‹ Exposition arrégée [i.e. abrégée] et populaire de la philosophie et de la religion positivesChapitre 13 sur 49 · DIV. DU POUVOIR IH TBMPORBL IT SPIRITUIL · texte numérisé non relu

DIV. DU POUVOIR IH TBMPORBL IT SPIRITUIL

§ S. — Fooclions du pouvoir ipiriluol.

Le pouvoir spirituel se trouvant aéparé du pouvoir temporel, ses fonctions politiques résumées le plus succincte-» ment possible et exprimées dans la forme qui me paraît la plus propre à en donner immédiatement une Idée satisfaisante, sont de prêcher la soumission aux gouvernés; et, par une juste répartition de l'éloge ou du blâme, appayée de Tirrésistlble sanction de Topinion, de rappeler ejficacement aux gouvernants, aux puissants , à tous les forts en général , les maximes de la morale universelle. Ainsi les comprenaient et savaient les pratiquer ces pontifes du moyen &ge poursuivant jusque sur le trône le crime et même la faute. Assurément, sMl y a quelque chose que met tout d*abord en évidence Tobservation de Texistence sociale, c*est rindispensable nécessité de telles.fonctions. Toute puissance mène à Tabus quand elle n^est pas suffisamment contenue et surveillée. L^autorité spirituelle se trouve alors parfaitement résoudre la difficulté qui en résulte pour Tordre social, étant éminemment propre à modérer un pouvoir qu'elle ne doit pas exercer. A elle il appartient de faire respecter leslois immuables relatives aux besoins les plus intimes et les plus généraux de la société, lois ainsi placées & Tabri des inspirations variables que suggèrent les intérêts secondaires et particuliers. Suivant le principe du moyen &ge, et contrairement à ce qui avait lieu dans Tantiquité, la politique peut alors être subordonnée à la morale. Et il est évident qu'une telle subordination, quoique admise en principe, ne pourrait avoir une consistance et une efficacité suffisantes si, reposant seulement sur une doctrine abstraite, elle n'était point vivifiée et consolidée par rintervention active et permanente d'un pouvoir moral, entièrement distinct et suffisamment indépendant du pouvoir pratique proprement dit Et, plus encore que la société politique , la société dôme»-

tique ne peut être convenablement réglée que par Pautorité spirituelle. L'histoire indiquant, puis Tart idéalisant les touehaûtei victimes qui y sont sacrifiées (Glari88«Harlowe»Lacie de Lammermoor» etc*),ont surabondamment montré les abus et les dangers qui sont propres à la famille, et, par suite « l'indispensable nécessité d*une influence régulatrice. Or» ici 11 devient généralement impossible de prescrire les actes » et c'est sur les dispositicms et les volontés qu'il faut agir. Telle est donc la raison qui fait qu'un chef spirituel est seul convenablement placé pour intervenir dans les affaires domestiques, et prévenir les douloureux abus que comporte l'orga* nisation nécessaire de la famille.

Cette division du pouvoir en temporel et en spirituel n'est en réalité que rextenslon, aux idées sociales, de la séparation entre la théorie et la pratique. Gelle-<)i est maintenant recon«ûue comme l'indispensable condition du progrès des sciences et des arts : le géomètre et l'astronome sont d'un côté* le navigateur et l'ingénieur sont de l'autre. De même le phy« sicien et le chimiste guident le fabricant, et longtemps à l'avance préparent ses succès; enfin les travaux du biolo* giste éclairent et dirigent le médecin et le chirurgien. C'est cette dépendance de la pratique envers la théorie, et la nécessité de la séparation de celleH$l au point de vue même du progrès de l'autre qui ont fait dire & Gondorcet : « Le ma - » rJli, qu'une exacte observation de la longitude préserve du » naufrage, doit la vie à des théories conçues deux mille ans » auparavant par des hommes de génie, qui n'avaient en vue » que de simples spéculations géométriques. » fin traduisant cette pensée par un fait, elle veut dire que c'est, par exemple» en appliquant, à qulnxe siècles de distance, les théories d'Apollonius et d'Hipparque que Colomb découvrit l'Amérique.

Dans aucun art, le désir sincère et ardent de réussir ne saurait dispenser de connaître la nature et les conditions du bien , ot la théorie correspondante peut seule les apprendre.

