‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 29 sur 59 · S2 TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

S2 TROISIÈME PARTIE

Conine le culte coirespoEdaot , Tart primitif concerne snrtOEt le monde matériel. Hétniiiolia la poésie fétiebique s'est étcndee à Fidéallsation des principaux sentiments domestiqnes, et elle n'est restée Inférieure qne dans la représentation de la fie publiqae. Le fétichisme fut aussi très-favorable mx arts spéciaux dont le plus expressif et le plus naturel est la mimique. La danse, graduelleraent dégénérée, def iils que le langage phonique a irrévocablement prévalu , et ne méritant plus actuellement le nom d'art, était alors singulièrement expressive. C'est également au fétichisme qu'appartient l'ébauche de la sculptore et de la peinture, surtout de la première : la prépondérance de la vie sédentaire étant indispensable à la peinture, son essor eut buttout lieu pendant la phase astrolâtrique. Enfin la profonde influence de la musique sur les fétichistes actuels indique Mseï leurs, dispositions pour cet art

Nous avons vu que la philosophie théologique avait dû être très favorable à l'activité de l'homme primitif, qui , tant que rinvariabillté des lois naturelles n'est pas reconnue, doit croire illimitée sa puissance sur le monde extérieur. Sans doute les effets n'en sont réalisables que par l'intervenlloE des agents divins; mais le sentiment continu de leur protection est essentiellement propre à soutenir l'énergie active de l'homme contre des obstacles qu'il ne pourrait autrement essayer do surmonter. Les illusions sur la faculté «f stérleuse de connaître Imméilatement les événements les plus lointains et les plus cachés, sur le pouvoir de modifier le cours des astres, d'apaiser on d'exciter las tempêtes, etc., sont aussi nécessaires à l'essor de notre activité, qu'à celui de notre Intelllgen^ce.

Toitefois, l'adoration directe, sous le régime fétiebique, de la plupart des corps extérieurs, semble devoir interdire à Fhomme toute importante modification du monde environmut Mais le caractère concret et spécial du culte corres-

pondant, autorise alors naturellement les inconséquences que subit totjours une doctrine contraire à quelque tendance essentielle de l'Humanité. Les vastes destructions d'animaux accomplies par les peuplades de chasseurs, et les ravages analogues que les populations pastorales exercèrent ensuite sur les végétaux, étaient alors nécessaires; et elles purent se concilier avec la consécration fétiebique, concernant ordinairement des êtres individuels et ne s'étendant presque jamais à leurs espèces, qu'il reste alors permis de détruire ou de modifier. Si quelques races obtiennent une adoration collective par suite d'une utilité sociale le plus souvent destructive, cette exception est due à 1 influence sacerdotale, qui ne se développe que tardivement.

Sous le régime fétiebique, la restriction de chaque religion pousse directement les diverses peuplades à des hostilités presque continues, à la fois privées et publiques. La grande diversité de croyances ne permet point alors l'incorporation des populations soumises, et ne consacre même que difficilement Tesclavage individuel. Le fétichisme ne devient propre à l'essor des conquêtes qu'en passant à Fastrolâtrie : il touche alors au polythéisme. Mais il facilita spécialement les premières conquêtes industrielles dont les plus importantes consistèrent dans la domestication, nécessaire à l'essor de l'agriculture, de certaines espèces végétales, mais surtout animales. Ce grand résultat, généralement attribué à l'heureux concours de la ruse et de la force, fut surtout dû aux dispositions bienveillantes que le fétichisme fit prévaloir envers les animaux, et ne put s'accomplir sans être accompagné, et même précédé, de connaissances réelles sur les races apprivoisées. En outre, le fétichisme ébaucha certainement les arts qui concernent nos besoins les plus directs, nourriture, vêtement et même logement; le peu d'essor des professions correspondantes venant surtout de l'insuffisante extension de l'association humaine. L'usage des vêtements doit

être aloni apprécié comme une institution morale et sociale bien plutôt que comme une simple confenance physique.

Les dangera propres au libre essor de Tinstinct sexuel , étant bientôt appréciés par les Tleillards qu'ils ne dominent pins et par les laïuiies qui sont toujours exposées à en devenir les Tlctiroes, tendirent spontanément à développer une institution qui le modémit Enfin nous sommes encore certainement redefables au fétichisme de rinstitutiou du culte du feu. Le dogme primitif de la divinisation de la matière étendit alors sa consécration universelle à un état purement artificiel dont la conservation eiipait une telle adoration r%lée ensuite par le sacerdoce.

