‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 30 sur 59 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

jours, elle ternit, cbei lea peuples pacifiques, à dégrader le lïiattre et le sujet, en déterminant Foisiveté de l'un et l'oppresiion de l'autre; tandis qu'au contraire, comme institution militaire, elle devint profondément salutaire à tous deux : les guerriers purent alors développer leur acUvité collective, ayant pour but la conquête du monde; et le travailleur, l'activité productive à laquelle il dut d'abord la coniervation de la vie, et qui le conduisit finalement à la llliération. Le fétichisme n'avait pu que préparer cette institution, en disposant les vainqueurs à utiliser les vaincus au lieu de les détruire; et, seul, le dogme polythéique était propre à consacrer l'autorité du maître et la soumission du sujet, en leur permettant un rapprochement hiérarchique incompatible avec rinfiexibillté monothéique, qui ne comporte que l'oppression ou raffranchissement.

Le polythéisme fut également bien plus favorable qu'aucune autre doctrine à l'établissement et au maintien d'une rigoureuse discipline. Il consacra les autorités humaines en permettant de rattacher habituellement les chefs à une origine dlvio& En outre, les prescriptions quelconques purent alors être placées avec une extrême facilité sous la sanction rillgieuse par la voie des oracles , des augures , etc., presque Qonitiinment disponibles, d'après le système régulier de communications surnaturelles quil avait organisé., et que le monothéisme dut supprimer. C'était d'ailleurs très sincère- Bent que furent le plus souvent employés de tels moyens ; et les préjugés qui, à cet égard» existent aujourd'hui profieonoitde ce qu'on ne comprend qu'Imparfaitement un tel état intellectuel, où les conceptions théologiques, profondément incorporées à tous les actes humains, devaient si aisément disposer à attribuer à une intervention surnaturelle les plus simples inspirations de la raison. Enfin le polythéisme sMondt puissamment la discipline humaine par les peines et les récompenses dont il disposa. La béatification que

le monothéisme substitua à la divinisation n'en put offrir qu'un très-faible équivalent, puisque l'apothéose païenne, tout en satisfaisant aussi pleinement au désir universel d'une fie indéfinie, promettait en outre aux âmes vigoureuses l'éternelle activité de ces instincts d'orgueil et d'ambition dont le développement constituait pour elles le principal attrait de l'existence. Enfin le polythéisme fut aussi propre à punir qu'à récompenser.

Mais outre ces propriétés relatives à l'activité militaire, et à un point de vue plus général, le polythéisme comporta encore, au plus haut degré, une propriété sociale d'une extrême Importance. Le fétichisme, ainsi que nous l'avons reconnu, ne détermine l'institution d'un vrai sacerdoce que dans sa dernière phase, quand 11 parvient à l'état d'astrolâtrie. Celle-ci, qui devient promptement un véritable polythéisme, est éminemment favorable à cette Institution en Introduisant des divinités indépendantes de la matière, et qui habituellement inaccessibles, ne peuvent communiquer avec l'Humanité que par rintermédiaire Indispensable de ministres spéciaux. De là donc la nécessité et les fonctions d'une classe spéculative, susceptible, par son ascendant, de donner graduellement à la société humaine une consistance durable et une organisation régulière. La multiplicité des dieux était certes très-propre, d'abord, à faire sentir avec plus d'énergie le besoin de la classe sacrée, quoiqu'elle ait dû ensuite beaucoup contribuer par la dispersion de l'autorité sacerdotale à diminuer sa consistance et à lui faire perdre son indépendance.

