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elle eût été vraie , jamais l'existence sociale n'aurait été possible, et la différence des fonctions que chacun d'eux y doit exclusivement remplir est la condition même de leur bonheur réel , attaché, pour l'un comme pour Fautre, à un sage développement de sa propre nature.
Malgré la prépondérance des facultés affectives sur les fa^ cultes intellectuelles , un certain degré d'activité spéculative constitue le principal attribut de l'Humanité. Or, à cet égard, on ne peut sérieusement contester l'infériorité relative de la femme. La moindre force de son intelligence, sa plus vive susceptibilité morale et physique, si inconciliable avec toute abstraction et toute contention scientifiques, la rendent bien autrement impropre encore que l'homme à la continuité et à l'intensité du travail intellectuel Et de là résulte l'inaptitude du sexe féminin à toutes fonctions de gouvernement : la nature du travail exigeant alors, en même temps qu'une impartiale indépendance de l'esprit envers les passions, une infatigable attention à un ensemble de relations compliquées dont aucune partie ne doit être négligée.
Mais, d'autre part, nous avons reconnu la prépondérance, dans la nature humaine , des instincts personnels sur les instincts sympathiques ou sociaux. Orilestincontestablequeles femmes, quoiqu'elles participent, h cet égard comme à l'autre, au type commun de FHumani té, surpassent, en général, encore plus les hommes en tendresse et en sociabilité qu'elles ne leur sont inférieures en intelligence et en raison. Aussi leur fonction propre et essentielle dans la famille, et, par suite, dans la société, est-elle de modifier sans cesse, par une excitation continue de l'instinct social, la direction générale qui doit toujours émaner de la froide raison de l'homme. Des deu> attributs généraux qui séparent riTumanité de Fanimalité, k plus caractéristique, la force intellectuelle , entraîne donc la prépondérance du sexe masculin : et Fautre, l'aptitude au
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nOIllft'MB PARTIE.
déYOïement, plus pronoocée chei la femme, détermine la fonc.
'tlon U'OdéniMce qui seule lui coiiYleiit.
lASUliordfoatlonfles enfants envers ieurdpvents, qui, géné^ rallsée ensuite dans la société, y produit celle des &ges, est lo second élément fondamental de la famille humaina Aucun autre cas social ne peut être aussi favorable, de la part de Finférieur à la plus respectueuse obéissance Imposée d'abord par la nécessité, ensuite par la .reconnaissance, et de la part du supérieur à la plus gmode autorité unie au plus véritable dévouement. Aussi la vie de famille demeurera toujours l'école éternelle de la vie sociale soit pour Tobéissance soit pour le commandement, obéissance et commandement qui, en tout autre cas, doivent toujours tendre à se rapprocher autant que possible d'un tel modèle. En outre, la subordination domestique est très-propre à faire naître la première notion de la perpétuité sociale en rattacbant directement l'avenir au passé. Passant des pères aux ancêtres, puis se généralisant autant que possible, ce sentiment conduit finalement à ce respect universel pour nos prédécesseurs qui doit être rqpinlé comme indispensable à toute économie sociale. Enin les relations fraternelles, complément ordinaire de la famille, disposent spécialement à sentir la solidarité; et elles lient chaque famille à d'autres quand l'inceste primitif est suffisamment réprimé. La fraternité devient ainsi le type habituel du plus vaste sentiment social.
La transition de la famile à la société suppose et développe l'Institution du langage. Destiné d'abord, presque eiclusivement, à communiquer nos émotions, il surgit dans la famille, mais sans y exiger de signes artificiels. La mimique ■nffit à l'expression des sentiments mutuels entre des êtres qui sympathisent assez pour se comprendre aisément. D'un autre cêté, leurs pensées pratiques et même théoriques se transmettent plutôt par la simple imitation que par un véritable eoselgneiiient : feiemple y dispensaut du discourj.
Mais, les rapports s'étendant et se compliquant, le langage se développe; et les signes artificiels prévalent de plus en plus. Le discours acquiert alors de nouveaux termes, à mesure que Ig pensée scientifique ou technique fait mieux connaître l'ordre universel , et que la nécessité de s'entendre pour le modifier conduit à multiplier et à étendre les relations.
Ce qui en eiïet constitue le caractère propre des opérations humaines, c'est la conciliation de la division des travaux et du concours des efforts, en un mot la coopération. Dans la famille, la séparation du travail ne saurait être jamais trèsprononcée, soit à raison du trop petit nombre des individus, soit parce qu'elle serait contraire à l'esprit d'une telle association. L'éducation domestique, essentiellement fondée sur l'imitation, doit naturellement disposer les enfants à poursuivre les opérations paternelles; et toute séparation trèsmarquée dans les occupations habituelles des différents membres de la famille altérerait nécessairement l'unité domestique. L'ensemble des relations de famille ne constitue pas une association proprement dite, mais une véritable union. L'économie sociale présente au contraire un caractère inverse : le sentiment de coopération, jusqu'alors accessoire, devient à son tour prépondérant ; et le lien principal, que l'in- Btinct sympathique ne peut plus suffire à former, résulte, dans ce cas, de la participation directe et simultanée à une opération commune.