Envisagé au point de vue moral et social, le fétichisme est très-favorable, d*après les dispositions qu'il inspire envers les ôtres même inertes, à Fessor des instincts sympathiques. âoati lui doitron la constitution delà famille humaine, dont tous les éléments se développent alors spontanément quand le milieu n'est pas trop défavorable. La polygamie, qui dans ce cas ne tarde pas à s'établir, constitue certes un immense progrès comparativement à l'état purement animal qui l'avait précédée. La réclusion de la femme, qu'exige un tel mariage, en la détournant de l'existence pratique , lui permet de développer son Iniuence morale même sur l'époux, mais surtout sur les fils dont l'éducation lui est spontanément confiée. Enfin la polygamie primitive tend à modérer les luttes des peuplades en multipliant les alliances des familles, en même temps qu'elle se prête à une juste transformation des esclaves en épouses, fondée sur la reconnaissance ou l'admiration. La première ébauche du pouvoir spirituel surgit dans l'autorité que la vénération, inspirée par l'âge, fait accorder aux vieillards, dès que l'extrôme misère, si commune aux familles primitives, n'impose plus leur abandon. Cette infiuence devient plnaaoptttQ aprèi la mort, et produit alors le culte des ancêtres, qnf résulte directement du principe f<HlchIque, où.

la vie étant supposée universelle, la mort se présente comme prolongeant l'existence sous un mode différent. Dans cette première constitution domestique surgit aussi l'adoption : cette institution est d'ailleurs connexe avec celle de la polygamie, les mœurs y disposant alors, soit les possesseurs de plusieurs femmes, soit ceux qui n'en ont aucune. Enfin l'origine de l'esclavage remonte certainement jusqu'au fétichisme. Il devient, comme la polygamie et l'adoption, une compensation des ravages militaires, et s'établit dès que la situation matérielle est assez améliorée pour que le vainqueur puisse utiliser le travail du vaincu.

Le fétichisme ébaucha la cité aussi bien que la famille ; mais 11 s'opposa à l'extension de l'association humaine : d'abord par la multiplicité des croyances, puis en contrariant Pavénement de l'autorité spirituelle. Toutefois c'est à lui que l'Humanité doit l'établissement de la vie sédentaire, la première et la plus importante des révolutions sociales, celle qui fut au fond la plus décisive, en fournissant la base de toutes les autres. L'aptitude de la religion primitive à cet égard , résulte directement de l'adoration matérielle qui en caractérise le culte, car l'attachement au sol natal devait être puissamment stimulé par les hommages adressés à des êtres qui s'y trouvaient fixés. Sans ces naïves inclinations, les énergiques penchants qui poussent l'homme au vagabondage n'auraient jamais permis une existence sédentaire dont les principaux avantages ne deviennent appréciables qu'après sa réalisation. La touchante douleur, si souvent exprimée dans les guerres antiques, du vaincu obligé de quitter ses dieux tutélaires, ne portait pas principalement sur des êtres abstraits et généraux, tels que Jupiter, Minerve, qu'il eût pu retrouver partout; elle concernait bien davantage ce qu'on nommait si justement les dieux domestiques, et surtout ceux du foyer, c'est-à-dire de purs fétiches. Ainsi , même pour les nations déjà pan'enues au polythéisme avant de passer ù l'état agri-

TlOIfllMI PARTIE.

8CIENCI SOCIALE «>U SOCIOLOGIE.

cole, riiitieiice religieuse, indispensable à cette transition, doit être attribuée en majeure partie aux restes très-pro- Qoneés de féticbkme, qui ont dû fort longtemps subsister dans le poljrtliéisme.

Ij0 pissige de l'état nomade à la vie sédentaire, s'est d'ailleurs opéré par une lente gradation , à laquelle se rattache rinstitotiOE de la propriété territoriale. Antérieurement à f appropriation personnelle, le sol subit longtemps une appropriation collectife. Les moindres peuplades de chasseurs posaèdent nécessairement le Yaste territoire indispensable à leur existence, et y bornent habituellement leur vagabondage. Cette appropriation coUectife est ordinairement liée à Textensiou effeetife du culte et du langage correspondants. Elle constitue efsentlellement un vaste domaine domestique, puisque chaque peuplade se regarde habituellement comme provenue C'une môme famille : mais à mesure que la culture prévaut nir la chasse et le pâturage, on sent bientôt l'importance de l'appropriation domestique et partielle du sol. L'institution de la propriété territoriale et de la vie sédentaire , coïncide d'ailleurs nécessairement avec la transformation du féti* ehlime en polythéisme, préparée par la phase astrolâtrlque.

