‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 29 sur 66 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

DE l’organe de matière GRISE PLACÉ A l’eXTRÉMITÉ INTRACRANIENNE DES STRATIFICATIONS POSTÉRIEURES OU CÉRÉBELLEUSES DE l’ APPAREIL FONDAMENTAL.

246. Après les études qui viennent d’être faites sur les stratifications de substance blanche de l’appareil fondamental , depuis leur extrémité inférieure jusqu’à leur extrémité supérieure, développée dans

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

la cavité du crâne, ainsi que sur la longue colonne de matière 2[Ï*1S0 ^^^‘Tii^*^*’es. — Appareil

' ^ Cj O fondamental.

dont elles environnent la continuité, il reste encore, pour achever l’examen de l’appareil fondamental des animaux mammifères, à faire connaître les détails des organes de matière grise que l’on rencontre dans le crâne, et ensuite à entreprendre l’histoire de la lamelle intermédiaire.

Je vais d’abord m’occuper de ces organes de matière grise , en commençant par celui d’entre eux qui revêt l’extrémité intracrânienne des stratifications postérieures ou •cérébelleuses de l’appareil.

A l’extrémité intracrânienne des stratifications postérieures de l’appareil fondamental (stratifications cérébelleuses), dans les mammifères comme dans les autres animaux vertébrés, on rencontre un organe de substance grise que l’on connaît sous le nom de substance grisedu cervelet (pl. 2,^^. lA b' ; pl. 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17,

18 A'). Il représente dans toutes les familles des mammifères une série de lamelles de matière cendrée, infléchies autour des prolongements de substance blanche également lamelleux, comme je l’ai déjà dit.

Ces lamelles de matière grise se replient successivement les unes contre les autres, de manière à former des sillons de profondeur et de longueur variables dans les diverses espèces, et sur les différents points de la surface cérébelleuse d’un même animal.

Ces sillons sont apparents, non-seulement à la superficie, mais encore, en plusieurs endroits, à des profondeurs assez grandes : ils sont alors placés et cachés à l’intérieur de scissures plus ou moins étendues que l’on désigne sous le nom de circonvolutions du cervelet. Les bords arrondis de chaque lamelle, ainsi que les sillons qui séparent ces mêmes lamelles, constituent des parois irrégulières et très-rapprochées de chacune de ces anfractuosités.

Le nombre de ces lamelles , l’épaisseur de la matière grise qui entre dans leur composition, la profondeur des sillons qui les séparent, doivent avoir dans chaque animal mammifère une influence assez grande, pour que l’on puisse désirer connaître un jour toutes les variations que ces parties subissent. Malheureusement la nature nous

Mammifères.— Appareil cache, dans cet endroit du centre nerveux , comme partout, des secrets

foodamcotal. ' ^ '

bien difficiles à découvrir.

Un savant anatomiste a déjà fait ressortir ces difficultés dans un ouvrage, remarquable sous plus d’un rapport, auquel j’emprunte la citation suivante. « Le nombre des circonvolutions du cervelet et celui )) des lamelles n’est pas facile à compter ; non que les cervelets diffèrent )) les uns des autres sous ce rapport , mais parce que ces objets ne » sont pas tellement isolés, qu’on ne s’expose en les comptant à » prendre pour deux circonvolutions ou deux lamelles ce qu’un autre )) observateur aura pris pour deux sous-divisions de l’organe. )) (Leuret. Anatomie comparée des systèmes nerveux. Paris, 1839, t. I, p. 414). Il ne faut donc pas s’étonner du désaccord qui règne entre les observateurs, lorsqu’un investigateur d’une grande intelligence commence ainsi par se défier de ses propres remarques.

En effet, si Malacarne [Esposizione nuova délia struttura del cerveletto , 1776) compte sur le mouton huit circonvolutions et cent douze lamelles cérébelleuses, Leuret ne rencontrera que soixantelamelles et huit circonvolutions elles-mêmes sous-divisées. Quant à moi , j’assure, qu’en répétant ces observations sur plusieurs animaux de cette famille, après avoir fait une section antéro-postérieure sur la ligne médiane de l’organe, je ne suis jamais arrivé à des résultats constamment semblables. Dans tous les cas, j’ai compté tantôt moins de soixante-quinze lamelles, tantôt près de cent, et jamais je n’ai rencontré le même nombre en examinant alors plusieurs cervelets.

