TROISIEME PARTIE
¥ iBt la supériorité du mirJage romain sur le mariage grec Ouoique la matrone romaine ne soit pas encore la vraie comi pagne d^un époux fréquemment éloigné d'elle, il Tapprécie déjà comme ia meilleure source du soulagement et des consolations qu'eiigent les tra?aux et les émotions de la ¥ie publique. 11 lui confie la surintendance de Féducation des enfants, dont l'instruction spéciale est attribuée à des subalternes oritoalrement esclaves. Ainsi queTunfon de l'homme et de la femme, factivité romaine, développant à tous égards les sentiments de vénération , augmenta le respect pour les vieillards : et faccrolssement que Fensemble des nécessités poiltiques procura naturellement à l'autorité de la naissance n'empêcha pas ce progrès. Quoique les deux principes m conciliassent spontanément au sein de chaque famille, ils se trouvaient souvent en opposition dans les contacts extérieurs, et la vieillesse y conservait son juste ascendant. Le développement de la vie publique fit profondément sentir le double titre que les services rendus et l'expérience acquise donnent à la vénération. D'autre part, si l'autorité du chef de famille ne comportait point encore des restrictions que la séparation des deux pouvoirs spirituel et temporel peut seule rendre compatibles avec Tordre privé, cette autorité fut du moins plus digne et moins arbitraire quand elle devint impllcltemeit une fonction sociale destinée à former des citoyens ou môme des femmes capables d'en préparer.
Devenue la base individuelle de l'activité collective, l'institatlon de l'esclavage se trouva profondément incorporée à toute lexistence romaine. Chaque citoyen dut la respecter comme garantie privée do sa vie publique, et l'esclave luimême se sentit honoré de cette participation indirecte à la destination commune. Profondément incorporée à la famille, comme son nom seul le rappelle, l'existence des esclaves' comparable à celle des enfants, tout autant assujettis aii chef commun, prépara naturellement la domesticité finale.
Tous ces progrès furent d'autant plus propres à la civilisation romaine qu'ils furent toujours amenés par la situation sans aucune influence réelle des prescriptions officielles. Les vains règlements émanés d'une autorité nécessairement temporelle , dont le caractère spirituel ne pouvait qu'être accessoire, ne comportèrent jamais l'efficacité des préceptes par lesquels, sous la théocratie, le sacerdoce disciplinait la vie privée. Mais, sans aucune intervention des magistrats, le mariage romain fut peu troublé par les relations entre les maltrès et les femmes esclaves, l'ensemble de la situation disposant au respect habituel des conditions respectives.
L'Institution des noms de famille qui caractérise dès son début la civilisation romaine, résume l'ensemble des considérations précédentes. Quoique directement due à l'accroissement qu'éprouva l'autorité de la naissance, elle émanait indirectement de l'activité collective; car la vie civique, graduellement développée sous la direction d'une corporation héréditaire, dut bientôt inspirer aux principaux membres qui la composaient le désir de perpétuer par une appellation familière le souvenir des services rendus par eux et leurs ancêtres.
La civilisation romaine fut seule propre à réaliser complètement rinstitution de la %trie, que son régime intérieur tendit toujours à consolider et son essor extérieur à agrandir, jusqu'à ce que, suivant sa destination normale, elle représentât l'Humanité. Le nom seul suffirait pour indiquer la restriction primitive de la Patrie à l'enceinte domestique, inspirant à l'homme un sentiment profond, et l'attachant au milieu où il a vécu. Ce lien du dedans au dehors précède et concourt à préparer l'existence sédentaire qui en devient ensuite la principale base. La Patrie concerne alors le lien qui rappefle les impressions morales et mentales dont nous sentons l'influence sur notre propre destinée. Limitée d'abord à la combinaison entre la famille et la maison, l'institution s'étend et
Mi
®W. . tlOISÏÈMI PAITII.
m complète quaod, à h vie purement affectitei siiecède une fie eMêitlelleiiient active, qui suscite, d'après une coopératloû sentie, des liens plus étendus, mais assez restreints toutefois pour comporter une suffisante intimité. La Patrie devient alors la cité, lieu natal des différents coopérateurs, non-seulement contemporains, mais aussi prédécesseurs et successeurs. Pour les nobles maîtres de TOccIdent, elle résidait nécessairement dans l'enceinte sacrée de la ville éternelle. Bien n'est plus propre à consolider les liens humains que leur concentration habituelle autour d'un siège matériel aussi convenable à représenter la continuité que la solidarité. La liaison de chacun à un même milieu, ralliant un nombre sifflsant de cœurs et d*esprlts, se trouve alors augmentée par les liaisons mutuelles qui, réciproquement, reçoivent un surcroît de Consistance et d'énergie de la liaison de tous au même milieu.