Il résulte des considérations précédentes que la transition du fétichisme au polythéisme donne nécessairement naissance à deux sortes de pouvoirs dont les sources sont tout à fait distinctes. D'une part surgit l'autorité spéculative, alors purement sacerdotale ; de l'autre, la puissance active, essentiellement militaire. L'une et l'autre concourent à fonder les

TiOISliMI PAiTlE.

ettài en réiiiiliiinl les familles, la première par un même culte et ies fêtes communes, la seconde par une activité collective, à la fois offensive et défensive. Mais alors elles se âlspitentla prééminence sociale, et Tordre ne peut s'établir et itliiifter que par suite de la subordioation de Tune de ces puissances à fautre : car, comme il résulte des eiplications de la première partie de cet ouvrage, elles sont tellement incompatibles, qu'elles ne peuvent se trouver réunies ches les mêmes cbefs ; et cliacune d'elles reconnaît bientôt que, insuffisante à elle seule, elle ne peut se passer du secours de Fautre. lie sacerdoce antique, représentant reconnu des êtres surnaturels, dut constamment aspirer à commander sans pouvoir Jamais se borner à conseiller; mais rinsufflsance de Fintelll' gence pour associer habituellement les familles, le conduisit à reconnaître la nécessité de l'essor militaire, alors regardé comme devant propager l'autorité sacerdotale. De même, les guerriers s'elTorcèrcnt également d'amener la suprématie sociale de leur caste , sans laquelle aucun système de conquête ne peut se développer; mais les chefs militaires durent voir bientôt que les meilleurs titres personnels ne sauraient dispenser de la sanction religieuse, indispensable pour déterminer une soumission qui ne peut être suffisante et durable qu'autant qu'elle est sacrée. Telles sont les néces* sites respectives qui fînissent par Instituer une longue alliance entre deux pouvoirs hétérogènes et même antipathiques. Mais leur accord ne s'établit que tardivement, et d'après une situation tellement caractérisée que l'un d'eux se subordonne à l'autre, qui se développe et qui exerce, comme II convient, la compression. Quand les exigences matérielles sont peu prononcées et permettent bientôt les accumulations favorables, Fattrait universel de Fexistence domestique fait naturelle- «ent prévaloir les inclinations pacifiques. Un tel milieu favorisant l'essor spéculatif en même temps que la fhiternité soelile, la préeeelté de l'état sédentaire et de Fastrolàtrie

détermine aisément la transformation des vieillards en prêtres. Alors se développe le régime sacerdotal, si la situation qui détourne des attaques dispense aussi de se défendre, la population théocratique se trouvant entourée de barrières propres à protéger ses travaux Industriels, telles qu'une enceinte de déserts ou de montagnes , etc. Mais au contraire un milieu rigoureux et stérile retarde d'abord l'institution des vieillards, et les dispose ensuite à devenir plutôt les précurseurs d'un sénat guerrier que ceux de véritables prêtres, suivant la double étymologie qui rappellera toujours ces tendances diverses. Un tel milieu entrave aussi Favénement d'un domicile fixe, qui même n'y prévaut surtout qu'à titre de foyer militaire à la fois offensif et défensif. Enfin, les peuplades militaires ne sauraient sm^gir sans la préexistence des populations industrielles, dont les moeurs pacifiques leur garantissent une proie aussi facile qu'attrayante. Mais quand l'état théocratique se trouve déjà caractérisé suffisamment, il survit aux attaques, soit d'après une heureuse résistance, soit même en transformant les conquérants en propagateurs. Telles sont les influences qui déterminent la décomposition nécessaire des peuples polythélques en nations théocratiques et en nations guerrières, ou, ce qui revient au même, la prépondérance sociale, soit de l'autorité sacerdotale, soit de la puissance militaire.

$ 1. ^ Pol|théîsme Uiéocralique. — Sa coaslilutioo , sei propriétéi

«t ses résultais.

La constitution théocratique repose toujours sur la combinaison de deux institutions connexes, bien que séparables; l'hérédité des professions, et la subordination des castes ainsi formées à la caste sacerdotale. La transmission héréditaire de tout office social fournit d'abord le seul moyen de consolider la division générale du travail humain, et de conserver les acquisitions de toutes natures, tant procédés que résultats.

l' iLHf'

TMlSiàMl FARTiE.