Des observations analogues, entreprises sur les chats, les chiens et les lapins, m’ont conduit à des quantités de lamelles tellement variables, que je n’ose reproduire le résultat de ces recherches : il me semble trop vague pour être de quelque utilité.

247. L’opinion de Reil est-elle fondée, le nombre des divisions lamellaires du cervelet s’accroît-il en raison de la perfection de l’organisation animale? On peut, à mon avis, défendre avec raison cette manière de voir en considérant la multiplicité des lamelles cérébelleuses de l’espèce humaine. En effet, dans l’homme, Malacarne assure avoir

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

compté jusqu’à sept cent quatre-vingts de ces lamelles, et Chaussier Mammifères. — Appareil

^ fondamental.

affirme que leur nombre est au moins de six à sept cents, ce qui est de beaucoup supérieur à ce que l’on peut rencontrer dans les diverses espèces d’animaux mammifères. Mais , si on cherche au-dessous de l’homme des preuves de cette assertion, on les trouvera bien loin d’étre aussi confirmatives , et elles paraîtront plutôt capables de contredire l’opinion que je viens de rappeler.

On peut penser que les chats, les renards et les chiens ont autant et plus d’intelligence que les moutons, les chèvres et les bœufs, et cependant le nombre des lamelles de substance grise du cervelet est bien moins multiplié dans les premiers que dans les derniers de ces animaux. Peut-être, serait-il plus exact de dire seulement, que le nombre des lamelles cérébelleuses est en raison du volume de la masse totale de l’encéphale : on exprimerait alors le fait le plus général auquel on est conduit par les observations particulières.

248. Dans plusieurs familles de mammifères, comme les rongeurs et quelques carnassiers, dans la taupe par exemple, on aperçoit sur les parties latérales du cervelet une portion des lamelles de substance grise, qui est contenue dans une cavité de l’os temporal. Ce développement de la substance grise de chaque côté du crâne est trop considérable , pour qu’on ait pu dire avec une entière raison , que l’éminence vermiforme supérieure du cervelet des rongeurs, était aussi volumineuse que les parties latérales de la masse cérébelleuse. Un coup d’œil sur la nature suffit pour montrer l’exagération de cette opinion; elle ne conduit, du reste, à aucun résultat capable d’intéresser.

La direction des lamelles cérébelleuses est généralement transversale ; cependant dans la plupart des animaux mammifères, les lapins, les cabiais, les chats, les chiens , les chéiroptères , les ruminants et l’espèce humaine , on peut retnarquer que sur les parties latérales , surtout inférieurement , ces lamelles tendent tantôt plus tantôt moins à se diriger suivant l’axe du corps. Dans l’homme principalement, presque toutes les lamelles de matière grise cérébelleuses qui sont situées sur les parties inférieures et latérales dji

Alammilèrcs. — Ap] foudamentai.

cervelet, présentent cette disposition avec plus ou moins de netteté.

’ 249. On a dit que, lorsque les circonvolutions cérébrales étaient symétriques, cette symétrie se retrouvait également sur les divisions du cervelet. On a choisi pour exemple confirmatif de cette opinion les rongeurs, le lapin, le lièvre, le cabiai, quelques carnassiers, comme les taupes, les chéiroptères. L’examen de l’encéphale de ces animaux ne prouve pas absolument la proposition que je viens de rappeler, car, d’abord , ces mammifères n’offrent que des traces assez faibles de circonvolutions cérébrales. Il est alors nécessaire d’exagérer, afin d’arriver à chercher la symétrie dans des divisions existant à peine, ou qui ne sauraient être aperçues. L’inspection du cervelet de ces animaux prouve seulement, que les divisions principales de cet organe sont disposées symétriquement; mais elle cesse à mon avis de conduire à une démonstration aussi claire , lorsqu’on arrive à la comparaison des lamelles de substance grise placées à droite et à gauche. Sur ces animaux, comme chez la plupart de ceux que j’ai pu étudier , chacune de ces lamelles ne m’a que très-rarement paru ressembler, quant à sa forme, à son étendue, à son volume et à sa direction, aux mêmes portions organiques situées de l’autre côté du corps. Il faut toutefois reconnaître que, si ces opinions laissent à désirer toute la précision nécessaire, elles n’en sont pas moins curieuses et peuvent être considérées comme vraies, si on les appuie seulement de l’examen des grandes divisions de l’organe.

