‹ Exposition arrégée [i.e. abrégée] et populaire de la philosophie et de la religion positivesChapitre 14 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

EXÂHÈHr HISroAlQtfÉ ht LA SÉPARATION DES POUVOIRS TEMPOREL

tf BPIftITtJEL. — CONCLUSION.

g 1«^ GonfOfkHl liéoMiÉlre 4t§ ûêvè pontolrt â PoriglM de It drttl- BaiioD. — L'eniMible éét éifléreMli progrèi eo détirailM au ■•feu â|o

la séparation monMoUDéo.

Cette é^ouYeno de Ift distinction , pals de la séparation nécessaire du pouvoir en spirituel et temporel , qui Jette une si vive lumière sur la situfttloû actuelle» n*^t pas moins importante et féconde « qu'il s*açis8e d'expliquer le passé » de découvrir l'avenir ou d'éclairer le présent Nous avons vu quels étaient le sens et la source du principe en lui-même. îl nous reste à voir comment d*abord 11 dut être nécessairement méconnu { comment ensuitd^à mesure que la société B*est développée et que la civllisatiotl a cheminé, la diversité» Topposftion des deux pouvoirs temporel et spirituel s'étant prononcée davantage, le principe de leur séparation^ sui^ssant, a eompcHté une courte application, qui, si elle n*a pu durer, a produit cependant d'immenses bieuftiits, et laissé d'admirables exemples et un précieux euseigfnement. Nous verrons ensuite que les causes qui ont empêché le succès permanent et com* plet de Tessai tenté sont parfaitement Indépendantes du principe en lui-^même , et viennent au contraire de ce qu'il ne pouvait être alors suffisamment compris. Enfin , nous ver^ rons eomment il fut de nouveau complètement méconnu , jusqu'à ce que , redonné par la science positive , expliqué , démontré et systématisé par ellô^ il devienne cette fois susceptible d'une éternelle application.

En s'en tenant & la réalité, que nous fait connaître Tob* servation , et laissant de cêté les conceptions subjectives

52 PRJBIIIÈJUS PARTIS,

imaginées à priori , on voit que la société n*est pas due à d'imaginaires contrats , mais qu'ainsi que la civilisation elle est née de la force. L'une et l'autre ont commencé par les hommes soumis, pour se continuer par les peuples soumis. A Torigine, pour surmonter les énergiques penchants qui poussaient Thomme à rindiscipline, au vagabondage, et son éloignement, son horreur même, pour tout travail régulier, le pouvoir a eu besoin de toute la force , de toute la concentration possible. Les pruniers gouvernants ont donc dû être à la fois, pour leurs subordonnés, des chefs spirituels et temporels. Et tel est le véritable caractère du régime théocratique, où tous les genres de supériorité , lumières, richesses, pouvoir, se concentrent dans la caste sacerdotale, regardée comme issue des Dieux, en rapports habituels avec eux, et intermédiaire nécessaire entre eux et le reste de la nation.

Dans cette puissante organisation, essentiellement fondée sur Ist confusion des deux pouvoirs, c'est le pouvoir temporel qui , au lieu de rester indépendant, est subordonné au pou< voir spirituel. La puissance politique des prêtres , en effet , vient alors surtout de ce qu'ils sont regardés par la masse de la nation comme d'une nature supérieure à celle des autres hommes, et plus puissants qu'eux sur le monde extérieur. Quelques connaissances permettant de produire des effets qui, à la foule, paraissent extraordinaires, leur suffisent pour inspirer une crainte superstitieuse, et obtenir une aveugle confiance. La caste sacerdotale, comprimant en dehors d'elle tout mouvement intellectuel, et surtout préoccupée des soins du gouvernement et des besoins de la pratique , arrive promptement à ne plus s'efforcer d'augmenter des lumières qui , telles qu'elles sont , suffisent à son pouvoir, et, au nom de l'ordre, arrêtant tout progrès, elle finit par exploiter à son profit les populations qu'elle gouverne.