Quand aucime théorie réelle n'était possible, rien ne powait «^apprendre par un véritable enseignement, mais seulement par imitation ; et la tradition ne comporte d'efficacité qu'ac* cofflpugnée d'un exercice continu commencé de très-bonne heure et spontanément accompli dans la famille. Le régime des castes, nécessaire, dans rorlgine, à la conservation des P'rocédéS' et des résultats, est en outre très-propre à déve-' lopper et à perpétuer les aptitudes; car la réalité de la transmlaslon Mréditaire n*est pas douteuse, quoique les lois propfm en soient encore inconnues. L'éducation , qui chez les modernes en contrarie souvent 1 influence, tendait alors à la seconder, du moins quant aux dispositions essentielles. Un tel régime devenant d'autant plus nécessaire qu'il concernait un office plus émioent et plus difficile, la caste sacerdotale dut être toujours plus ancienne que toutes les autres et présider à leur organisation. Sa domination spontanée est alors indispensable, car elle constitue le seul lien systématique de toutes les castes entre eUes; et son efficacité pour le constituer suffisamment résulte de l'admirable universalité du sacerdoce antique» dont chaque membre, au moins dans les degrés supérieurs de la hiérarchie, était à la fois légîsialeur, juge, médecin, astronome et poète en même temps que prêtre.

Jllais à uiMuro que la coordination croissante des conceptions permet d'apprécier et de développer les aptitudes Inde* pendamiient de la tradition domestique, la transmission héréditaire des fonctions devient inutile et même oppressive. Elle tend alors à se modifier, et les castes à se transformer en claases. Le changement normal consiste à laisser chaque fonctfODuaire choisir librement son successeur, en dehors môme de sa propre famille, à laquelle il l'agrège par adoption. Mais ce mode de transmission ^ inversement au précédent, s'introduit d'abord dans les moindres fonctions, ets'étend ensuite graduellement aux plus éminentes.

SCIliVCB SOCIALE OC SOClOLOClE. 3i|9

Dans le véritable régime théocratique , le gouvernement proprement dit, tel que le commandement des armées, la direction des entreprises industrielles , n'appartint jamais aux prêtres, qui auraient regardé tout office pratique comme une dégradation. Les méprises à cet égard résultent d'une confusion de la véritable tiiéocratie avec sa dégénération temporelle, alors que les guerriers prévalent sur les prêtres en conservant les formes sacerdotales. Telle est la fin de tout régime théocratique, les abus croissants qu'entr-aîne la puissance de la supériorité intellectuelle, finissant toujours paV discréditer le sacerdoce et par amener les guerriers à secouer ine autorité devenue oppressive et atrophiante.

Le polythéisme s'adapta parfaitement à la constitution théocratique. Il consacra naturellement la fondation des diverses castes, en plaçant chacune d'elles sous le patronage spécial d'une divinité primitivement provenue de l'apothéose d'un type convenablement choisi. D'autre part , il sanctionna la Wérarchiegénérale des castes, et leur commune subordination au sacerdoce héréditaire, par celle des difiérents dieux, dont les principaux devinrent nécessairement les ancêtres de la race sacerdotale.

Maïs si le polythéisme se prêta aisément à consacrer la constitution théocratique, il fut peu favorable à l'existence industrielle, que l'institution des castes tenta prématurément de faire prévaloir. Partant de la famille, que le fétichisme avait instituée, le régime théocratique essaya de fonder l'église, c'est-à-dire l'association par la foi, en franchissant la cité qui suppose l'activité collective. Or, d'après le caractère individuel et égoïste que l'activité industrielle dut conserver dans toute l'antiquité, les travailleurs n'y disposant jamais de capitaux suffisants pour donner à leurs entreprises le caractère collectif, la cité n'y pouvait résulter que de l'activité mili- Wre; et par suite, l'église, qui doit toujours rallier des cités indépendantes, ne put être réellement instituée.

