‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 22 sur 66 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

DES APPAREILS QUI CONSTITUENT LE CENTRE NERVEUX DANS LA CLASSE DES ANIMAUX MAMMIFÈRES ET DANS l’eSPÈCE HUMAINE.

165. Le centre nerveux ne se rencontre nulle part dans des conditions aussi difficiles pour l’étude que dans la série des animaux mam-

* Tiedemann,/, c., p. 59, lig. 7 (troisième mois) : « On découvre au-devant des couches optiques, » et derrière le commencement du corps calleux, une bandelette étroite ( pl. 2 , fig. 51 ) qui naît » de la base du cerveau , notamment des éminences mamillaires, se porte d’abord de bas en haut, » se courbe d’avant en arrière au devant des couches optiques et derrière le corps calleux , alors » fort étroit et presque perpendiculaire, et va s’unir avec la membrane des hémisphères. »

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

mifères. Le volume en est augmenté. Les intrications mutuelles des parties qui le constituent sont moins simples et rendues plus obscures que partout ailleurs par le développement de l’une des portions de l’appareil fondamental que j’indiquerai de nouveau sous le nom d’axes ou de portions médianes des stratifications de matière blanche. L’une de ces portions, à l’existence desquelles on ne peut attacher qu’une attention médiocre dans les poissons , les reptiles et les oiseaux , acquiert une importance très-grande dans les animaux vertébrés qui vont être le sujet des études suivantes.

La difficulté des recherches que l’on peut entreprendre sur le système nerveux central , dans les animaux mammifères, est encore augmentée par la présence de plusieurs segments nouveaux de l’appareil secondaire, et par le développement de l’appareil tertiaire, que j’aurai l’occasion de décrire ici pour la première fois.

Il résulte de l’extension prodigieuse de ces différentes parties, qu’un agencement très-compliqué de formes, que des directions multipliées de la matière, doivent permettre à peine à l’anatomiste de se guider au milieu des détails de l’organisation , et peuvent souvent autoriser l’hypothèse ou permettre l’erreur. Cependant, déjà depuis longtemps, malgré tous les embarras qui s’opposent aux recherches anatomiques, des travaux précieux ont été entrepris et terminés sur le centre nerveux cérébro-spinal des mammifères, et, s’ils n’ont pas tout révélé, ils ont cependant pu donner à certains faits le caractère d’une exactitude assez manifeste pour les faire généralement accueillir.

166. Toute la science anatomique de ce centre nerveux repose à peu près aujourd’hui sur les faits démontrés par Varoli ' ( 1591 ), et

* Constantü Varolii medici Bononiensis de nervis opticis nonnullisqiie aliis prwter cotnmuneni opinionem in humano capite observatis. Francofurti, apiid Johannem Veehelium et Petrum Fischerum consortes , CP.D.XCI.

La première planche de ce petit ouvrage est exactement la même, sauf la pureté du dessin , que plusieurs figures beaucoup plus modernes indiquant le passage des faisceaux pyramidaux au travers du pont et leur irradiation dans le cerveau , ainsi que l’expansion des faisceaux restiformes dans l’épaisseur du cervelet.

qu’ont vérifiés depuis plus de deux siècles les observateurs les plus éminents de chaque époque. Le résultat de ces travaux me parait trop positif pour que je ne l’admette point. Je reconnais donc, comme Varoü, comme Willis, comme Gall et tant d’autres, que les expansions supérieures de la moelle épinière des mammifères vont servira constituer dans l’intérieur du crâne, les masses du cervelet et du cerveau. Mais cet ensemble de parties si différentes dans leurs deux extrémités inférieures ou rachidiennes , supérieures ou intra-crâniennes, sera, je l’espère, plus facile à saisir et à comprendre lorsqu’on l’envisagera au point de vue auquel je me suis placé, pour apprécier l’organisation des animaux vertébrés, et des mammifères en particulier.