DIT. DU POUVOfR BN TCMMMICL ET SPIRITUEL. Sft

Plus Part oft eoropIf4|aé , plus le suo^èt j ut diAciU ; at plus défient néeeflialre la séparation entre la théorie et la pratique, qnf est admiee maintenant pour tous les arts» sauf ediii où die Importe le plus t eet art, e*est la politique. Id la pratique eet évidemment le pouvoir proprement dit , le geuvemenent; et la tliéerie, la connaùMance de riMMume el de la soeiété. Il eet évident que ractfon politique ne peut devenir rationnelle et, par eoite , régulièrement puissante et progresrire qu*à la eonditioB de reposer sur une profonde eonnalssanee de la société et de ses besoins. Mais si Yé^ tade en est régulièrement Instituée, les nécessités sociales pourront être alors considérées à ravance, et 11 deviendra possible de leur préparer une paisible satisfaction «»s que leur ptéoeeùpation ait troublé Tordre effectif. Enfin, les principes généraux de la c(Miduite nM»«le et fMilltique, étant séparés de leur application Journalière» pourront devenir égal^nent Tobjet direct d'une étude préalable piéservée de rinflaence des passions et des intérêts du moment

Étudier, construire, perfectionner sans cesse la morale , la faire accoter par la démonstration et la persuasioa , puis la faire Observer de tous ; tel est donc le rôle politique, la noblo part de gouremement vraiment digne d*eile, qui revient JQstement à la capadté IntelleetueUe, à la supériorité d'es» prit et de lumière. Et telle elle sera dans le régime défini* ^ que tous chercbent actuellement sans comprendre encore <1^ il peut être , et auqu^ nous toocbons cependant J'ai nonM préoédennneat par Tobeervation et ranalyee de la convergence intellectuelle, soit dans le p^ssé, soit dans le présent, qu^les en étaient les lois, les conditions, c<»iment elle se produisait et se perdait. Nous avons vu qu*eUe résultait tOtt«> jours, sur un point déterminé, de raccord mitre eux des bommes regardés comme compétents, et, sur les questions S^néraleSj de Taceord des hommes regardés comme supév^n \ ainsi , par exemple , de notre tempe tout le monde est

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irrésistiblement entraîné à adhérer explicitement ou implicitement aux sciences positives, tandis que sur les idées générales il y a anarchie complète. Aucune doctrine politique ne rallie, en effet , tous ceux qui, s^occupant spécialement des études correspondantes, y sont regardés comme à peu près également compétents. Quant à la morale» l'absence de tout système sérieux laisse encore une sorte d*existence à la morale catholique, qui, considérée en elle-même, et indépendamment de ses bases intellectuelles , donnant à la vie un but personnel et égoïste, le salut étemel, ne peut suffire ni même convenir à notre époque. Le grand malheur de notre temps, celui qui entraîne tous les autre»» étant précisément cette anarchie intellectuelle et morale, le rêle et le devoir de la supériorité réunie de cœur et d*esprit, sont alors de rétablir Tordre normal en amenant la convergence sur une doctrine politique et morale , qui , im^ posant à tous des règles de conduite fondées sur la persuasion et la conviction , rende ainsi possible la conciliation du concours et de Tindépend^ice , de la soumission et de la dignité. 11 est évident qu*un tel résultat est actuellement le plus intime , le plus impérieux besoin de la société. Assuré-ment le grand intérêt du moment, maintenant que sont constituées Tastronomie, la physique, la chimie, par exemple, n'est pas, raffinant sur ces sciences, d*y éclaircir, d*y igouter même quelques points plus ou moins importants, mais nécessairement secondaires. Et si maintenant il existe quelque grande intelligence , ce n'est pas à ce travail certes qu*elle emploie ses forces. Les phénomènes moraux et sociaux, au temps où nous vivons, voilà, pour toute oi^anisation puissante et active, la seule étude. Et sur eux, comme en toute autre partie du domaine Intellectuel > Taccord des hommes supérieurs entraînera les autres.

En résultat de la convergence ainsi amenée, de Tordre ia> tellectuel ainsi rétabli, pourra se constituer la grande force