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ré M, ivec ses.éminentes propriétés et lussî ses imperfeclions, le régioie théocratique, point de départ nécessaire de tous les lotres. Il nous reste à mentionner brièrement les résultats importants et durables qu'il a produits.

Les pliéoomènes humains, conçus comme immédiatement régis par des puissances individuelles, douées de Téternité mais passagèrement unies aux corps . devinrent naturelieroent, sous le polythéisme, la principale occupation des dieux (ymme des prêtrea. Eesté longtemps arbitraire, le passage perpétuel des âmes ou génies d'un corps dans un autre fouriiit ensuite à la sagesse théocratique un salutaire complément des sanctions morales. En outre, la hiérarchie divine fut éminemment propre à idéaliser celle des hommes, et à consacier les vœux qui devancent et préparent les progrès sociaux. Itien ne caractérise mieux une telle aptitude, que le contraste général entre fimparfaite condition des femmes chez les anciens, et FadmiraMe influence qu'ils attribuaient aux déesses, types anticipés du sexe affectif. Relativement à la connaissance générale de l'ordre matériel, le plus Importent progrès fut alors la distinction de la forme et de la substance, qui, méconnue par l'instinct fétichique, est inséparable des élaborations chimiques bientôt familières aux castes sacerdo-

Dans la science abstraite, le sacerdoce polythéique étendit Farithmétique jusqu'aux fractions, et 11 créa la géométrie, le caractère concret et pratique des spéculations théocratiques se manifeste nettement dans l'ensemble des premières études géométriques, qui, nées de la nécessité des mesures correspondantes, concernent surtout la théorie des aires, ébauchent celle des volumes, mais laissent de côté celle des lignes : d*où résulte leur développement Imparfait et restreint Cette extension de Farithmétique, et cette création de la géométrie, amènent nécessairement la naissance de l'algèbre.

Quant à Fastronomie, les prévisions théocratiques des évé-

nements composés du ciel, surtout des éclipses, résultèrent des calculs numériques fondés sur les périodes empiriques que dévoilent les observations prolongées. Mais Fastronomie sacerdotale institua la doctrine du mouvement diurne, ébaucha les théories du soleil, de la terre, et même de la lune, et prépara Fétude spéciale de chaque planète. Ces premières déterminations furent vraiment rationnelles, car elles résultèrent d'une conception générale du spectacle céleste, mais elles s'accomplirent surtout par des procédés purement mécaniques. L'astronomie théocratique sut remplacer la précision des mesures par le prolongement des observations, et découvrir ainsi les principales inégalités du soleil, qui troublaient Fensemble d'un culte dont toutes les périodes étaient déjà rapportées au mouvement de cet astre. On lui dut aussi l'institution du temps moyen, qui, inutile à l'astronomie purement spéculative , est nécessaire à la comparaison des observations usuelles. D'après la loi des progrès de l'esprit humain, tout le reste de la philosophie naturelle ne comportait alors que des études préparatoires , dont l'efficacité durable se bornait à l'acquisition de matériaux ; mais le caractère synthétique de la théocratie s'y soutint dignement. Malgré la perte presque entière des livres émanés des castes sacerdotales, on en trouve les principales traces dans les aperçus biologiques que suscitèrent le culte et la médecine.

Au point de vue esthétique, la théocratie compléta et systématisa la langue humaine ébauchée par le fétichisme, les fonctions religieuses fournissant au sacerdoce des moyens journaliers de faire prévaloir les formules qu'il avait construites. Maisle perfectionnement de l'écriture se borna réellement alors à fixer et à régulariser la représentation hiéroglyphique du langage, instituée spontanément par le fétichisme.

