CHAPITRE XXVIII
DE LA LAMELLE INTERMÉDIAIRE , PLACÉE DANS l’ INTÉRIEUR DU CRANE DES MAMMIFÈRES ET DE l’homme entre les parties antérieures et les parties POSTÉRIEURES DE l’ APPAREIL FONDAMENTAL.
271. Cette portion du centre nerveux des animaux mammifères et de l’homme complète l’ensemble de l’appareil fondamental. Elle paraît bien minime, lorsqu’on la compare au reste de la masse encéphalique , et ne semble pas d’abord devoir mériter une grande attention de la part de l’anatomiste. Cependant , lorsqu’on l’examine comparativement dans toutes les classes des animaux vertébrés, il
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devient évident que sa persistance immuable entre les parties céré- Alain mifères. — Appareil
braies et cérébelleuses, son volume qui, au milieu de toutes les variations organiques des diverses masses de substance encéphalique , ne subit que de faibles changements, sa terminaison constante en arrière , changeante en avant , la présence incessante de l’appendice pinéal qu’elle supporte, la font apparaître dans les mammifères comme un curieux sujet d’examen.
Cette portion organique , considérée en général dans la classe des mammifères , représente chez ces animaux une sorte de lamelle ou de pont étendu entre les stratifications intracrâniennes antérieures et postérieures de l’appareil fondamental , c’est-à-dire entre le cerveau et le cervelet (pl. lOjfig. 141, lAÜ, dr, d' a"' ,db',{v,a? figMl,
150, 151,162,163, \G9,d2,da"',dl',xx;p\. 12, fig. 173, 174,
178, d2, d2" , da"’ , db' , pl. 13 , fig. 187 , db' ^ da'" , c/2, pl. 15, fig. 204, 205, 206, dlo' , da'" , xx; pl. 17, fig. 210, d, db’ , da’" , XX ; pl. 18, fig. 224, o?, db' , da'" y xx).
Cette lamelle est mince et transparente dans sa partie postérieure, elle devient plus épaisse en se rapprochant du cerveau ; elle se confond en arrière avec les stratifications de substance blanche qui supportent la substance grise du cervelet, et se termine en avant sur le troisième organe cérébral de matière grise (couche optique). Elle est située au-dessus du ventricule cérébelleux, recouvre également l’aquéduc du ventricule médian (aquéduc de Sylvius), dont elle forme le plafond , porte à sa face supérieure de chaque côté l’origine des nerfs de la quatrième paire (nerfs pathétiques), celle des nerfs de la seconde paire (nerfs optiques) et la double série de masses grises placées aux insertions postérieures de ces derniers nerfs (tubercules quadrijumeaux). Sur la ligne médiane, auprès de l’extrémité antérieure, s’élève l’appendice ou corps pinéal.
272. Occupons-nous d’abord de la substance blanche qui entre dans la composition de cette lamelle. Cette substance est confondue en arrière avec la matière blanche du cervelet; elle concourt à former, surtout dans plusieurs mammifères, une des parois du ventricule
Mammifères. — Appareil cérébelleux (rongeurs, chiens, chats, chevaux. Votr les planches indi-
fondamental. , , ,
quées). Dans ces animaux cette portion postérieure s’abaisse véritablement de haut en bas avant de s’engager au-dessous des lamelles cérébelleuses. Dans l’espèce humaine, elle m’a paru se diriger en avant, immédiatement après sa sortie de la substance du cervelet , sans présenter cette inclinaison approchant de la verticale à son origine.
A cette origine postérieure , l’épaisseur de la lamelle est plus grande qu’au moment où celle-ci s’engage au-dessous de la substance grise du cervelet; alors l’épaisseur diminue considérablement dans certains mammifères. Dans l’espèce humaine cette diminution est telle , qu’à travers la transparence de la lamelle on peut apercevoir les surfaces de la cavité ventriculaire placées au-dessous d’elle.