Telles furent, au triple point de vue de Fintelligence, de l'activité et de la soelabillté , les propriétés du régime fétichique et les résultats auxquels elles conduisirent. N'ayant à considérer ici aucun développement historique proprement dit, cet examen a pu être Institué en rapprochant les propriétés et les résultats correspondants de manière à mettre le mieux possible en évidence comment les unes produisirent les autres. Il nous reste maintenant à montrer que les progrès accomplis sous le fétichisme, durent nécessairement aboutir au polythéisme.

La dissolution naturelle des croyances fétichiques résulta de la général isatf on insensiblement croissante des observations humaines qui amenait celle des conceptions théologi-

ques, et qui déterminait ainsi la transformation du fétichisme en polythéisme. En effet, les dieux proprement dits ne diffèrent essentiellement des purs fétiches que par un caractère plus général et plus abstrait, et par une résidence indéterminée. Chacun administre un ordre spécial de phénomènes, mais à la fols dans un grand nombre de corps , en sorte que les dieux ont tous un département plus ou moins étendu; tandis que le fétiche ne gouverne jamais qu'un objet unique, dont il est inséparable. Ainsi, à mesure qu*a été reconnue en différentes substances la similitude de certains phénomènes, les fétiches correspondants ont été rapprochés et réduits à un seul, qui dès lors s'est élevé au rang de dieu, c'est-à-dire d'agent idéal et habituellement invisible, dont la résidence n'est plus rigoureusement fixée. Lorsque, par exemple, la végétation reconnue semblable des différents arbres d'une forêt a conduit à représenter dans les conceptions théologiques cette similitude, l'être correspondant n'a plus été le fétiche propre d'aucun arbre, il est devenu le dieu de la forêt. Et en général, à mesure qu'une propriété commune à plusieurs corps a été abstraitement saisie par l'intelligence, elle a été attribuée à la volonté surnaturelle d'un être purement idéal, mais toujours conçu d'après quelque type réel. Ainsi la mort, par exemple, a été un être distinct, caractérisé par une image générale et dont l'empire arbitraire expliquait les effets particuliers. Les impulsions pratiques ont toigours tendu à développer la contemplation abstraite, les lois générales qui peuvent seules diriger notre activité concernant toujours les propriétés et non les substances.

C'est donc ainsi que la nature purement théologique de la philosophie prhnitive a été maintenue, puisque les phénomènes ont continué à être régis par des volontés et non par des lois; et toutefois modifiée profondément, puisque le corps lui-même n'est plus regardé comme vivant, maiscomme inerte, et qu'il reçoit toute son activité d'un être fictif extérieur.

B38 TROîSliîllIE PAITIE.

Mail, coBCuritiniiieût avec rinflueace générale de robservatien abstraite, rastrolâtrle a spécialement déterminé l'avènement du polythéisme. En effet, quand les astres eurent commencé à fixer rattention, d'abord concentrée sur des corps plus familiers, leur position isolée et inaccessible a dû bientôt losplrer un caractère particulier à la partie correspondante du fétichisme universel. La différence entre la notion du fétîclie et celle du dieu devait être évidemment beaucoup moindre à regard d'un astre qu'en tout autre cas : chaque fétiche artronomique, en vertu de sa puissance et de son éloignement, ne pouvait différer du dieu correspondant, que par des nuances presque insensibles. M a donc suffi, pour effacer le caractère Individuel et concret d*une telle divinité, de ne plus FaiiiiJetttr à une attribution ni à une résidence exclusive, et, Fastre n'étant plus regardé que comme son séjour habituel, de lier, par quelque analogie réelle ou apparente, sa conception à celle de fonctions plus ou moins générales. Or, feilstence Inaccessible des .astres, la régularité de leurs mouvements et même funiversallté de leur spectacle constituaient autant de motifs d'y rattacher tous les phénomènes terrestres qui ne s'adaptent pas facilement aux personnifications polythéiques. Ainsi se forma graduellement la première tstrologle, née de Fastrolâtrle , en exagérant la subordination réelle de la terre envers le ciel. Et le sacerdoce, qui résilti de Fastrolâtrle, dot toujours tendre à accroître son domaine théorique et son autorité pratique, en restreignant les explications fétichiques et augmentant les attributions et le pouvoir reconnus aux astras.

