‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 6 sur 66 · APPAREIL TERTIAIRE CONSIDÉRÉ EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APPAREIL TERTIAIRE CONSIDÉRÉ EN GÉNÉRAL

43. L’existence de cet appareil tertiaire ne peut être démontrée que chez les animaux mammifères et dans l’espèce humaine; c’est en grande partie par sa présence que se révèle un des plus grands perfectionnements de l’organisation du centre nerveux *.

Il est loin de ressembler aux deux appareils précédents, sa position le sépare du premier, sa structure l’éloigne du second, sa forme générale ne permet de le comparer à aucun d’eux.

Des stratifications de matière blanche et des masses isolées de substance grise entrent dans sa composition.

Ici, les stratifications blanches, au lieu de se diriger en ligne droite, parallèlement à l’axe du corps comme dans l’appareil fondamental , ou en croisant cet axe à angle droit de même que dans l’appareil secondaire, se caractérisent par une marche tout opposée.

Elles s’étendent de chaque côté de l’encéphale et seulement dans l’intérieur de la masse cérébrale , sous l’apparence de bandes qui affectent une inclinaison particulière; elles se dirigent en traçant une courlje à rayons variables qui se rapproche et s’éloigne alternativement de l’axe du corps dans les divers points du trajet qu’elles parcourent, (pl. Xljfig. 147, v', v", v'" ; pl. Wl, fig. 177, v', v", v”' ; pl. XIV, fig. 195, t?', ü", v'" ; pl. X\l,fig. 206 , v', v”, v'").

44. Les parties blanches de cet appareil, opposées et semblables à droite et à gauche, au lieu d’être régulières dans toute leur étendue

' L’appareil tertiaire est désigné dans toutes les figures, dans lesquelles on a pu le représenter, par la lettre v, et les masses de matière que l’on rencontre sur lui sont indiquées d’avant en arrière par les désignations suivantes v' , v" , v'" , v'"'.

aussi bien que les stratifications de l’appareil secondaire, sont au contraire irrégulières, leur forme varie, leur extrémité antérieure ne ressemble point à leur extrémité postérieure.

• La même stratification qui compose cet appareil de chaque côté du cerveau, se modifie continuellement dans toute son étendue, et se présente successivement pendant le trajet qu’elle parcourt , ici sous la forme d’un cordon cylindroïde, ailleurs sous l’apparence d’une lamelle diversement contournée et aplatie.

45. Les accumulations de matière grise qui concourent à former l’ensemble du troisième appareil, sont intéressantes à étudier nonseulement à cause des différences qui caractérisent chacune d’elles, mais encore en raison de la situation particulière où elles sont placées. Ces observations ne pourraient être ici l’objet d’un examen plus étendu.

Tels sont, dans leur exposé le plus simple , les trois appareils qui servent à la construction du centre nerveux des animaux vertébrés.

L’organisation nerveuse de telle classe ou de telle famille d’animaux résultera donc de la combinaison de ces appareils et du perfectionnement particulier de chacun d’eux.

Ces faits anatomiques considérés dans leur extension la plus vaste, offrent l’idée la moins confuse que l’on puisse se faire de la structure anatomique du centre nerveux cérébro-spinal des animaux vertébrés.

46. Si le plan de ce centre nerveux était aussi régulier que l’affirment certaines opinions; toutes les parties dont je viens de signaler l’ensemble devraient exister et se rencontrer incessamment dans toutes les espèces animales, quel que put être leur changement de volume, de forme, ou de situation ; on pourrait observer dans toutes les familles la réunion complète de tous les fragments de l’appareil secondaire, et dans toutes les classes l’ensemble de l’appareil tertiaire. Or, chacun de ces appareils s’éteint ou disparaît, en totalité ou en partie, dans les animaux que l’on place au bas de l’échelle des vertébrés.

Ce plan diffère donc déjà par la présence ou par l’absence de certains organes.

DE i;OUG.\MSATION DU CENTRE NERVEUX.

Si l’on admet que ces organes peuvent diminuer ou avoir disparu sans que l’arrangement de Uensemble se soit modilié, les faits que je vais rappeler pourront être opposés à cette manière de voir.

47. L’appareil fondamental, qui seul peut être l’objet d’un examen facile à poursuivre dans tous les animaux vertébrés, forme une succession non interrompue de parties réunies dans le rachis, et séparées dans le crâne, dans l’intérieur duquel elles communiquent, d’avant en arrière, par la portion dé l’encéphale désignée plus haut sous le nom de lamelle intermédiaire.