Inséparable de celle de la Patrie, l'Institution de la proprlété en est le meilleur appui. Les richesses mobilières ne pourront Jamais être assimilées à celles qui résultent de la possession du sol ; et l'appropriation d^une partie quelconque de la planète humaine procurera toujours un pouvoir plus consistant et mieux senti que la force inhérente aux fonctions qui sV passent. L'opposition entre ces deux sources de puissauce se manifesta dans la société romaine lorsque la conquôte eut créé de nouvelles fortunes. L'Institution des chevallèw eut alors surtout pour but d'ouvrir à la richesse une Iisue normale qui la détournât de lutter directement contre la naissance. Mais, pouvant exercer les fonctions industrielles et inanclères que les sénateurs devaient s'interdire, les chefillers devinrent finalement les principaux possesseurs. Lo pouvoir tampoM de la naissance s'effaça alors de plus en plis devant celui de la richesse, de manière & prépaiir la constitution normale de la société.
La confiscation proprement dite qui ne pouvait exister
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«ous la théocratie, vu l'origine surnaturelle des grandes possessions, annonça, dès les premiers temps de Rome, que la propriété n'y dérivait plus des sources divines et que désormais elle se trouvait humainement instituée. L'État s'attribuant le pouvoir de transférer au fisc un domaine dont la concession émanait implicitement de la communauté, l'intervention sociale se trouva admise envers Tappropriation personnelle, qui, au moyen âge. subit de nouvelles conséquences de ce principe destiné finalement à la régénérer.
Dans la société romaine, le caractère essentiellement temporel des magistrats ne leur permettait plus d'invoquer seulement, ni même principalement, les consécrations surnatuï-elles. Forcés de motiver leurs arrêts devant un libre public, dont l'opinion en devenait la meilleure garantie, ils se trouvèrent bientôt conduits à fonder leurs décisions sur l'appréciation directe des conséquences domestiques ou civiques propres à chaque acta Tel fut le point de départ de l'admirable système d'institutions judiciaires propres à la constltution romaine; et ainsi surgit graduellement une ébauché empirique mais décisive de la morale proprement dite. Cette construction, conservée parmi nous et perfectionnée par une expérience de treize siècles, montre clairement que, dans la civilisation romaine, les plus importantes décisions sociales étaient, en réalité, exclusivement fondées sur des considérations purement humaines et parfaitement indépendantes de toute croyance surnaturelle.
L'autorité des chefs, regardés comme issus des dieux, eut, sans doute, à l'origine, un caractère essentiellement théocratique, comme le prouvent soit les charges pontificales qui les préparaient aux dignités guerrières, soit les fonctions religieuses qu'ils exerçaient à la tête des armées. Mais la source de l'autorité dut graduellement se modifier à mesure que l'accomplissement de la destination militaire faisait surgir le mérite plébéien appuyé d'une suffisante richesse. Alors les
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considérations purement homaines tendirent de plus en plus à se substituer aux titres divins pour faire naître la vénération, base de toute discipline. Mais rinfluence directe de la vie active fut plus profonde encore sur les supérieurs, car seule elle régla Tautorité, les prescriptions théologiques n'ayant jamais pu, dans toute Tantiquité, qu'imposer la soumission. Sous rimpulsion pratique, l'hérédité sénatoriale ne pouvait garantir qu'une autorité collective , et le crédit de chaque patricien dépendit surtout de sa propre conduite. La naiisance eut alors principalement pour effet de permettre à chacun de mieux se préparer à sa destination sociale, sans procurer directement aucun pouvoir important Quant aux dispositloea envers les vaincus, ce fut uniquement chea les Romains que se trouvèrent les mœurs qu'exigent Fagrégation forcée, préparant la libre convergence de populations distinctes. L'admirable vers de Virgile : Parcere suèjeeMs et deèetiare smperim^ caractérise parfaitement la politique romaine, inspirée par des sentiments sans lesquels le système de conquête eût nécessairement avorté. Mais la sagesse des vues concourut ordinairement avec la libéralité des sentiments pour assurer l'empire de l'Occident à ceux qui devaient y préparer directement la civilisation finale. Le sénat romain accueillit toujours avec respect les divinités des populations soumises, même de purs fétiches, et la tendance conciliante de la caste dirigeante fut constamment partagée par l'ensemble de la population.
