CHAPITRE XXVII
DES ORGANES DE MATIÈRE GRISE PLACÉS DANS l’iNTÉRIEUR DU CRANE DES MAMMIFÈRES SUR LES STRATIFICATIONS ANTÉRIEURES DE l’ APPAREIL FONDAMENTAL.
Troisième organe cérébral.
252. Le troisième organe de matière grise remarquable sur les stratifications antérieures de l’appareil fondamental mérite ce nom , parce qu’il est placé en arrière de deux autres organes, qui seront
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ultérieurement examinés; on le désigne ordinairement par le nom Mammifères. — Appareil
^ fondamental.
de couche optique (pl. 2, fig. 7, 8, 9, 10 , 11 , 12, 13, 14, a”'; pl. 15,
Jîg. 206, a'" J da’"). Cet organe est constamment indiqué dans les différentes planches par la lettre a'", a"’. II repose au-dessus des stratifications qui constituent les pédoncules du cerveau , fait une saillie arrondie dans le ventricule latéral, et de plus présente une autre surface, servant de chaque côté de paroi latérale à la cavité ventriculaire médiane, en avant et au-dessous de l’appendice pinéal.
Sa forme n’est pas facile à définir avec précision : on peut dire toutefois d’une manière générale qu’elle est arrondie en dessus et aplatie en dedans. Elle est irrégulièrement déterminée en bas, en dehors et dans tous les endroits par lesquels l’organe est en contact avec les stratifications blanches.
Le volume de ce troisième organe cérébral de matière grise m’a semblé proportionnel dans tous les mammifères au volume de l’encéphale, c’est-à-dire qu’il s’accroît successivement, à mesure que l’on observe des cerveaux d’une masse plus considérable. Nulle part ses dimensions ne sont aussi étendues que dans l’espèce humaine.
253. Cet organe est remarquable eh ce qu’il est uni à l’organe qui est placé parallèlement de l’autre côté du corps, par une espèce d’isthme transversal auquel on a donné le nom de commissure grise (pl. 2, fig. 14, a'" ; pl. 10, p,g. 141 , 142 a"’ ; pl. 11, fig. 150, 151 , 162,
163, o'";pl. \2, fig. 173, 174, 178, a'"; pl. 17,/?^. 221 , a'”;pl. 18, fig. 222, a"'); mais cette portion ne saurait être confondue avec les appareils de communication transversale qui sont constamment formés par la substance blanche. Quelques anatomistes ont assuré que cet isthme n’existait pas constamment; quant à moi j’en ai toujours pu constater l’existence. Je pense que c’est à un vice de préparation anatomique ou bien au ramollissement des organes, soit pendant la vie, soit après la mort, qu’il faut rapporter les faits énumérés à ce sujet par Wenzel et par d’autres encore.
Cet isthme de substance grise , intermédiaire entre les deux organes que je décris , s’est olfertà mon observation dans tous les animaux mam-
Où
Mammifères . — Ap fondaineolal.
pareil mifères rongeurs , carnassiers, ruminants, solipèdes, que j’ai eu l’occasion d'examiner. Dans l’espèce humaine, on peut de même le découvrir avec la plus grande facilité.
254. Le rapport de la matière grise de ce troisième organe avec les
stratifications de matière blanche nées du prolongement rachidien, paraissent s’établir de deux manières différentes, en arrière et en avant.
Dans le premier cas, la substance grise est en conctact avec l’extrémité supérieure des lamelles blanches qui naissent successivement des côtés de l’axe médian des stratifications antérieures, à mesure que cet axe s’étend en arrière et s’élève en même temps vers les régions supérieures.
Dans le second cas, la matière grise de l’organe embrasse les stratifications pédonculaires qui font suite aux pyramides, et se prolongent en traversant la couche optique jusque dans le grand amas de matière blanche des hémisphères cérébraux.
La généralité de ces deux faits anatomiques m’a paru constante dans les différentes familles de mammifères et chez l’homme.
Il en résulte que, considérées antérieurement et dans les parties postérieures, les troisièmes masses cérébrales de matière grise n’offrent pas des rapports analogues avec toutes les stratifications qui viennent du prolongement rachidien, la matière blanche qui supporte leur région postérieure venant des lamelles de l’axe médian de la moelle épinière développées supérieurement, tandis que la matière blanche en rapport avec l’extrémité antérieure de l’organe, est celle qui prolonge les irradiations des stratifications rachidiennes antérieures. Ces dernières ont été décrites dans cet ouvrage sous le nom de parties latérales des stratifications rachidiennes antérieures; on les désigne sous le nom de pyramides antérieures et de pédoncules du cerveau.
La substance grise de ce troisième organe cérébral , dont le rapport s’établit, ainsi que je viens de le dire, d’une part, avec les stratifications antérieures qui parcourent la ligne médiane, de l’autre, avec celles qui viennent latéralement des pédoncules cérébraux, est placée entre les écartements des différentes irradiations faisant suite
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à la moelle épinière , et semble pouvoir être divisée grossièrement en deux portions : l’une ^ externe, dans laquelle la matière grise est accumulée entre des stratifications qui ne la traversent pas complètement, et se perdent en majeure partie dans l’épaisseur de l’organe ; l’autre , interne, dans laquelle la matière grise est déposée entre des prolongements de substance blanche qui la traversent pour aller ensuite se confondre avec la masse de substance blanche des hémisphères cérébraux.