La coopération de toutes les familles humaines appliquées à des travaux spéciaux et séparés montre alors les individus, les classes et même les différents peuples, comme concourant à une même œuvre dont l'accomplissement graduel lie chaque génération à l'ensemble de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Le sentiment de cette coopération est éminemment propre à développer l'instinct social, en faisant reconnaître à chaque famille son étroite dépendance envers toutes les autres, et en môme temps sa propre Importance, qui résulte
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naturellement de m (iu'elle remplil une féritabla fonction
publicine, indispensable à Téconomie générale. Ainsi envisagée. Forganisation sociale tend de plus en plus à reposer sur une exacte appréciation des difereités individuelles, en répartissant les travaux humains de manière à appliquer chacun à la destination qu'il mt le mieux en état de remplir, d'après sa nature propre, son éducalion effective, sa position actuelle, en un mol d'après l'ensemble de ses priocipaux caractère».
Mais la division du travail, si nécessaire et si féconde, n'est pas sans entraîner de graves Inconvénients. Si en effet la séparation des fonctions sociales permet à l'esprit de détail
un développement autrement Impossible, elle tend aussi à
étouffer l'esprit d'ensemble, ou du moins à l'entraver profondément. Et au point de vue moral , en même temps que chacun est ainsi placé sous une étroite dépendance des
autres, il est naturellement exposé à se laisser absorber par son activité spéciale le rappelant constamment à son intérêt
privé, dont, le plus souvent, il n'aperçoit que très- vaguement la vraie relation avec l'intérêt public. Les inconvénients de
la spécialisation augmentent d'ailleurs, comme ses avantages, mais sans que ce soit en môme rapport, avec le développement de la civilisation. La spécialité croissante des idées habituelles et des relations journalières tend de plus en plus à rétrécir l'Intelligence, quoique en l'aiguisant sans cesse dans un sens unique, et à Isoler davantage l'intérêt particulier d'un intérêt commun devenu de plus en plus vague et indirect En même temps, les afl'ec tiens sociales se concentrent graduellement entre les individus de même profession ou de même classe, et l'opposition entre les éléments de la société se prononce de |,)lus eu plus par suite de de la différence d'intérêts, de mœurs et de pensées. C'est ainsi quelle même principe qui a seul permis le développemmi et reite'mloe des aasociations humaines, agit ensuite
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pour les décomposer en une multitude de corporations incohérentes qui semblent presque ne point appartenir à la
même espèce.
De là résultent la nécessité et la destination sociale du gouvernement, qui consiste surtout à contenir suffisamment et à prévenir autant que possible cette fatale oppositiondes idées, des sentiments et des intérêts. Le seul moyen de remédier aux inconvénients et aux dangers de la division du travail, c'ert d'ériger la réaction de l'ensemble sur les parties en une nouvelle fonction spéciale, consistant à rappeler, dans l'accomplissement de toutes les fonctions particulières^ la pensée de cet ensemble et le sentiment de la solidarité. Toute société, toute coopération n'est évidemment possible qu'à la condition de reposer sur un certain système d'opinions communes à tous les membres de l'association; et, d'après la définition mémo de l'action du gouvernement, il est clair qu'elle ne peut être simplement matérielle, mais aussi et surtout intellectuelle et morale. En effet, elle doit avoir essentiellement pour résultat de faire comprendre à tous les conditions et les nécessités du bien commun, et d'amener tous, ou au moins le plus grand nombre, à les respecter et à s'y soumettre volontairement. Or, des chefs dont l'autorité repose directement sur la force, et qui doivent être spécialement préoccupés de la direction de l'activité pratique, ne sont pas en position d'exercer sur leurs subordonnés l'action, ou plutôt le genre d'influence, indispensable à un tel résultat. Et par eux-mêmes ils ne peuvent d'ailleurs connaître la nature et les conditions de ce bien commun ; car leurs fonctions sont incompatibles avec la culture intellectuelle et les dispositions morales qui peuvent seules permettre de les apercevoir nettement et complètement. Enfin, tout pouvoir tendant à l'abus, il est nécessaire que leur mission et leurs devoirs puissent être constamment rappelés à tous ceux qui exercent dans la société une autorité quelconque. De là ré-
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suite ûêm (ainsi qu'il ft été longuement exposé dans k première partie de ce llfre) la double nécessité des gouvernements temporel et spirituel, dont la séparation systématique, essayée au moyen âge, incomprise actuellement, constitue la plus haute amélioration qui ait jamais, jusqu'ici , été réalisée dans Forgtnisation sociale. Enfin la nécessité de la fonctlon régulatrice des pouvoirs sociaux, bien loin de diminuer, à mesure que révolution humaine s'accomplit, doit croître, m contraire, puisque son principe essentiel est inséparable de celui môme du développement social.