On rencontrera dans le centre nerveux des animaux de la classe des mammifères les mêmes substances grise et blanche avec la même texture que dans les poissons, les reptiles et les oiseaux. Mais on ne verra plus les mêmes dispositions particulières dans la structure des parties ; et l’on reconnaîtra sans peine, en adoptant la méthode d’examen qui jusqu’ici nous a guidé, que dans les mêmes régions de l’encéphale et du prolongement rachidien des mammifères, sont venus s’encadrer des détails d’un caractère dissemblable, opposé aux détails précédemment retracés à l’occasion des autres classes des vertébrés.

Ces faits constituent chez le mammifère une organisation spéciale, autrement dessinée que celle dont j’ai désiré faire saisir l’arrangement mécanique dans les poissons , les reptiles et les oiseaux.

167. Je ne m’imagine point qu’il soit possible à un seul homme, sa vie dut-elle être employée à un travail assidu, de faire apprécier toutes les modifications que subissent dans cette classe d’animaux vertébrés les différents appareils du centre nerveux , et même en particulier l’appareil fondamental.

Chaque famille, bien plus, chaque espèce offre des détails trop multipliés , et les observations , quelque nombreuses qu’elles aient été, résument encore trop imparfaitement toutes ces particularités, pour qu’une appréciation complète puisse être tentée.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

IGo

II est seulement permis , d’après le nombre restreint de faits connus, d’assurer que l’ensemble du centre nerveux des mammifères se présente sous des conditions générales de ressemblance reconnaissables dans toute la classe. On peut donc faire ressortir ces caractères communs du système cérébro-spinal de ces animaux , ce qui a été essayé avec plus ou moins de bonheur, depuis les travaux de Vésale jusqu’à ceux qui ont été entrepris de nos jours par tant d’habiles anatomistes. Mais il est également évident que la plupart des détails connus et reproduits, sinon tous, présentent dans chaque individu un caractère particulier capable de faire distinguer entre toutes les autres l’espèce à laquelle il appartient.

Ainsi, par exemple, les régions latérales du cervelet des animaux rongeurs ne sont point disposées de même que celles des carnivores; la superficie du cerveau des ruminants et des carnassiers, des pachydermes, etc., est creusée de sillons, qui sont rares au contraire ou manquent tout à fait à la surface du cerveau des rongeurs.

L’homme laisse apercevoir à l’anatomiste un corps olivaire dans l’épaisseur du bulbe rachidien; cet organe disparait dans d’autres mammifères et ne laisse que des traces de moins en moins faciles à retrouver, dès que l’on quitte l’examen de l’espèce humaine pour l’étude des solipèdes et des ruminants.

L’appareil secondaire, quoique toujours complet, à cause du nombre triple des fragments qui le constituent, n’offre point un égal développement de ces divers fragments : ici ce que l’on nomme la grande commissure cérébrale est large, ailleurs elle est étroite.

Des changements d’une nature analogue se révèlent par l’examen de la seconde et de la troisième commissure cérébrale , ainsi que de toutes les autres parties du système nerveux central.

Il convient donc de n’avancer au milieu des faits dont l’examen va suivre, qu’avec l’intention précise de ne jamais perdre de vue, d’une part , toutes les ressemblances des centres nerveux des êtres dont la réunion constitue collectivement le grand groupe des animaux mammifères, et, de l’autre, de ne jamais oublier de saisir autant

qu’il est permis de le faire, les nuances délicates, les mille particularités, intéressantes par leur diversité, qui semblent perfectionner l’organisation nerveuse en la façonnant toujours d’une manière moins simple , en rendant le rapport mutuel des parties plus étendu par l’accroissement continuel des complications de leurs formes, à mesure que l’observation s’étend des rongeurs aux carnassiers, de ceux-ci aux ruminants et aux animaux solipèdes, puis s’élève enfin de ces derniers jusqu’à l’espèce humaine.

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