Sous le régime théocratique, l'art proprement dit fut toujours subordonné au culte. L'éducation publique y consista surtout en un double système de fêtes collectives, les unes

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universelles, les antres propres à certaines castes; et Tan était l'âme de ces célébrations populaires destinées à développer, par de ?ives représentation?, les dogmes et les préceptes les plus usuels. Dans les monuments qui restent de la poésie sacerdotale, elle manifeste à la fois la sublimité de se? fonctions et la dignité de ses organes. Quoique nous connaissions moins les productions relatives à Fart des sons et au triple art de la forme, il est du moins certain que Timposante grandeur, caractère des productions tliéocratiques, s'y retrouva constamment

L'influence pratique du polythéisme sacerdotal fut essentiellement industrielle. Les grandes expéditions militaires y servirent surtout à détourner au dehors Tambition des guerriers; elles aboutissaient, le plus souvent, à la fondation de colonies où ils s'établissaient irrévocablement. Mais l'origine de notre constitution industrielle remonte certainement jusqu'au régime sacerdotaL La culture rurale devint alors la base des opérations techniques concentrées dans les villes. Afin de mieux assuref la stabilité nationale, les gouvernements théocratiques entravèrent le commerce extérieur, mais ils favorisèrent les transactions intérieures, dont l'importance est toujours prépondérante, et llnstitutlon des laonEales, ébauchée sous le fétichisme, fut alors consolidée et développée. Ws l'astrolâtrle, le sacerdoce fit surgir la navigation maritime déjà liée à Fastronomle naissante. Enfin, dans la constitution Industrielle du régime théocratîque, toutes les professions utiles se trouvèrent habituellement honorées, en prenant le caractère de fonctions publiques , et ebacune put se glorifier d'une fondation divine, par suite de Tipothéose des principaux inventeurs. Cette constitution resta d'allleiirs Indépendante de l'esclavage, malgré l'oppression collective que subirent souvent les castes inférieures. Mais, interdisant l'avènement de véritables entrepreneurs et, dès lors, f agrandissement des opérations, sans lequel Tacti-

vite productive ne peut jamais prendre le caractère collectif, le régime théocratîque fut impuissant h systématiser les arts et les mœurs pacifiques. Quoique d'immenses trésors s'accumulassent chez les prêtres et les guerriers, ils y demeuraient industriellement stériles, d'après la répugnance des castes supérieures à diriger les travaux propres aux castes inférieures, où chacun n'exploitait que son chétif capital.

Moralement, l'autorité sacerdotale développa l'institution des vêtements, ainsi que les principales pratiques destinées à contenir les instincts sexuel et nutritif, les plus personnels et les plus perturbateurs de tous. Outre leur destination privée, ces prescriptions furent souvent inspirées par de hautes considérations sociales : par exemple, quand la théocratie réduisit rallmentation animale afin de rendre l'homme plus disciplinable en diminuant un excès d'énergia Son principal service, quant à la constitution domestique, consista à régler les incestes, qui, par des séductions trop naturelles, empêchèrent longtemps le mélange des familles. Le sacerdoce théocratîque maintint la polygamie, mais la restreignit et la régla. Dans les relations paternelles et filiales, comme dans le lien conjugal, il fit pénétrer au sein des familles l'influence de la société; mais, sans restreindre encore l'omnipotence des pères sur les enfants, il prépara seulement un progrès qui ne pouvait commencer qu'au moyen âge. Pour consolider et développer le sentiment de la continuité, la théocratie dut consacrer le culte des ancêtres privés, sur lequel repose celui des précurseurs publics. Ce culte disposait naturellement à respecter les vieillards, qui, vivantes personnifications du passé, restaient au sein des familles les ministres spéciaux de cette partie de la religion universelle.

Le polythéisme sacerdotal produisit encore un résultat social d'une extrême Importance, malgré des inconvénients secondaires, en développant la vénération appliquée à la naissance. Celle-ci fut alors regardée comme la plus sûre garantie

J5I f EOISIÈMi Pàlfll..

