TROISIEME PARTIE
tient Yéritablement JDaos les temps ordinaires, les inférieurs s'attribuent le clioix des supérieurs, d'abord dans la classe patricîenoe à la fois mililaire et sacerdotale, puis parmi tous les hommes libres. Telle fut la sociabilité grecque, qui, malgré tousses vices, a pu cependant mériter unegloire éternelle par son admirable résistance & la tbéocratle persane, plus oppressive et plus dégénérée qu'aucune autre à la suite de la prépondérance des guerriers sur les prêtres. Cette résistance fut ultérieurement complétée par l'expédition d'Alexandre, qui, à d'admirables fondations, joignît le grave inconvénient d'augmenter la corraption des mœurs occidentales par les contacts orientaux.
Ayant reconnu la nécessité du polythéisme Intellectuel, les circonstances qui le rendirent possible, puis celles qui déterminèrent son a\énement, nous avons maintenant à examiner les principaux résultats qu'il a produits.
Plus gêné que la philosophie et la science par la systé^ matisation théocratique, l'art dut surgir d'abord, profitant le premier de la liberté que lui laissait le régime militaire. Tant qu*il adliéra au culte , Il resta borné aux développements secondaires, destinés à préciser les conceptions dogmatiques. Devenu indépendant, Il osa bientôt modifier directement les croyances premières, de manière à sanctionner les nobles aspirations ou pressentiments dont les vrais poètes furent touyours les meilleurs organes. Mais, en revanche, la situation ne M procura plus, d'ordinaire, aucune impulsion éminente, taudis que , sous la théocratie, il se trouvait lié profondément à l'ensemble d'un culte imposant Ayant perdu la dignité sociale que leur conférait le régime sacerdotal , ses^ organes tombèrent dans la dépendance des grands et des riches , qui décidèrent du choix des sujets à traiter. Aussi , malgré tout l'éclat qu'il a jeté, l'art grec ne produisit réellement pendant l'espace de treize siècles que deux génies du premier ordre, l'un épique • l'autre drama-
tique, Homère et Eschyle. Les perfectionnements relatifs aux arts spéciaux furent surtout prononcés dans la sculpture, qui atteignit alors une haute perfection.
L'ensemble des productions esthétiques concourut à propager, parmi les Grecs, l'émancipation théologique. L'art facilita la vulgarisation des constructions scientifiques en développant un premier degré d'abstraction habituelle ; et la liberté poétique prépara la liberté philosophique en suscitant sur l'homme et la société des conceptions d'autant plus hardies qu'elles étaient dispensées de toute systématisation et de toute application.
Le polythéisme grec, en effet, sentit plus que les autres rinanité de Texplication théologique de nos pensées et de nos affections, ainsi attribuées à des volontés surnaturelles, tout aussi inexplicables. L'art, conduit à pénétrer les motifs des résolutions divines, fit alors dépendre le monde moral de l'ordre physique. Dans le poëme d'Homère , pour dissiper sa propre hésitation entre les Grecs et les Troyens, Jupiter recourt à la pesanteur, qui prononce entre eux. Sans être surtout destiné au monde extérieur, le dogme polythéiquey convenait mieux qu'à Tordre humain , puisque ses explications, quelque illusoires qu'elles fussent, du moins n'y constituaient pas directement un cercle vicieux. L'astrolâtrie, née des premières réactions de la science spéciale, consacra naturellement, tant que dura la vraie théocratie, le principe scientifique ; et celui-ci, représenté alors par l'ébauche des conceptions numériques et géométriques , fut pleinement accueilli, dans les premiers siècles de l'élaboration grecque, par le polythéisme intellectuel et militaire.
Quoique la science et la philosophie se soient finalement séparées dans l'évolution intellectuelle de la Grèce, elles y furent tellement unies d'abord que leur essor respectif, étudié séparément, doit rester inintelligible. Mais, ayant toujours en vue leur ensemble, il faut d'abord apprécier les premiers
TROISliHE PARTIE.
pFOgiii sdentiiques qui devinrent eitsuiia le principal foi.
itemtiit 'de i*éf olutlon phllowpliique.