Tels furent les principaux caractères et les admirables propriétés du régime romain. Nous devons maintenant rapidement examiner dans quel ordre dut s'accomplir la grande incorporation qu'il réalisa, et quelles influences secondaires concoururent à le modifier. Mais il faut auparavant reconnaltr© quelles âirent les limites nécessaires de l'empire ainsi formé.
Toute rextenslon possible de l'incorporation militaire dut
d'abord se réduire aux populations sédentaires, seules susceptibles d'être vraiment conquises comme de conquérir. Mais la conquête , en rétrécissant le territoire qu'elles pouvaient occuper, poussa les populations nomades à se domicilier, avant que leur libre développement les y conduisît. En outre, parmi les peuples domiciliés, un système de conquête ne peut réellement embrasser les populations purement théocratiques. D'après leur caractère pacifique, ces nations sont aisément vaincues ; mais, loin de devenir jamais assimilables, elles tendent toujours à modifier leurs conquérants en leur offrant, outre une force d'inertie insurmontable, les séductions d'une meilleure existence. Parmi le3 théocraties organisées, Rome n'en réunit jamais que de petites comme celle de l'Étrurie, qui fournit peut-être le seul exemple de la complète assimilation d'une théocratie avec une population guerrière. L'agrégation de la Gaule ne réussit que d'après l'insuffisant essor du régime théocratique dans cette vaste région, où les guerriers tendaient à prévaloir sur les prêtres quand la conquête s'accomplit Le domaine romain reste donc finalement circonscrit aux nations purement militaires dont chacune aspirait à devenir le centre du système occidental qui devait directement préparer la conception et l'avènement de l'Humanité.
Le régime romain dut nécessairement comprendre deux périodes, dont les caractères propres sont bien tranchés et distincts. Dans la première, qui fut celle d'accroissement, l'empire se forma par l'agrégation successive des peuples qui devaient en faire partie; dans la seconde, la conservation prévalut sur l'accroissement; et elle fut principalement consacrée à répandre, parmi tous les peuples conquis, la meilleure civilisation et les plus hautes liunières que l'époque comportât
La première période se décompose en trois phases essentielles, suivant que l'incorporation s'étendit à l'Italie entière.
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piil I FEipigne, enfin à la Gaule. Si, malgré la proximité, la Ganle ne fut conquise qu'après FEspagne, ce fut par suite ûe fattralt quliîspîrait celle-ci, dont le climat était meilleur, et dont la possession assurait la libre navigation de la Méditerranée el de rocéan. Une population plus divisée facilitait d'ailleurs cette conquête, préparée par diverses colonisations. âi contraire la possession de la Gaule olMt d'abord peu d'intérêt , si ce n'est sur les côtes méridionales. En même temps la soumission d'une nation belliqueuse et unie par l'influence tbéocratique, qui, loin de pouvoir détourner des expéditions, y provoquait aindo retarder l'imminente prépondérance des guerriers sur les prêtres , présentait de grandes dillcultés. Enin les colonies gauloises qui dominèrent d'abord dans l'Italie septentrionale concoururent à diriger vers l'Espagne les armes romaines.