âe It iiipértorllé qui, attribuée aux origines divines, éttlt due réellement à rensemble des Influences héréditaires. Dès le début de la théocratie, les femmes se trouvent appelées à la royauté, môme à certains sacerdoces, en vertu d'une héré-

ilti qui «imionte alors, outre Finfériorité de leur sexe, les répugnances qulispiralt leur suprématie.

On a reproché, du point de vue social, au régime polythélqui la divinisation des vices humains. Elle ne fut, en réalité, que rexplication polythélque de chaque passion par un dieu spécial, auquel la théorie monothéique substitua un démon. Jamais le polythéisme ne consacra, dans aucune classe, une seule opinion vraiment immorale, et il fournit de frtquents exemples de toutes les vertus dont les monothéistes i'attribuèrent ensuite le privilège exclusif.

Itls le régime théocratîque, Impuissant à fonder l'église ot la cité, ne put réellement sortir de la famille qu'en Instituant la caste, fféanmoins, outre la base morale qu'il fournit à l'existonce civique par la consécration des autorités humaines et par l'essor de la vénération, Il la prépara directement en consolidant et développant la propriété territoriale, qui «constitue le fondement politique. Les donations privées ou publiques librement offertes au sacerdoce polytbéique, ou môme astrolâtrique, sont certainement Forigine des grands domaines. La théocratie fournit à la propriété la plus puisgtale consécration et la constitution la plus complète. Sous le premier aipect, l'institution du Tabou, tant privé que pu- Mic , chei les polythéistes de FOcéanie, offre un exemple encore subsistant de son efficacité. Quant à l'influence politique des propriétés quelconques, la théocratie lui procura seule une organisation normale en liant la richesse à la professiOH, Fune et l'autre héréditaires dans le régime des castes. C'est la vicieuse séparation, entre la richesse et le pouvoir, qui est devenue chei les modernes la principale cause des dangereuses déclamations relatives à l'abus des capitaux.

Tel est ce régime théocratîque qui, partout et toujours, a présidé à la naissance et aux premiers progrès des société» et de la civilisation. L'histoire le montre sans doute plus ou moins parfaitement développé et organisé, mais présentant toujours lea mêmes caractères essentiels sur les bords du Nil, de l'Euphrate, du Tigre; et de môme dans FInde, la Chine, le Tibet, le Japon. Si en Europe, en Grèce et à Rome il ne s'est pas maintenu, la première organisation sociale et les premiers progrès en tous genres lui furent, là môme, certainement dus; et il subsista longtemps chez les Étrusques et les Gaulois. Enfin la découverte du Nouveau-Monde Fa montré complètement établi et organisé au Mexique et au Pérou. Ce régime est, on peut dire, toujours fondé sur la doctrine polythéique qui , seule, lui est réellement appropriée. Mais, dans un cas exceptionnel assez important pour mériter ici un examen spécial, il a pu également reposer sur un monothéisme prématuré.

Ce système intellectuel n'étant jamais qu'un polythéisme réduit et concentré, son avènement ne peut résulter d'une tendance spontanée et populaire. Il suppose toujours une suite de méditations philosophiques, qui ne peuvent surgir que dans une classe contemplative dont les opinions prévalent par l'enseignement. Sous le polythéisme, le sacerdoce héréditaire se partage naturellement entre diverses familles pontificales dont les rivalités mutuelles tempèrent Fascendant commun: la hiérarchie des dieux correspondants maintenant d'ailleurs leur subordination générale. Les abus propres au n^lme théocratique, résultant surtout d'une autorité trop concentrée , deviendraient bientôt intolérables si le monothéisme fortifiait à la fois Fascendant social et la discipline intérieure du sacerdoce prépondérant. Néanmoins, soit en vertu même de cette réaction politique, soit d'après une tendance inteUectuelle, les castes sacerdotales manifestèrent promptpment leur prédilection pour une concentration théo-