Dans les spéculations numériques, les acquisitions fétlchiques et tliéocratlques ne furent pas tfabord notablement dé-
piisées; mais elles servirent à mieux concevoir Tbarmonie universelle diaprés les ripprocbementa qu'elles inspîrèreot entre les pliénomènes quelconques. Souvent aussi la subtilité
grecque altéra le caractère tbéorique des propriétés philosophiques' des nombres, en s*efforçant d'y subordonner les bis ftux causes, ce qui constituait une vraie rétrogradation, la cause tfétaut Jamais destinée qu'à préparer la loi. Mais la science grecque fut surtout caractérisée par fessor de la géométrie ibstraite, restée en dehors des études sacerdotales par suite de leur subordination à la pratique. Cette géométrie fut fondée far la découverte des deux lois connexes de Thaïes : la conitaiice de la somme des angles d'un triangle rectiligne et la proportionnalité des côtés entre les triangles équiangles; tfoû résulta la théorie des polygones et même Fébauche de celle du cercle. La culture de la géométrie linéaire suscita le éêteloppement systématique de la conception de Tespacet pi, destinée à nous permettre de considérer l'étendue abstraite Isolément des cas concrets, était jusque-là restée confuse et Imparfaitement instituée. Eu astronomie, des constructions planes purent être alors substituées aux construcUons m reief, qui pourtant ne furent jamais abandonnées entièrenient Le mouvement diurne fut mieux apprécié; et quoique la découverte de la sphéricité de la terre et de la convergence des verticales soit attribuée communément à Fécole tf Alexandrie, elle remonte très-probablement k Thaïes. Quant à l'algèbre, les deux lofs qu'il avait découvertes concoururent à en développer la base géométrique; car la première établit directement une équation proprement dite, et la seconde une proportion. Tel fut, par suite de l'élaboration grecque. 1© premier essor de la seienoe abstraite î car, quoique Pythagore
SCI£i^CG SOCIALE OU SOCIOLOGIE.
ait pu découvrir déductivement la loi des trois carrés, elle émana longtemps avant lui du génie théocratique procédant par la comparaison directe des aires.
La science abstraite se trouvait alors assez développée pour que les esprits vraiment philosophiques en sentissent déjà fiacompatibilité générale avec toute théologie, même mono-r théique. Aussi quelques penseurs tentèrent-ils de remplacer toutes les causes intelligentes par des causes aveugles, en s'efforçant d'instituer une synthèse purement objective. Mais cet effort prématuré pour sortir du théologisme ne pouvait aboutir qu'à substituer provisoirement des entités aux divinités, en douant les unes des principaux attributs qu'on refusait aux autres. D'ailleurs il était aisé de sentir que. même en supposant possible une synthèse objective, la base scientifique en devait être encore très-insuffisante. Mais si ces tentatives grecques furent impuissantes à créer un véritable système intellectuel , elles firent surgir, quand elles furent dues à de vrais penseurs, des aperçus qui. malgré leur incohérence, comportèrent une précieuse efficacité . non-seulement logique mais même scientifique : ce sont ces aperçus qu'il faut maintenant apprécier.
En premier Heu se place Thypotàèse corpusculaire qui fut due surtout à Démocrlte. Elle posa longtemps d'avance le fondement philosophique de la physique proprement dite, en attribuant les propriétés générales de la matière aux moindres particules que nous puissions concevoir. En second lieu, le principe d'Aristote sur la pluralité des éléments fournit à la chimie une base générale. Les quatre éléments primitifs, la terre, l'eau, l'air et le feu, se sont trouvés assez heureusement choisis pour pouvoir diriger l'ensemble des travaux chimiques jusqu'au siècle dernier. Quoique la physique et la chimie fussent encore bien loin de pouvoir surgir réellement, cette double base philosophique procura quel- 1«e eonsietenee à remploi des entités introduites dans les
iMIft
TIOISIÈMI PAMTU.