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morale et politique qui doit donner à la sociabilité moderne son caractère distinotif. Cette force est celle de Topinion publique. Quoique l*absence de doctrine commune et de véritables principes universellement admis en ait dû naturellement entraver beaucoup la formation et Tefficacitét la toute-puissance a pu cependant s'enfitire encore sentir. Aussi, quoique ia portée n*en soit certes que vaguement et confusément comprise, c^est néanmoins un principe en toute occasion Justement proclamé aux applaudissements de tous, qu'à Tépoque de civilisation où nous sommes, Topinion publique remporte toujours les dernières victoires. Mais, cette influence de Topinion , qui Jusqu'à présent n'a guère été reconnue que comme un fait et un résultat de Tobservation, le positivisme Térige en principe et la systématise : c'est-à-dire que non-seulement il ccmstate , comme tout le monde , l'influence de l'opinion sur le gouvernement de la société; mais encore que, reconnaissant qu'il en doit être ainsi et de plus en plus, il s'efforce de l'augmenter, de l'accroître, et en même temps de régulariser cette influence par tous les moyens possibles. Or, il est évident que c'est ce qui résultera, spontanément et à un haut degré, d'une doctrine commune, qui , toujours démontrable, sera susceptible, en chaque cas, d'une interprétation fixe et homogène. Mais quelque facilité que des principes universellement admis puissent apporter à la formation et à Tefficacité morale et politique de l'opinion, sa légitime influence exigera toujours qu'elle soit guidée et proclamée par des représentants systématiques. On conçoit, en effet, qu'aucune manifestation réelle ne pourrait avoir lieu si personne n*en prenait l'initiative et la responsabilité. En outre, toute doctrine suppose des fondateurs primitifs et des docteurs habituels pouvant seuls en connaître suffisamment le véritable esprit. La saine interprétation des règles morales et politiques ne peut émaner que do philosophes voués à l'étudo des schunces sur lesquelles elles reposent. Tels sont donc,

M PRJBUIÈBf PARTIS.

naturellement, les organes «systématiques de Topinion» et il y aurait une manifeste contradiction à. admettre que des principes moranx et politiques pussent avoir un baut ascendant social, et que ceux qui les posent ou qui les enseiguent fussent sans autorité ni influence.

On voit ainsi la source et la nature de Taction poHUque du pouvoir spirituel En dehors de la puis6ance proprement dite et de la richesse, n'ayant qu'une digne et modeste existence, mais pleinement assurée et indépendante , il s*efforce surtout de faire observer par conviction et persuasion , plutôt encore que par crainte du IdÀme, les préceptes mo* raux; et il n'intervient dans le gouvernement que comme arbitre et médiateur, en rappelant, sans que Tordre en soit troublé, à. tous ceux que des intérêts personnels ou de classe peuvent disposer à les méconnaître, la pensée , la nature et les conditions du bien commun. Tout-puissant alors quand véritablement il représente Topinion et qu'il parle en son nom, il devient sans force quand elle n*est plus avec lui. Les différentes phases du régime du moyeu &ge offrent d'innombrables exemples de Tun et de Tautrecas. Ainsi, par exemple, au commencement du xiii* siècle, le pape était beureuse'ment asses puissant en France pour y ibrcer }e roi 4 reprendre et à. reconnaître une épouse que par caprice il voulait renvoyer, ayant fait annuler, par des prêtres complaisants, un mariage consommé ; et un siècle après, Philippe le Bel , ayant alors Topinion pour lui , bravait Tinterdit et faisait brûler publiquement la bulle qui le prononçait»

Donc une doctrine politique et morale ralliant tout le monde et rétablissant Tordre intellectuel, ferait par suite surgir la véritable force de Topinion , qui aurait naturelle* ment p<mr guides et représentants les fondateurs et les i»*opagateurs des nouvelles croyances. Une autre conséquence d'une foi commune serait de permettre un véritable système d'éducation supposant d'une manière évidente l'ascendant

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préalable d'une doctrine qui en détermine la nature et la destination» Il j^i clair que les enfants ne peuvent être élevés contrair^nent aia oonvictionfi des parçnts , ni même 3ans leur assi9taftoe# Ce n'est donc qu'après que oaux^ci ont donné leur adhésion aux nouveaux principes que peut s'^tftblir une éducation sjvtématiqoe » alors consolidant et développant dans la génération suivante les opinions et IO0 mours qui onl déjà prévalu parmi les bommes faits. Or ceci nous amène diroctament k reconnattre quelle est la fonction régulière et permanente du pouvoir apirituel , quand Tordre social est complètement institué t c'est proprement l'éducation. Telle ei^t Ut grande attribuUcm ^ ce pouvoir, d'où dérive toutes les autres et qui l§^ résume toutes. C'est elle aussi qui doit servir h pos^ la démarcation fondamental^ cotre les deux puissances : le pouvoir temporel étant «onverain peur tout ce qui concerne l'action t et seulement consultatif ^ur tout ce qui se rapporte à l'édUGatipn » c'est l'inverse pour le pouvoir api* rituel. Chacun d'eux ^ trouve ainai constitué en modérateur et surveillant de l'autre. Quant aux fonctions complémentaires du pouvoir apiritueli elles dérivent naturellement de l'éducation , puisqu'elles consistent toujours à rappeler dans la pratique sociale « soit aux individus^ soit aux classes, les principes précédemment enseigné^, dc manière à prévenir ou à rectifier les diverses déviations autant que le comporte le seul emploi de la force morale,

^ 3. — Établissement de la séparation des deux pouYoirs temporel

et spirituel.