Dans tous les animaux mammifères on peut, sans difficulté aucune, reconnaître l’identité de position et de structure de cette extrémité postérieure de la lamelle intermédiaire , et la comparer avec la même extrémité chez les poissons, les reptiles et les oiseaux. La direction de cette partie vers les régions antérieures est semblable ; la diaphanéité , plus ou moins grande suivant les espèces examinées, est également appréciable, et permet souvent d’étudier l’organisation intime à l’aide de l’analyse microscopique.
Il est évident que dans la classe des mammifères, comme dans les animaux des autres divisions, cette portion est formée de fibrilles moniliformes de grosseurs variables, disposées en faisceaux qui m’ont paru très-différents dans chacune des espèces que j’ai examinées. Ces faisceaux se portent de droite à gauche et de gauche à droite , en s’entrecroisant et s’entremêlant plusieurs fois de suite , souvent d’une manière qui semble être inextricable.
L’étude de cette portion transparente est intéressante , d’abord à cause de ces différences qu’elle permet de constater dans l’intrication des faisceaux fibrillaires de la lamelle, différences telles, qu’il n’existe pas deux animaux qui puissent offrir les mêmes particularités dans la texture intime. Ces modifications continuellement variées, même dans l’homme, réduisent à leur juste valeur nos prétendues connaissances
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sur la direction de tel ou tel faisceau dans l’épaisseur de la masse ner- Mammifères. — Appar
• 1 1 11 • fondamental.
veuse, sur le trajet de telles libres , sur leur passage dans telle région du centre nerveux, etc. Dans cet endroit transparent du centre nerveux , il p’est pas permis de suivre à l’œil nu la direction de ces faisceaux, dont la description exacte ne saurait être entreprise même après de longues investigations microscopiques.
La partie postérieure de la lamelle intermédiaire des animaux mammifères, ne porte aucune accumulation de matière grise circonscrite.
C’est sur la région antérieure que se rencontrent les amas de matière grise dont il sera bientôt question.
Cependant une certaine quantité de matière amorphe diffuse, placée entre les faisceaux dont on constate l’entrecroisement à l’aide du microscope, m’a toujours paru servir pour ainsi dire de lit à ces faisceaux, en ce sens que ces faisceaux paraissent suspendus au milieu d’elle. Comme cette matière amorphe entre en grande proportion dans la composition de la matière grise , on peut croire que cette matière grise, ou que l’un de ses éléments seulement, concourt à former la partie postérieure de la lamelle intermédiaire.
273. En se rapprochant de l’extrémité antérieure de cette lamelle, on voit qu’elle devient beaucoup plus épaisse : à mesure qu’elle augmente de volume, elle devient plus voisine de son insertion cérébrale.
Dans cette région antérieure elle supporte à sa surface, de chaque côté du corps, les tubercules nates et testes : elle se termine enfin au niveau postérieur du troisième organe cérébral de matière grise (couche optique) de la manière suivante.
Premièrement, sur la ligne médiane, par une fusion intime avec un prolongement transversal de substance blanche , connu sous le nom de commissure postérieure, et que je décrirai plus tard sous le nom de commissure du troisième organe cérébral de matière grise. Au-dessus de cette commissure l’extrémité antérieure de la lamelle se confond de même avec un pédicule de substance blanche, au sommet duquel trouve l’amas de matière désigné sous le nom de corps pinéal.
Secondement , l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire se
Mamniifèrcs.-Apparcii termine encorc , à droite et à gauche, par deux prolongements de sub-
fondannental. iii • ^ ^1* i
stance blanche, qui se dirigent a peu près horizontalement en avant : ils suivent le relief de la marge supérieure des parois verticales du ventricule cérébral médian , cavité dont ils indiquent en quelque sorte la limite. Ces prolongements sont placés sur l’angle qui sépare la portion supérieure du troisième organe cérébral de matière grise, d’avec la portion interne ; on les connaît sous le nom de bandelettes médullaires des couches optiques.
