CHAPITRE XXIV
STRATIFICATIONS ANTÉRIEURES DE L APPAREIL FONDAMENTAL , DEPUIS LA TERMINAISON DE l’aXE MÉDIAN ANTÉRIEUR JUSQUA LEURS EXTRÉMITÉS DANS LES DIVERS ORGANES CÉRÉBRAUX DE MATIÈRE GRISE.
201. L’exposition des particularités que présentent à considérer les stratifications antérieures de l’appareil fondamental, depuis l’extrémité supérieure de l’axe médian, qui les réunit pendant la plus grande étendue du trajet qu’elles parcourent, est, à mon avis, trèsobscure : je crois en cela partager l’opinion générale.
Ces stratifications, envisagées dans l’espace au milieu duquel nous allons les poursuivre, ont été jusqu’ici l’écueil des observations anatomiques, et personne, je le pense, sans vouloir déprécier les travaux péniblement entrepris par des savants très-honorables, ii’a été encore assez heureux pour recueillir de ses études des faits satisfaisants par leur précision.
L’opinion la plus universellement adoptée et la moins difficile à vérifier, consiste à regarder la substance blanche des pédoncules cérébraux, comme prolongée sans aucune interruption, au travers de
Mammifères. — Appareil la couche optique et du corps strié, et comme s’étendant au delà de ces organes jusqu’au-dessous de l’immense couche de substance grise superficielle qui re\ét de tous côtés les circonvolutions et les anfractuosités cérébrales.
. Cette manière de voir , qui date des travaux de Varoli , est celle de
Reil [Arch. für die Physiologie ^ tom. IX); elle est également développée dans les travaux de Gall et Spurzheim [Anat. et phys. du syst. nerv.)j elle est partagée par Tiedemann et par le plus grand nombre des observateurs. Je ne crois pas qu’elle puisse souffrir de contradiction.
S’il est permis de ne pas admettre quelques-unes des assertions particulières que Gall et Spurzheim ajoutent à cette considération de la marche des pédoncules, en parlant de ce qu’ils nomment les fibres rentrantes, on doit cependant reconnaître que rien encore n’a pu détruire le fait général de l’expansion des pédoncules dans les hémisphères cérébraux.
On sait que depuis les travaux de Tiedemann, quelques anatomistes ont pensé trouver, dans l’énorme amas de substance blanche continuant les stratifications antérieures de la moelle épinière, plusieurs divisions particulières. Au moyen de ces divisions les expansions supérieures des pédoncules cérébraux seraient séparées dans le cerveau, en plusieurs portions ayant toutes une direction et un but déterminés. Leurs recherches ont donc eu pour objet de donner plus de précision, en l’analysant, à l’idée de Vesale, de Yaroli, de Reil , de Tiedemann, etc.
202. M. Gerdy, 1838 annonce dans un travail anatomique fort intéressant , que le cerveau se réduit à la divergence des deux pédoncules. Cette assertion ne peut contredire en aucune manière l’opinion généralement admise.
Mais ce savant, 1840^, divise chaque pédoncule en deux faisceaux superposés, l’un, qu’il nomme sus-pédoncule, l’autre, qu’il désigne
* Recherches sur l’encéphale. Journal des connaissances méd.-chir. Paris, 1838, p. 263, 2' col., lig. 4.
^ Gerdy, Journ. des conn. méd.-chir., 1840, p. 82, lig. 22, 1''® col.
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX. 215
sous le nom de sous-pédoncule, séparés par une lame srrise. Il IDGÎISG Mammifères. — Appareil
^ ^ O 1 fondamental.
qu’une fois parvenus dans les hémisphères cérébraux, ces pédoncules sont entourés par une série successive de huit anneaux étendus autour de leur circonférence, au milieu desquels ils semblent être comme les noyaux primitifs de plusieurs cristallisations \
Un premier anneau^ est constitué par les couches optiques et les origines du nerf optique environnant chaque pédoncule en dehors , en haut et en bas.