Ce fut BUltout dans la première phase de leur essor, plus prolongée que Tensemble des deux autres et aboutissant & la conquête de l'Italie, que les Romains développèrent au dehors eemme au dedans les qualités qui devaient assurer leur domination. La lenteur du développement garantissait sa consistance; mais cette gradation convenait surtout aux réactions Intérieures tant domestiques que civiques qui devinrent le principal résultat du système de conquête. Son début dut être dirigé par une concentration monarchique seule capable d'Imprimer à la population primitive une suffisante homogénéité, néanmoins l'eipulslon des rois devint bientôt la principale condition de la continuité du développement dô f activité militaire, qui ne pouvait s'établir que sous une corporation héréditaire, où cette activité dominait le caractère sacerdotal, tendant à prévaloir chez un chef unique. La lenteur des premières conquêtes consolida la prépondérance aristocratique en disposant les patriciens aux concessions et left plébéiens à la soumission. En même temps, des expéditions roIslAês et éé mwtm eampigites ne permettaient point an
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commandement militaire de méconnaître l'ascendant civique. Quoique la tendance élective altérât déjà l'autorité de la naissance, les choix du peuple restèrent, pendant la première phase, concentrés chei les patriciens, de manière à Stimuler leur «èle individuel sans diminuer leur ascendant collectif. Entre cette première phase et la suivante, la transition se fit naturellement par les luttes relatives aux établissements carthaginois en Sicile et surtout en Espagne, siège essentiel de la grande collision qui fixa le sort de l'occident Quoique le résultat de la lutte entre Rome et Carthage ne fût point douteux, Il exigea longtemps des efforts immenses qui achevèrent de développer dans le caractère romain les trois qualités actives, courage, prudence et fermeté. Pendant cette seconde phase, l'extension et la difficulté des expéditions développèrent les prétentions plébéiennes et leur fournirent d'ailleurs un appui continu soit par l'accroissement des richesses Indépendantes de la naissance , soit même en disposant déjà les généraux àse populariser contre leur propre Caste. Forcé d'ouvrir au peuple l'accès des principales magistratures tant civiles que militaires, ce fut alors surtout que le sénat mit en avant ses attributs sacerdotaux pour éluder pendant quelques années cette concession décisive, premier signe de âa décadence.
Après la destruction de Carthage, un entraînement spontané poussa les Romains vers l'orient, et, la Grèce conquise, Ils se précipitèrent aveuglément en Asie sur les traces d'Alexandre, qu'ils n'y purent jamais effacer. Une semblable erreur politique les conduisit, après avoir détruit Carthage , à recueillir et même à étendre leur autorité sur les nomades qui l'entouraient
Mais des perturbations plus profondes concoururent avec ces diversions à retarder la conquête de la Gaule, qui termine et éarattériSe la troisième phase de l'essor romain. Les Intérêts patriciens, qui, dans la longue conquête deritaliè, s'étaient
^^ TlOlSltlK FAITIE.
noblement identlliés t?ec les destliées de la république, s'en aéptrèreiit de plus en plus après la ruine de Carthage ; et] les ambitions personnelles prévalant, les chefs aspirèrent surtout à conquérir au loin de vastes domaines ou de riches gouvernements. En même temps, le sénat, fier d'une puissance qu'il attribuait surtout à lui, repoussa davantage les meilleures prétentions du peuple, qui, de son côté, lui devint graduellement hostile et tendit toujours à étendre les concessions antérieures sur favénement des plébéiens à toutes les nagistratnres. Au lieu de conquérir la Gaule comme le peuple le désirait, le sénat préféra des expéditions lointaines plus favorables à son orgueil et surtout à sa cupidité. D'autre part, la crainte d'avoir à partager avec d'autres familles la suprématie aristocratique Fempôeba d'accueillir à temps les justes prétentions des provinces italiennes, qui, demandant à compléter leur incorporation par l'affiliation directe à la cité romaine, ne l'obtinrent qu'après une guerre courte mais honteuse* Ainsi surgirent de violents déchirements, à partir des troubles caractéristiques suscités par les €racques à l'occasion des terres conquises; et ils montrèrent les Intérêts plébéiens trouvant déjà, dans les familles patriciennes, des organes dévouée Mais l'avènement de Marius annonça mieux encorequelle serait l'issuede la crise terminée bientôt après par César son neveu. La subordination du pou- ?olr du sénat à l'ascendant d'un dictateur perpétuel était devenue aussi nécessaire à l'ordre qu'au progrès, depuis que la domination se trouvait assez étendue pour que dussent prévaloir les sollicitudes de conservation et les besoins d'anplication.
La transformation dictatoriale de la constitution romaine devait naturellement émaner du chef qui venait d'étendre la domination guerrière jusqu'à son complément normal César, organe de ce double progrès, se trouva plus qu'aucun autre grand homme au niveau de sa mission. Pleinement
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émancipé du théologisme, il pressentit l'avènement du règne de l'Humanité, déjà confusément entrevu par Scipion; et le dictateur, qui semblait exclusivement propre aux succès militaires, se disposait à transformer l'activité militaire en essor industriel , comme l'attestent d'admirables travaux et d'immenses tentatives , lorsqu'un meurtre aussi insensé qu'odieux termina sa carrière. Ce crime, que malgré ses préjugés Dante sut dignement flétrir, fut nécessairement impuissant à rétablir un régime fini. Dans les luttes qui suivirent, le parti rétrograde tendit toujours à s'appuyer sur les populations africaines et surtout orientales, qui, par suite d'une insuflSsante conformité d'idées et de mœurs, ne pouvaient être vraiment assimilées. Aussi Tarmée vaincue était-elle en réalité essentiellement étrangère aux mœurs romaines, qui constituaient la principale force des vainqueurs en leur faisant instinctivement sentir la légitimité et l'opportunité de leurs efforts.