Si, par tout ce qui précède, j'ai pu réellement faire corn- I^endre ce qu'est le pouvoir spirituel opposé au pouvoir temporel, on doit voir, sans que d'autres explications soient néces^ires, que ce qui constitue et a toujours constitué l'oppression et la tyrannie, c'est la confusion de ces deux pouvQÂi^ Celle-ci en effet n'est proprement , comme

déjà je Tai dit, que remploi de la force ou même des influences matérielles pour obtenir les résultats que produit spontanément le pouvoir spirituel , et telle est surtout Tadbésion à certaines croyances. Par suite, se trouve donc ainsi expliqué ce qu*est la liberté, la véritable liberté; ce qui a été tant cherché depuis un demi -siècle, sans qu^on ait encore pu le trouver. Eh bien , ce n^est réellement que la division du pouvoir en temporel et en spirituel, que Tabsence de prét^tion, de la part du pouvoir temporel, à Tautorité spirituelle. Celui-là seulement est politiquement libre, et Test dans la juste mesure où il doit Tètre, qui est sûr qu'il n*aura jamais à se soumettre à des ordres ou règlements incompatibles avec les devoirs qui résultent pour lui de ses croyances ; c'estr-àdire des croyances que par lui-même il juge vraies et bonnes, ou que lui fait juger bonnes sa confiance en celui ou en ceux (toujours nécessairement en petit nombre) quMl regarde comme supérieurs à tous les autres en science, en intellig^ce et en vertu. Dès que la distinction , et par suite la division nécessaire du pouvoir en temporel et en spirituel sera généralemert comprise, la vraie liberté sera immédiatement réalisée pour tous.

Pour qu'il en soit ainsi , ce qu'il y a à faire c'est d'exposer, de répandre , d'expliquer cette conception où tous sont intéressés , et que tous , gouvernants ou gouvernés , chefs ou subalternes, peuvent et doivent comprendre; et c'est de leur montrer aussi qu'il y va de leurs plus chers et meilleurs intérêts à le faire. Que chacun reconnaisse donc ces deux influences si distinctes qui expliquent toute sa vie, toute sa conduite. En premier lieu, le pouvoir temporel commandant directement les actes que tout homme subit ou exerce suivant sa position ou sa fortune : pouvoir qui résulte, si Ton est faible et pauvre, de la dépendance matérielle où l'on est à regard des autres; et, si on est riche et puissant, de la dé^ pondance où sont de nous des individus plus ou moins nom-

DIT. DU POUYOIR M TEMPOREL ET 8PIEITUEL. U

breux. Et cette dépendance se lie directement à une fonction spéciale, à une entreprise phis ou moins vaste à laquelle on coopère, soit en y étant chargé de quelque détail, soit en en dirigeant Tensemble, ou en la faisant exécuter préférablement à tout autre. Telle est Tinfluence qui domine Tactivité, la vie pratique de chacun. Mais à côté et bien difil&rentes sont les influences qui dominent la vie intellectuelle et morale et auxquelles chacun doit ses idées, ses croyances, par suite ses jugements et ses opinions. Elles émanent d'abord des morts , qui , avec des mémoires & vénérer, nous laissent des exemples à suivre et les résultats de leurs recherches et de leurs travaux ; enfin leurs conceptions et les croyances auxquelles ils se sont arrêtés* filles émanent ensuite de Tinfluence plus ou moins directe de ceux que chacun reconnaît ou choisit parmi les vivants pour chefs spirituels. A la vanité humaine il convient mieux de se dire plutôt persuadé par des raisons que déterminé par la confiance en une supériorité reconnue. Sans être bien profonde, une analyse un peu pénétrante montre ce qui en est vraiment dans la plupart des cas. Après tout ce que J*ai dit à ce sujet, pour en prendre encore un exemple se rapportant assez directement au point traité dans cette première partie, à savoir la division du pouvoir en exécutif et législatif, tout le monde, philosophes de profession, hommes d^li^t, publicistes, écrivains de toutes sortes^ ont adhéré pendant trente, quarante, cinquante ans à ce fameux principe. Combien Font fait réelletnent par une véritable ^préciation personnelle de la force et de la portée des raisons qui en démontraient la ré^té et la valeur ?