On a dit également, que le défaut de symétrie des circonvolutions cérébrales correspondait au défaut de symétrie des circonvolutions cérébelleuses. Cette opinion peut paraître très-vraisemblable lorsqu’on envisage uniquement les superficies également très-irrégulières du cerveau et du cervelet de l’homme; mais lorsqu’on examine l’encéphale beaucoup plus régulier des moutons , des chiens , des chats et surtout des rongeurs, on voit que les divisions du cervelet n’acquièrent pas plus de symétrie par suite de la régularité plus grande de la surface des hémisphères du cerveau. On ne doit donc pas regarder des faits de cette nature comme étant aussi généraux qu’on l’a prétendu.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

250. Une autre opinion dn même observateur veut que la forme Mammifères. — Appareil

^ ^ fondamental.

générale de la surface du cervelet et de ses principales divisions dans la classe des mammifères , soit en quelque sorte un caractère anatomique de chaque famille. Cette manière de voir peut être admise, en ce sens, qu’au premier coup d’œil un anatomiste exercé reconnaîtra le cervelet d’un chat, et pourra le distinguer de celui d’un rongeur, d’un chien ou d’un mouton; mais personne n’a poussé assez loin l’étude des détails des différentes portions du cervelet, pour pouvoir être certain de préciser en ce lieu du centre nerveux les caractères de chaque famille, et pour montrer sans aucune obscurité en quoi ces caractères se rapprochent et en quoi ils diffèrent de ceux qui appartiennent à des mammifères d’une autre famille.

Quelques aperçus généraux peuvent cependant appuyer cette opinion, considérée dans sa généralité la plus grande. On sait que les rongeurs ont une portion de l’organe de matière grise dont nous nous occupons, renfermée dans une cavité placée sur chaque région du crâne. Mais ce caractère distinguera-t-il les animaux de cette famille, puisqu’on le rencontre dans plusieurs carnassiers tels que la taupe, et pareillement dans les chéiroptères?

La double courbure de l’éminence vermiforme est apparente dans plusieurs carnassiers, dans l’ours, par exemple, et elle cesse d’être appréciable dans les chats et les chiens; on la retrouve au contraire dans le cheval , le bœuf, etc. Il reste donc encore. à entreprendre sur ce sujet des études sérieuses. Elles devront être plus multipliées que celles dont on s’est autorisé pour appuyer cette manière de voir.

251. La ressemblance la plus grande rapproche en général les uns des autres les organes de matière grise étendus à l’extrémité des stratifications postérieures de l’appareil fondamental des mammifères.

Les perfectionnements qu’ils subissent dans leurs formes et dans leur étendue, me paraissent représentés par l’accroissement de leurs parties latérales, par la multiplication de leurs divisions principales, et surtout de leurs divisions secondaires, qui constituent les lamelles cérébelleuses.

Maniniifères . — Appareil Dans l’espèce humaine seule, éloignée, au point de vue que je vais

offrir, des animaux mammifères, on peut remarquer une particularité inappréciable dans les animaux placés à un rang moins élevé.

Au centre à peu près des stratifications blanches qui s’élèvent de chaque côté vers l’organe de matière grise du cervelet, se rencontre un amas irrégulier de la même matière, connu sous le nom de corps dentelé. Il est composé d’une couche de substance grise étendue sur un noyau de substance blanche , formant autour de ce noyau une série variable de dentelures constituées par un linéament grisâtre d’une faible épaisseur. Ce linéament est infléchi plusieurs fois, de manière à produire des angles successivement saillants en dedans et en dehors ; la somme de ces angles circonscrit un espace vaguement sphéroïdal, rempli par le noyau de substance blanche, qui n’est que le prolongement des stratifications postérieures de l’appareil fondamental. Cette couche grisâtre est limitée de tous les côtés et englobée par la masse de substance blanche sur laquelle reposent les lamelles cérébelleuses : de sorte que l’on pourrait dire avec Meckel ( Manuel d'anatomie y trad. par Jourdan, tom. II, p. 631), que les hémisphères du cervelet de l’homme sont constitués par une double couche de substance blanche et de matière grise , l’une interne et profonde , produite par le corps dentelé et son noyau de matière blanche , l’autre externe et superficielle, formée par les lamelles extérieures et les stratifications blanches qui les supportent de toute part.

Page 1