Wê * TROISïfeME PARTIE.

rîqie qui leur partissait propre à consolider et à développer l«r domination. C'est surtout afin de propager une telle croyance parmi lea cliefs temporels, que furent institués les

principaux mystères de Fantiquité. IVIais les motifs mêmes qui poussaient les prêtres vers le monothéisme, devaient en détourner les guerriers toujours disposés à préférer le polythéisme comme satisfaisant mieux leur Intelligence et leur

imytioi. Cette opposition, qui souvent suscita de violents orages, conduisit les castes théocratiques à tenter des colonlsatloos monothéiques destinées à leur assurer un refuge contre les prsécutions. La plus importante et la mieux connue de ces 'petiteB théocraties, est la théocratie juive, fondée entre les deux vallées du Nil et de l'Euphrate par des colonies égfptiennes et chaldéennes, La consistance du régime politique des mères patries s'y trouva remplacée par une Instabilité qui fait ressortir la nature purement factice de la théocratie monotliéîque. Et l'impopularité de la croyance y rendant oppressive la domination d'un sacerdoce trop concentré, toujours préoccupé du soin de maintenir le monothéisme chez des sujets constamment disposés à retourner au polythéisme, les guerriers y prévalurent mr des prêtres Impopulaires plus promptement que dans les théocraties normales.

I 3, » Polf tliéifne militaire.— Il eil Intellectuel ou locial.— Propriétés et

réfaltalt du polftliéltuie intellectuel ou grec.

Dana toute théocratie, quand la culture Intellectuelle et Fesser Industriel deviennent impuissants à dissimuler le besoin d'une activité collective qui ne peut être alors que

nillitalre, les guerriers finissent toujours par prévaloir sur te prêtres. Mais leur prépondérance ne parvient jamais à transfonner la constitution théocratique en un vrai régime nliltalre; aucun véritable système de conquête ne pouvant s'établir ches des populations que leurs mœurs et leurs

traditions rendent antipathiques à la guerre. L'activité militaire, avec ses admirables propriétés politiques, et avec l'extension que seule elle est alors capable d'apporter aux associations humaines, ne prévaut donc que dans des pays et chez des populations où n'ont pu s'établir le régime et les mœurs théocratiques. Et, comme nous l'avons vu, c'est l'influence continue de la situation environnante, du pays habité, qui détermine surtout chaque population sédentaire à s'adonner essentiellement au travail pacifique ou à l'activité guerrière. Dans ce dernier cas, sans que les castes industrielles soient jamais abolies, elles finissent par s'agréger à la caste militaire, dont les chefs, afin d'assurer la discipline indispensable à l'activité qui prévaut, s'emparent des principales fonctions sacerdotales. L'esclavage, purement accessoire dans la théocratie, alors extrêmement étendu et développé, devient la base de l'essor militaire; et les hommes libres finissent par ne conserver entre eux d'autre distinction héréditaire, à la fois spirituelle et temporelle, que celle des officiers et des soldats.

Un double progrès intellectuel et moral caractérise dès le début la civilisation militaire. Toutes les peuplades où prévaut la vie guerrière remplacent promptement l'écriture hiéroglyphique par l'écriture alphabétique, et la polygamie par la monogamie. Soit que les chefs, seuls vraiment polygames, laissent leurs femmes au foyer domestique, soit qu'ils les emmènent au camp, l'existence guerrière est naturellement Incompatible avec les mœurs qu'exige la polygamie; et en constituant une double langue, l'usage des hiéroglyphes suscitait des lenteurs et des équivoques contraires à la célérité qu'exigent les communications militaires. Les cas mêmes où l'alphabet semble amené par une civilisation industrielle, se rapportent tous à des populations maritimes chez lesquelles le commerce ne fut qu'un accessoire de la guerre. , Nous avons vu que la systématisation théocratique fut in-

TMOISlàHI PAnTIE.