spéeilitions concernant le inonde inorganique. En troîiièiie lleo, Aristote jeta les premlew fondements de Fanatomie généralet en instituant la comparaison entre les différents organes d'un même individu, et le rapprochement sjatliétlqiio des différents organismes. Par son principe de la coopération conçue comme la base et le but de toute issociation, il fiil le vrai fondateur de la théorie statique de Forgiiiiiition sociale, et, en établissant la subordination nécessaire des constructions subjectives à leurs matériaux objectifs, Il ébaucha la théorie positive de Tentendement humain. Enia ta supériorité s'étendit jusqu'à la morale; car son lumineux aperçu sur la nature de chaque vertu, cmime toiyours intermédiaire entre deux vices opposés, Tun par excès, Fautre par défaut, implique à la fois la pluralité de nos penchants et leur concours nécessaire, double base de la théorie positive de la vie affective. SI, en histoire, les anciens durent se borner à fournir aux penseurs modernes des satériiix Indispensables, les aperçus d'Hérodote et de fliucydlde prouvent du moins qu'ils méditèrent fortement sur les phénomènes sociaux.
Telle fut la première évolution grecque où les théoriciena à la fois savants et philosophes s'efforcèrent d'allier la réalité des vues à la généralité des conceptions. Mais Aristote, le dirnier et le plus grand d*entre eux, ne fut plus suivi que de pffs discoureurs ou de simples commentateurs. Dans ses travaux, les trois principales doctrines sur le monde, la vie et la société Airent liées seulement par son système provisoire de logique; et ainsi se trouvait déjà annoncée la véritable nature de la synthèse spéculative, consistant dans Funité de néthode et l'homogénéité de doctrine. La situation grecque ne permettait pas d'entreprendre de systématisation cornpiète; mais les véritables penseurs y sentirent l'insuffisance de toute philosophie théologique, et Ils s'efforcèrent de préprer le positivisme, dont ils pressentirent le lointain avéne-
SCIENCB SOUALE OU SOCIOLOGIE.
ment Leur dignité morale offrit une parfaite harmonie avec leur supériorité intellectuelle, et ils surent toujours renoncer à la grandeur et à la richesse. Mais, avec ces caractères communs, Fécole de Thaïes resta la plus abstraite, celle d'Arîstote la plus systématique; enlîn celle de Pythagore, qu'il nous reste à apprécier, fut le lien de l'une à l'autre et la plus sociale.
Les développements secondaires que la science dut à cette école furent la théorie des polyèdres réguliers, l'ébauche des lois acoustiques et la règle géométrique de la réflexion lumineuse. En outre, seul de toute l'antiquité, Pythagore pressentit la régénération, d'abord Intellectuelle, puis sociale, que devait produire la conception du double mouvement de la terre. Mais surtout il développa admirablement la nature sociale de son école en instituant une discipline systématique qui, toujours volontaire et complète, forma bientôt un contraste frappant avec le dévergondage des aspirations monothéiques. Entouré dinfluences déistes, au temps où Bouddha, Gonfucius et Zoroastre s'efforçaient de réorganiser les trois grandes théocraties orientales, il dédaigna la vulgaire ambition de figurer parmi les rénovateurs apparents qui troublaient Favenir pour améliorer le présent ; et son dernier successeur, Apollonius de Tyane, tant calomnié par les chrétiens, témoigna la persistance caractéristique de son école à défendre les dogmes polythéiques en y ménageant des améliorations secondaires. Voulant systématiser la société, Pythagore consacra Fessor abstrait de Thaïes comme posant la première base de la seule philosophie pouvant convenir à la science sociale où la recherche des causes est essentiellement inapplicable ; et, sanctionnant rationnellement la prépondérance que la théocratie attribuait instinctivement à la morale, il disposa Aristote à pousser ses méditations encyclopédiques jusqu'à Fordre humain.
