CHAPITRE XVIII
DE LA LAMELLE INTERMÉDIAIRE PLACÉE ENTRE LES PARTIES CÉRÉBRALES ET LES PARTIES CÉRÉBELLEUSES DE l’aPPAREIL FONDAMENTAL DES OISEAUX.
150. La lamelle intermédiaire est composée, dans la classe des oiseaux de même que dans les classes d’animaux précédement examinées, de substance blanche et de substance grise.
Elle est placée, comme partout ailleurs, dans l’intervalle qui sépare à l’intérieur du crâne les stratifications cérébelleuses d’avec les stratifications cérébrales, et elle comble pour ainsi dire cet intervalle en réunissant les parties antérieures de l’extrémité supérieure de l’appareil fondamental à celles qui se développent dans les régions postérieures des cavités du crâne.
La superficie extérieure de cette portion organique peut être trèsbien aperçue lorsque l’on sépare le cervelet du cerveau par une traction légère de chacune de ces portions encéphaliques. Cette superficie est remarquable, parce qu’elle porte, successivement depuis son extrémité postérieure, les nerfs de la quatrième paire, les nerfs optiques ou de la seconde paire, les reliefs appelés tubercules optiques, les légères bandes transversales de substance blanche qui s’étendent entre ces deux tubercules , puis en avant l’appendice ou corps pinéal ( pl. 7, fig. 95, 107, 109, d, d' b, a'"; pl. S, fig. 113, 115, 125, 126, d, dh' , da’"; pl. 9, fig. 130, 131, 132, 136, c/, db’ , da’").
La superficie inférieure ne peut être reconnue qu’après plusieurs préparations particulières, telles que l’incision delà lamelle dans toute sa longueur, ou la section verticale d’avant en arrière de toute la masse de l’encéphale. Elle recouvre la région antérieure du ventricule cérébelleux, et s’étend jusqu’à l’endroit où les ventricules des hémisphères communiquent avec l’extrémité antérieure de ce ventricule cérébelleux.
151 . On peut diviser cette lamelle, pour en rendre la description plus claire, en trois portions: l’une postérieure, l’autre moyenne, la troisième antérieure (pl. Ijfig- 94, 95,96, 106, 107, 109; pl. 8, p^g. 113, 115,116, 125, 156; pl.9,^^/. 130, 131, 132, 136, d, db',da"').
La portion postérieure (db’) naît en arrière du cervelet, et s’étend au-dessous de cet organe en se dirigeant immédiatement en avant; elle est mince et à peu près transparente dans plusieurs oiseaux; elle est recouverte supérieurement par les lamelles du cervelet; elle recouvre le ventricule cérébelleux, dont la cavité est immédiatement
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
au-dessous d’elle ; sa superficie extérieure porte de chaque côté l’in- Oiseaux. — Appareil
^ ^ fondamental.
sertion des nerfs de la quatrième paire.
La portion moyenne [d) commence à la limite postérieure des tubercules optiques ; sa forme est différente de celle qu’affecte la portion précédente, à cause de l’espèce de voûte qui s’étend de chaque côté sous les tubercules optiques; sa largeur est aussi plus grande que celle des deux autres portions; elle est déterminée par l’écartement qui sépare les deux tubercules optiques, entre lesquels s’étendent à la surface de la lamelle les espèces de bandes blanches transversales dont il a déjà été question.
C’est de cette portion que naissent les nerfs optiques sur les tubercules optiques ; elle est en partie recouverte par la partie antérieure du cervelet et par les régions postérieures des hémisphères du cerveau.
Au-dessous d’elle s’étend la cavité ventriculaire, plus large à cet endroit qu’en arrière , parce qu’elle s’étend à droite et à gauche sous les reliefs des tubercules optiques.
La portion antérieure (da'") porte antérieurement le corps pinéal; elle s’étend depuis la limite antérieure des deux tubercules optiques jusqu’à l’endroit où s’opère antérieurement l’insertion de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire sur le troisième organe cérébral de matière grise; elle est moins large et moins étendue d’arrière en avant que les autres portions ; elle est fort mince et très-délicate, de sorte que les contacts les plus légers la déchirent très-souvent, et qu’il faut de grands ménagements pour parvenir à l’étudier; elle est recouverte supérieurement par la partie postérieure des hémisphères cérébraux ; a?i-dessous d’elle, la cavité ventriculaire médiane se continue jusqu’au Calamus scriptorius qui la termine.
