DIV. DU POUVOIR EN TEMPOREL ET SPIRITUEL
tions du gouTernement étant évidemment inconciliables avec Tactivité spéculative, si ceax qui sont les plus propres à celie-cien étaient chargés, les plus importants progrès seraient ainsi non-seulement sacrifiés aux plus secondaires et indéfiniment retardés, mais deviendraient même à peu près impossibles. Et c*est ce qui arrive effectivement dans le régime théocratique, où toutefois, d'après l'hérédité des fonctions, }a supériorité politique appartient réellement à une supériorité de connaissances acquises et transmises, et non véritablement à une supériorité de mérite intellectuel. Enfin, à Tappui des considérations précédentes, abondent les exemples que fournit Thistoire. En se bornant aux temps modernes^ est-ce qu'il y a un peu plus de deux siècles Richelieu occupait la place de Oescartes ou de Corneille? Et, un peu plus tard, Golbert, celle deMallebranche, de Huyghens, de Molière ou de Racine? A. vrai dire, Tincompatibilité est telle entre le gouvernement temporel et une haute supériorité Intellec* tuelle, que, quand celle-ci a été très-prononcée, le pouvoir a toijjours été évité. Sans doute on a bien vu , de notre temps surtout, de&.bommes ayant jeté quelque éclat, et Joui, durant leur vie, d'une certaine réputation intellectuelle, accepter, bien mieux rechercher même passionnément une position politique. Mais les contemporains sont difficilement jugeables, et tel qui a été un grand personnage de son temps peut être, quelques années après, bien autrement jugé. Tenons-nous-en donc aux supériorités du passé , sur lesquelles aucune méprise n'est possible ; et prenons-y, de Taveu de tous, des hommes de génie : Aristote, Archimède, Descartes, Leibnitz. Croyez-vous que de tels hommes aient désiré gouverner? Que, vivants maintenant, ou il y a quelques années , ils auraient voulu être députés ou ministres? Mais, nés sur le trône, ils n'auraient rien eu de plus pressé que d'abdiquer. Dans une telle position, ces dieux deTHumauité auraient bien senti que, quand on est organjsé comme
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eux , on est destiné à éclAirer toates tes générations qui suivront » et non à en gouverner une ou deut. Jamais , jamais , ils n'eussent accepté une telle dégradation. G*est à un travail plus noble et plus difficile, c'est à la recherche et à la décôu* verte de la vérité, que de tels hommes sont voués par leur propre goût, bien d'accord en cela avec Tintérêt des autres. Si vous en doutez , relisez donc ce discours d'un bout à l'autre, si simple et si sublime, qu'a écrit le plus grand de tous les modernes, et qui se termine ainsi : « Et Je me tiendrai toujours » plus obligé à ceux par la faveiu* desquels je Jouirai sans em- » péchementde mon loisir, que Je ne serais à ceux qui m'offH- » raient les plus honorables emplois de la terre, » En vérité. Je vous le dis, le prennent comme ils le voudront ceux de notrô temps, ce ne sera Jamais que philosophes manques, poètes avortés, qui voudront gouverner.
Mais le pouvoir, qui ne sera pas l'ambition d'un penseur de génie, pourra très-bien être la noble ambition d'un militaire, d'un banquier, d'un praticien enfin. Gomme il est bien plus difficile, et, par suite, plus glorieux, de persuader, de convaincre, d'éclairer, que de commander, qui aura la conscience de pouvoir l'un ne recherchera pas l'autre. La prétention à la puissance au nom de la supériorité intellectuelle ne sera donc que l'ambition vulgaire du sophiste et du rhéteur, qui, malgré leur réputation du moment, sentiront bien au fond du cœur qu'il n*y a pas de place pour eux parmi ces grands hommes, ou môme parmi ces hommes laborieux dont, en reconnaissance de leurs utiles travaux, la mémoire est bénie et le nom vénéré. Ils commanderont donc s'ils peuvent, et alors ce sera la pire et la plus d^adante de toutes les tyrannies, parce que, ayant en vue, plus que les autres chefs temporels, surtout cette autorité spirituelle dont ils sont indignes , ils emploieront , pour l'obtenir, les influences et la force matérielles. Et le pouvoir intellectuel et moral leur échappera de plus en plus, parce qu'il est incompatible avec le pouvoir temporel , dont