Q\fLOl qu'il en soit , ainsi que celui qui est cru de confiance, celui qui persuade est réellement un ch^ spirituel, puisque alors aussi vient de lui ce que Ton croit Et si , outre une intelligence supérieure, on lui reconnaît une moralité supérieure, il sera, même malgré nous, tout-puissant sur notre

consfclêftcë, et dfl he pOuffa faifêj êhHë fegrettef dé l'ftvoîf fait et sans remords^ de qu il aUrft blâmé.

Mais il est clair qti'utie telle influence est parfaitement distincte de tontes celles qui constituent le pouvoir tefti* porel ou en dérivent. Que chacun , comprenant leâ tlÀttil'ds si diô'érentes dô deux infldendei^, comtn^enne àUssi que, les conditions de chaciind d'elles étant iticompatlble^ et ne pouvant être qtie séparément remplies, quiconque prétend à la fois aux pouvoirs temporel et spirituel est impi*ôpre à Tun et à Tautre. Une organisation et une moralité Ordinaires, une préparation Convenable, le désir de bien faif-e, suffisent, en général, àu bon exercice du pouvoir temporel. Mais, quant au pouvoir spirituel « lèâ conditioHâ m sont bien plus difiOciles à remplir. Leâ pretflièfèâ) sillon lë^ pitié importantes, sont certainement les conditions moi^ldi^i Potirra-t-il inspirer la conflàrice, ttvoir vraiment une autorité spirituelle, être librement choisi pour Juge et pour arbitre celui à la franchise, à la loyauté, au désintéressement et à l'impartialité duquel on ne croira paë? Mais, pour que le pouvoir spirituel existe, il faut encore évidemment qu'à la supériorité de vertu se joigne là supériorité de lumières et d'esprit* Ah! que celui qui peut rempli!* de telles Conditions reste en dehors des luttes , des intérêts et des ))asslonë du Jout'^ son action bienfaisante sera efficace pour nou^ éclairer et nous améliorer dans la mesure du possible ^ et pouf prévenir ou apaiser tout conflit qui pourrait surgi!*» Mais, si lui au^i il veut gouverner, nécessairement il devra perdre «ion autorité intellectuelle et surtout morale : car^ devenant pàftle, il no peut plus être juge.

La séparatioti dô pouvoir en temporel et en sp)ï*ltuel est, pour tous, la condition fondamentale de rindêpendande et de la dignité. Qui voudrait convenir que les avfthtages maternels ont la moindre influence sur le choix de ses cro3'ancc!3 , sur ses opinions, sur ses jugements? Qu'il soit donc reconnu

DIV. DU POUVOIR tti teUPimÈl ET 8PIRITUSL. &3

et eotnpfisr tfiie ôétit qui ont à leur âispoftitioii le» Inllaeoôes matérielle» ne doivent pftâ même essayer de 8*en senrlr pour Imposer et faire prévaloir leurs Idées; et que ceux qui ont eio vne l'autorité spirituelle, qui «^efforcent de maintenir, de fonder ou de propager des croyances, ne doivent pas prétendre au pouvoir temporel, ni se servir, pour arriver à leurs ÛMi de celui qué les circonstances peuvent mettre à leur âisposltldnj Enfin, qu'il soit donc convenu que les docteurs né doivent pas gouverner, et que les gouvernants ne doivent pas enseigner. Boy^t riches et puissants, ayez les places, 1^ honneurs, mais ne prétendez paH faire lé vrai et le faux, le bien el le mal, le devoir et le dfolt $ car ni lé pouvoir, ni la fortune ni les beureu jt sticoè&( ne donnent de vraiâ titres & ce aublime privilège, qui cependant est celiii de quelqueis^uns. Quelque éclat que Vous paraissiez avoir jeté, quels que soient vos prétentions et le nombre apparent de vo^ admirateurs, si vous n'avez peur vous, d^àbord et avant tout 1^ franchise, la sincérité, pui!f lëâ grandi eflbrtSi rfaitéltlgence supérieure, qui voue) auront conduit à la science étendue et profonde, Je ne vous ert croirai pai^, et bien d'autres feront comme moi, Je ne vous en croirai pas, mol qui ai travaillé, isolé« aottffrant, sans Recours, sani» encouragement , sans que mon travail pût me mener ft aucune placé ; tooi qui n'ai rien i rien I que des souvenirs, rènfintë du petit nombre qui Mul me connatt« Tamour ^t le respect pour quelques-uns dont je suii^ éloigné, et les livres enfin sur lesquels J'ai pftlii

S 4. — fDtérèi des gouYersaoll à rMoaiHlfcrf la dirMtoh du padtsir en lemporel et en spirilttel«-?**HettreHMft oonsèquracet qui en résulteraient.

