STATIQUE SOCIALE
CtmditfoniroDilaiiientalef de l'existence sociale: propriété, famille, langage, croyances coiniimnes, coopéralion el gouvernemenl, — Des différenls * degrés de l'associalion humaine.
Le véritable objet de la statique sociale est proprement la théorie de Tordre normal, définitif, des sociétés humaines. Mais cette théorie est trop profonde, trop compliquée, et surtout trop peu en rapport avec l'état actuel de tous les esprits pour devoir trouver place ici, même en aperçu. M. Comte Ta donnée dans le deuxième volume de la Politique positive. Dans les rapides indications qui vont suivre, je me bornerai aux considérations qui sont indispensables à l'intelligence du développement humain , dont l'étude fera ensuite ressortir avec la plus irrésistible évidence les lois propres de la solidarité. 11 y a dès lors seulement à reconnaître les conditions fondamentales de l'existence sociale, celles qui sont communes à tous les temps, à tous les lieux; puis le caractère propre et la nécessité des différents modes et degrés que comporte Tassociation humaine. De là trois ordres principaux de considérations, relatives d'abord h l'individu, ensuite à la famille et enfin à la société proprement dite.
En ce qui concerne Pindividu, la théorie de Gall a irrévocablement détruit l'étrange doctrine qui faisait uniquement dériver l'état social de l'utilité que Thomme en retire pour la satisfaction de ses besoins personnels. Cette utilité n'a pu réellement se manifester qu'après un long développement de la société dont on lui attribuait ainsi la création. Dans la première enfance de l'Humanité, il est très-douteux que l'association apporte de véritables avantages matériels.
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si même on m peut dire qu*elle augmente bien plus les
eliarges que les ressources , comme on le ¥of t encore dans les derniers ranp de la société. La sociabilité de Tespèce humaine, efisentiellement spontanée, indépendante de tout calcul
personnel, profient évidemment d'un penchant instinctif à la fie commune. Tous les caractères que présentent cou* ■lammenl les sociétés humaines et que leur développement, quel quil soit, ne saurai! Jamais altérer, résultent des plus importants attributs de notre nature que nous devons actuellement reconnatire.
Le premier est l'énergique prépondérance des facultés affiBOtifessur les facultés Intellectuelles. Sans doute c'est surtout Factivité persévérante de celles-ci qui amène les modlications successives de feiistence humaine et produit révolution sociale. Mais, ces facultés étant les moins énergiques, leur activité, pour peu qu'elle se prolonge, détermine généralement une véritable fatigue, bientôt insupportable; et les hommes sont ainsi, par leur nature même, à de très-rares exceptions près, essentiellement voués à faction. En second lieu, les instincts les moins élevés, les plus spécialement égoïstes , ont, dans notre organisation, une irrécusable prépondérance sur les plus nobles penchants directement relatifs à la sociabilité. Nos diverses affections altruistes sont très-Inférieures, en persévérance et en énergie, à nos affections purement personnelles ; mais elles sont essentiellement la source du bonheur commun, et ce sont elles qui, après afoir coniuit spontanément à Tétat social, le maintiennent essentiellement, malgré les divergences que tendent à produire les plus puissants instincts individuels. En rapprochant ce second caractère du premier, on doit concevoir rinstinet sympathique et ractivité intellectuelle comme destinés surtout à suppléer mutuellement à Tinsuffisance sociale de fun et de Fautre. En ce qui concerne Findividu, la première deitittition de la morale est alors d'augmenter au-
SCIENCE SOCÏiîE OU SOCIOLOGIE.
tant que possible leur influence, dont l'accroissement continu se trouve être le plus important résultat du développement
social
Notre activité productive, déterminée par nos divers besoins, n'a d'abord en vue que des satisfactions personnelles; et elle tend alors à développer Fégoïsme qui Fa suscitée. Mais quand la division du travail et, par suite, la coopération s'introduisent dans Fexistence pratique, celle-ci perd son caractèreexclusivementindividueletsa réaction égoïste. Telle est alors la conséquence de Finstitution des capitaux et, généralement, des accumulations quelconques, institution qui est la base nécessaire de la séparation des travaux. Pour que chacun puisse se borner à produire un seul des divers matériaux indispensables à Fexistence , il faut que tous ceux qui lui sont nécessaires se trouvent préalablement accumulés ailleurs, de manière à permettre, par don ou par échange, la satisfaction simultanée des différents besoins. L'activité de chacun prend alors nécessairement une destination sociale, puisque les résultats qu'elle produit, ou concourt à produire, sont directement destinés à d'autres. Sans doute, le plus souvent, même actuellement, le travailleur n'a pas le sentiment de sa vraie dignité, et il ne regarde guère son office que comme une source de profits personnels. Mais puisque tout le monde travaille effectivement pour autrui, cette vérité finira par être généralement sentie ; et, ainsi envisagée, Factivité journalière deviendra éminemment propre à exercer une profonde réaction sympathique, surtout quand l'existence naturelle et le développement possible des inclinations bienveillantes seront généralement reconnus.
L'amour énergique pousse à satisfaire les besoins d'autrui; et, en réalité, ce sont les affections domestiques qui ont d'abord déterminé à produire au delà des besoins individuels. Aussi l'intime association qui constitue la famille est-elle la base et le point de départ de toutes les autres. Un système
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Iliiel€oni|ii0 émmt être nécessairoment formé d'éléments qui loi Mient lioiiiiigèQes, li société n^est pas plus composée d'iodividas 011 i'iiommes, de femmes et d'enfants, qu'une siirfaoe de igies, et une ligne de points. La véritable unité socliie eenalite dans la seule famille; et, envisagée au point de ¥ue politique, elle présente en effet le véritable germe des dispositions essentielles qui caractérisent Torganisme soeiai En ne la considérant ici que sous Taspect scientifique le plus IléBifiDlalre, c'est-à-dire en ce qu'elle offre de néces^ salrement commun à tous les cas sociaux, la théorie sociologique en peut Ôtfe essentiellement réduite à Feiamen de la iuliordlnalion des sexes et des âges, dont l'une institue la famille, tandis que l*autre la maintient.
Par une admirable propriété de l'état de mariage, même très-imparfait, rinstinct le plus énergique de notre animalité, à la fois satisfait et contenu, s'y trouve dirigé de manière à devenir la source de la plus douce harmonie, au lieu de troubler le monde par ses impulsions désordonnées. Sans doute, à Finstitution du mariage comme à toutes les autres , le cours de l'évolution humaine apprte nécessairement des modifications graduelles; le mariage moderne, tel que le catholicisme l'a finalement constitué, est très-différent du mariage romain, de même que celui-ci Fêtait du m.ariage grec; et tous deux différaient encore plus que l'un de l'autre, du mariage égyptien ou orieital. Il est évident que ces améliorations successives se continueront indéfiniment. Mais, quels que puissent être les changements à venir, dont l'analyse historique indique d'ailleurs sûrement le sens général, ils resteront, de toute nécessité, conformes à l'esprit fondamental de l'institution, qui consiste dans la subordination de la femme envers l'homme. Démontrant les différences à la fois physiques et morales qui existent entre les deux seies , la théorie positive de la nature humaine peut maintenant faire scientifiquement Justice des déclamations sur leur prétendue égalité. Si