Ces bandelettes médullaires représentent donc la terminaison ou l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire dans les animaux mammifères. Lorsqu’on veut arriver jusqu’au point où elles disparaissent, on constate presque généralement que, de chaque côté, en dehors , la substance blanche qui les constitue se perd dans l’épaisseur même de la couche optique et va se confondre avec les stratifications de substance blanche qui supportent ce troisième organe, lesquelles viennent des irradiations latérales de l’une des stratifications antérieures décrites précédemment. Je ne connais aucune espèce d’animal mammifère dans laquelle cette terminaison ne puisse être observée.
Dans ce trajet que la lamelle intermédiaire parcourt depuis le cervelet jusqu’au cerveau, elle se confond par ses parties latérales avec deux couches de substance blanche plus ou moins épaisses , suivant les espèces animales. Ces couches ont été décrites , sous le nom de processus cerehelli ad testes; elles appartiennent d’une part à la lamelle intermédiaire, de l’autre aux stratifications blanches qui se portent depuis l’axe médian des stratifications antérieures de l’appareil fondamental jusqu’au troisième des organes de matière grise de chaque hémisphère cérébral (couches optiques).
274. L’étude de cette lamelle intermédiaire dans les mammifères, ne se borne point à l’examen des stratifications de substance blanche qui forment une grande partie de sa totalité. Il est encore nécessaire de rendre compte des masses ou tubercules de matière grise qui apparaissent à sa superficie supérieure et antérieure.
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Ces tubercules qui , dans les poissons, les reptiles et les oiseaux, Mammifères. — Appareil
* * ^ fondamental.
étaient uniques, sont doubles, comme on le sait, de chaque côté, dans les animaux de la classe que nous étudions en ce moment; on les a donc appelés , dans les mammifères et dans Uhomme , tubercules quadrijumeaux. Ils sont situés de chaque côté, les uns derrière les autres, séparés par un sillon transversal et par un autre sillon longitudinal, au fond duquel souvent quelques stries de substance blanche semblent indiquer des apparences plus ou moins vagues de commissures.
Tous les observateurs se sont accordés à remarquer les variétés de volume de ces deux paires de tubercules dans les diverses familles de mammifères. Elles sont à peu près égales entre elles dans l’espèce humaine.
Tiedemann {Anat. du cerveau, p. 195, 1. 21 ) assure qu’il en est de même dans les quadrumanes; cependant un travail ultérieur de ce savant anqtomiste ne semble pas tout à fait confirmer cette assertion, et d’autres assertions la rendront probablement encore plus tard moins absolue. Dans un ouvrage qui reproduit des dissections fort intéressantes ‘, M. Tiedemann assure qu’il est évident, d’après ses observations, que dans l’homme et les quadrumanes , le volume des tubercules antérieurs est plus grand que celui des tubercules postérieurs, qu’il en est de même dans les solipèdes, dans les ruminants (bœufs, moutons), dans plusieurs carnassiers, mais non dans tous (le chat présente justement le rapport inverse à celui que signale Tiedemann dans le lion); que la même prédominance des tubercules antérieurs est également observable dans les rongeurs (marmotte, agouti, castor) et dans les lapins et les lièvres.
Tout en tenant compte des différences de ces organes, on n’en remarquera pas moins, en étudiant l’homme et les mammifères, que dans un grand nombre de ces derniers , le volume que présentent ces tubercules est inférieur à celui que l’on observe dans notre espèce.
On a dit, si je ne me trompe, que tous les animaux de la classe des mammifères offraient cette supériorité de volume; je ne crois pas cependant que cette assertion soit exacte dans sa généralité.
* Icônes cerebri simiarum et quorumdam mammalium rariorum. Heidelberg, 1821.
Manunifères. — Appareil Il est vrai que certains mammifères, tels que les ruminants, les
fondamental. 11*1 a • !/• ^
bœuts, les moutons, et meme certains rongeurs, ont les éminences anterieures égales au moins et souvent plus volumineuses que les tubercules nates de l’homme, mais il n’en est pas de même des éminences postérieures; ainsi cette loi générale se détruit déjà par l’examen seul des détails.