On voit que, dans toute son étendue, cette lamelle ressemble beaucoup, sauf quelques formes particulières qui la font distinguer dans les oiseaux , à la même portion du centre nerveux décrite sous le même nom dans les poissons et la plupart des reptiles; les plus grandes différences qui la caractérisent se rencontrent à l’endroit de sa terminaison antérieure ou cérébrale.
Oiseaux. — Appareil foudamental.
Appendice pinéal des oiseaux.
152. A cet endroit ce n’est plus sur le premier organe cérébral de matière grise , comme dans la plupart des poissons , ni sur le second , comme nous l’avons vu dans quelques familles de poissons et dans le plus grand nombre des reptiles, c’est au contraire sur la troisième série des organes gris cérébraux que se fait cette insertion singulière dans toute la classe des oiseaux (pl. l,fig. 94, 95, 96, 106, 108, 109, d a"’ ; pl. 8 , p,g. 113, 1 15 , 116 , 125 , 126 , d a’" , pl. 9, p,g. 130 , 131, 132, da’").
Sous ce rapport, la classe entière des oiseaux répète le fait anatomique que les chéloniens seuls nous ont offert , entre tous les autres animaux de la classe des reptiles.
Cette insertion antérieure s’opère sur la surface supérieure interne et postérieure des organes cérébraux situés en dernière ligne, en formant à la superficie de chacun d’eux une très-légère couche de substance blanche qui la tapisse.
L'a limite antérieure de cette insertion est une commissure transversale (pl. 1 , fig- 96, 106, 109, a"+;pl. 8, fig. 116, «"+ ; pl. 9, Jig. 130, 131, visible sans difficulté entre les deux organes
cérébraux de matière grise placés en deuxième ligne dans chaque ventricule cérébral, et dans chacun desquels cette commissure se termine par ses extrémités.
153. La lamelle intermédiaire des oiseaux supporte au niveau de sa terminaison un corps ou appendice pinéal, grêle à son origine, se renflant à mesure qu’il s’élève pour former une sorte de petite massue implantée verticalement *.
Dans la plupart des animaux de cette classe, entre autres dans les gallinacés, les palmipèdes, les grimpeurs, les passereaux, les échassiers, etc., le volume du corpspinéal est loin d’être médiocre , et sa longueur, dans plusieurs espèces, dans l’oie, dans le dindon, par exemple, peut être d’un centimètre (pl. 7, , 92, 94, 95, 104,
106, 107, -f-f-;pl. 8,^^. 110, 112,113, 125, 126, +-f ;pl. 9, fig. 128, 129,130,136, -}-+).
' Ce corps pinéal est indiqué dans les planches des oiseaux par la marque -t- .
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
Une préparation très-facile démontre avec précison l’existence de Oiseaux. — Appareil
* * I fondamental.
cet appendice pinéal : il suffit d’écarter l’un de l’autre les hémisphères cérébraux pour le voir, et reconnaître qu’il se prolonge obliquement d’arrière en avant entre le cerveau et le cervelet. Il n’est donc pas permis d’admettre comme exactes les dissections de Desmoulins et de Magendie , et c’est à tort que l’on regarderait comme fondées les assertions suivantes ‘ : « Dans aucun des genres d’oiseaux de proie )) nocturnes on diurnes que j’ai pu examiner, savoir, dans les » aigles, les pygargues, les vautours, les milans, les buses, les )) éperviers, les balbuzards, les cresserelles, les ducs et les effraies ;
)) dans aucun gallinacé, dans les corneilles, les canards, les oies et )) les grèbes, etc., je n’ai pu découvrir le moindre rudiment de )) glande pinéale. On se souvient que je n’ai pas trouvé non plus la » moindre trace de cet organe chez aucun reptile, n (excepté la tortue) (( ni chez aucun des trente genres de poissons que j’ai exa- )) minés. )) Une opinion semblable, émise avec une telle assurance après un nombre aussi considérable de dissections , ne s’explique que par un défaut d’attention , car on ne saurait supposer chez ces observateurs une inexpérience absolue du travail anatomique.
Cette description rapide de la lamelle intermédiaire complète, dans la classe des oiseaux, l’histoire de l’appareil fondamental.