Ces deux portions de l’organe peuvent être étudiées dans tous les animaux mammifères, mais nulle part les remarques que l’on peut faire à leur sujet ne me paraissent devoir être aussi précises que dans l’espèce humaine.
255. Le deuxième organe de matière grise placé sur le trajet intracrânien des stratifications antérieures de l’appareil fondamental, est nommé, dans le langage habituel, corps strié (pl. 2, fig. 9-14, a" ; pl. 10, fig. 142, 143, a'';pl. 11, fig. 151, 162, 163, a" ; pl. 12, fig. 174, 175, 176, 177, 178, a” ; pl. 15, fig. 206, a"); il est situé en avant de l’organe précédemment décrit, et caché profondément dans l’épaisseur des hémisphères cérébraux. Il n’est point en rapport, comme le troisième organe, avec les stratifications de matière blanche émanant de l’axe médian des stratifications antérieures ; il ne repose que sur les stratifications qui sont la continuation des pédoncules cérébraux , il est à la fois traversé et enveloppé par ces dernières.
La position de cet organe sur ces parties blanches est toujours établie de telle sorte, que sa région supérieure fait constamment une saillie plus ou moins élevée dans la cavité des ventricules latéraux. Aussi ce n’est qu’après avoir ouvert cette cavité que l’on peut apercevoir le relief qui rend cette masse de matière grise très-appréciable.
II est difficile de donner une idée précise de sa forme générale; on ne peut, en effet, bien juger que le relief offert par la portion supérieure libre dans le ventricule. Cette portion offre à peu près l’apparence d’un sphéroïde allongé, placé dans une direction oblique à l’axe du corps, se rapprochant de la ligne médiane par son extrémité
immifères. — Appareil fondamental.
Second organe cérébral.
Mammifères.- Appareil antérlcure, s’cD éloîffnant au contraire tantôt plus, tantôt moins, selon
fondamental. / O r J J ^
les espèces, par son extrémité postérieure.
Quant à la forme de la portion inférieure de ce deuxième organe, il ne me semble pas possible de la déterminer nettement.
Le volume de cette masse de matière grise est assez variable dans tous les mammifères. Il me paraît proportionnel aux dimensions générales de l’encéphale, c’est-à-dire qu’il s’accroît avec elles et n’est jamais aussi grand que dans l’homme.
Il existe certainement des différences relatives à la forme du segment supérieur de cet organe et à la quantité de matière grise dont il est composé dans les différentes familles d’animaux de la classe des mammifères; mais ces différences nombreuses sont difficiles à préciser. On ne saurait donner le détail séparé de chacune d’elles sans se jeter dans des longueurs interminables.
256. Il est plus aisé de tracer en général les particularités présentées par cet amas de matière grise dans son rapport avec les stratifications ' de substance blanche qui, en la traversant, ont fait donner à cette portion du centre nerveux le nom de corps strié.
Dans tous les animaux mammifères, ce second organe cérébral de matière grise est renfermé dans une espèce de coque formée par les stratifications de substance blanche qui viennent des pédoncules du cerveau ( parties latérales des stratifications antérieures de l’appareil fondamental). Cette coque environne partout la matière grise du côté des ventricules; elle est formée par une lame très-mince continue sur toutes les parois ventriculaires, et tapissant les ventricules sur tous leurs reliefs et sur toutes leurs anfractuosités. Au premier coup d’œil on ne soupçonne point cette lame, parce que sa faible épaisseur la rend transparente et laisse apercevoir la matière grise sousjacente dans quelques endroits. En isolant dans ces endroits cette lame blanche avec un scalpel ou en soumettant à l’analyse microscopique quelques fragments détachés avec précaution, on parvient non-seulement à constater l’identité qui la rapproche de la substance des stratifications blanches, mais encore à reconnaître la manière dont elle se comporte.
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La partie postérieure de la coque dans laquelle est renfermé le se- Mammifères.— Appareil
* fondamental.
coud organe cérébral de matière grise se rencontre sur le plan qui est indiqué par le trajet de la bandelette demi-circulaire. Cette bandelette n’est autre chose que la lame blanche recouvrant le ventricule , soulevée à cet endroit par une des veines qui forment les racines des veines de Galien.
Cette partie de la coque par laquelle est limitée en arrière la substance grise, m’a paru tou jours résulter de la fusion complète des stratifications pédonculaires, dont une portion dépasse l’organe en dehors et en arrière , pour se confondre et se perdre dans la masse de substance blanche des hémisphères.
La partie antérieure et inférieure de l’enveloppe de substance blanche qui entoure l’organe est véritablement constituée par la substance blanche de l’hémisphère auquel aboutissent en dernier lieu toutes les expansions pédonculaires.
257. Cet examen général de l’entourage de la seconde masse grise cérébrale est nécessaire pour faire comprendre avec autant de netteté que possible la disposition de la matière grise qu’il renferme.