Avec un plan d’organisation uniforme , cette lamelle intermédiaire naissant toujours en arrière au même endroit, devrait constamment se terminer en avant à la même place.

Or , comme je le démontrerai, cette insertion antérieure est irrégulière et mobile dans chaque classe d’animaux, et le changement général qui résulte de ce fait seul est assez grand pour placer entre les divers centres nerveux une séparation réelle, et aucune de tant d’assertions émises à l’occasion des phases imaginaires du développement successif de l’encéphale ne saurait le faire disparaître.

De ce changement naît un caractère propre à l’encéphale des poissons , à celui des reptiles, des oiseaux et des mammifères, duquel sort la preuve évidente qu’il n’est pas une de ces classes dans laquelle le centre nerveux puisse être considéré comme représentant la phase transitoire de l’organisation particulière à une classe supérieure.

1 1 n’est donc pas possible , dùt-on grossir mille fois par la pensée l’encéphale d’un poisson, d’un reptile ou d’un oiseau, d’en faire quelque chose qui soit capable de représenter l’encéphale humain, tant, dans les unset les antres de ces êtres, l’organisation de l’appareil fondamental est modifiée par ces singulières insertions d’une portion organique qui n’a point, jusqu’à présent , attiré sur elle toute l’attention dont elle était digne.

48. Ainsi , tout en admettant l’analogie des appareils placés dans les divers centres nerveux, en reconnaissant que leur texture, que leur disposition générale, et surtout que le nombre des parties de

celui que je nomme fondamental , olfrent partout de grandes ressemblances, je crois qu’il est possible d’indiquer les limites de cette analogie, en prenant en considération l’insertion de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire , et en appréciant avec exactitude les conséquences qui en découlent, telles que les changements dans la situation et dans les rapports particuliers des trois masses grises destinées à recevoir successivement cette curieuse insertion dans les régions supérieures de l’appareil fondamental.

Malgré donc toute analogie, les centres nerveux des quatre classes d’animaux vertébrés sont séparés les uns des autres par une organisation distincte, de laquelle il résulte que l’encéphale de l’homme ou du mammifère ne saurait être regardé comme celui du reste des animaux, développé sur une plus grande échelle.

49. La prétendue similitude successive entre le centre nerveux de l’homme pendant la durée de la vie intra-utérine, et les centres nerveux des poissons, des reptiles, des oiseaux et des mammifères, ne peut être confirmée par les faits sur lesquels j’appelle l’attention des anatomistes ; elle ne l’est point non plus par les autres remarques qui découlent de mon observation, et que j’aurai l’occasion de signaler.

Les particularités qui ont été mises au jour par les auteurs de cette opinion sont trop fréquemment susceptibles d’être contestées pour être capables de détruire la manière de voir que j’adopte, sans penser le moins du monde à déprécier de hautes capacités dont je voudrais être le premier à reconnaître l’éclat et le mérite.

Si, à toutes les époques qui précèdent la naissance , le centre nerveux de l’homme représentait passagèrement les différentes organisations permanentes pendant toute la vie extra-utérine de chaque animal vertébré, il faudrait que l’on pût suivre, dans les embryons et les fœtus humains, les variétés de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire sur chacune des trois masses grises placées dans les régions supérieures de l’appareil fondamental ; qu’il fût possible en même temps de constater le déplacement en arrière et en bas de la seconde et de la troisième de ces parties ; or, personne n’a vu et ne pourra ja-

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

niais voir de pareils phénomènes dans les embryons humains ; des faits de cet ordre n’existent point, parce que l’homme, dans sa première formation , est fait homme comme le poisson est créé poisson.

J’espère avoir plus loin l’occasion de revoir quelques-unes des assertions présentées comme appui de ces théories douteuses : je les discuterai à l’occasion de l’examen des détails particuliers à chaque classe d’animaux, et il me semble que ces études analytiques seront, mieux encore que ce qui vient d’étre dit en général , de nature à faire regarder comme vaines toutes ces opinions que je combats. Loin d’étre le résultat d’observations précises recueillies sur la nature, elles ne sont que le fruit de spéculations ingénieuses.

50. Lorsque les faits particuliers dont je vais actuellement m’occuper auront tous passé sous les yeux du lecteur, il appréciera peutêtre mieux qu’il ne saurait encore le faire , le point de vue auquel je me suis placé pour étudier en général et en particulier les trois appareils des centres nerveux. Cette manière de procéder présente continuellement à l’examen les rapports mutuels des deux substances grise et blanche, et force d’apercevoir un assez grand nombre de faits anatomiques qui resteraient inconnus ou inappréciés s’ils n’étaient envisagés sous un jour nouveau.