La transition du fétichisme au polythéisme fut aussi Foriglne de la philosophie métaphysique, comme nuance distincte de la philosophie théologique. En effet, la transformation des fétiches en dieux a dû faire considérer dans chaque corps une propriété abstraite le rendant susceptible de recefoir l'Impulsion de Fasîftnt surnaturel correspondant, dont

la résidence indéterminée ne permettait plus de concevoir Faction comme immédiate. Et, outre cette suite naturelle de la conversion du fétiche en dieu, il devait même y avoir préalablement une véritable opération métaphysique, puisque, chaque dieu remplaçant un certain nombre de fétiches individuels, et représentant ce qu'ils avaient de commun sans que cette origine abstraite lui ôtât une vie véritable et trèsprononcée, il est clair qu'on reconnaissait ainsi l'existence d'abstractions personnifiées. En un sujet quelconque, l'état métaphysique est toujours caractérisé parla confusion entre le point de vue abstrait et le point de vue concret, et il modifie sans cesse les conceptions purement théologiques en rendant abstrait, quand les créations divines sont accomplies, ce qui était alors concret, et en préparant ainsi la conception d'êtres plus généraux qui n'ont d'abord qu'une existence abstraite. Tel est le principe général de toutes les transformations du théologisme ; et la première, c'est-à-dire la transition du fétichisme en polythéisme, est en réalité la plus difficile comme aussi la plus importante, étant directement liée aux deux plus grandes modifications qu'ait jamais, jusqu'ici, comportées le régime de l'Humanité : i'avénement à peu près simultané de l'existence sédentaire et d'un sacerdoce distinct.

TROtSllHE PARTII.

Ski

iruArllIlE !• POLYTHÊISMI.

§ t. '— ' Du polfiMItae m général. — - Lt règfniie eorreiiioiidaiii

Ml tlié<ier«liqii« mi nilllaif «.

La syitème fntellectael qui coostltoe le polythéisme s'est troufé successifement compatible avec trois régimes politiques essentiellemeot diiTéreots ; aussi ont-ils produit des réfultats oon-ieulement tout autres, mais même, à beaucoup r^ffds, opposés et s'excluant les uns les autres. Nous avons donc à examiner, d*abord abstraitement, les propriétés générales de la doctrine elle-même, puis celles qui sont spéciales à chacun des régimes auxquels elle a présidé, enfin les principaux résultats qu'ils ont produits.

lia grande création des dieux constitue certainement le premier résultat général de l'activité purement spéculative propre à l'intelligence humaine, qui, jusque-là, n'avait fait essentiellement que suivre sans effort, à la manière des animaux, une tendance spontanée à animer les corps proportionnellement à Fintensité de leurs phénomènes. Si Fhomme n'eût pas été susceptible de comparer, d'abstraire, de généraliser et de prévoir, à un plus haut degré que lessinges, les carnassiers, etc., il aurait sans doute Indéiîniment persisté dans le fétichisme plus ou moins grossier où les retient leur imparfaite organisation. Hais aoii intelligence est propre à apprécier la similitude des phénomènes, et à en reconnaître lasuccesBion. rimportant passage du fétichisme au polythéisme constitue le premier résultat géûénl de l'esprit d'observatiou et d'induction développé, d'abord chez les hommes supérieurs, et, à leur suite, dans la multitude.

Représentant la matière comme essentiellement inerte, le

polythéisme subordonne tous les phénomènes à une multitude de volontés arbitraires, incompatibles avec toute grande idée de règle constante. ?.Iais, en fournissant à toutes les intelli- . gences des images propres à fixer leur attention sur les phémènes généraux, il facilita l'ensemble de l'élaboration théo-, rique. Tous les mots qui caractérisent un phénomène collectif donnant lieu à des dieux correspondants, le nombre de ceuxci, quoique très-inférieur à celui des anciens fétiches, devint presque aussi grand que celui des termes du langage. Mais ^uand la multiplicité et rincohérence de toutes ces divinités furent difficilement conciliables avec le degré de régularité que manifesta l'examen du monde extérieur, le polythéisme introduisit, sous le nom de Destin ou de Fatalité, une dernière conception en parfaite harmonie avec sa nature générale, et très-propre à fournir un point d'appui au principe de Pinvariabilité des lois naturelles. Tous les autres dieux durent alors accepter de plus en plus, à mesure que la connaissance de l'ordre extérieur s'étendait et se précisait, la prépondérance de celui de l'immuabilité.