u division du pouvoir eâ ^irituel ^ en tcuperel &A ddnc surtout une affiilré d'opinion, et^ du montent qU^elle Mera générdément comprise, elle prendra promptement dans toutes les Institutions docialeiEi la part qu'elle doit y &voin Mais à vrai dire, dans l'état actuel de lA i^Iâié, ce aérait âurtoat aux

gouvernants qu'il importerait le plus de la comprendre et de la reconnaître. Responsables de Tordre matériel, ils sont naturellement préoccupés surtout des répressions qu'il exige; mais, tant qu'ils méconnaissent la division du pouvoir en temporel eten spirituel, ne pouvant apercevoir les justes limites, ils ont toujours à craindre ou de trop permettre ou de trop défendre. Les gouvernés, sentant bien qu'un pouvoir énergique et fort est maintenant nécessaire à l'ordre, mais aussi que la domination complète de la force constitue une véritable dégradation » et ne sachant où s'arrête sa juste puissance et ses droits légitimes, craignent toujours qu'ils ne soient dépassés. Et ainsi, méfiant à l'égard du pouvoir, combien parmi les plus conservateurs mômes ne lui accordent pas l'appui ^ue normalement tout bon citoyen doit au gouvernement qui le protège et lui permet le libre accomplisement de ses devoirs et de sa fonction I Mais la division des deux pouvoirs temporel et spirituel, aussitôt qu'elle serait comprise et reconnue, serait une lumière pour tous, guiderait et aflTermirait les chefs, rassurerait et rallierait les subordonnés. Sans doute , tant que quelques-uns seulement la comprendront, et qu'elle ne sera pas encore passée dans l'opinion, elle ne pourra résoudre toutes les diffioultés, satisfaire à tous les besoins, donner toutes les garanties désirables. Biais sa nécessité reconnue montre qu'elle doit être le véritable dénoûment d'une situaption difficile, qui, pour le moment, ne comporte que des expédients, des solutions provisoires. Et on voit alors quels doivent être le sens et la direction des efforts destinés à hftter le pins possible la solution définitive.

Assurément personne ne peut se faire d'illusions bien prof ondessur le mal actuel; et Tanarchie intellectuelle et morale a atteint de trop grandes proportions pour pouvoir être sérieusement méconnue et dissimulée. En réalité, il n'y a maintenant de convergence que quant aux sciences spéciales, et, par suite, de véritable autorité sfpirituelle) c'est-à-dire intûllec-

DIT. DV POUYOIR BN TBMPOBBL XT SPIRITUEL. A5

tnelie, géséralement reconnue que celle de 1* Académie des sci^ices. Mais les savants qui la composent ont bien soin de dire eux-mêmes que la politique n^est pas leur affaire, qu'ils y sont étrangers, inocHnpétents, et qu'ils ne yeulent pas, en s'en occupant, en prenant parti pour les uns ou les autres, compromettre leur autorité et la position qu'ils doivent à leurs travaux spéciaux. Il existe bien une Académie des sciences morales et politiques, mais elle est sans antécédents, sans gloire, sans doctrine connue et avouée, et elle n'a, pour ainsi dire, aucune influence sur l'opinion. Et que peut signifier, concurremment avec l'existence officielle du catholicisme, une académie des sciences morales où ne se trouve, je crois bien, aucun prêtre? Enfin les membres de cette académie sont sans doute très-profondément convaincus de leur supériorité intellectuelle; mais la plupart sont sans grandes prétentions, je pense , quant à la supériorité de vertu , à la franchise complète, à l'entière sincérité , à la droiture parfaite , au désintéressement sans réserve. Généralement, on n'attache pas plus d'importance aux personnes qu'à leur doctrine, et sur celle-ci on se contente de savoir qu'en tant qu'ils en ont une, ces messieurs sont peu d'accord entre eux. C'est que leurs idées sont aussi incertaines que vagues, et, par cela seul, elles ne peuvent être susceptibles d'aucune efficacité morale et politique. Il y a bien une sorte de science cultivée parmi eux sous le nom d'économie politique. Mais, après un brillant début, promptement dégénérée, et actuellement {prétendant étudier les détails de la production des richesses en faisant complètement abstraction des points correspondants de l'existence sociale, tel que l'état des croyances, des sentiments, des opinions, des mœurs, elle est viciée par une telle méthode qui méconnaît la solidarité nécessaire des phénomènes sociaux, et, n'arrivant à aucun résultat positif (l'une certaine importance , elle se trouve, par suite, à peu près généralement discréditée.