L'universalité des croyances peut seulement résulter de la
Mi
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lîltaiceptloiî de reuiiiinlté. iiiif, i mm tour, exige pour surgir, sinon cette unlYersalité, au moins une suffisante commuiiité àitcllectuelle. Or, celle-ci ayant besoin des efforts do moootbéîsino pour arrÎTer à Funiversalité, le rôle de cette dernière forme de l*état tbéologique est donc de mikàté possible la conception de Ftiumanité. Mais les sopilstes grecs, dont Socrate et Platon furent les chefs, prirent la transition inonotliélque pour fétat définitif de la raison buœalne, et méconnurent la nécessité de l'incorporation qui devait, préalablement, afolr réani sons une même domlmlnation tous les peuples clviliaés. Le besoin de révélation qui caractérise la foi monothéîque, fit naturellement espérer la divinisation à ses fondateurs. Les littérateurs déistes s*emparant alors surtout de la morale, Thomme y fut traité comme purement intellectuel, et le sentiment et môme Tactivité laissés à Fécart. Le sacrifice du cœur à l'esprit les conduisit au dédain des femmes, et, ne comprenant pas les Ibéorles sociologiques ébauchées précédemment, ils précoiliêreBt les utopies subversives sur la famille et la propriété.
En réalité, réiaboratlon d'Arlstote avait épuisé l'efficacité plillosoplilque de la science antérieure ; aussi les hommes de génie qui lui succédèrent, se vouèrent au développement de la science spéciale qui devait nécessairement précéder et préparer de nouvelles constructions philosophiques. Alors surgirent, après les vrais philosophes, des théoriciens encore plus abstraits, qui, sous le simple titre de savants, élaborèrent la base positive de toute saine philosophie. Mais entre cet essor Intellectuel et le précédent, se plaça la fondation du célèbre musée d'Alexandrie.
Ce fut à la science, bien plutôt qu'à la littérature, que le meilleur successeur d'Alexandre consacra ce noble établissement, dont la seule création suffit pour indiquer combien le momement scientifique antérieur avait intéressé la population grecque Tlétnmoinsle musée d'Alôtandrie, bientôt envahi de
plus en plus par les grammairiens, les rhéteurs et les sophistes, n'assista jamais beaucoup les vrais savants. Archimède et Apollonius n'en profitèrent pas, et les principaux travaux d'Hipparque s'accomplirent ailleurs. Mais cette institution facilita beaucoup la propagation de la science grecque, soit par un enseignement continu, soit en conservant les résultats Obtenus. On lui dot aussi le développement de quelques savants d'un génie secondaire, surtout d'I^ratosthène et de PtOlémée. En résumé, cette institution, résultat de la première évolution scientifique de la Grèce, fut l'auxiliaire de la seconde.
Eudoxe de Cnlde, qui embrassa avec un égal succès toutes les spéculations accessibles à Tesprit mathématique, et à qui furent dues la cubature de la pyramide et la détermination rigoureuse de l'obliquité de l'écliptlque, fournit une transition normale entre les deux grandes phases théoriques de la firèce. Dès le début de la seconde, le traité didactique d'EUcllde témoigna la consistance décisive et l'estime universelle acquises déjà par la géométrie. Mais si l'auteur eût été plus éminent, il aurait pu garantir le raisonnement géométrique des subtilités des dialecticiens, sans altérer le véritable es^ prit de découvertes dont l'enchaînement devait être alors plus fkcile à manifester qu'à dissimuler.
