PRÉFACE. IX
me la feraient mieux connaître, que les cours et les livres qui m'avaient été imposés.
C'est qu'en effet , parmi tous les professeurs dont j'avais suivi les cours, soit à l'École polytechnique, soit avant d'y entrer, l'un d'eux que j'avais rencontré presque dès le début de mes études mathématiques ne m'avait semblé comparable à nul autre. Le caractère et l'esprit de son enseignement le rendaient entièrement différent du leur. Je me sentais irrésistiblement entraîné vers ce professeur : mais il n'était pas de l'Académie des sciences, et sa position officielle, son rang dans le monde savant étant inférieurs à celui de la plupart des autres, on trouvait, quand je le disais plus grand qu'eux , mon dire ridicule , et fort impertinente ma prétention de vouloir juger autrement que tout le monde, et que les plus savants. Cependant mes émotions en l'entendant professer avaient été trop profondes pour que ma croyance pût être ébranlée, et le génie de M. Comte, foi de toute ma vie, fut l'ineffaçable impression de ma jeunesse , presque de mon enfance.
Ce professeur que j'avais trouvé si différent des autres avait écrit. Livré à moi-même, son livre, le Cours dePhiiosopkie positim y fut le premier que j'achetai. Et, comme je récrivais il y a quelques années dans ma correspondance privée, il sera pour moi à jamais regrettable de n'avoir eu que si tard à ma disposition ce livre, qui m'a donné, avec des clartés de tout, l'amour, je pourrais presque dire, la passion du travail.
En effet , dès que je pus l'étudier, ce fut pour moi une véntal)le révélation. Je compris alors ce que c'était que la
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science; cûmnieiit la scienee féconde et siire, se distingue de h préteniiue science et d'une stérile et vaine érudition : mmir, eVifjwfiwir. Sans doute, non sans efforts, mais pr un tra? ail celte fois plein d'attrait et d'intérêt , je compris ce que j'avais en vain si longtemps désiré savoir et cherché; et ainsi, par exemple, quels sont, de chaque science, le but bien précis, les propriétés et les moyens d'exploration; comment toutes, entre elles, les sciences s'enchaînent ; enfin où tend leur ensemble, et à quoi il put et doit servir : la prémyance est en tous genres la Mmtr'ce de l'aetimi*
Certainement ce qu'il y a de plus important à connaître de la science, ce sont ses propriétés philosophiques et sociales; et c'est justement ce qui est actuellement le plus négligé et le plus méconnu. Au milieu de toutes ces contradictions entre la conduite et la doctrine, de ces incertitudes, de ces apostasies, qui donnent à notre époque im si triste cachet, je n'avais pas pu ne pas reconnaître que k science, la science positive , est la seule source de convictions arrêtées, inébranlables, conduisant à une conduite assurée et conséquente. D'autre part , j'avais trop bonne envie de faire , de pratiquer le bien , d'être utile et utile le plus possible, pour ne pas sentir aussi que la meilleure volonté du monde, à elle seule, ne peut suffire, et qu'en tous genres, l'esprit, les efforts de l'inteiîgence doivent nécessairement indiquer la nature et les conditions du bien qu'il y a à faire, et surtout les moyens de le faire. Enfin , suivant le développement de la pensée de M.. Comte, Je reconnus, avec une inexprimable
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