275. Les variations que subit le nombre des extrémités artérielles répandues à la superficie de ces organes sont fort intéressantes à étudier.
Lorsqu’examinant des encéphales dont l’appareil vasculaire artériel a été rempli d’une solution de gélatine colorée par le vermillon, on place en regard les uns des autres les tubercules quadrijumeaux de divers mammifères, tels que les lapins, les chiens, les moutons, les chevaux, et qu’on les compare alors aux éminences quadrigéminées ^e l’espèce humaine, on est surpris de voir que les premiers présentent à la superficie des organes étudiés une quantité de divisions artérielles bien moins considérable que l’homme. Cette comparaison n’est pas difficile à faire entre les animaux et l’espèce humaine. Dans l’homme les divisions artérielles sont tellement multipliées, qu’on ne saurait donner, loin de la nature, une idée exacte du nombre des ramuscules vasculaires qui se divisent sur cette petite surface et s’insinuent dans l’épaisseur des parties. Ces ramuscules abondent tellement, que je ne pense pas qu’il y ait une seule région, non-seulement de l’encéphale des mammifères, mais encore du centre nerveux de notre espèce, qui reçoive une aussi grande quantité de vaisseaux.
Ce n’est donc pas seulement par le volume de ces éminences, mais c’est encore par le nombre des divisions artérielles dont elles sont pénétrées que l’on peut essayer d’établir une différence entre eux dans les mammifères et dans l’homme. Mais pour reconnaître avec précision ces variations des divisions artérielles dans tous leurs détails, ou seulement apprécier ce qu’elles ont de plus remarquable, pour étendre ces recherches au delà du cercle trop général auquel je me suis arrêté, il faut plus de ressources que ne saurait en avoir un travailleur isolé
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à une époque où la science rencontre les appuis les plus incertains et Mammifères. — Appareil
1 t 1 1 / * fondamental.
les encouragements les plus précaires.
276. L’exposition de la lamelle iiitermédiaire des mammifères doit encore comprendre ce qui est relatif à l’appendice pinéal de ces animaux.
Cet appendice ou corps pinéal est suspendu , de même que dans les autres classes d’animaux, par des ramifications vasculaires d’une part, et de l’autre soutenu par une tige de substance blanche qui se perd dans l’intérieur de l’organe.
Cette petite tige de substance blanche tire son origine de la région moyenne de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire. Elle en est la continuation. La lamelle intermédiaire se replie en haut et en arrière au-dessus de la commissure blanche des couches optiques, pour supporter cette tige et le corps pinéal, et se termine alors, de chaque côté, sur les troisièmes masses grises cérébrales, en formant les linéaments blanchâtres nommés bandelettes des couches optiques.
A l’extrémité de cette tige presque verticale, se développe l’appendice pinéal, corps très-variable en volume, même dans les familles les plus rapprochées les unes des autres par leur organisation.
Ici se termine l’examen des parties qui constituent l’ensemble que je nomme appareil fondamental du centre nerveux des mammifères.
On a du remarquer que ces parties, réunies jusqu’à des hauteurs plus ou moins élevées par deux axes distincts en arrière et en avant, se séparaient dans l’intérieur du crâne et s’isolaient les unes des autres. En arrière et en avant elles servent à former le cervelet et le cerveau, rattachés l’un à l’autre par la lamelle intermédiaire que je viens de décrire. Il existe encore dans les régions antérieures de cet appareil une autre division qui produit chaque hémisphère du cerveau.
Ces hémisphères latéraux resteraient isolés dans les mammifères, comme ils le sont en partie dans les autres classes, s’il n’existait, dans le centre nerveux de ces animaux et dans celui de l’homme, des appareils d’union qui lient la région droite à la région gauche, et
qui s’étendent de l’une à l’autre. Ce sont ces appareils ajoutés à l’appareil fondamental qui vont actuellement fixer notre attention.