A6 pftnrtiiB pAfttfi>

AU reste , Meû n'est plus ppopra ft tfiettfe en évidefioe le désordre intellectuel da moment que les diversités infinies d'appréciation qui se rencontrent snr les célébrités du jottr. Celui que Tun regardera comme ud homme d'État, uti homme supérieur, un écrivain de tftlent (on ne vâ pas généralement jusqu'à accorder le génie) neserapourunfttttréqUe le premier venu, un sophiste, un rhéteur; ou, suivant le OAS, uâ démagogue, un rêveur, presque un fou. La divergence de croynn^ ces, de pensées, existe donc, et elle est même à son comble, car elle existe non^seulement d'une classe i l'autre, non*seulement entre le pauvre et le riche, l'oavrier et le bourgeois, le paysan et le citadin, mais encore dans la même classe, quand il n'y a pas doute complet et absence de toute croyance générale^ ce n'est que divisions infinies. Enfin ce qui est certainement le plus triste et le plus douloureux (et ce qu'il est aussi, ce me semble^ véritablement honteux pour les uns et les autres d'accepter aussi facilement qu'on fkit ftujourd'hui , où la chose est presque regardée cotnme toute simple , normale et régulière ) , la division de croyance existe, généralement peut^n dire dans la famille. Elle y est bien souvent entre les membres de même sexe , mais , à bien peu d'exceptions près , toujours entre 1& mère et le fils, la fille et le père, la femme et le mari, la sœur et le frère t les unes respectant, adorant, pratiquant, ce que dédaignent les autres.

Tel est donô l'état ftctuel de la société, ne fâfsailt que trop aisément comprendre les difficultés que doivent y rencontrer le maintien de l'ordre et le gouvernement, or le moyen , le véritable moyen de les aplftnir immédiatement, serait de ré*connaître franchement la situation , puis la distinction et la division du pouvoir en temporel et en spirituel, et de supprimer toute doctrine officielle. Évidemment, cela ne veut pas dire que les gotivemants ne doivent, aussi bien que tous les autres, avoir leurs opinions particulières et leur donner tout

piv. DU poTryofH tir niCMiiii et spiritueu A7

le pùld» qtil féMM de leur ââhMoii et de 1» oonsidérattoû dont ils jotUttsent; toftis cela veut dire (et 11 y aurait pour eox-inôinefl un immense avantage à le faire) que , reconnalssant que leurs oroyanees n*ont qu*un caractère personnel, lùdividuel , ils ne les érigeraient point alors en doctrine nécessaire du pouvoir et de TÉtat Certainement, tout gouvernement se proclamant chargé et responsable de Tordre matériel, et, par suite, surveillant naturel de la direction de toutes les affaires temporelles, de Tactlvlté commune ; puis , sotis de9 garanties suffisantes de moralité, abandonnant le rétablissement de Tordre intellectuel ft la libre concurrence des penseurs indépendants \ certainement , dis-je , tout gouvernement agissant ainsi rallierait Immédiatement à lui lésâmes honnêtes et sensées, o*e8t»à>dire rimmense majo^ rite. Trouvant alors un appui inébranlable dans Topinion publique, un pouvoir absolu » si Ton veut , serait en mesure de donner une liberté d'exposition, de discussion et d'ensei'* gnement, bien plus réelle et plus complète que celui qui, divisé, par exemple» en exécutif et législatif, serait moins concentré et moins fort, étant moins populaire. Jamais en France un gouvernement parlementaire n'a été populaire, et jamais il ne pourrait TéM. comme on Ta vu , ce qui arrive alors, o'est qu'un tel gouvernement, forcé d'admettre en principe la liberté de la presse « mais ayant contre lui Toplnion (à qui Ta pour lui la presse n'est pas dangereuse), s'ingénie & la restreindre par toutes les entraves qu^il peut imaginer, par de9 cautionnements exigés, par la perspective de prison et d'amendes prononcées en vertu de règlements arbl«' traires qui sont votés^ dltrOn, par la minorité, ce qui n'empèche pas les hommes de seus de les trouver absurdes, iniques et oppresseurs.

fit, outre la force et la gloire pour eux-mêmes qu'acquerraient des chefs temporels, reconnaissant et proclamant la liberté spirituelle , qu'arriverait- lit c*est que les grandes