La constitution impériale fut prefondément différente de celle qui précéda le régime aristocratique, malgré les efforts intéressés du parti patricien pour les confondre en exagérant leur ressemblance apparenta Au fond, l'empire resta essentiellement électif, seulement le choix appartint suivant les circonstances soit à l'armée, soit à l'empereur désignant son successeur quelquefois en dehors de sa propre famille; et cette transmission élective de la dignité impériale annulait d'avance les efforts tentés pour procurer aux empereurs un caractère théocratique. Sous cette dictature, la tendance empirique des juristes vers une doctrine sociale indépendante de toute théologie devint plus prononcée quand leur influence, développée à mesure que décroissait l'essor militaire, se concentra dans le suprême organe de la justice universelle. Les empereurs romains, pressentant l'avènement de la vie industrielle et l'abolition de l'esclavage, les préparèrent en facilitant les émancipations individuelles, en protégeant les
H» contre les raattres, et surtout en hoiiorant ]e« aAmn eh/s. Enfin ils s'attachèrent généralement à répandre eUac' croître les bienfiutB de |a civilisation. u^ '' «"bstitution de Byzance i Rome et J'MflepdaHi i«M du monothéisme sur le polythéisme, l'éts^ romain avait
rtellementdisparu.quoiquelerégimesuivantn*eÛt pas encore nettement prévalu. La deuxième période du .^me militaire propre i l'anUquité païenne se réduit donc à trois siècle. .uor^vement caractérisés par le prolongement de lascenma mUitoire. la conservation effMtive, et la décomposiUon
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GéBtr. Peadaat ce siècle, quoique Tart m pût alors fiOre surgir aucun nom comparable à ceux d'Homère et d'Eschvk mmltmB nusolla plus de productions estimables et des P^to plus prononcés nue n'tfait pu le faire le polythéisme
iarîi lomipra la seconde phase m Introduisant la sucmmîm adoptlve, d'où résulta pour Fempire romain une «Jlt. unique daiis rhistoire, de chefs éminenjs. Mais Marc- Aiireie, le dernier denti'e eux. méconnut, en faveur d'un indigne fils, le salutaire principe auquel il devait sa propre élévation. L'origine espagnole de Tri^an. le plus grand de tons, est bien propre à montrer combien était alors accom- Pte une incorporation qui permettait au ehef romain de piéférer un successeur d'une telle naissance. Pendant cette dernière phase, les sollicitudes relatives à la conservation in territoire fomain absorbent tellement les tentatives d*ex. ^y^^ leseipéditlons, d'ailleurs courtes et rares, de. tiennent, malgré les apparences, plutôt défensivea qu'offensée. i*iiliteo«i publique commenee alors I ae
sciehcë sociale ou sociologie. 3âB
etractivité pacifique, qui déjà préside à d'immenses travaui tant publics que privés, prévaut de plus en plus. Disposés iux vues synthétiques par une noble activité, les Romains dédaignèrent toujours les exercices philosophiques que le sage scepticisme deCicéron avait déjà discrédités; et ils surent distinguer entre les véritables penseurs et les purs discoureurs qu'ils se bornaient à regarder lutter. Thaïes, Pythaore, Aristote furent mieux appréciés à Rome que chei les Grecs, qui leur préféraient souvent de vains sophistes. Quant à la science proprement dite, surtout mathématique, elle fut alors plus goûtée et plus propagée qu'auparavant. Préparée par la vie civique, la pensée romaine introduisit en histoire une tendance marquée à saisir toujours la vraie filiation des événements humains. Polybe, développé sous l'ascendant de Rome à laquelle il s'incorpora noblement et dont l'impulsion lui procura l'universalité qui le caractérise, servit de transition entre le mode grec et le mode romain. Mais la deuxième phase dictatoriale vit surgir Tacite, resté le plus grand des historiens, malgré les graves altérations que les préjugés patriciens apportèrent souvent à sa profonde rectitude.