De la partie postérieure de la coque émanent des prolongements nombreux, variables en étendue et en largeur qui laissent entre eux des intervalles irréguliers remplis par la matière grise. Ces prolongements qui limitent à peu près de tous côtés la matière cendrée, se dirigent obliquement en avant et en dehors; ils aboutissent bientôt à une masse de substance blanche prolongée de dehors en dedans et d’arrière en avant, continue en dedans avec la commissure antérieure, et en dehors avec la substance blanche des hémisphères. A cet endroit les amas irréguliers de matière grise s’arrêtent; mais bientôt, de la masse blanche indiquée, naissent de nouveaux prolongements; ceux-ci limitent d’autres amas irréguliers de matière grise, par lesquels est formée la partie antérieure des corps striés, et vont enfin se perdre et disparaître dans la masse blanche des hémisphères.
Le second organe de substance grise placé dans l’intérieur du cerveau , est donc le résultat de l’agglomération d’une quantité variable.
EXPOSITION ANATOMQUE
Mammifères. — Appareil suivant les espèces, de petites masses de matière grise. Elles sont logées
foodameDtal. , . . ,,
dans des intervalles séparés , circonscrits par des parois irrégulières que forment les stratifications blanches.
258. Il existe un cërtain rapport entre chacune des deux masses grises dont je viens de décrire l’ensemble, et les mouvements des membres antérieurs et des membres postérieurs. Ce rapport a commencé à être apprécié depuis le travail très-remarquable de Saucerotte [Mèm. et prix de l’acad. roy. de chirurgie) , et a depuis été mieux indiqué par les recherches de MM. Serres, Pinel et Foville. Néanmoins, si l’influence de ces organes sur les mouvements des extrémités antérieures et postérieures est probable , elle est loin d’être relative au volume de chacun d’eux. Il n’y a point de différence appréciable entre ces parties de l’encéphale dans un athlète et les mêmes organes dans la femme la plus faible. Les corps striés et les couches optiques de l’homme sont des masses grises plus volumineuses que les corps striés et les couches optiques du cheval, du chien et de beaucoup d’autres animaux, chez lesquels l’activité et la force musculaire des membres sont bien supérieures aux mêmes facultés appréciables dans l’espèce humaine. Entre ces organes examinés dans le chien et ceux qu’on peut étudier dans le mouton , il y a si peu de différences, qu’il est nécessaire , tout en reconnaissant l’influence qu’ils exercent sur les facultés motrices, de savoir aussi que l’appréciation de cette influence est encore très- vague. Il y a d’autres conditions organiques, généralement méconnues,. qui doivent modifier sans cesse les facultés motrices de chaque espèce animale.
On pourrait penser que la vascularité plus étendue de chacun de ces organes doit produire l’action plus grande, plus forte ou plus rapide de chacun d’eux. Cette opinion ne saurait être produite, quoique ces parties reçoivent dans l’homme des artères volumineuses et que les divisions de ces vaisseaux soient alors excessivement nombreuses. Chez tous les animaux, des ramuscules artériels multipliés arrivent aux couches optiques ainsi qu’aux corps striés, mais partout ailleurs que dans l’espèce humaine le nombre de ces extrêmes divisions
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vasculaires décroît de plus en plus dans les organes placés en seconde Mammifères. — Appareil
, . fondamental.
et en troisième ligne dans le cerveau des mammifères.
259. Dans l’encéphale des animaux mammifères le premier oro:ane Premier organe
, , ' f* • ^ ^ cérébral.
de matière grise est le plus superficiel de tous ceux dont on peut constater l’existence à l’extrémité des stratifications blanches de l’appareil fondamental. Il n’apparaît point sous la forme d’une masse globuleuse comme chez les poissons, ou d’une couche régulièrement étendue sur un prolongement de substance blanche très-mince qui la sépare de la cavité ventriculaire , comme dans la classe des oiseaux ; c’est une masse épaisse de plusieurs millimètres, recouvrant la surface extérieure de l’énorme amas de substance blanche constitué par les expansions intracrâniennes antérieures de l’appareil fondamental. Ces expansions séparent le premier organe de matière grise d’avec les cavités ventriculaires (pl. 2, 14, a'; pl. 10,^^. 138, 139,140,141,142,
143,144, 146,a';pl. 147, 148,149, 150 a'; pl. 12,^^. 170,
171, 172, 173,174, 175, 176, 177 , a'; pl. 13, ^5^. 186, 187, 188, a';pl. 14,^^. 192, 193, 194, 195, o'; pl. 204, 205, 206,
a' ; pl. 16,^^. 207, 208, a'; pl. Il ,fîg. 210, a';pl. 18, ^^.224, a' ),* à ces caractères on reconnaît les parties désignées sous le nom de substance corticale du cerveau dans le langage ordinaire.
La superficie extérieure de ce premier organe de matière grise n’apparaît plus en général, au premier coup d’œil, uniformément unie comme elle l’est dans les poissons, les reptiles et les oiseaux. Elle est au contraire inégale, elle présente des élévations plus ou moins régulières, qu’interrompent des sillons variables par leur nombre, leur profondeur et la régularité du trajet qu’ils parcourent. De ces sillons et de ces reliefs résultent les circonvolutions cérébrales.
260. Plusieurs observateurs d’un grand mérite ont principalement fixé leur attention sûr le nombre et la disposition de ces circonvolutions cérébrales ; mais les uns et les autres, malgré les efforts persévérants qu’ils ont faits pour éclairer cette partie de l’anatomie du centre nerveux, ne sont point encore parvenus, ce me semble, à faire disparaître toute l’obscurité qui la recouvre encore.