Les travaux caractéristiques d' Archimède consistèrent surtout dans la rectification du cercle et des sections coniques, dans la quadrature de la sphère et la cubature des plus simples corps ronds. Par la théorie des centres de gravité il lia, à la géométrie, la mécanique qu'il tenta de fonder. Mais, sans notions rationnelles sur le mouvement, il ne put établir la théorie abstraite de l'équilibre : son principe du levier ne suffit qtie dans quelques cas particuliers, et son induction hydro* statique sur la perte de poids éprouvée par tout corps plongé dans un fluide, n'aboutit qu'à poser de nouvelles questions géométriques dont la Solution est nécessaire à la détermina-
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tion de la sitoallon d'équilibre d*ûn corps flottant Après Archimède, son digne Biiccesseur Apollonius compléta la géométrle grecque en décoi?rtnt les principales propriétés da sections coniquea
Les découvertes géométriques, à mesure qu'elles surgirent, furent promptement appliquées à Tastronomie, et déjà Apollonius se ser¥it des épicycles pour expliquer les rétrogradations et stations apparentes des planètes. Mais aussi l'astronomie augmenta la consistance et la dignité de la géométrie en lai fournissant une destination générale qui la liait à rensemble de la philosophie naturelle. Ératosthène, précurseur liiiiédlatdMlipparque, institua la mesure générale de la terre et en perfectionna la description en appliquant à la construction des mappemondes le tliéorème d'Apollonius sur la section antiparallèle du cône circulaire oblique. Avant lui, le procédé d'ArIstarque de Samos, pour la détermination du rapport entre les distances de la lune au soleil et à la terre, ifait fourni le type logique des comparaisons entre les distances planétaires. Les tra?aui d'ilîpparque sont surtout caractérisés par deux grandes constructions connexes, l'uoe logique, Fautre scientifique : l'ébauche décisive de la trigonométrie et la découverte de la précession des équinoxes. La fondation grecque de la trigonométrie, qui d'ailleurs resta longtemps Imparfaite, procura dès lors à Fastronomle sa constitution définitive dans laquelle lei prévisions résultent de calculs et non plus de figures; et elle amena la découverte de la précession des équinoxes en permettant à Hipparque de rapporter à Técliptique et non plus à Téquateur, comme l'exigent les observations, la position des étoiles. Cette double découverte conduisit à la détermination rigoureuse des positions, c'estpà dire des distances ccaestes et terrestres, les unes angulaires, les autres sphériques. Ilipparque put ainsi compléter l'établissement, ébauché sous Thaïes, des relations générales entre les études célestes et leurs applications géo-
graphiques et maritimes. Relativement aux principaux mouvements planétaires, cette phase scientifique dévoila des anomalies assez complexes pour faire déjà sentir l'impuissance finale de l'hypothèse circulaire qu'on ne put conserver qu'en combinant, avec l'expédient de l'excentricité, l'artifice de l'épicycle. Quoique essentiellement instituée par Ilipparque, cette étude spéciale et minutieuse incomba au faible successeur qui tenta d'usurper sa gloire. Le principal mérite de Ptolémée se réduisit, en efl^t, à débrouiller et à régulariser la plupart de ces anomalies, surtout celles qui sont relatives à la lune.
Les influences sociales, intellectuellement rétrogrades, qui poussaient l'esprit grec à préparer la transition monothéique, ayant empêché le génie d'Hipparque d'effectuer la rénovation astronomique , elle fut réservée à Kopernic et Kepler; et ces mêmes entraves qui arrêtèrent les progrès de l'astronomie retardèrent également Tavénement distinct de l'algèbre que leur rattachait directement la fondation de la trigonométrie. Ce fut seulement à la fin de cette phase scientifique que l'élaboration isolée de Diophante établit nettement le véritable caractère du principal instrument de la déduction mathématique.
Telle fut révolution, esthétique, puis surtout philosophique et scientifique, à laquelle fut vouée la population grecque. Mais cette appréciatjon du polythéisme intellectuel ne pourra se compléter qu'après l'examen du polythéisme social.
S 4. — Polythéisme social ou romain. — Ses propriétés; son développement historique. — Transition du polythéisme au monothéisme.