Sans aucune exception, toutes les civilisatioDs ont corn-

DIY. DU POOYOn IH TIMPOUL BT 8PIUTVBI*. 53

iDdDcé par le régime théocratiqoa MaIs daaB deux cas, en Grèce et à Rome» il a présenté une admirable transformation, d'où sont résultées la société et la civilisation modernes. Lanation juive a été aussi une exception qui a eu une influence heureuse, quoique secondaire, sur le mouvement humain et Ta réellement accéléré» Contrairement à ce qui avait lieu dans les pays voisins, où dominait naturellement la foi polythéique , le régime théocratique reposait, en Judée , sur un monothéisme prématuré , impopulaire et péniblement maintenu. Mais, convenablement modifié, il devint propre plus tard à se substituer au polythéisme gréco-romain quand celui-ci eut produit tous les résultats qu*il comportait, et fourni sa caniëre.

Le danger de tout le système théocratique vient de la caste des guerrier^, qui est la plus puissante après celle des prêtres. Aussi la politique de la caste sacerdotale est-elle, pour diminuer Tinfluenee de leurs rivaux, de pousser le plus possiUeles populations qu'elle gouverne à la vie industrielle, comme le témoignent les immenses travaux de Thèbes, Momphis, Babylone et Ninive, Enfin, les colonies, qui sont de véritables expatriations , débarrassent les prêtres de leurs adversaires les plus actifs et les plus turbulents.

Les influences du sol et de la situation environnante, influences si puissantes alors, y aidant, contrairement à ce qui a lieu dans la mère patrie, l'activité militaire prévaut naturellement dans les colonies sur Tactivité industrielle. La caste purement sacerdotale disparaît alors, et ses fonctions s*ajoutent comme accessoires à celles des chefs militaires. Mais bien que Tune et l'autre confondissent les deux pouvoirs , et les concentrassent dans les mêmes mains, il y avait , entre le régime militaire de la Grèce et de Rome et le régime théocratique, cette grande différence que, dans celuici, le pouvoir dominant était le pouvoir spirituel, et que, dans celui-là, c'était le pouvoir temporel. Telle est la véritable

source dés fé«trltât« si opposés qtfils ont pfOdtrît^, là ihéôcrafie cféaiit ta ùtâré social tfês--stâWe , mais dû le ffrtfgtës est Sacrifié â la stabilité î et la détnocrâtlô et I*àHstbcf âtle ittilltaîres, uii ôi*drô éflilnôi«î«eflt progressif, nîâisfréqtietaTnétit troublé, et suscéptlblô seulenîéiit d'une courte durée. Le rapprochement ûë ce double Cas niofltre alors clafrenteîit coiubiêû la domination dû pouvoir spirituel est plus oppressive que Celle du pouvoir tempdrèl. La première, eu effet, a toujours et partout â peu près complétemeût arrêté tout mouvement intellectuel,* ta secoflde, au contraire, malgré des entraves momentanées, et des persécutions passagères, a laissé d*abOrd surgir, puis s^accomplir efi partie un Immense mouvement intellectuel, qui ensUlté à toujours été protégé et excité paf Icâ plus émlûéiits dCâ Chefs temporels. Et ce mouveméut iutellectuôl â été la base et le poltit dé départ de tous lés progrès ultérieurs de rflumaulté.

sous là domination des chéfs militaires, eu ârèC6 et à Rome, la société S'organise donc pour la guerre f régardée comme la Seule occupation digne des hottltflës libres que doit nourrir le travail des esclaves. Le but de l'exlsteuce sociale est alors la conquête du monde. La Grèce avorté et ftome aboutit.

La (Irècé avorte J et, divisée, déchirée par léS guerres intestines, le mofldé lui échappe. Mais ell0 lé couquorra par une autre vote. Parmi ces guerriers, parmi ces hommes libres que la guerre n^oecupe pas, les miêfux doués, qui manqueht de destination, créent la poésie, la philosophie, la science. Le pouvoir spirituel surgit alors avec tous ses attributs caractéristiques, tfôtâieut des chefs spirituels, dés sages que toute une ville , sans doutràidte Obéissant & leurs lois, prenait pour législateurs* ce» philosophes quô sUî- Vaieut de nombreux disciples et pour qui le thaUre ta dit était Targument sans réplique. Et sages et philosophes , saUs autorité officielle, même sans place régulière dans la so*

DIT. DU POOViHlt ÉH fl!tfM)ffCL ET SPIRITUEL. S5

dléfé , fi'AYftid&i (ffi^mê éïl^téfKSê extfa^é^te ; fliat» te godrertmàMt pkis on motiis libéffcl des cités gféûqueâ les lai^ sait surgir, <ittUt€) parfois à les poursuivre et & les condamûef.