Mammifères. — Appareil Certes c’est beaucoup déjà d’avoir, comme l’a fait M. Serres, ap-
pelé l’attention sur la forme plus ou moins symétrique des circonvolutions dans les divers ordres des mammifères; d’avoir, comme M. Leuret , entrepris de classer, après de laborieuses recherches, les formes superficielles de l’encéphale, de manière à ce qu’il fut possible de suivre les perfectionnements, les multiplications successives des reliefs et des sillons des hémisphères depuis les animaux dont le cerveau est lisse jusqu’à ceux chez lesquels il est divisé par une multitude de sillons. C’est un heureux résultat d’avoir alors démontré que, dans chaque famille d’animaux mammifères, la superficie du cerveau est conformée de la même manière, généralement déterminée, et cependant susceptible d’un perfectionnement particulier s’accroissant à mesure que le volume du cerveau des espèces qui com- ‘ posent la famille augmente et grandit (Leuret, Anat. comparée du
cerveau, tom. 1®^, pag. 399, ligne 18; pag. 400, lig. 4).
261 . Si l’on observe dans les mammifères rongeurs les animaux dont le volume du cerveau est le plus faiblement développé, comme la souris, le surmulot, le rat, le loir, on ne verra chez eux aucune trace de circonvolutions cérébrales. Aucune anfractuosité , nul sillon, nul relief n’apparaîtront à la superficie du premier organe de matière grise qui recouvre les expansions pédonculaires d’une manière régulière et uniforme.
Cette configuration particulière ne sera plus la même dans les animaux de la même famille , dont le cerveau présente des dimensions plus considérables. A mesure que l’on verra les dimensions de cette portion supérieure du centre nerveux s’accroître, on pourra constater des sillons et des reliefs plus distinctement dessinés, quoique cependant, sur les animaux rongeurs, les apparences anatomiques de ces circonvolutions soient trop faibles pour qu’il faille attacher une grande importance à leur examen. Le lapin , fe lièvre, le castor ', pourront servir à ces observations.
* Je n’ai point disséqué de castor, mais je me suis servi de l’ouvrage de Tiedemann, où l’encéphale de cet animal est représenté. (Tiedemann , Icônes cerebrî simiarum et quorumdam mammaliim rariorum. Heidelberg, 1821.)
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On est également conduit à des résultats analogues, par l’examen Mammifères. — Appareil
jll fondamental.
du volume du cerveau et des circonvolutions des animaux carnassiers. La chauve-souris, la musaraigne, la taupe, le hérisson, ont le volume de leur cerveau peu développé, et je ne crois pas qu’il soit possible de remarquer, dans ces espèces, des traces de circonvolutions à la surface du premier organe de matière grise. Les chats, les renards, les loups, les chiens, sont au contraire des animaux carnassiers dont le cerveau présente de plus larges proportions; les circonvolutions que l’on rencontre alors à la surface de l’organe sont plus grandes, plus profondément séparées, plus multipliées; à ce point de vue une très-grande différence sépare le cerveau du chat de celui du lion ’ ; et, quoique plusieurs détails anatomiques des principales anfractuosités aient une très-grande analogie dans ces deux animaux, il est bien certain que le nombre des circonvolutions est plus multiplié dans celui d’entre eux dont l’encéphale a le plus de volume.
Les chiens ont aussi les dimensions de leur encéphale plus grandes que celles de l’encéphale des chats; leurs circonvolutions sont aussi à la fois plus profondes , plus multipliées et plus étendues.
On pourra , quoiqu’avec moins de précision , étudier des faits analogues en comparant les circonvolutions et le volume du cerveau des ruminants.
Toutefois ces remarques, qui ont de l’intérét lorsqu’on borne l’examen aux individus d’une seule et même famille , ne paraissent plus présenter la même importance lorsque l’on veut rapprocher les individus de familles différentes, pour établir une comparaison entre eux.
Il peut être quelquefois exact de dire, en ne parlant que d’une seule famille , que le nombre des circonvolutions est proportionnel au volume du cerveau ; mais une assertion semblable ne saurait plus être prononcée, si on voulait l’appliquer à toutes les familles des animaux mammifères.
Tiedemann, Icônes cerébri simiarum, etc., pl. 3®, représentant l’encéphale du lion et du chat.
Mammifères. — Appareil Il est bien certain que, chez les carnassiers, ce rapport propor-
fondamental. •ii** ii i»
tionnel n est point aussi exact que chez les rongeurs, et que le petit cerveau de la fouine a tout autant d’inégalités que le cerveau plus considérable du chien. Il serait encore plus inexact d’avancer, comme on l’a fait, que toujours les circonvolutions sont d’autant plus multipliées que le volume du cerveau est plus grand ; mille faits s’opposeraient à cette assertion, et, pour la détruire, il suffirait de montrer près l’un de l’autre le cerveau du chat, muni de circonvolutions nettement dessinées à sa surface, et le cerveau du castor (Tiedemann, Icônes cerebri, etc. , pag. 34, 1. 13, sulci vix conspicui), plus volumineux, qui ne présente que des traces légères de sillons et de reliefs.