Dans la troisième phase, les expéditions offensives ou défensives cessent de pouvoir contenir les invasions croissantes des populations nomades ; et les empereurs sont contraints de leur accorder de vastes teri'itoires de plus en plus rapprochés du centre de l'empire. Quant aux progrès intérieurs, cette phase présente seulement un développement de la précédente, dont l'impulsion théorique et pratique se trouve toutefois affaiblie par les discordes civiles et les Inquiétudes extérieures.
Telle fut la seconde période de la domination militaire. Pour avoir terminé l'examen du polythéisme intellectuel et social, il ne nous reste plus qu'à reconnaître comment il dut nécessairement aboutir au régime catholieo-féodal caraetérisé par la séparation des deux pouvoirs spirituel et tem-
^4 TIOISIÈME Pâltll,
pêwL La iiition du catholicisme, qui constitue le lien esientiel entre Fântiquité et le moyen âge, fut plus prononcée que celle de la féodalité ; c'est donc cette iîliation qu'il faut surtout apprécier.
Parvenu à ses dernières limites pendant les trois siècles de la dictetUTi romaine, le désordre intellectuel et moral appelait nécessairement une réaction qui y mît tin terme. L'esprit grec, accordant la prépondérance au discours sur la pensée, a? ait amené une profonde dégradation de l'Intelligence et du ccBur. L*essor guerrier étant devenu stationnaire, sa réaction morale cessa, alors qu'une immense accumulation de richesses disposait les grands, que le déclin de la foi polytbéique laissait sans croyances et sans frein, à s'abandonner aux dérèglements qu'inspire l'existence oisive. Quoique le désordre fût moindre dans les rangs inférieurs, la âineste ininence de l'oisiveté nationale s'étendait cependant à reasembîe des hommes libres, que les riches devaient nourrir et distraire {jEuiiiifiii ei drcemes). Il en résulUit nécessairement, pour la masse des populations incorporées, une oppression croissante qui leur faisait sentir le besoin d'une morale uniferselle destinée à régler des forces théoriques et pratiques dont le libre exercice devenait intolérable.
L'évolution spéculative s'était prolongée jusqu'à ce qu'elle eût embrassé toutes les théories positives pouvant s'accorder avec l'ascendant officiel de tonte synthèse fictive, même monothélque. De môme l'évolution active avait persisté tant que les dlveries ppnlatlons sédentaires et non théocratiques n'étalent pas suffisamment agrégées à la cité dominante Mais la prépondérance de l'activité pacifique et l'avènement de la religion positive, seul terme du mouvement humain, exigeaient encore, avant de surgir, l'émancipation domestique des femmes et la libération personnelle des travailleurs, qui ne pouvaient résulter que d'un régime directement consacré à la culture du sentiment.
SCIENCE SOCIALE 00 SOCIOLOGIE. 3g5
Le monothéisme , évidemment , convenait seul à la coordination de la morale universelle : la pluralité divine n'aurait jamais permis cette systématisation provisoire, obtenue en mettant chacun directement en rapport avec l'être suprême dans l'unique vue de son salut éternel. Pour se réduire au monothéisme , le polythéisme n'a qu'à subir une concentration générale que la plupart des esprits peuvent ébaucher spontanément quand ils s> trouvent fortement poussés par les nécessités morales et sociales. Dans tout polythéisme, en eifet, le dogme du Destin représente naturellement une puissance centrale, doiit les attributions modifient chacun des départements divins. Or, en rendant cette influence plus complète et plus active, on est aisément conduit à faire prévaloir ce dieu général sur les dieux spéciaux, qui deviennent alors de simples ministres.
La transformation effective du polythéisme en monothéisme se trouva secondée par les discoureurs grecs, qui depuis Socrate et Platon préparaient vaguement la transition monothéique en s'emparant de lunité divine et de la vie future, comme s ils avaient fondé ces deux dogmes, qu'ils se bornaient à développer. La situation romaine, en forçant d'élaborer le monothéisme sous l'empire du polythéisme, suscita dès le début la conception et la réalisation efl-ective de la séparation des deux pouvoirs spirituel et temporel qui ne fut aussi maintenue au moyen âge que par la pression du milieu, le clergé y aspirant toiyours à la théocratie. Tout pouvoir, en effet, ne cherche à modifier les volontés que s'il est dépourvu d'autorité sur les actes. Or telle fut nécessairement la situation du sacerdoce monothéique né sous la domination romaine, et dès lors conduit, malgré sa doctrine absolue, à la véritable attitude des théoriciens Indiquée depuis longtemps parTexem- Ple des vrais philosophes de la Grèce.