Rome aboutit i entte tous les petiples eivilisés réutifs sous une mêftie doraiiifttiou , 11 n* jr a pltis alors de guerre possible ; et il ne reste plus que <5elle de Templre romaid et des barbares 4 de ià ciTilisatiOd eontré la barbarie. Dans tôdt Tettpire se propagent unifôtraémeût révolution intellectuelle do la Grèee, si supérieure à toutes les autres, et la civilisation romaine.

MftiSf en s'étendànt, le pouvoir s'est fait oppresseur; et entte tous le» peuples réunis par la force, tin autre lien devient tiéeessaife. D'ailleurs^ vertttenx tant que leur but n*est pas atteint I les niattres dd ftôdde, désormais sitns principe et sans but 4 cdnsomuaent dans \eé Jodi^saûces d*an égoïsme effréné tous les trésol-s de Fflufflanité, et tendent de plus en plus à e^plditer les peuples sdumis. Humanutn gem$ paucis naseittir , ti'est pas pour les vainqueurs Texpresslon d'une mftlhemreuse et passagère réalité, mais un fait tout simple , nécessaire et normal, presque un principe. Il fadt dodc, à tout prix 4 une morale nouvelle ) et qui puisse être universelle. La philosophie gi'eeque et la religion juive en fournissent les bases; et les relations des philosophes et de leurs adhérents, du maftre et des disciples, indiquent la possibilité et le moyen de Tétabliri Après quatre cents ans de luttes et d^efforts^ tdutes les seotes philosophiques disparaissent devant la religien eatholique, et les relations de inâttrèii à disciples 80 transforment en celles de prêtres ft ouailles.

Martyrs chrétiens^ d'est ft flots qu'a coulé votre sang I Mais pour produire de tels fruits quelle semence ne fallait-il pas, et quelle fécondatiod n^était nécessaire i

Afin do conserver les résultats acquis et de ïdaintènir Tdnité dans ce vaste empire^ formé de tods les autres, qui s'é-

56 PRXIOÈltB PARTIS.

tendait de FEuphrate à TOcéan, et des colonnes d^Hercule aux bouches du Danube et du Rhin , un chef unique était devenu indispensable. Après de longs troubles, de fatales méprises, qui, les passions aidant, conduisirent au crime; après des divisions et des guerres sanglantes qui pouvaient être évitées, César assassiné , Auguste devenait empereur, et Ton voyait bien alors que Ton ne pouvait se passer d'un dictateur. A Auguste succédèrent Tibère, Galigula, Claude, Néron. Jamais, auparavant, il n'y avait eu d'exemple d'une telle position. Chef suprême, unique et absolu, des vainqueurs du monde, Tempereur romain voyait à ses pieds, et tremblant devant lui, le genre humain tout entier. Cependant quelques-unsd'entre eux voulurent encore monter, et en trouvèrent le moyen , tout leur étant possible. Us se firent dieux , afin qu'au-dessus d'eux rien ne pût se concevoir ; qu'affranchis de toute loi divine et humaine, rien ne fût plus pour eux défendu ni sacré; et qu'à leurs volontés, à leurs caprices et à leurs crimes, si grands qu'ils fussent, on ne pût rien opposer. Ils réussirent si bien que leur souvenir reste, et restera à Jamais comme exemple de ce degré inou! de corruption et d'avilissement que la toute-puissance peut faire atteindre à la nature humaine. Quatre siècles s'écoulent, nous montrant tour à tour, sur le trône impérial, d'incapables tyrans, honte et fléau de l'Humanité; mais souvent aussi des chefs éminents et vraiment à la hauteur de leur difficile position. Sous l'un des meilleurs et des plus grands d'entre eux, dans une ville de l'empire, pour un fhvole motif, une sédition éclate. Des soldats, des officiers, le chef même sont tués par le peuple en révolte, oubliant, dans un moment de délire, ce qu'il peut contre l'empire et l'empereur, et les suites, pour lui, du triomphe d'un jour. A la nouvelle de ce qui vient de se passer, l'empereur, quoique bon , sujet à la colère, et excité par de mauvais conseils, ordonne, confondant Tinnocent et le coupable, qu'à la première fête qui réunira le peuple dans