262, Ces assertions ne suffisent point pour la science , et des travaux aussi distingués que ceux de Serres, de Tiedemann, de Leuret, de Foville et de Longet, en appellent d’autres. Il reste encore à faire la mensuration très-difficile, peut-être impraticable, de la surface cérébrale alternativement à découvert au sommet des reliefs et cachée dans la profondeur des sillons, surface que les formes changeantes de l’organe doivent constamment modifier dans chaque ordre, chaque famille, chaque espèce et même dans chaque individu.
Avant que cet examen métrique n’ait été entrepris, il ne sera point possible de parler, sans erreur, de l’étendue du premier organe placé à l’extrémité des stratifications antérieures de l’appareil fondamental. On peut cependant affirmer que cette étendue doit être proportionnelle au nombre des reliefs et des sillons sur les contours desquels se replie toute la substance corticale de chaque hémisphère.
263. L’épaisseur de la couche de matière grise qui constitue ce premier organe, parait être soumise à des variétés aussi nombreuses que les variétés de l’étendue; elle n’est point la même dans chaque famille de mammifères. Ce fîîit est d’une vérification très-aisée à l’aide de sections verticales qui peuvent être pratiquées à la surperficie de chacune des régions des hémisphères.
En analysant ainsi successivement le premier organe cérébral des animaux rongeurs, des carnassiers, des ruminants, etc., et de
l’homme, on pourra constater que presque partout l’épaisseur de Mammifères. — Appareil
^ ^ fondamental.
cette couche de substance est supérieure ^ et souvent de beaucoup ^ à celle que l’on rencontre dans notre espèce; elle m’a semblé s’augmenter, à mesure que le support de substance blanche formé par les irradiations du prolongement rachidien diminue. Nécessairement alors, cet accroissement est d’autant plus sensible, que le premier organe est séparé par une moindre distance de la cavité des ventricules latéraùx et se rapproche des deux autres organes situés au-dessous de lui.
Ce n’est donc pas seulement de la matière grise que peut émaner le principe agissant en vertu duquel les phénomènes fonctionnels du premier organe cérébral sont produits ; car, si on admettait cette opinion, ce serait chez les mammifères les plus inférieurs par l’ensemble de leur organisation et par leurs actes, que devrait se rencontrer la puissance cérébrale la plus active , la plus variée et la plus intelligente.
264. Je vais maintenant essayer de parler des différences de rapports qui unissent l’organe qui nous occupe et la substance des stratifications blanches qui le supportent. Non pas que je pense les signaler toutes; je ne doute pas que, lorsque ces diversités de rapports auront été l’objet d’études plus longues que celles que j’ai entreprises , elles n’apparaissent alors comme étant beaucoup plus multipliées qu’on ne peut le croire actuellement.
Ce que j’appelle ici rapport de la substance blanche et de la matière grise , n’est que le fait de l’union de ces deux tissus.
J’ai dit précédemment qu’il n’était pas encore possible de savoir précisément comment l’une de ces matières se terminait dans l’autre.
Cela est très-vrai à l’examen microscopique; mais, en ne portant pas l’observation dans des profondeurs aussi grandes, et en se contentant des apparences que l’on aperçoit à l’œil nu , on peut reconnaître des particularités qui ne doivent point être omises.
Dans tous les poissons, un seul petit filet de substance blanche, à peine perceptible dans beaucoup d’espèces, suffit pour établir ce rapport en se terminant dans la matière grise qui l’entoure.
Mammifères. — Appareil foQclameDtal.
Les reptiles ne présentent déjà plus cette disposition. Chez eux, ce n’est pas par le centre de sa masse que le premier organe de matière grise est en rapport avec les stratifications blanches, à l’extrémité desquelles il est placé. Il repose sur une espèce de lamelle, prolongement des parties antérieures de la moelle épinière, qui, en tapissant toute la cavité ventriculaire dont elle forme la paroi, soutient audessus d’elle la couche de matière grise par laquelle l’organe est constitué. Ces animaux présentent déjà, mais sur une échelle moindre , ce que l’on remarque avec une netteté plus grande chez les oiseaux.
Dans ces derniers animaux le rapport du premier organe de matière grise et de l’extrémité intra-crânienne des stratifications antérieures s’établit de deux manières, je l’ai déjà dit : en dedans, par un large et mince prolongement qui recouvre la cavité ventriculaire et la sépare de la matière grise ; en dehors et en arrière , par d’autres nombreux prolongements , semblables à des filaments blanchâtres qui, après avoir traversé le second organe de matière grise, se perdent dans l’épaisseur du premier.
265. Quoique chez tous les mammifères il y ait en général une très-grande ressemblance entre toutes les espèces dans la manière dont les stratifications blanches antérieures de l’appareil fondamental se développent dans l’intérieur du crâne, cependant, il me semble qu’en considérant le point d’union de la substance grise superficielle et de la masse blanche des hémisphères, on remarque des différences assez appréciables dans plusieurs espèces. Elles séparent assez bien ces espèces non-seulement des animaux des autres classes, mais encore des autres mammifères.