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questions da moment se posant plus nett^nent et plus franchement, toutes les bonnes volontés, toutes les forces seraient plus excitées à s'y adonner, et, rencontrant moins d'obstacles, pourrsûent le faire sans tant d'eflTorts. Les uns cherchant , trouvant, répandant, les autres approuvant» adoptant : ainsi .^serait h&té le moment si ardemment désiré par toutes les ftmes sympathiques, consciencieuses et sensées, où la division doit faire place à l'union, la foi au doute, le déchirement & Tentente. Sans doute entre nous les forces sont inégales ; mais est-ce que le fond de Torganisation n'est pas toijgours le même? EstrCQ que ce qui est réellement démontré pour Tun ne Test pas pour l'autre? Est-ce que par conséquent nous ne devons paa tous finir par croire les mêmes choses? On est d'accord en mathématiques, en astronomie, en physique, en chimie, en biologie moins, mais c*est surtout sur les phéno* mènes sociaux et moraux que l'on est divisé. C'est donc 1& l'étude, le grand intérêt du moment Que les plus forts, que les plus dévoués s'y appliquent ! Que l'opinion , reconnaissant que le temps de l'hypocrisie ou des ménagements, si Ton veut, est passé et que celui de la franchise et de la sincérité est venu , impose à tous ceux qui se mettent en évidence de dire tout ce qu'ils savent» tout ce qu'ils pensent sur les grandes questions religieuses et sociales ou de s*avouer incompétents. Et ainsi, l'accord s'établlssant d'abord entre les plus avancés, ils entraîneront sans peine tous les autres. Tel est donc ce qui doit arriver certainement, fatalement, infailliblement, car c'est la loi du progrès; mais un peu plus tôt ou un peu plus tard, suivant que les circonstances seront plus ou moins favorables, suivant les individualités qui surgiront , suivant enfin que chacun y mettra plus ou moins dii sien.

L'adhésion de tous à une doctrine consistante, homogène, complète, c*est-à-dire embrassant tous les ordres de phénomènes, cette adhésion, dis-je, par l'iniluence qu'elle4onnera

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aDx fondateurs et aux propagateon de la doctrine d*abord, puis à ses docteurs et à ses professeurs , amènera nécessairement Tavénement d'un nouveau pouvoir qiirituel susoeptible d*une véritable action sociale. Et, en effet, c'est une loi bien simple, mais bien importante et bien sûre, que toute influence privée qui devient générale devient nécessairement pditique. A mesure que surgiront les nouveaux chefs Intellectuels et moraux, leurs attributions et leurs fonctions dans la société se préciseront et s'organiseront. Renonçant, c*est un point fondamental , à la richesse et au pouvoir, mais représentants de l'opinion, c'est elle qui leur donnera, tant qu'elle sera avec eux, une force irrésistible pour maintenir chacun dans le devoir par le seul emploi du blâme ou de l'éloge. On s'imagine maintenant que tout ce qui n'est pas défendu par les lois et n'entratne pas des peines matérielles ou ne rencontre pas directement des obstacles de ce genre doit arriver et se faire. Bien n'est plus faux. Les peines ma* ténelles ne conviennent que pour les déviations extrêmes toujours exceptionnelles; et, dans la plupart des cas, l'influence de l'opinion ou la pensée de l'appréciation que notre conduite rencontrera chez les autres suflftt parfaitement pour la r^ler. Enfin, telle est la puissance de l'opinion, que, quand ellQ est bien formée et se prononce nettement, elle triomphe de toutes les forces qui peuvent lui être opposées, et que c'est elle, en réalité, qui, moralement aussi bien que politiquement, mène et gouverne le monde. C'est d'elle, c'est de ropinion que l'excommunication, cette peine terrible, qui au moyen âge faisait trembler sur leurs trônes les empereurs et les Fols^ les maintenait dans le devoir, tirait toute sa force. Aussi saint Augustin avait dit : « Excommuniez le pécheur isolé qui ne veut se convertir; mais, quand tout le troupeau est coupable, il ne reste plus qu'à gémir. » C'est d'ailleurs un sentiment aussi noble qu'il est profond et puissant sur la i^ature humaine que celui qui fait attacher tant de prix â l'es-

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timé des antpefti et &êst ôe neintittent qui eâit la rentable

sotirCê de rirrédistible ptiissance de l^opinion.

Leur distinction et ledi* séparation eompriâes, lea deux poure)ini temporel et spirftttel, consacrés et surreiltés par ^opinion , existant séparément et indépendamment Tun de rautre, se modéreront mutuellement, et sans que, diaprés la diversité de leur naturd ôt de leurs fonctions, ils s^empêehent d*agir. Tous les abus possibles tendront alors à se renfermer dans des limites de plus en plus étroites. Et cette dl^ vision du pouvoir étant continuellement étudiée, expliquée^ et, par suite, bien entendue de tous, en cas de conflit, Tadbé^ sion générale donnera toujours gain de cause, sans secousse, sans déchirement, à ceux qui, se renfermant dans les limites de leurs attributions, n'auront en vue, écartant tout égolsme personnel ou de classe, que les Intérêts généraux.

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