L'organisation rationnelle du pouvoir, non encore réalisée, est donc le privilège réservé à Favenir. Mais le gouvernement est tellement nécessaire à rexistence môme de toute société, qu'il surgit aussitôt qu'elle-môme s'établit, et en se conformant, quelque Imparfait qu'il puisse être d'ailleurs, au principe le plus général de la subordination des fonctions.
A mesure que le travail se divise, les diverses sortes d'opérations particulières se placent naturellement sous la direction continue de celle d'un degré de généralité immédiatement supérieur, ainsi que la hiérarchie militaire en offre l'admirable modèle. Les diverses fooctions spéciales, étant sobordonnées à celles d'une généralité ascendante , ne tardent pas à se soumettre toutes à la fonction qui, ayant spécialement pour but la satisfaction continue des intérêts généraux , représente Faction constamment nécessaire de l'ensemble sur les parties. D'autre part, la répartition croissante des travaux humains, qui favorise l'essor des inégalités Intellectuelles et morales, seconde puissamment le développement naturel des chefs, organes Indispensables de cette action régulatrice. Il est clair, en effet, que cet essor doit rester presque entièrement comprimé tant que l'activité principale de l'homme estateorbée par la satisfaction des plus Impérieux besoins. Mais quand des accumulations suffisantes ont permis Fexistence d'un certain nombre de familles, indé-
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pendamment de l'activité directement productrice de leurs chefs, les forces intellectuelles et morales peuvent surgir et se développer. Elles tendent alors à établir entre les hommes une profonde inégalité, surtout parce qu'elles ne se prêtent pointàune véritable composition, ainsi que le font les simples forces physiques. Quelque fort ou riche que soit un individu, un concours suffisant des plus faibles individualités pourra toujours produire une force ou une richesse supérieures. Mais au contraire, si Fentreprise dépend surtout d'une haute valeur intellectuelle et morale , et qu'il s'agisse de grandes conceptions scientifiques, poétiques ou politiques, il n'y aura pas de réunion d'esprits ordinaires qui puisse équivaloir à un Descartes, un Corneille ou un Richelieu.
Cette nécessité d'un gouvernement imposée à toute société est en harmonie avec un système correspondant de penchants de notre nature individuelle, les uns au commandement, les autres à Fobéissance. Sans que la disposition à commander indique par elle-même aucune aptitude au gouvernement, elle est néanmoins indispensable aux efforts qu'exige Fexercice du pouvoir: A un tel penchant doit correspondre, et correspond effectivement, dans la plupart des hommes , une disposition inverse à Fobéissance. Il est évident que nous sommes tous plus ou moins enclins à respecter une supériorité quelconque, surtout intellectuelle et morale, même indépendamment du désir tout personnel de la voir s'exercer à notre avantage. Ainsi donc les dispositions individuelles se montrent essentiellement en harmonie avec les nécessités
sociales.
Nous avons reconnu (voyez toute la première partie) que le gouvernement devait être temporel et spirituel. Le premier, que fait surgir Factivité pratique, est essentiellement destiné àla diriger, et, par suite, doit rester renfermé dans les limites au delà desquelles la coopération n'est plus suffisamment sentie. Le gouvernement spirituel, ou Faction du
TROISTÈMB PAITIE.
pfiBfOir spirituel, qui repose sur la coniinuoauté de croy^nciîs, est au contraire susceptible d'une extension indéfinie. Il doit donc normalement aboutir à superposer, | la société poli-
tique, une société plus générale et plus noble, la société rdigleuse, qui peut seule relier, sans oppression, sans contrainte , les cités et les nations.
En résumé, nous trouvons ainsi trois degrés dans Tassocia-
tlon liumaine. Le premier comprend Ta^sociation la plus intime, mais la plus restreinte, la société domestique, qui est fondée sur la sympathie et dirigée par l'amour. Elle fournit réiémeot naturel de la société politique, ayant pour principe
Factivité collective, et pour règle propre la prépondérance matérielle que cette activité fait prévaloir, La cité ou l'état devient à sontourrélément normal de la société religieuse, la
plus étendue de toutes et la seule qui puisse et doive devenir universelle. Celle-ci repose sur la communauté de croyances et est réglée par la foi. Ainsi féglîse réunit librement les cités et les nations, comme les cités et les nations réunissent les familles, d'abord groupées en classes d'après leurs offices so-
CIcIUa»
Ayant reconnu, par cette rapide analyse, les conditions nécessaires de rexistence sociale, et le caractère ainsi que la nécessité des différents degrés de Fassociation humaine, nous verrons, dans le chapitre suivant, que les progrès intellectuels, pratiques et moraux ont toujours tendu à amener une meilleure satisfaction des exigences propres à chacun d'eux.