Dans les animaux chez lesquels les circonvolutions du premier organe manquent en totalité ou ne sont que très-faiblement tracées, comme dans les rongeurs, les chauve-souris, les taupes, les rats, etc., la substance corticale du cerveau , uniformément étendue à l’extrémité des stratifications blanches, comme une couche régulière, offre une apparence très-analogue à celle que je viens de faire remarquer
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dans les reptiles et les oiseaux. Seulement, dans les mammifères les Mammifères. — Appareil
stratifications de substance blanche sont énormément plus épaisses que
la couche de substance grisé qui les environne et les recouvre; et les
stries blanches qui sortent du centre du deuxième organe cérébral
ne peuvent être suivies jusque dans le premier organe. On perd leurs
traces aussitôt que la substance qui les compose se confond dans la
masse blanche de chaque hémisphère.
Dans tous les carnassiers pourvus de circonvolutions (les chiens, les chats), ce rapport des deux substances est exactement le même, c’est-à-dire que la matière grise parait étendue comme une simple couche corticale à la superficie de chacun des reliefs et de toutes les anfractuosités.
266. Cette uniformité de rapports semble disparaître dans les animaux ruminants et pachydermes , mais les dispositions que je vais décrire ne sont nulle part aussi nettement appréciables que dans la partie antérieure du cerveau de l’espèce humaine.
Je dois dire que l’étude de ces rapports présente plusieurs difficultés, les unes inhérentes à la matière elle-même : elle ne doit avoir subi aucune espèce de décomposition; les autres dépendantes des procédés d’examen , trop imparfaits pour des recherches aussi délicates.
Il est indispensable de se servir de verres grossissants d’un pouvoir amplifiant très-faible , et de préparer les parties que l’on désire étudier soit en les coupant par tranches très-minces, sans exercer sur elles la moindre pression, soit en les comprimant plus ou moins entre deux lames de verre. On fait varier, pendant ces compressions, l’intensité de la lumière; tantôt on la fait arriver à la superficie de l’objet, tantôt on lui fait traverser l’épaisseur des tissus, après l’avoir dirigée sur leur surface inférieure.
On reconnaît d’abord dans ces mammifères que, dans les régions antérieures du cerveau , le rapport des deux matières cérébrales n’est point le même que dans les régions postérieures.
267. Dans ces régions postérieures on remarque toujours, à ce qu’il m’a paru, la disposition d’une couche de matière grise étendue sim-
Mammifères. — Appareil plement à la superficie de la masse blanche des hémisphères, revêtant toutes les éminences des reliefs, tapissant les parois et le fond des sillons et des anfractuosités. Vers les régions moyennes, au niveau du lobe moyen du cerveau , on commence, si je ne me trompe, à ne plus observer la même chose : on rencontre alors la substance qui constitue l’extrémité des stratifications blanches , sous l’apparence de petits prolongements déliés, qui se dessinent avec plus ou moins de netteté comme de petites houppes pénicillées.
Ces prolongements sont de plus en plus distincts à mesure que l’on se rapproche des régions antérieures de chaque hémisphère cérébral. Ils représentent la terminaison de la substance blanche dans la matière grise du premier organe cérébral, ils s’irradient, en s’écartant légèrement les uns des autres , de sorte que la matière grise est pour ainsi dire emboîtée dans les intervalles que ces apparences pénicillaires laissent entre elles.
Le nombre de ces prolongements ultimes des stratifications antérieures de l’appareil fondamental doit être très-considérable, et incalculable , car on en rencontre une quantité prodigieuse dans l’espace d’un millimètre carré.
Ils m’ont paru plus multipliés et plus remarquables encore dans les régions antérieures du cerveau de l’homme que partout ailleurs, mais peut-être seulement parce que les observations de ces particularités peuvent être faites avec plus de facilité dans l’espèce humaine que dans les autres mammifères.
Ces détails, malgré leur exiguité, deviendront peut-être par la suite plus intéressants encore parce que des travaux plus étendus les feront mieux connaître. Ils ne sont pas les seuls qui résultent de l’examen des rapports de la matière grise du premier organe cérébral et de l’extrémité supérieure des stratifications antérieures de l’appareil fondamental des animaux mammifères; il en est d’autres encore , si j’en crois mes études sur ce sujet, qui n’appartiennent qu’à l’organisation de l’encéphale humain.
268. Dans aucun animal mammifère la partie postérieure du pre-
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mier organe cérébral de matière grise ne m’a paru subir de changements Mammifères, — Appareil
, /11» fondamental.
que dans son épaisseur, ou son etendue, diversement augmentées par le nombre des reliefs ou des sillons de la surface. D’autres faits existent chez l’homme : beaucoup de modifications résultent de la présence des circonvolutions et de leur nombre, mais d’autres changements dépendent du rapport de la matière grise et de la substance blanche. Dans ces régions postérieures ce rapport est autre que chez les animaux.
Toute la matière du premier organe dans les régions postérieures du cerveau , paraît composée de deux couches superposées très-rapprochées l’une de l’autre, disposition d’autant plus remarquable que l’on examine les régions les plus reculées de l’hémisphère.
Cette organisation , très-manifeste au simple examen à l’œil nu , disparaît vers les circonvolutions du lobe moyen, et cesse progressivement alors d’étre manifeste. Les deux couches de substance grise se rapprochent et se confondent ensuite , et le rapport des deux substances nerveuses apparaît enfin , tel que je l’ai décrit tout à l’heure dans les régions antérieures du cerveau.