De ce point de vue les parties blanches et les masses organiques de matière grise de l’appareil fondamental, mêlées aux stratifications des deux autres appareils , forment un ensemble dont les détails sont unis par une dépendance mutuelle, par un lien qui les enchaîne réciproquement. Tous ces appareils croissent et se perfectionnent continuellement en partant d’un état simple pour arriver à des formes plus étendues et plus compliquées.

Cependant l’un d’eux, entre tous, semble toujours dominer les autres. L’appareil fondamental est comme le module autour duquel chacun des deux derniers doit venir subir son accroissement ou son décroissement; et c’est toujours autour de lui que, depuis le poisson jusqu’à l’homme, on trouve les traces imparfaites ou les complications variées des autres appareils.

L’accroissement ou le perfectionnement de l’une de ces parties s’accompagne généralement du développement et du perfectionnement des autres.

Chacune d’elles, dans les limites de l’organisation imposées à chaque animal vertébré, paraît isolément subir l’influence de la force qui pousse l’ensemble du centre nerveux vers une perfection dont l’expression la plus haute se rencontre dans l’espèce humaine.

On voit avec un profond sentiment d’admiration ce perfectionnement simultané de chaque appareil dans tous les animaux ; on reconnaît que dans chacun d’eux il n’est pas une petite portion qui se transforme seule; et si tout,' à la fois, ne subit point toujours un égal changement, les modifications que l’on remarque n’en ont pas moins une grande importance.

51. Nous ignorons encore trop de choses au sujet des centres nerveux, pour que l’on puisse parler, avec quelque assurance, des fonctions générales de chacun de ces appareils ; aussi ne saurait-on faire autre chose , ce me semble, que chercher à deviner la nature au milieu des ténèbres qui la dérobent à notre vue.

Est-il possible d’apprécier, dans les portions de matière grise et dans les portions de matière blanche, des propriétés organiques opposées, et les considérations suivantes sont-elles capables de répandre quelque lumière sur des fonctions très-difficiles à reconnaître ?

Si l’on fait subir au centre nerveux une préparation dont l’usage est assez facile , et dont l’un des avantages est de ne rien détruire dans la matière ; si l’on fait une injection d’une liqueur gélatineuse colorée dans le système artériel, si on la pousse avec ménagement et lenteur jusqu’à ce qu’elle reflue par les veines jugulaires; on s’aperçoit en découvrant le centre nerveux, que l’observation de Ruysch mérite la plus grande attention; en effet, comme l’avance cet homme célèbre, l’immense majorité des ramifications artérielles se termine dans la matière grise.

Les différentes accumulations de cette matière grise placées aux différents endroits que j’ai désignés d’une manière générale dans cha-

DE L’OllGAMSATION DU CENTRE NERVEUX.

cuii des trois appareils , paraissent destinées à recevoir les extrémités des artères; les ramifications de ces vaisseaux répandus sur elles sont en quantité considérable et incommensurable, tandis que dans l’intérieur de la substance blanche on ne voit qu’un nombre de ces artères excessivement restreint, et, si l’on veut suivre ces conduits par une dissection attentive , on reconnaît qu’il est fort rare qu’ils n’aillent point, au travers de la substance blanche, se terminer dans un point quelconque de la matière grise.

52. Cette destination des artères aux masses de matière grise , est capable d’appuyer plusieurs opinions touchant les fonctions générales de certaines portions des centres nerveux.

Nous savons par mille expériences que, dans les parties du corps des animaux, les parties organiques actives, c’est-à-dire desquelles dépend la production première et principale d’un phénomène vital , sont essentiellement soumises à l’action du sang et parcourues par les dernières extrémités des ramifications artérielles.

Ce n’est donc pas trop de hardiesse que d’oser considérer les masses grises comme actives, c’est-à-dire comme produisant les phénomènes principaux du centre nerveux, par cela même qu’elles sont le terme d’une grande quantité d’artères.

S’il est intéressant de suivre, dans la série animale , l’augmentation incessante des actes du centre nerveux, il ne l’est pas moins de reconnaître, pas à pas pour ainsi dire, l’accroissement continuellement développé des rameaux artériels qui arrosent la matière grise de l’encéphale.