Nous avons vu que le polythéisme intellectuel résulta d'une situation qui, tout à la fois, dune part poussait à l'activité guerrière et de l'autre l'empêchait d'arriver à sa desfioatlon : l'extension de la société par la conquête. Le succès
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ëûM telle activité fut donc nécessairement dû à des circontanoea Inverses, c'est-â-dfre qui, poussant à l'activité militaire, loi permirent en outre d'atteindre son but MaîsTiniuence de telles circonstances resta toujours limitée au début d'une entreprise dont le propre essor assurait le développement, et qui ne pouvait évidemment réussir que cbea un seul peuple. Son territoire devait pouvoir le nourrir, mais cependant le pousser à s'étendre au dehors au lieu de le retenir au dedans par Fattrait d'une existence trop industrielle. Ensuite, le noyau de Fincorporation militaire devait être une cité voisine de la mer, et pourtant continentale; soit afin de devenir moins accessible, soit afin que l'activité de la nation conquérante fût mieux condensée. I-es mômes motifs font reconnaître que sa situation, nécessairement occidentale , devait se trouver à l'une des limites méridionales du système européen. Enfin les centres respectifs des deux évolutions mentale et sociale, propres au polythéisme militaire, ne devaient être ni trop voisins ni trop distants, afin qie âissent assurées leur Indépendance primitive et leur combinaison finale, également indispensables à leur commune destination. L*étude de leurs situations respectives montre donc que les destinées d'Athènes, de Home et de Carthage devaient être ce qu'elles furent
Par suite des influences locales, et contrairement à ce qui eut lieu en Grèce, l'action prévalut donc à Rome sur la contemplation , el la pensée môme des moindres citoyens y fut toujours dirigée vers l'activité collective. Une vie éminemment civique développa dans tous les rangs Finstinct social, qui devint le principe implicite de la conduite habituelle. Mais, outre cette Influence commune à tous les hommes libres. le régime romain disposa les citoyens d'élite, bien plus occupés d'ailleurs que les chefs grecs, à goûter aussi les satisfactions théoriques, esthétiques ou scientifiques. SI, quand .rictivité 40tolnanie fut asseï développée, et son but salD-
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samment atteint, Rome ne vit point surgir de découvertes scientifiques, cela provint surtout de ce que cette disponibilité ne survint que quand fut accompli un essor abstrait qui no pouvait se continuer qu'après une entière rénovation sociale. Mais tant que prévalut l'activité caractéristique du peuple romain, la réaction intellectuelle en dut surtout consister dans l'appropriation du polythéisme à la destination civique. La hiérarchie des dieux prit alors un caractère prononcé, au lieu de la vague constitution qui correspondait â l'anarchie grecque , et de Findétermination nécessaire à la théocratie pour prévenir l'oppression mutuelle des principaux sacerdoces. Les apothéoses, dont les deux régimes antérieurs avaient borné Fusage aux temps primitifs, furent graduellement développées; et cette admirable Institution, qu'il serait sans doute absurde de juger d'après ce qu'elle devint sous la décadence du régime romain , fut un puissant stimulant de la plus noble ambition, ainsi que la source des meilleures et des plus justes récompenses. Si donc le polythéisme grec fut esthétiquement supérieur, la supériorité philosophique appartint au polythéisme romain , où les croyances surnaturella offrirent le caractère le plus rationnel en même temps que la meilleure application.
Tous les modes de la vie pratique sont tellement connexes qu'ils peuvent aisément se combiner ou se succéder; et cela est surtout vrai en partant du mode militaire, qui, d'après sa complication et sa généralité supérieures, se Ile le mieux à l'ensemble de» diverses industries. Aussi lès Romains n'eurent-ils jamais les sots dédains de la population grecque pour toute activité productive; et Foccidenfc guerrier offrit, par suite de leurs travaux, des constructions matérielles qui souvent surpassèrent, en difficulté comme en utilité, celles de l'Orient théocratique.
Due à l'activité militaire , Finstitutlon de la monogamie se consolida et s'améliora à mesure qu'elle prévalut, et de là