Dans l’intervalle qui sépare ces deux couches superposées de matière grise, existe une lame ou couche très-mince de substance blanche qui fait le contour des circonvolutions , s’élève et s’abaisse successivement avec elles ; aussi le fait que j’indique peut-il être observé au fond des sillons aussi bien qu’à la surface des reliefs cérébraux.
La plus inférieure de ces deux couches de matière grise repose sur la masse blanche des hémisphères. Elle présente alors le même rapport qu’on observe à ce point de contact dans les animaux mammifères; c’est-à-dire que l’on ne trouve pas de petits prolongements pénicillaires, étendus de Tune des matières à l’autre. Au-dessus de cette couche profonde s’étend la mince lamelle de substance blanche qui l’éloigne et la sépare de la couche superficielle ; dans l’épaisseur de cette dernière partie , on ne remarque plus les apparences pénicillaires si distinctes dans les régions antérieures.
269. L’observation du premier organe cérébral de matière grise peut encore être conduite dans une autre direction, que n’ont point
Mammifères.-Appareii suivie Id plupurt (Ics iiivestigateuFS. Il doit être fort intéressant decon-
fondanicotal. •i*'i
naître la disposition particulière des extrémités artérielles, répandues à la superficie des circonvolutions cérébrales.
J’ai cherché plus d’une fois à savoir, par le secours des injections de gélatine colorée dans le système artériel , quel pouvait être approximativement la quantité d’artérioles accumulées sur un espace donné du premier organe cérébral de l’homme, et quel changement subissait la somme des vaisseaux observés sur une portion analogue de l’encéphale des animaux.
Je ne suis certainement point arrivé à un résultat précis, et j’aurais été curieux d’obtenir davantage de mes études : toutefois les faits suivants, que je me propose d’appuyer de nouvelles recherches, ne me paraissent pas devoir être oubliés.
On réussit rarement bien à lancer une matière colorante dans le centre nerveux des poissons et des reptiles, soit à cause de la disposition de l’appareil respiratoire chez, les premiers , soit en raison du peu de résistance des parois vasculaires chez tous; cependant, lorsqu’on arrive plus ou moins près d’un résultat capable de permettre l’examen des parties, on peut apprécier que la somme des extrémités vasculaires arrosant l’encéphale et la superficie du premier organe de matière grise en particulier, est extrêmement faible. ^
Dans les oiseaux , l’injection d’une matière colorante dans les artères est plus facile; le volume de ces vaisseaux , plus considérable, permet de suivre leur trajet jusque sur les points auxquels ils aboutissent. Chez ces animaux, le premier organe de matière grise reçoit des artères fort apparentes, mais la quantité de ces vaisseaux peut être à peine comparée à celle que l’on observe dans les mammifères. La médiocrité du nombre de leurs divisions ressort de cette comparaison.
Au-dessus de la classe des oiseaux, d’abord dans les animaux mammifères, puis davantage encore dans l’espèce humaine, le nombre des artères du premier organe cérébral s’accroît et devient de plus en plus considérable. Il est très-facile, pour être convaincu de ce fait général, de mettre en regard les uns des autres des encéphales de
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
rongeurs, de carnassiers, de pachydermes, d’animaux ruminants et Mammifères- Appareil d’hommes, après l’injection des artères du centre nerveux. " ”
270. L’examen le plus général de toutes les familles d’animaux mammifères, fournit l’évidence la plus complète d’une différence continuelle dans l’artérialisation de la couche grise superficielle des hémisphères cérébraux.
Autant chez les rongeurs, lapins, lièvres, rats, etc., autant chez les chiens, les chats, les moutons , le cheval, les artères du premier organe cérébral sont rares, écartées les unes des autres en laissant entre elles de larges intervalles dépourvus de vaisseaux apparents, autant dans l’espèce humaine ces vaisseaux sont multipliés et rapprochés, de manière à former le réseau artériel le plus serré que l’on puisse voir. Il n’est aucune des familles de mammifères dont la substance grise superficielle de l’encéphale puisse donner l’idée de la multiplication incommensurable des artères pénétrant la substance corticale à la surface des hémisphères cérébraux de l’homme.
Là , comme partout ailleurs , la substance grise de l’encéphale est le but des artères qui se répandent et se divisent dans l’intérieur des cavités du crâne. A peine peut-on découvrir quelques-uns de ces vaisseaux se terminant dans l’épaisseur des stratifications blanches ; encore ceux-ci les traversent-ils en majeure partie et se rendent-ils ailleurs, là où tendent toutes les molécules sanguines, dans toutes les parties de l’encéphale, c’est-à-dire aux organes de matière grise que ces molécules doivent atteindre.
La circulation du premier organe cérébral des mammifères et de l’homme , parait se faire à l’aide d’un grand nombre de ramifications artérielles qui le pénètrent par ses deux superficies :
Premièrement par la surface qui est libre et en contact avec le liquide céphalo-rachidien.
Secondement par la surface adhérente et cachée qui repose à l’extrémité des stratifications de matière blanche.