Que l’on soumette, par exemple, à l’observation les tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux, depuis le poisson jusqu’aux mammifères, ou seulement depuis le mammifère jusqu’à l’homme, après avoir coloré les vaisseaux artériels de ces parties ; on verra combien augmente progressivement le nombre des artères dans ces masses grises, de telle sorte que nulle part ailleurs que dans l’espèce humaine elles ne sont arrosées par un nombre aussi extraordinaire de vaisseaux.

11 en est de même dans toutes les autres masses de matière grise ; la circulation s’accroît réellement dans chiicune d’elles à mesure que l’on

examine des classes d’animaux plus élevées, et l’homme représente à l’observation, après sa mort, le nombre le plus considérable d’artères que l’on puisse observer dans les accumulations de matière grise de l’encéphale, de même qu’il montre pendant la vie l’exemple de l’activité la plus énergique et la plus étendue des fonctions nerveuses.

53. Mais, chose étrange, sur laquelle il faut un instant arrêter l’attention , la masse de matière grise , placée sur un appareil , n’augmente pas de volume par cela même que le nombre des vaisseaux artériels qui plongent dans son épaisseur se multiplie. Il semble même , dans certains cas , que plus la quantité d’artères se développe, plus la grosseur de l’organe de matière grise semble diminuer.

La substance grise corticale du bœuf, du mouton, du cheval, est plus épaisse que celle de l’homme ; les couches optiques du mouton , du cheval , de l’âne, du chien , sont, toutes proportions gardées , d’un volume plus grand que celui des mêmes organes dans notre espèce , et cependant l’injection des vaisseaux artériels démontre que le nombre des artères qui se répandent dans ces amas organiques de matière grise, est mille fois moins remarquable que dans l’encéphale humain.

Je pourrais ajouter à ces observations anatomiques d’autres remarques tirées de la science pathologique, les unes résultant des effets de la compression ou de la ligature des artères qui se rendent à l’encéphale, les autres tirées de l’examen des cerveaux d’adultes ou d’enfants idiots dont le système artériel a été injecté, d’autres encore déduites de l’étude anatomique des lésions qui produisent le délire; mais je craindrais de sortir des limites que je me suis imposées.

54. Si la propriété vitale la plus générale de la matière grise me paraît être l’activité, tant que les organes qu’elle constitue sont pénétrés par le système artériel , des propriétés d’une toute autre nature me semblent être , pendant la vie, l’apanage de la substance blanche.

Les stratifications qu’elle forme ne semblent point avoir d’action par elles-mêmes, leurs fonctions sont toujours consécutives à celles des organes de substance grise. J’appelle donc ces parties des organes

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

passifs , en ce sens qn’il ne font qne transmettre des actions on des impressions produites on perçues ailleurs.

La passivité des stratifications blanches peut être reconnue par plusieurs ordres de preuves, soit investigation anatomique, soit recherches physiologiques ou pathologiques.

L’examen anatomique prouve par l’injeetion des vaisseaux que la substance blanche ne reçoit point de vaisseaux artériels; or, partout dans le corps l’activité d’un organe est proportionnelle au nombre des artères qu’il reçoit.

Les expériences physiologiques enseignent avec précision que la matière blanche, seule, privée de ses rapports avec les masses de matière grise , ne produit aucun phénomène.

La substance corticale du cerveau a-t-elle été détruite, les stratifications de matière blanche, subordonnées à celle-ci, ne peuvent produire à elles seules des phénomènes appréciables : si par un artifice quelconque on détruit la couche optique, ou le corps strié, si on enlève un des tubercules quadrijumeaux; le mouvement des membres inférieurs, des membres supérieurs, la vue , se perdent, et les stratifications de substance blanche, support naturel des masses grises détruites, n'ont plus en elles-mêmes rien qui remplace l’activité de ce qui a disparu.

Que de fois les observations pathologiques n’ont-elles pas dù révéler ce phénomène de passivité des stratifications blanches ! Quel est le médecin qui n’a vu des paralysies ou des abolitions de l’intelligence suivre la destruction partielle ou générale d’une des masses grises, profondes ou superficielles, de l’encéphale, et qui n’a pu être dans le cas de constater l’intégrité parfaite des parties blanches, incapables alors de rien produire spontanément ?

55. Les différentes parties des appareils que je décrirai dans les quatre classes d’animaux vertébrés, sont donc pour moi douées de propriétés opposées.

.le n’avance cependant cette opinion qu’avec réserve; la science ne pourrait accepter cette manière de voir , assez éloignée de celles qui

ont été émises, soit avant, soit depuis sa production ’ , que si de nouvaux travaux étaient entrepris pour l’élucider et la rendre évidente.

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