DIV. DU PODTOIR Klf TEMPOREL ET SPIRITUEL. 67

le cirque, uae fraction désignée en soit mise & mort. 1/cxécution de ces ordres trop prompts est hâtée par d'indignes courtisans» ils sont même dépassés, et l'histoire a conservé le souvenir des horreurs du massacre de Thessalonique. A Milan, où est alors Tempereur, arrive le récit; 11 soulève Topinion parmi les chrétiens. Mais il y avait eu sédition» révolte générale, grand crime à punir; et pour un empereur ronsain, pour le maître du monde, pour le successeur de Tibère et Néron ^ en pareil cas, des victimes innocentes, même en certain nombre, ne sont pas, sans doute, une bien grande affaire? Point du tout. L'empereur a vu sa faute; sa conscience est du côté de Topinion, et, le remords dans Tftme, II n*a plusqu*un désir : celui de son pardon. Deson pardon ! Qui donc peut être en position de raccorder ou de le reAiser, d'en déterminer les conditions 7 C'est un pauvre vieillard , vénéré de tous , qui est évêque de Milan. Huit mois se passent sans que Tempereur soit admis à Téglise. Une fête arrive : de nouveau il en fait demander rentrée. « Qi^^l se repente et qu'il fasse pénitence, répond saint Ambroise. — Quoi , Tem* pereur I » dit Rufin , le préfet du prétoire, qui a voulu se charger de la demande, promettant de réussir, a J'aime l'empereur, je lui suis soumis, dit l'évêque; mais, sur lui, Je donne à Dieu la préférence, il a péché, ma vie est entre ses mains; mais, moi vivant, il n'entrera pas dans l'église qu'il n*ait fait pénitence. Et c'est à vous, qui avez conseillé ce massacre, à vous moins qu'à tout autre, à intercéder pour lui. » L'empereur romain, le maître du monde, au lieu de commander, cette fois obéit. Il arrive à l'église, sur le seuil il s'arrête, devant tous il s'accuse, il se repent, 11 fait la pénitence ordonnée par révêque, et pendant trente jours, dans tout l'empire, suspend la peine de mort Saint Ambroise alors lui pardonne , le relève , le console, l'embrasse , l'appelle son fils chéri et l'admet au banquet des chrétiens! Voilà donc le pouvoir spirituel i^paré du pouvoir tempo-

rel, Dieu au-dessus de r^mperj&ur« Id psorale en d^ors et au-dessus de la politique* Quelle admirable , quelle loer* veilleuse organi^atiou sociale 1 L*eiupereur a pécbé» Tem* pereur, a fait péuiteucç^; et l'ordre »'a pas été troublé, IV narobie ne s'en est pas suivie ; et Tempereur est resté empereur, plus digue eucora de Têtre après qu'avai^t me faute si uoblement expiée.

Ah 1 Romaios^ vous avie^s yaiacu les peuples de \» terre ; eux alors, vous faisant votre p^t» vous ont, ik leur toitr, ou peut le dire, eooquis* Tacite et Trajaa, vous ne vous doutiez guère que l'empereur rowain devenu chrétien demanderait, un jour, le pardon d'ujue faute à un évéque, C'ei^t que vous n'aviez pasxompris, sous les fictions alors inévitablei, la sublime découverte éternellement vraie apportée au inonde par saint Paul, et non en vain afi^rmée par le sang de tant de martyrs ; la morale établie en dehors et au-de£»us de la politique par la division du pouvoir en spirituel et en temporel. Telle était la révélation véritable qui soutenait ce9 chrétiens que vous méprisiez, qui les rendait si forts et devait assurer leur triomphe. Tel e^t le sens de cette légende en appareTwe^ comme dit M. Littré, si fictive et si i^aprjcieuse, 11 fallait bien alors que Dieu se fît homme : car au nom de quel autr^ ce citoyen obscur d'une nation subjuguée éût^il pu s'adreeser ^\XK vainqueurs du monde, et les sommer de se ralUer ft sa foi? et qui donc ce pauvre juif opposera-Ml k Géiier, si ce n'est Dieu lui-même?