Un second * est produit par la bandelette demi-circulaire qui , commençant en dedans, remonte en dehors, se prolonge en arrière, finit en bas et en avant, en contournant les irradiations pédonculaires.
Un troisième résulte d’une portion que l’habile physiologiste indique sous le nom de cendré supérieur (partie supérieure et postérieure du corps strié, surface ventriculaire du corps strié).
Un quatrième ® est formé par le plexus choroïde.
Un cinquième ® est constitué par le bord latéral de la voûte , par le pilier antérieur et par le corps frangé.
Un sixième’, par le corps calleux; cet anneau est continué en bas et en arrière par le renflement postérieur de cette partie.
Un septième * est le raphé du corps calleux.
Un huitième ® , ou le plus superficiel de ces anneaux, est composé par une longue circonvolution. Elle naît de la circonvolution olfactive, se dirige parallèlement au corps calleux, jusqu’au bord postérieur de cette commissure, et delà vers la tubérosité temporale, où elle se termine. M. Gerdy désigne cet anneau sous le nom d’anneau lobaire.
’ Gerdy, 1838, l. c., p. 263, 2® colonne, lig. 38.
Id.
colonne ,
lig. 12.
Id.
lig. 15.
Id.
lig. 18.
Id.
lig. 19.
Id.
lig. 20
Id.
lig. 22.
Id.
lig. 25.
Id.
lig. 12.
NI a niiiiifères . — A p jia reii Je ne partage point entièrement cette manière de voir. Je suis loin
fondamental . * O 1
de penser qu’il convienne d’embrasser sous le meme point de vue des parties différentes de la matière nerveuse, comme le sont les plexus choroïdiens. D’autres objets à la délimitation desquels j’attache la plus grande importance sont confondus, tels que les stratifications de matière blanche et les divers amas de substance grise. Ces parties sont trop distinctes pour que l’on puisse s’abstenir de les considérer isolément, et d’établir entre elles une séparation aussi précise que possible. Cependant il faut reconnaître que les aperçus intéressants dont je viens de reproduire les résultats principaux, ont le mérite d’avoir été analysés après la préparation la plus convenable du centre nerveux, c’est-à-dire sans que l’encéphale ait été au préalable pétri ou dilacéré avec les doigts ; de simples coupes ont pu suffire à l’accomplissement de ces recherches.
203. Le procédé que mettent en usage quelques anatomistes pour démontrer les divisions supérieures de la substance blanche des pédoncules, ne me paraît pas être d’une délicatesse assez grande. Il doit souvent laisser des doutes sur sa valeur. On peut craindre qu’une matière aussi molle que l’est la substance cérébrale 'ne laisse apparaître l’organisation que très-obscurément, lorsqu’elle est soumise aux dilacérations. Quand l’anatomiste veut apercevoir dans la matière des séparations qui, en réalité, ne s’y rencontrent point, il doit avant tout redouter de ne voir, après des manutentions multipliées, que des faits destinés à satisfaire des théories physiologiques , mais impuissants à révéler la nature. M. Foville \ à l’ouvrage duquel j’emprunte la citation suivante, pense que « le cerveau est composé de deux » éléments principaux : l’un central, unique, symétrique, creusé de )) ventricules ; c’est le noyau cérébral, qu’on peut considérer comme )) un segment amplifié de l’axe nerveux, dont la moelle épinière est . )) la partie la plus simple.
)) L’autre, périphérique, divisé en deux moitiés séparées, solides,
^ Traité complet de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie du centre nerveux cérébrospinal. In-8", 1844, partie, p. 487.
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
)) c’est l’hémisphère , qu’on peut considérer comme un énorme sran- Mammifères. — Appare
^ ^ ^ fondamental.
)) glion attaché à l’axe central et duquel se séparent les nerfs cérébraux.
