou ne se révèlent alors que fort imparfaitement.
Elles contredisent évidemment l’opinion de plusieurs anatomistes, qui refusent la double origine aux racines spinales des serpens (Cruveilhier, Anal, descriptive , Paris, 1836, t. IV®, 761 et 28). Mais , si je ne me trompe , cette manière de voir ne peut provenir que d’un examen superficiel fait à l’œil nu; car, lorsque l’on met en usage les procédés que je conseille, on constate malgré leur ténuité les origines nerveuses antérieures et postérieures dans tous les reptiles, chéloniens, batraciens, sauriens et ophidiens. J’en ai pu reconnaître l’existence dans cette dernière famille, non -seulement sur la couleuvre de notre pays , mais encore sur le Coluber Blumenbachii , et sur le Naja tripudians, serpent vénimeux des pays chauds. .
La double origine des nerfs spinaux dans toute la classe des reptiles, avait du reste déjà plusieurs fois attiré l’attention de quelques anatomistes. On la signale évidemment dans un ouvrage récent (F. Leuret , Anatomie comparée du système nerveux , etc. Paris, 1839, tom. I®^ , p. 240) : (( Les racines des nerfs spinaux sont doubles dans les reptiles comme chez tous les vertébrés. »
103. Les origines des nerfs de la huitième paire, de la paire auditive, de la cinquième paire, se prolongent, chez ces animaux , dans les régions supérieures de la moelle épinière jusqu’au segment postérieur de chaque portion latérale de la colonne de matière grise. Cette terminaison des racines de ces nerfs m’a constamment paru d’une grande évidence ; mais aux endroits auxquels elles s’implantent sur la colonne de matière grise , il ne m’a jamais été possible d’observer les singulières modifications de formes, si remarquables dans telle ou telle famille de poissons. Ici la colonne grise dans ses régions supé-
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
rieures et au niveau des origines que j’indique , ne m’a paru , dans aucune espèce, ollrir des changements appréciables; elle se termine, sans changer de volume, sur les côtés du ventricule cérébelleux.
Dans la tortue {Testudo grœca), un léger renflement de la portion latérale de la colonne de matière grise est observable au-dessous et sur les côtés du cervelet, à l’origine de la cinquième paire. Cet animal est le seul, parmi ceux que j’ai pu étudier, qui m’ait donné l’occasion de faire cette remarque.
D’autres masses de matière grise s’observent encore, dans les reptiles , à l’origine des nerfs de la quatrième , de fa seconde et de la première paire. Dans les deux premiers cas, elles constituent, chez ces animaux , de même que chez les poissons, les parties connues sous le nom de tubercules optiques, situés à la superficie de la lamelle intermédiaire, en arrière du corps pinéal (pl. 6, fig. 71, 72, 73, 74, 76, 77, 78, 79, 81, 82, 83, 84, 86, 87, 88, 89 d'). Ces tubercules sont rapprochés sur la ligne médiane, un simple sillon sépare à cet endroit celui du côté droit d’avec celui du côté gauche; à leur partie externe et inférieure s’insèrent les nerfs optiques ou de la seconde paire.
Sur un amas de matière grise, dont la forme et le volume sont variables (pl. 6, /îÿ. 71,72, 73,74,76,77,78,79,81, 82,83,84, 85, 86 , 87, 88 , 89, — 1 — ), situé à l’extrémité des stratifications cérébrales ou antérieures de l’appareil fondamental, se remarquent, chez tous les reptiles de même que dans les poissons, les origines des nerfs olfactifs. Aussitôt après leur naissance sur ces éminences de matière grise (lobes olfactifs), ces nerfs pénètrent dans les parois qui circonscrivent les cavités nasales.
Les reptiles que j’ai eus à ma disposition, ne m’ont point offert, à l’origine des nerfs, d’autres amas de matière grise que ceux dont je viensde donner l’indication. Cependant je dois dire qu’il ne faut pas, d’après mes seules recherches, penser qu’il n’y ait pas de nouvelles particularités à étudier au sujet des insertions nerveuses dans d’autres animaux de la même classe, que, malgré mon désir, il ne m’a pas été per-
Reptiles. - Appareil mis d’étudieT anatomiquemeiit J car un célèbre anatomiste allemand,
fondamental. ^ ^
CaruSj affirme que quelques tortues, ainsi que le crocodile, présentent, au-dessous du cervelet, des deux côtés du quatrième ventricule, de petits ganglions bien manifestes , composés de matière grise, situés auprès de l’origine des nerfs acoustiques.