Par l'homogénéité qu'il établit entre toutes les pensées, et les liens provisoires qu'il fournit aux observations, le polythéisme non-seulement les rendit possibles, mais même les provoqua directement. Les volontés surnaturelles étant regardées comme les causes des événements, on aspira à les prévoir d'après l'observation assidue de leurs effets. Les superstitions mêmes qui nous paraissent aujourd'hui les plus absurdes, ont eu primitivement, outre leur haute portée politique, un caractère philosophique vraiment progressif, et elles stimulèrent à observer avec constance des phénomènes dont l'étude ne pouvait alors inspirer par elle-même aucun intérêt soutenu. Ainsi, après l'avoir primitivement inspiré, les chimères astrologiques ont longtemps servi à entretenir lé goût des observations astronomiques. En physique concrète, la plupart des phénomènes météorologiques et principale-

TROlSlfeME PAmiE.

nia! œix de It foudre, ftirent, dans l'antiquité, le sujet é\m exploration scrupuleuse el coctînue par suite de leur

relutiOE avec Fart des augures. De même, Tanatomie a certainement puisé ses premiers matériaux dans les observation! ^.spontnément amenées par Fart des aruspices, cherchant rafenir par Feiamen attentif du foie, du ciBur, du pou* mon, etc., des animaux sacrifiés. Enfiu le désir d'arriver à Finterprétatlon des songes fut, pendant toute Fantiquité, la soirce d\i'bierfations délicates et persévérantes sur Fenchalnement des phénomènes intellectuels et moraux.

Telles furent les éminentes propriétés du polythéisme au point de vue scientifique, qui devait cependant lui être plus défavorable qu'aucun autre, plus surtout que le point de vue eitUtique. Sans doute la forme initiale de la philosophie Ihêologique, ou fétichisme, tmasportiint immédiatement à tous les êtres extérieurs notre sentiment de la vie, favorise plU8' directement que les croyances polythéiques le développement des beaux-arts.. Mais le polythéisme compensa, et beaucoup au delà, son inférîorîté de ce côté, en développant davantage la vie publique qui, seule, peut amener, les grandes inspirations esthétiques; et sous ce régime, Fimaginatlon se trouva être un auxiliaire Important de la philosophie. En effet, quand pour Fexplicatlon des phénomènes physiques ou moraux une divinité nouvelle est Introduite, la poéiie doit évidemment s'en emparer afin d'achever Fopération en donnant à cet être, d'abord abstrait et peu déterminé, une physionomie ©t des mœurs convenables à sa destination, ainsi qu'une histoire suffisamment détaillée. La part que le polythéisme laissait ainsi au génie esthétique, dans la détermination des croyances populaires, dut tendre directeniiDt à provoquer et à étendre le développement des beaux^arti'.

âppelist Fhomme à modifier le monde que le fétichisme reipeetait trop, te polythéisme fut éminemment favorable à

Factivité. Il réalisa, au plus haut degré, la propriété inhérente à toute philosophie théologique de mêler Faction surnaturelle aux entreprises humaines. Avec Fappui des dieux, dont les volontés constituaient l'unique garantie de Fordre universel, Fhomme espéra exercer sur le monde un empire illimité, dans les temps mêmes où sa puissance réelle était la plus restreinte. Le monothéisme, dans lequel le dogme du fatalisme acquiert, en prenant la forme d'un optimisme abiola, une bien plus grande extension et une bien plus haute importance que dans le polythéisme, se trouve, par suite, bien moins favorable à Faction progressive de l'Humanité sur le monde extérieur. Et l'histoire montre effectivement plusieurs nations dont les progrès ultérieurs eussent été certainement plus fermes et plus rapides si, au lieu de s'élever brusquement à un monothéisme prématuré, elles fussent restées plus longtemps sous le régime polythéique.

Mais c'est à l'activité militaire et à ses grands résultats politiques et moraux qu'à l'exclusion de tout autre convint surtout ce régime. La réunion successive des populations humaines sous une même domination suppose d'abord l'établissement de Fexistence sédentaire à laquelle conduisit le fétichisme; mais, par la dispersion des croyances, comme plus tard le monothéisme par leur concentration, Il fut impropre à Forganisatlon et au développement d'un véritable système de conquêtes. C'est uniquement dans le polythéisme que se trouvèrent admirablement conciliés l'énergique nationalité du culte conquérant, et l'accueil du culte des populations conquises. Un tel système religieux comportant l'a(Uonction presque indéfinie de nouvelles divinités, le prosélytisme n'y consistait qu'à subordonner les dieux du vaincu aux dieux du vainqueur. En outre, le polythéisme fut trèspropre à consacrer la grande institution de l'esclavage. Elle fut commune, dans Fantiquité, aux populations industrielles et aux nations guerrières; mais anciennement, comme de nos

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