» Dans chacun de ces éléments , le noyau cérébral et l’hémisphère,
)) se prolongent les trois faisceaux distingués dans chaque moitié de )) la moelle épinière.
» Toutes les surfaces libres du noyau cérébral, c’est-à-dire la )) surface des ventricules , celle de l’espace perforé , la surface )) extra-ventriculaire du corps calleux, sont formées de couches )) Rbreuses ou de masses grises, rattachées aux prolongements en- )) céphaliques du faisceau postérieur.
)) Toutes les surfaces libres de l’hémisphère, c’est-à-dire la surface )) des circonvolutions, appartiennent à la membrane corticale, dans )) laquelle se continuent également , contribuant à la constituer ce )) qu’elle est, des émanations du faisceau postérieur.
)) Les surfaces libres du noyau cérébral , les surfaces libres de » l’hémisphère, s’unissent les unes aux autres; c’est avec elles aussi )) que se combinent les nerfs cérébraux. Nous avons fait voir d’ail- )) leurs qu’il en est de même pour le cervelet.
)) Les prolongements du faisceau antérieur et du latéral occupent )) toujours une situation profonde dans le cerveau.
)) Dès que la région fasciculée du pédoncule cérébral a franchi )) l’anneau dont l’entourent la couche et le traclus optiques à sou en- )) trée dans le noyau cérébral , il ne faut plus chercher ses prolonge- )) ments à des surfaces libres. Qu’on les étudie dans le noyau )) cérébral ou dans l’hémisphère, ils sont toujours enveloppés par les )) développements du faisceau postérieur; ils peuvent approcher des )) surfaces par leurs dernières ramifications; mais jamais ils ne )) s’épanouissent dans ces surfaces.
)) Les prolongements cérébraux du faisceau postérieur occupent )) dans cet organe la situation qu’occupent dans le corps la peau et )) les membranes muqueuses animées par des nerfs du faisceau pos- )) térieur, et auxquelles ne parviennent jamais des nerfs du faisceau )) antérieur.
Mammifères. — App:
fondamental.
eii )) Les prolongements cérébraux du faisceau antérieur contenus dans » l’intervalle des épanouissements membraneux du faisceau posté- )) rieur, occupent dans le cerveau la place qu’occupe dans le corps )) le système musculaire animé par des nerfs issus du faisceau anté- )) rieur. »
J’engage les personnes curieuses de connaître la démonstration des idées du savant médecin que je cite en ce moment, à prendre d’abord une connaissance exacte des procédés de dissection que cet anatomiste indique comme étant les meilleurs '. Je les engage également à chercher à reproduire les résultats auxquels doivent conduire ces procédés.
Je ne crains pas d’exagérer en assurant à l’avance que leurs investigations les conduiront plus d’une fois à l’incertitude : des divisions de la substance nerveuse seront apercevables dans une expérience et ne pourront plus être reconnues dans une autre. Le vice de ces prétendus décollements ‘ apparaîtra dans toute son évidence , quelle que puisse être la légèreté des doigts de l’observateur *, au moment où il se sert de ces organes comme de coins , pendant que d’autre part , avec l’autre main , il tire mollement les parties voisines \
Il en sera de même si l’on veut suivre pas à pas, depuis 1825 , tous les travaux anatomiques entrepris à l’aide du procédé dont je signale les imperfections. On reconnaîtra par la lecture de ces recherches curieuses combien elles deviennent obscures lorsqu’on compare les derniers résultats aux premiers, et cependant le procédé d’examen est constamment le même et mis en usage par le même homme.
M. F'oville démontrait avec les secours de ses doigts une organisation particulière du cerveau en 1831 ^ Les divisions admises alors par l’auteur se reconnaissaient sur le cerveau d’un enfant de trois
* Foville, Traité complet de ï anatomie, etc., pp. 364, 563 et suiv.
2 L. c., p. 364, lig. 26.
® L. c., p. 364, lig. 29.