Mais les Bomains convertis deviennent les yaineui?« et le« barbares sont maîtres de l'empire. Malgré les imperfectlonts, les vices mêmes de sa doctrine, le catholicisme a triomphé de la force appuyant une religion qu'au moins de grands souvenirs rendaieut imposante; il a triomphé d'une philo-^ Sophie impuissante, mais subtile, et d'une civilisatioa raf«finée et corrompue; ces dieux tant de fois remerciés de U

victoire f ees sophistes et ces rhéteurs si fiers 4e leurs v^ins

DIV. DU POUVOIR EN TfiMPOftEL £T SPIRITUEL. 59

talents, $i avides de disputes et de coatroverôes n'ont pu Tarrêter : les l>arl)are9 m Tarrèteront pas. Le clergé catholique d'ailleurs le& a vus venir , et s'est dignement préparé à les recevoir. Pour la seconde fois, religion de vaincus conquérant les vainqueurs, Iç catholicisme fait la part à la force, gardant pour lui celle de la science et de la vertu* Is pouvoir spirituel , à la fois intellectuel moral » surgit alors avec tous ses attributs caractéristiques, et accomplit noblement sa glorieuse mission. Comme toutes les vertus, c^est dans le clergé que sont toutes tes lumières, les grandes intelligences, les supériorités personnelles. Aussi son influence privée, devenant générale, devient nécessairement politique. Ils auront bien une place' dans la société, un rôle même dans le gouvernement , ces prêtres qui instruisent tout homme t ces prêtres que croient et respectent également le serf, le vassal, le seigneur et le roi. A côté de U naissance, au-dessus de la naissance , le mérite prend sa place ; et le faible a , contre le fort, un défenseur et un appui institué exprès pour cette sainte mission. Dans la société, toute une classe k part se trouve constituée exclusivement en vue des intérêts moraux, spécialement chargée de toutes les consciences, et tirant toute sa force de cette nobla fonction dignement remplie. Enfin pour maintenir Tunité, pour prévenir tout déchirement, e^t un chef prodamé infaillible Ëtaasurément, comme il était choisi , si quelqu'un pouvait Têtre , c'eût bien été lui ; mais, malhesireusemont , U dut être puissant pour être indépen* dant,

p^ suite de cette savante et admirable organisation , chefd'œuvre, dit M. Comte, de la sagesse humaine . la morale se sépare de la politique et la domine ; le moindre serf est en état et en droit de juger moralement le plus puissant seigneur ; et le moyen âge nous lègue cette admirable maxime aussi peu comprise aujourd'hui que pratlooée ; Fais ce que dois ^ advienne 4tt9 pourra-

60 rnSMIÈRE PARTIE.

Mais une doctrine Inconséquente et absolue se prêtant mal à la division des deux pouvoirs, à peine le clergé a-t4l conquis son indépendance et son influence légitimes qu'il succombe à la tentation malgré la noble résistance de sa meilleure partie. La reconnaissance, la vénération et Tamour des populations, ou ne le touchent plus^ ou ne lui suffisent plus ; il veut en outre la richesse et le pouvoir temporel, sur lequel il sWorce d'empiéter, manquant ainsi à son origine et à la condition fondamentale de sa mission. En même temps, la division réalisée des deux pouvoirs suscite promptement un progrès industriel et intellectuel avec lequel se trouve incompatible la doctrine générale du catholicisme, doctrine qui est le fondement de tout le système Cette incompatibilité détermine à la fin du moyen âge la défaite du pouvoir spirituel dans sa lutte avec le pouvoir temporel , qu'appuie Topinion. A partir de ce moment, Torganisation sociale du moyen âge s'altère de plus en plus. En même temps que le pouvoir temporel se concentre, suivant les pays, soit dans la royauté, soit dans l'aristocratie, le mouvement intellectuel continue à s'éloigner du catholicisme, dont le clergé alors cherche de plus en plus dans les richesses, soit un dédommagement de son influence perdue , soit un moyen de la reconquérir.

N'ayant plus la force, ni le désir de remplir sa mission qui est de protéger les faibles contre les forts, et de veiller à ce que tous conforment leur conduite aux règles de la morale, le clergé devenu rétrograde et antipathique aux populations est directement attaqué. Il trouve aisément dans un pouvoir temporel , à qui il ne donne plus d'ombrage , l'appui qu'il lui demande et triomphe ainsi dans le midi de l'Europe. Mais , service pour service; il est bien évident qu*il payera le secours qui lui est donné des derniers restes de son indépendance, se contentant désormais de prêcher la soumission aux faibles, sans plus parler des devoirs des forts, sinon potir la forme. Que les prêtres restent catholiques ou deviennent

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