Les artères qui arrivent à l’organe par la surface adhérente ne me semblent point exister dans le cerveau des oiseaux; elles se rencon-
Mammifères-Appareil trent manifestemeiit dans tous les animaux mammifères, mais il ne
fondameotal. , ^
parait point que dans ces derniers leur nombre soit aussi apparent que dans l’espèce humaine.* Chez l’homme ces vaisseaux , à l’opposé de ce que l’on voit dans les autres cerveaux , sont très-multipliés et trèsfaciles à reconnaître. Ils proviennent de plusieurs sources, qu’il n’est pas de mon objet d’examiner, soit de l’artère cérébrale antérieure, soit des artères qui pénètrent dans les couches optiques. Us se divisent alors aussitôt leur entrée dans la substance blanche et montent vers le premier organe, en traversant les stratifications qui constituent la masse de chaque hémisphère. Ces artères se divisent très-rarement dans ce trajet ; elles se terminent, en se séparant en un grand nombre de petits ramuscules très-fins , à la surface adhérente de la couche corticale de matière grise. On peut souvent suivre, après des injections bien faites, ces petits* ramuscules au travers de la substance corticale , jusque dans une des veines superficielles du cerveau.
Ces artères , qui marchent ainsi de dedans en dehors, peuvent être reconnues dans tous les mammifères; on les voit, dans l’espèce humaine, à tous les endroits sur lesquels s’étend le premier organe cérébral.
Un second ordre de vaisseaux artériels se répand à la superficie supérieure du premier organe cérébral.
Pour examiner plus convenablement ces artères, il est nécessaire, après l’injection du liquide, qui doit être lancé par l’aorte dans les vaisseaux de l’encéphale, de remplacer artificiellement le liquide céphalorachidien par une seconde injection de gélatine non colorée et transparente au-dessous de l’arachnoïde, lancée de telle sorte, qu’elle soit capable de séparer le feuillet viscéral de cette membrane d’avec les surfaces sous-jacentes. Cette injection se fait sur un des points de la longueur de la moelle épinière, par une ouverture artificiellement pratiquée sur le feuillet externe de la membrane séreuse, et en poussant le liquide convenablement de bas en haut. Cette manœuvre, opérée lentement, soulève l’arachnoïde et permet d’entrevoir la disposition des divisions artérielles à la surface de la substance grise étendue sur toutes les circonvolutions cérébrales.
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
Dans plusieurs animaux, tels que le lapin, le chat, le chien, le Ma.mifères.-App»reii liquide injecté au-dessous de l’arachnoïde et coagulé par Je refroidissement, ne forme qu’une couche très-légère, et quelquefois inappréciable , à la superficie du premier organe ; les artérioles rampent alors seulement à la surface de la substance grise et dans les faibles sillons qui la divisent : elles envoient leurs rares divisions dans l’épaisseur de la matière, sans présenter de particnlarités bien remarquables.
Dans les mammifères rnminants (la vache), dans les pachydermes (le cheval), on observe déjà quelque chose capable d’indiquer la disposition pins manifeste présentée par l’espèce humaine. Mais la couche du liquide séreux est moindre que dans l’encéphale de l’homme; aussi ce que l’on observe chez ce dernier est plus évident et fait mieux concevoir l’organisation artérielle ainsi que la nécessité du '
liquide protecteur de la circulation.
Les artérioles qui entrent dans l’épaisseur du premier organe cérébral par sa surface libre ou antérieure, baignent toutes, pendant la vie, dans la sérosité sous-arachnoïdienne. On peut, en remplaçant après la mort cette sérosité par la gélatine , et après la coagulation de cette liqueur, se faire une idée précise des rapports que les extrémités artérielles offrent pendant la vie.
Ces artères sont soulevées au-dessus de la substance grise et sont entourées par la gélatine comme les artères ciliaires le sont par la matière vitrée de l’œil. Les divisions principales, déjà très-faibles, de ces artérioles donnent naissance à une infinité de ramuscules plus petits encore. Ces vaisseaux , d’une excessive délicatesse, tombent en suivant une direction tantôt oblique, tantôt perpendiculaire , sur l’organe de matière grise, et doivent l’arroser d’une pluie continuelle de sang.
Lorsqu’une injection a été lancée avec bonheur, c’est un admirable coup d’œil que présentent à l’observateur ces artérioles si minimes : elles sont suspendues au milieu de la gélatine substituée au liquide. Sans un liquide, des canaux aussi déliés ne pourraient certainement, pendant la vie , résister aux moindres mouvements du corps.
On peut suivre plusieurs de ces très-petits vaisseaux au travers de
Mammifères. — Appareil la matière grise, jusqu’à des veines placées dans la substance blanche
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des hémisphères. Ces conduits veineux vont se réunir, en descendant, aux grosses veines placées dans les cavités ventriculaires latérales, entre le corps strié et la couche optique (second et troisième organes cérébraux de matière grise).
Il doit donc résulter de ce réseau artériel superficiel un courant de sang qui traverse le premier organe cérébral en sens inverse du courant amené par le réseau artériel profond à la surface adhérente de la matière corticale.
L’ensemble de tous ces faits anatomiques démontre que , dans la série des animaux mammifères, les modifications opérées par la nature dans l’organisation du premier organe cérébral portent non-seulement sur l’étendue, l’épaisseur, les formes, les rapports de cet organe, mais encore sur les artères qui s’y distribuent. Il en résulte que les phénomènes de la circulation, si l’on juge par l’examen anatomique, le seul qui soit praticable, ne doivent être nulle part aussi actifs, aussi multipliés que dans l’espèce humaine.