siiffisante I an double titre : il*alK)nl par suite du caractère égoïste de Factivité pacifique qu'elle dut seulement cultiver; jamais les Égyptiens et les Persans n'eurent aucun sentlsient social comparable à ce que fut Tamour de la Patrie chez les Grecs et les Eomains; eu .second lieu, la direction eiclusive de Flutelligence vers les destinations pratiques init par la rendre Incapable d*uu suffisant essor abstrait. Nous devons donc d'abord expliquer comment le polythéisme militaire se trouva propre à corriger cette double impuis-

La destination normale de ractivlté militaire est la conquête universelle, qui ne peut ôtre évidemment réalisée que par une seule nation dont le succès prévient celui de toutes les autres. Et, si un concours d'iolluences locales empêche le développement de la vie guerrière dont l'essor préserve il régime tbéocratlque, Fabsence de destination sociale de factivité collective, doit disposer les natures d'élite à développer l'existence spéculative, afraucble, dans ce cas, des •ntraves sacerdotales. En même temps, la population, n'étant pas absorbée par la guerre, seconde une telle disposition en goûtant librement les productions esthétiques et les tenta^ tives philosophiques. De petites tles nombreuses et rapprocbées, voisines d'un continent, tel que la Grèce, coupé d'isthmes profonds ou de vastes golfes et sillonné de nombreuses chaînes de montagues, expliquent parfaitement l'impossibilité de conquêtes graduellement étendues, seules décisives; et ces mêmes Influences sont très-propres à entretenir assez les hostilités mutuelles pour prévenir le retour des mœurs théocratiques. En outre, Funiformité naturelle de mœurs et de langage des diverses peuplades ixées sur un tel territoire développe, à tous égaràs, une similitude incompatible avec la prépondérance militaire tfaucune d'entre elles. Telles sont les circonstances qui , faisant avorter l'activité militaire, déterminent Fessor Intellectuel Mais le succès décisif

SCIENCE SOCIALE OU SOClOLOGli:* 359

de Févolution spéculative ainsi amenée dut aussi se restreindre à une seule des populations susceptibles d'y parvenir; car le polythéisme ne comporte qu'un progrès limité, soit dans la science, soit même dans les arts.

L'essor militaire et le succès intellectuel supposent des habitudes trop incompatibles pour qu'ils aient pu se succéder dans la même population. Mais, l'intelligence et l'activité ayant 6té séparément développées par deux peuples différents, les Grecs et les Ilomains, ceux-ci, quand le moment en fut venu . s'approprièrent aisément les principaux fruits de Févolution spéculative, d'où alors résulta un nouveau régime.

Le polythéisme militaire (qu'il doive ultérieurement devenir Intellectuel ou social) a toujours pour point de départ la prépondérance des guerriers sur les prêtres. Elle est constamment due à des reis, seuls capables de consommer une telle usurpation, quand elle devient opportune. Dans les théocraties assez caractérisées, leur pouvoir se consolide, mais en modifiant son principe militaire sous Finfluence sacerdotale, qui continue à prévaloir moralement quoique comprimée politiquement. Quand Fessor guerrier précède et prévient l'établissement des mœurs théocratiques, la monarchie, impropre à diriger le développement continu de l'activité militaire, disparaît bientôt. Après avoir brisé le joug sacerdotal, elle ne peut que préparer Favénement de la démocratie ou de l'aristocratie, suivant que le polythéisme doit devenir intellectuel ou social

Dans le premier cas, le défaut de destination sociale, par suite de l'impuissance de plus en plus évidente de Factivité militaire à produire aucun grand résultat, en même temps qu'il relâche et affaiblit tous les liens soclaur, amène une turbulence effrénée qui fait habituellement prévaloir les médiocrités démagogiques et dégoûte les hommes supérieurs des fonctions publiques. C'est seulement dans les crises suscitées par d'imminents dangers que le pouvoir revient à qui il appar-

Mê

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