Pour s'adapter à sa destination morale et sociale, le monothéisme occidental, né de la discussion et pourtant incapa-
IP rn0isiàM.e fabtie.
hU Cy léiliter, eiigealtd'aboriuBe révélation sui-uatuFeile, ValflMis dogme, devant nécesaaireaient consacrer la division des deux pouvoire Imwains, devait, par suite, être le plus ppsible en harmonie avec cette division et instituer le mode de lévélatlon le plus propre à garantir l'indépendance du sacerdoce. La communication surnaturelle destinée à fonder la croyance indiscutable, ne pouvait plus alors s'accomplir par l'intermédiaire d'un agent spécialement chargé de li transmettre à l'ensemble des fidèles; mais elle devait devenir direct© et résulter d'une incarnation assez prolongée pour que le type divin pût être censé avoir personnellement posé Iw bases du dopne, du culte et même du régime.
Ainsi se trouve expliqué le caractère propre (consistani dans la séparation ûm pouvoirs spirituel et temporel) du monotbéisme occidental ou romain qui devint plus tard le catholicisme Ce caractère fut le résultat, la conséquence nécessaire: des. circonstances dans lesquelles II dut surgir, en un mot, delà situation; et le dogme s'y appropria. Deux influences principales secondèrent et bâtèrent son avènement. Iii prfiiilère, collective, t sa source dans Fexception monothéique propre à la tléocratie juive incorporée au monde KiBialn 80US la dernière phase de l'ascension militaire, miis famillôre aui €rec8 depuis la fondation d'Alexandrie. Plus iiolée qii*aiiciiie autre d'après sa foi spéciale , cette nation attendait depuis longtemps un triomphe absolu. Prenant ai iément un caractère qui permettait une sorte de confusion «fec Feiteosion complète de sa nationalité, les communes aspirations au monothéisme universel semblèrent réaliser ses prophéies. Outre ravantago de mieui éluder une discussion insurmontable, le catholicisme trouva tinsi la concentration du polythéisme accomplie d*avance dans la construction du monothéisme hébraïque, iaa livres juifs fwiiilront toujours à la philosophie de rUstilre lamelileiirt source pour étudier la laAinHiliott iei dièiii en anges^ ., parce que em non? eaux
ministres y conservent une importance qui permet de reconnaître leur indépendance primitive. Le mosaïsme fournit encore au catholicisme ses principales fêtes, ainsi que linstitution de la semaine, qui, malgré son universalité, ne fut, pendant l'antiquité , réellement complète qu'en Judée. L'ensemble des antécédents hébraïques disposait même â mieux concevoir la séparation monothéique des deux pouvoirs ; car, les guerriers ayant promptement prévalu sur les prêtres dans cette tiiéocratie exceptionnelle, les prophètes qui surgirent ensuite, offraient un type théorique plus conforme à l'attitude catholique que les philosophes grecs, quoique ceuxci fussent plus rapprochés du caractère normal du véritable pouvoir spirituel
Le concours national de la nation juive à la construction du catholicisme se trouva noblement personnifié en saint I^aul, à qui elle fut véritablement due. Quoiqu'il n'ait écrit que des lettres, elles sont assez décisives pour démontrer que seul il saisit alors l'ensemble d'une doctrine qui ne comporta jamais que des traités partiels, parce qu'elle devint nécessairement contradictoire quand sa destination sociale ne rectifia pas ses vices intellectuels. Toutes les conceptions essentielles du catholicisme se trouvent déjà caractérisées dans ces opuscules, et le vague mental et moral des livres plus vénérés dont on les entoure, en fait mieux ressortir le mérite. Dans sa théorie de notre constitution, saint Paul posa directement le problème humain, d'après l'antagonisme permanent entre la nature et la grâce transformé, dans la religion positive, en une lutte continue entre l'égoïsrae et l'altruisme. La nécessité d'une révélation divine dans la construction du monothéisme occidental afin d'y assurer la séparation des deux pouvoirs, exigeait absolument que lè véritable fondateur se subordonnât à quelqu'un de ceux, nombreux alors, qui tentaient l'inauguration monôthéiqtié en aspirant, comme leurs précurseurs grecs, à la divinisation
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