‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 3 sur 66 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

STRUCTURE DES CENTRES NERVEUX , CONSIDÉRÉE EN GÉNÉRAL DANS LES QUATRE CLASSES

d’animaux vertébrés.

18. Pour arriver à concevoir la structure générale du centre nerveux, c’est-à-dire, le mode d’arrangement des parties blanches et grises qui entrent dans sa composition , il ne faut pas se borner à entreprendre l’étude unique des seules agglomérations de l’une des matières ; on suivrait ainsi une direction vicieuse, et l’on arriverait à des résultats très-douteux; il est utile , au contraire, de considérer simultanément les dispositions de la substance blanche et de la substance grise ou cendrée.

On s’est habitué, jusqu’à présent, à ne porter l’observation que sur les prolongements de matière blanche, et la plupart des anatomistes ne paraissent avoir examiné les amas plus ou moins volumi-

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

lieux (les niasses grises placées dans le centre nerveux que comme des objets secondaires non dignes d’attention ; il en est résulté que des particularités intéressantes ont été omises, et que l’ensemble de l’organisation nerveuse n’a pu être aussi bien démontrée qu’elle l’eût été , si, depuis longtemps, on avait poursuivi le travail dans la direction que je vais indiquer.

Varoli, Willis, Winslow, Haller, Cuvier, etc., regardent tous le prolongement rachidien, comme un allongement, une prolongation de la substance de l’encéphale.

Gall, Tiedemann, Serres, etc., veulent au contraire que le cerveau et le cervelet, produits par la moelle épinière, ne soient que des efflorescences de l’extrémité supérieure de cette partie. Dans ce conflit d’opinions, les uns et les autres de ces habiles anatomistes se débattent surtout sur ce fait secondaire ; le prolongement rachidien est-il le principe ou la terminaison de l’encéphale ? car tous reconnaissent implicitement, sans hésitation, cette idée dominant toutes les autres depuis Vésale , à savoir que l’encéphale n’est autre que l’axe nerveux rachidien développé par l’augmentation du volume de son extrémité supérieure.

Cette dernière opinion , la seule qui soit importante , ne donnerait donc à considérer en général et en particulier dans les centres nerveux, qu’un seul appareil organique représenté par le cordon rachidien et par ses expansions supérieures; elle serait alors l’expression d’une simplicité d’organisation que l’étude est loin de faire reconnaître.

19. S’il est évident que certaines parties de l'encéphale se continuent réellement et sans interruption avec le prolongement rachidien, et que, malgré la place qu’elles occupent dans des régions diflérentes, elles constituent un ensemble organique dans la longueur duquel il n’est pas possible d’établir une séparation ; il me paraît également véritable qu’il existe d’autres fragments des centres nerveux, auxquels ne saurait s’appliquer l’idée de Vésale; leur place, leur direction particulière, leur forme spéciale obligent de les envisager séparément.

Tandis que les premières parties s’étendent à la fois dans les cavités du rachis et du crâne, les autres ne peuvent être observées que dans l’intérieur de la tête.

Les unes sont parallèles à l’axe du corps, tandis qu’au contraire les secondes le coupent perpendiculairement, et que d’autres encore, sans traverser cet axe, convergent plus ou moins obliquement sur lui. Les portions du centre cérébro-spinal qui forment un tout continu avec la moelle épinière, et auxquelles seules peut être appliquée l’idée de Vésale, ne disparaissent jamais dans la série des vertébrés; elles peuvent diversement s’amoindrir, s’accroître, ou changer de forme, mais on ne cesse jamais d’en constater l’existence.

Les autres parties dont la direction n’est point analogue au trajet de celles qui sont évidemment la continuation du prolongement rachidien, n’ont plus la même persistance que ces dernières dans la série des animaux vertébrés ; non-seulement leur forme , leur volume décroissent, mais encore elles s’effacent graduellement, et peuvent disparaître entièrement dans un nombre plus ou moins grand d’espèces animales, après avoir présenté, dans les mammifères, et dans l’espèce humaine surtout, leur développement le plus grand.

20. Il serait impossible de saisir d’une manière complète l’ensemble du centre nerveux dans les divers animaux vertébrés, si l’on se contentait de restreindre, comme on le fait trop généralement , les études à ces stratifications de substance blanche dont il vient d etre question, et si l’attention ne se fixait point également sur des amas plus ou moins considérables de matière grise qui font également partie du centre cérébro-rachidien.

Ces amas de matière cendrée complètent, par leur union avec la substance blanche, les portions diverses de l’encéphale et de la moelle épinière , et il n’est pas un animal dans le centre nerveux duquel on ne remarque l’existence simultanée de la matière grise et de la matière blanche.

La matière grise forme constamment dans tous les animaux des accumulations distinctes, placées sur les divers prolongements de sub-

DE L’ORGAISISATION DU CENTRE NERVEUX

stance blanche du centre nerveux ; alors par leur union et leurs rapports avec ces prolongements, ils complètent plusieurs portions distinctes auxquelles je donne le nom d’appareils, et qui seront dans cet ouvrage l’objet d’investigations sérieuses, capables de faire comprendre la manière dont ces appareils concourent à la formation de l’ensemble du centre nerveux dans tous les animaux en général , et dans chaque classe de vertébrés en particulier.

21. Je vais d’abord présenter les caractères principaux qui distinguent chacun de ces appareils, sans m’occuper des détails particuliers de leur organisation.

Je les désignerai successivement sous les noms d’appareil fondamental , d’appareil secondaire et d’appareil tertiaire.

Je dois craindre, en pénétrant dans une matière aussi difficile que celle que j’aborde, surtout en y entrant par un côté nouveau et avec une méthode qui n’a point encore été appliquée, qu’il ne soit difficile au lecteur de trouver de prime abord de la clarté et de l’intérêt dans les faits qui vont être exposés et dont les preuves détaillées ne peuvent qu’être lentement soumises à son jugement. C’est pourquoi, en présentant ici les observations qui résument l’ensemble du centre nerveux des vertébrés, et montrent en masse l’instrument dont chaque fragment sera démonté pour être analysé plus tard dans chaque animal , je crois être d’abord obligé de faire servir les idées communes à l’intelligence des miennes, et de mettre le langage ordinaire en regard des termes inusités que j’emploie. Les désignations habituelles ne peuvent s’étendre à tous les animaux vértébrés, et remplacer celles dont je me servirai continuellement; la plupart d’entre elles ne représentent que des faits observables seulement dans les mammifères ou dans l’homme ; aussi je ne les rappelle que pour donner plus de clarté aux faits que je cherche à exprimer par de nouvelles dénominations.

La nomenclature et les divisions que je propose s’appliquent au contraire à toutes les classes d’animaux vertébrés; pour les comprendre, il suffira de les imposer aux diverses parties du centre nerveux de l’homme, dont l’organisation est, entre toutes, celle qui se présente le plus

souvent à la mémoire; il deviendra facile ensuite de les faire servir à l’étude du système cérébro-spinal des animaux.

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